MONTAUBAN — MONTAZET
la bibliothèque du tribunal ; il s*empressa de les accepter, et apporta àHontauban une belle collection d'ouvrages utiles, rares et précieux.
M. Nicolas.
HONTAZET (Antoine Malvin de) naquit dans les environs d*Agen en 1712, et mourut à Paris le 3 mai 1788 à Tâge de soixante-seize ans. II embrassa la carrière ecclésiastique, et entra en relation avec M. de Fitz- James, alors évoque de Soissons, dont il adopta les sentiments. Ce prélat, connu par son éloîgnement pour les jésuites, le fit chanoine écolâtre de son église, grand vicaire de son diocèse, et lui procura la charge d*aumônier du roi. Montazet, devenu évoque d'Autunen 1748, se fit remarquer dans les assemblées du clergé par son talent et la puissance de sa parole. En 1750, il attirait, dans un discours éloquent, l'attention de ses collègues sur les progrès de l'incrédulité, et il en signalait les dangers avec autant de force que de pénétration. — On était alors dans le plein de la lutte au sujet de la bulle Uingeniius que ies parlements combattaient, et que la majorité du clergé embrassait avec cette étrange soumission qui n'est pas le fait le moins triste et le moins étonnant de son histoire ; la cour, tantôt favorable, tantôt hostile à Tun contre les autres, flottait tour à tour entre les voies de tolérance et les mesures de rigueur. Or, au sujet d'une réélection d'abbesse dans un couvent de sœurs hospitalières de la rue MouiTetard, il y eut conflit entre Tarchevôque de Paris, le fougueux M. de Beaumont, qui défendait formellement à ces religieuses de faire cette élection et le parlement qui, cassant l'interdiction du prélat, les y autorisait. Sur ces entrefaites, le siège primatial de Lyon étant devenu vacant par la mort du cardinal de Tencin (2 mars 1758), la cour y nomma M. de Montazet. On a dit, mais sans aucune preuve, que c'était à la condition que le nouvel archevêque s'engageât à casser, comme primat, l'ordonnance de l'archevêque de Paris. En tous cas, Montazet s'empressa de se prononcer dans le sens de la cour qui avait déjà exilé M. de Beaumont en Périgord. Nous voyons dès lors l'archevêque de Lyon prendre une position tranchée contre la bulle, se prononcer en faveur des « appelants » qu'il appelle autour de lui et dont il fait ses amis et ses conseillers les plus intimes, conduite qui semble être en harmonie du reste avec les débuts de sa carrière commencée, on s'en souvient, auprès de M. de Fitz- James. Une grande partie du clergé, surtout de celui des provinces, s'éleva contre M. de Montazet, ce qui ne semble pas avoir arrêté le prélat dans la voie qu il s'était tracée. C'est ainsi qu'on le voit, en 1762, publier un mandement de 212 pages in-12, sur V Histoire du peuple de Dieu, par le père Ben^uyer, jésuite, et dans lequel il censure l'ouvrage avec sévérité. Le mandement de M. de Fitz-James sur le même livre n'avait pas moins de 7 volumes in-12. On comprend qu'une histoire dans laquelle «'les patriarches prenaient quelquefois le ton des «Céladons », où les personnages emploient le langage « des ruelles, » selon Chaudon, ne pouvait trouver grâce devant des hommes comme Fitz-James et Montazet. En 1765, nous voyons encore l'archevêque de Lyon être l'un des quatre prélats qui refusèrent d'adhérer aux actes du clergé.
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Sont son influence, les jésuites qui tenaient le collège de la ville, faratt remplacés par les pères de TOratoire. N'ayant pu parvenir à enl&rer son séminaire aux prêtres de Saint-Sulpice, il fonda deux Bouveanx séminaires qu'il confia-aux oratoriens et à d'autres eccléâastiques jansénistes. M. de Montazet avait été reçu membre de TAcadémie française «n 1757 ; à sa mort, on lui donna pour successeur le chevalier de Bouffleps. Il avait été pourvu de deux abbayes, celles de Moustier en Argonne, et de Saint-Victor, à Paris. Ses biographes, pour Ifi plupart, sont favorables aux jésuites, et se montrent par conséquent très sobres d*éloges à son égard ; ne pouvant lui retirer toutes ses qualités. Us les atténuent autant qu'ils le peuvent, et semblent regretter d'être obligés de lui en reconnaître au moins quelques-unes. La vérité, c'est que Montazet fut un homme d'une nature élevée et généreuse, et l'un des prélats les plus recommandables de son siècle, par sa piété profonde, la pureté de ses mœurs, ses talents et son espriL Les trente années pendant lesquelles il occupa le siège de Lyon, ont laissé un souvenir plein de respect dans le clergé de ce diocèse, souvenir qui subsiste encore, malgré le triomphe actuel des idées hostiles à celles de ce prélat. Montazet, qui écrivait bien, a laissé un grand nombre de mandements, instructions et ordonnances dont nous ne pouvons parler ici; nous ne citerons que les ouvrages principaux de ce prélat: i"" Catéchisme, 1708; 2** i5rcvtaire nouveau, composé par ses ordres, 1776; 3** Institutions ihéologiques, Lyon, 1782, 6 vol. in-12, attribuées au père Yalla, mais toujours sous Tinlluence directe de Montazet: 4'' Rituel, 1787. A. Maulvault.
MONTBÉLIAEJ), chef-lieu de l'ancien comté du même nom, réuni à la France en 1793, actuellement sous-préfecture du département du Doubs. — Le Christianisme fut prêché dans le pays de Montbéliard dès la fin du second siècle par Ferréol et Ferjeux, envoyés par l'évèque de Lyon Irénée. De violentes persécutions anéantirent les résuliais de cette première mission, et ce n'est qu'à la fin du sixième siècle que Golumban reprit et mena à bonne fin l'œuvre commencée par ses prédécesseurs. ^— A l'époque de la Réformation, le comté de Montbéliaili appartenait depuis 1397 à la maison de Wurtemberg. Le duc Ulric, chassé de ses autres Etats par la ligue de Souabe, s'y réfugia en 1519. Il avait fait à Bàle la connaissance d'OËcolampade, et penchait pour les idées de la Réformation. Il désira les répandre dans son comté et appela auprès de lui d'abord Jean Gaylîng, théologien wurtembergeois, disciple de Luther, en qualité de chapelain, puis Guillaume Farel, qu'QEcolampadelui avait recommandé. Farel se mit immédiatement à l'œuvre, avec toute l'impétuosité de sa nature ardente, et obtint d'abord les plus grands succès. Il avait pour lui le dac et la plus grande partie de la population. Mais quelques seigneurs ée la cour et surtout les chanoines de l'Eglise de Saint-Maimbœuf ne tardèrent pas à lui faire une vive opposition. Bientôt les églises de Moatbéliard ne retentirent que du bruit des discussions que Farel fioatenait contre eux et contre un franciscain envoyé de Besançon IKttir le combattre. Farel réduisit ses adversnires au silence, et, mal-
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^ré I*excommunication lancée contre lui et ses adhérents par l'archevêque de Besançon, continua son œuvre avec le même succès. D'autres événements Tobligèrent pourtant bientôt à quitter son poste. Les cantons suisses catholiques, auxquels le duc Ulric avait demanda des secours pour rentrer en possession de ses Etats, lui enjoignirent, à rinstigation des autorités ecclésiastiques du comté de Bourgogne, d'avoir à renvoyer les prédicateurs hérétiques qui se trouvaient dan^ son comté; le duc dut céder. Gayling fut d'abord congédié (déc. 1524), pais, sur de nouvelles instances des cantons suisses, Farel dut quil- 1er Montbéliard jàn printemps de l'année suivante (mars 1525). Ce départ fut le signal d'une violente réaction en faveur du catholicisme. Peu après (1526) le duc Ulric céda l'administration de son comté h son frère George, alors mal disposé pour la Réformation ; la réaction ne rencontra pas d'obstacle, et, en 1529, l'archevêque de Besançon, croyant que toute trace d'hérésie avait disparu, leva l'interdit qui depuis deux ans pesait sur le comté. Cependant les idées du comte George s'étaient peu à peu modifiées ; devenu partisan de la Réforme, il appela à Montbéliard en 1535 Pierre Toussain qui reprit vigoureusement l'œuvre de Farel. Le mouvement se propagea rapidement de la ville aux campagnes environnantes. En 1538, le comte décréta i'abohtion de la messe et des cérémonies catholiques dans le comté de Montbéliard et les seigneuries de Biamont et d'Etobon. Le décret fut exécuté sans résistance: Toussain organisa les nouvelles Eglises et établit treize paroisses rurales qu'il pourvût de pasteurs. — En 1542, le duc Ulric retira à son frère George l'administration du comté et la confia à son His Chpistophe, et dès ce moment commença pour le comté de Montbéliard une période de luttes religieuses intestines qui durèrent plus d'un demi-siècle. Farel et Toussain avaient introduit dans le comté de Montbéliard les doctrines réformées, et les nouvelles Eglises étaient constamment en rapport avec les Eglises réformées de la Suisse. Au contraire, le duc Christophe était très attaché aux doctrines luthériennes, ainsi que ses chapelains et sa cour. Il s'efforça de faire prévaloir le luthéranisme dans tout le comté. Il Ût traduire en latin l'ordonnance ecclésiastique du Wurtemberg et la rendit obligatoire pour tous ses sujets du comté de Montbéliard. Les ministres présentèrent aussitôt leurs observations au duc qui n'en tint compte. Sur les conseils de Calvin, Toussain céda sur tous les points secondaires, mais demeura ferme sur tous les autres. Excommunié par le chapelain du duc, il quitta Montbéliard (1545) et la lutte continua avec une grande vivacité. On en appela au duc Ulric qui s'efforça de réconcilier les deux partis ; il publia un règlement basé sur des concessions réciproques et parvint à apaiser momentanément le débat. Toussain vint reprendre son poste (1546). La publication de l'Intérim dans le comté de Montbéliard (1548), la destitution de tous les pasteurs, à l'exception de Toussain et de ses collègues, qui en fut la suite, et leur remplacement par des prêtres catholiques, firent cesser naturellement toute velléité de lutte intestine jusqu'au traité de Passau (1552), qui ramena le libre
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exercice duculte protestant dans le comté de Montbéliard, et en même temps les querelles confessionnelles. Le comte George, à qui Christophe, devenu duc de Wurtemberg (1550), avait cédé en tonte souveraineté le comté de Montbéliard (1553), désirait unir les Eglises de son comté à celles du Wurtemberg, et voyait avec déplaisir les rapports que la plupart des pasteurs entretenaient avec la Suisse. Quelques-uns d*entre eux tenaient des réunions particulières, y célébraient la sainte cène en en excluant ceux qui ne partageaient pas leurs idées. Toussain fit des observations qui ne furent pas écoutées et, sur l'ordre du comte, quatre dns plus récalcitrants furent destitués et immédiatement remplacés. — La mort du comte George fit arriver la crise à rétataigu (1558). Il ne laissait qu'un fils, Frédéric, encore au berceau ; le conseil de régence, dirigé par le duc de Wurtemberg Christophe, et composé de zélés partisans du luthéranisme, voulut en finir avec toutes ces luttes et établir une bonne fois dans le comté Tunité doctrinale et liturgique. Il fit publier à Montbéliard (1560) un nouveau règlementecclésiastique conçu tout à fait dans le sens luthérien, et qui rencontra de la part des réformés la plus vive opposition. L'arrivée d'un grand nombre de réfugiés français renforça le parti antilutbérien, bien que les princes tuteurs ne leur aient permis le séjour à Montbéliard qu'à la condition de ne pas faire profession publique de leurs doctrines. Pour vaincre cette résistance, le conseil de régence destitua cinq pasteurs en 1563, et quatre en 1569. Le fils de Pierre Toussain, Daniel, qui, chassé par la persécution d'Orléans où il était pasteur, s était* réfugié à Montbéliard auprès de son père, et avait été nommé second pasteur de TEglise de Saint-Martin, fut sommé d'aller se justifier devant le conseil supérieur de Stuttgard des hérésies dont on l'accusait, et, sur son refus,, destitué en même temps que deux autres pasteurs (1571). Pierre Toussain lui-mênae, après trente six ans de services fut mis à la retraite et remplacé par un surintendant fanatique dont les violences surexcitèrent la population ; le conseil de régence jugea prudent de revenir à des voies plus douces. Un accord intervint: Toussain reprit ses fonctions ; mais sa santé avait été fortement ébranlée par toutes ces luttes, et il mourut Tannée suivante (1573) à l'âge de soixante-quinze ans. La paix ne fut pas de longue durée. Un grand nombre de protestants français s'étaient réfugiés à Montbéliard après le massacre de la Saint-Barthélémy. Charles IX demanda au conseil de régence l'extradition des fugitifs. Le conseil profila de la circonstance pour expulser tous les réfugiés ; les magistrats de Montbéliard en sauvèrent un certain nombre en leur accordant le droit de bourgeoisie. La lutte recommença plus vive que jamais ; le conseil de régence dut recourir de nouveau à la conciliation, éloigna le surintendant qui avait succédé à Toussain et ne se montra sévère que pour le ministre André Floret, qui persistait dans son opposition et qui fut destitué (1575). C'est sous l'administration du conseil de régence que les seigneuries d*Héricourt, du Chàtelot et de Climont, furent rattachées au comté de Montbéliard (1561) et converties au protestantisme (1562-1565). ^