MONDE
paiement par la sensualité (convoitise de la chair), la légèreté (con- Toitise des yeux) et l'orgueil (orgueil de la vie) (1 Jean II, 16) ; aussi la vraie religion consiste-t-elle non à éviter tout contact avec le monde, mais à se préserver de ses souillures (Jacques I, 27); c'est aussi la vraie sagesse, puisque ce monde, source de soucis (Matth. Xni, 22) et de tristesse (2 Cor. VII, 10), se vante d'une sagesse qui n'est que folie (1 Cor. I, 20 ; III, 19), qu'il ne peut donner qu'une paix mensongère (Jean XIV, 27), et qu'il sera jugé (Jean XVI, 8; XII, 31) et condamné (1 Cor. XI, 32) ; enfin cette séparation du monde est une des vraies marques de la foi chrétienne, puisque le monde ne croit pas en Jésus-Christ (Jean XVI, 9) et même le hait (Jean VII, 7), ainsi que ses disciples (Jean XV, 18. 19 ; 1 Jean III, 13). C'est ce monde Incrédule et hostile que Jésus-Christ a vaincu (Jean XVI, 33 ; XIV, 30) et qu'à la suite de leur maître les chrétiens peuvent vaincl'e à leur tour par la foi (1 Jean V, 4-5; Jean XVII, 16), même lorsqu'ils semblent être le rebut du monde (1 Cor. IV, 13). Le monde n'échappe au contrôle de Dieu que pour tomber sous le joug du prince de ce monde (Jean XIV, 30) qui passe pour en être le Dieu (2 Cor. IV, A), mais qui trompeuses sujets, en leur faisant croire à son pouvoir absolu et éternel (Luc IV, 5), tandis qu'en réalité sa défaite est certaine (Jean XII, 31 ; XVI, 11) et même déjà commencée (Luc X, 18). L'opposition entre le monde et Dieu est donc totale (Jacques IV, 4 ; 1 Cor. II, 12). Elle est surtout accentuée dans les écrits de Jean (Jean XVIII, 36 ; 1 Jean II, 15 ; IV, 5. 6). Aussi l'Eglise, méconnaissant à cel égard les intentions réelles de son fondateur (Jean XVII, 15), a-t-elle, pendant longtemps, recommandé la retraite, même la rupture définitive avec le monde, et considéré comme un état supérieur une vie cloîtrée, consacrée toute entière à la contemplation et à la prière. Les persécutions auxquelles elle avait été en butte de la part du monde et la dégradation morale où vivait la société expliquent, sans la justifier, le développement rapide des tendances monacales au moyen âge. L'enseignement évangélique, relativement aux rapports du chré-' tien avec le monde, est double : il doit se préserver des influences funestes du monde où il vit et y exercer une mission régénératrice. Il est évident que la première de ces obligations est la condition de la seconde ; les enfants de Dieu n'agiront efficacement sur le monde que s'ils ne sont point atteints ni afi'aiblis par son influence (1 Cor. II, 12), s'ils ne dépendent pas de lui (1 Cor. MI, 30), s'ils ne placent point leur affection en des choses visibles et passagères (2 Cor. IV, 18; Philip. III, 19; Colos. III, 2). De même que l'apôtre Paul, tout en combattant avec énergie les principes ascétiques de certains docteurs de son époque (Colos. III, 20.21 ; 1 Tim. IV, 3), se considérait lui-même, en tant que disciple de la croix du Christ, comme mort pour le monde (Gai. VI, 14), de même le chrétien, tout en vivant dans le monde, porte en lui un esprit absolument supérieur au monde; il ne se laisse ni diriger par ses maximes, ni pénétrer par son influence ; loin de devenir l'esclave du monde (1 Cor. VI, 12), il fait servir le monde et tout ce qu'il renferme à la gloire de