MOLINA — MOLINES
doctes théologiens et des plus habiles prélats, comprit que pour la cour de Rome Tacceptation ou le refus pur et simple des doctrines molinistes étaient également dangereux. Il recourut donc au moyen habituel du Vatican pour laisser en suspens les questions épineuses: la nomination d*une congrégation de auxiliis qui se réunit en 4597 et n acheva jamais son travail. Jésuites et dominicains plaidèrent tour à tour et à plusieurs reprises leur cause devant elle, subordonnant les uns et les autres la recherche de la vérité scientifique à la satisfaction de leurs rancunes et de leurs intérêts de parti ; les premiers surtout firent valoir leurs services politiques, ne reculèrent devant aucune intrigue et invoquèrent en désespoir de cause, pour échapper à une condamnation, des apparitions de la Vierge qui aurait donné sa pleine approbation aux idées émises par leur confrère. Cependant avec le temps le système de Molina ne cessa de gagner des adeptes, surtout dans le sein de la compagnie, oh il fut professé par les plus illustres docteurs : Mariana, Tapologète du régicide, Toletus, Suarez, Lui-même n'assista pas à son complet triomphe : il était déjà mort à Madrid le 12 octobre 1600, vénéré de tpus pour son savoir, sa modestie, sa pauvreté volontaire et Tabondance de ses aumônes. Lorsqu'éclatèrent les controverses jansénistes, les idées de Molina avaient si complètement prévalu dans le sein de son ordre que ses confrères tiraient gloire de leur appellation de molinistes. Il ne pouvait en être autrement dans la logique de l'Eglise romaine, qui repose sur des bases semi-pélagiennes et n'honore Augustin des lèvres que pour s'écarter plus librement de ses doctrines sur la grâce. — Sources : Baur, Le Dogme chrétien de la Trinitéy p. 361 ss. sur l^Scientia média; L. ^e Ranke, Histoire des Papes, II. E. Strgehlin.
MOLINES (Jean), dit Fléchier, pasteur du Désert, arrêté à Marsîllargues, dans la maison de Ghabran, le 18 mars 1752, fut conduit à la citadelle de Montpellier, où se trouvait déjà un aide de Paul Rabaut, le proposant François Bénezet, capturé le 30 janvier. Le 22 mars, Bénezet, âgé de vingt-six ans, dont la femme était enceinte, subit le martyre avec une admirable constance. On conduisit Molines à ce spectacle, qui le frappa de terreur. Sollicité d'autant plus de se convertir, il faiblit, abjura pour racheter sa vie. Le clergé triomphant cria au miracle, et s'empressa de publier une Lettre de M. Molines^ dit FlécUier, à un de ses amis, avec son abjuration (Paris, 1732, in-12), qu'Antoine Court réfuta aussitôt dans son Patriote français et impartial. Le 6 avril, le ministre Saint-Florentin écrivait à l'intendant de Saint-Priest : « Je suis bien aise que Bénezet ait été exécuté sans trouble. Il est juste de faire payer au dénonciateur la somme qui doit lui appartenir. Le roi approuve la gratification de quatre cent quatrevingts francs que vous avez fait donner à celui qui a procuré la capture, et celle de pareille somme que vous vous proposez de faire payer aux dragons du régiment de la Ferronnaye. A l'égard du ministre Fléchier, Sa Majesté s'en rapporte à votre jugement sur ses dispositions, et elle vous permet de différer sa condamnation durant le temps qui vous paraîtra nécessaire pour les éclairer solidement.