MOLINES — MOLINOS
et pour en profiter s'il est possible. » L'armée commençait à trouver étrange et odieux le rôle qu'on lui faisait jouer. Les dragons de la Ferronnaye surent très mauvais gré au chevalier de Pontual, leur capitaine, d'avoir arrêté Molines, quoique cet officier n'eût fait qu'obéir aux ordres qu'il avait reçus. La cour, très joyeuse des arrestations, montrait moins de confiance que les prêtres dans la réalité de la conversion. « Comme il est déjà arrivé, écrivait encore Saint-Florentin le 6 mai, qu'un ministre du Dauphiné (Arnaud) a feint de se convertir pour prévenir un arrêt de mort, l'intention du roi est qu'afin d'éprouver les dispositions de celui-ci, vous le jugiez et lui fassiez prononcer son jugement; s'il persévère, vous en ferez suspendre l'exécution, et Sa Majesté commuera sa peine en celle de prison, sauf à lui accorder ensuite une grâce entière en cas qu'il persiste dans les mêmes sentiments. » La comédie fut jouée jusqu'au bout. En septembre, Molines sortit de la citadelle pour se rendre au séminaire de Viviers, tandis que Madelaine Milot, veuve du capitaine de cavalerie de Sensens, qui avait hébergé le proscrit et qu'on croyait sa femme, était rasée par la main du bourreau et envoyée à la tour de Constance. A peine l'apostat était-il en liberté qu'il s'enfuit en Hollande, bourrelé de remords qui le poursuivirent jusqu'à la fin de sa vie. En vain fut-il réintégré dans l'Eglise par le consistoire d'Amsterdam, il ne se pardonnait pas ; « rien ne pouvait le distraire de ses sombres pensées ; il ne pouvait oublier surtout le dernier regard jeté sur lui par Bénezet, et quand il était en proie à ce souvenir, ses sanglots redoublaient; il regrettait la couronne du martyre perdue par sa lâcheté et conquise par son ami. Quarante ans de repentir ne lui paraissaient qu'un jour insuffisant pour pleurer ce qu'il appelait son crime impardonnable. » Sur plus de quatre-vingts prédicateurs exécutés depuis la révocation, Arnaud, dit La Plaine ou Duperron, mentionné plus haut, était le premier qui se fût laissé épouvanter par le gibet (1748). Molines fut le second ; il n'y eut plus ensuite que deux pasteurs martyrs, Teissier, dit Lafage, en 1754, et Rochetle en 1762. — Voir Charles Coquerel, Hist. des Egl. du Désert, 11, 50, 562; La France proi.y et le BuUei. de ChisL du proL, VU, 463; X, 287.