‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 64 sur 157 · MONTBRUN - MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTBRUN - MONTESQUIEU

la tête (42 août), malgré le duc de Guise, qui voulait qu'on réchangeât contre Besme, Tassassin de Coligny. L'un de ses fils, Alexandre, marquis de Saint- André, prit une grande part à la dernière guerre religieuse sous Rohan. Voir La France proL 0. Douen.

MONTCALM (Louis de), frère de François de Montcalm, sieur de Saint-Véran et de Gandiac, appartenait à Tune des plus anciennes familles nobles du Midi, et était prieur du monastère de Milhau en Rouergue (Aveyron). Il embrassa ouvertement la Réforme en 1561, et toute la ville, y compris les moines et les prêtres (ces derniers au nombre de six), suivit son exemple. Le jacobin Jean Reyne devint chantre de TEglise réformée; les carmes Pierre Geniers et Jean Boet se firent serruriers, etc. Le 27 juillet 1563, les consuls, manants et habitants du lieu présentèrent au roi une requête tendant à ce que Texercice du nouveau culte fût continué dans le grand temple et dans réglise des jacobins. Ils affirmaient que, depuis environ deux ans, ce culte n'avait excité aucun trouble, et que les moines s'étant librement « démoinés » et les prêtres volontairement « déprêtrisés», nul ne réclamait contre la substitution du prêche à la messe. Un interrogatoire poursuivi de maison en maison par les gens du roi, ne lit qu'attester le fait de l'entier abandon du catholicisme. Les deux églises conservèrent donc leur nouvelle affectation. Louis de Montcalm avait consacré les deux tiers des revenus du prieuré à l'entretien des ministres et à la nourriture des pauvres, ne se réservant que l'autre tiers pour subvenir à ses besoins personnels. L'ex-prieur joua un grand rôle dans la direction des affaires protestantes, ayant été élu premier consul de Nîmes en 1588, 1597, 1607, et député à plusieurs assemblées politiques, entre autres à celle de Clairac en 1600. Il mourut en 1628. — Son neveu, Louis premier de Monlcalm, baron de Saint- Véran et de Gandiac, second fils de François et de Louise des Porcellets de Maillane, fut, dès 1613, conseiller à la chambre de l'édit de Gastres. Il avait déjà été chargé de plusieurs missions à la cour, lorsque le duc de Rohan le choisit pour négocier avec Richelieu la paix d'Alais (1629), qui fit cesser pour près d'un siècle les guerres de religion et mit les réformés, désormais privés de places de sûreté et obligés de raser les fortifications de leurs villes, à la merci du despotisme royal s'acheminant peu à peu vers la révocation de l'édit de Nantes. Les services qu'il rendit au cardinal en diverses circonstances lui valurent une charge de conseiller d'Etat qu'il remplit jusqu'en 1644, date de sa mort. Ses descendants abjurèrent le protestantisme en 1685. — \oir le Bullet. de VMst, du proi.y IX, 382; XI, 376, et la France proL 0. Douen.

MONTESQUIEU (Gharles de Secondât, baron delà Brède et de), aussi profond penseur que remarquable écrivain, a été l'un des hommes de génie de notre dix-huitième siècle. Son grand ouvrage fut, ne disons pas avec d'imprudents et trop hardis admirateurs, le premier, à une époque où vivaient Voltaire et Rousseau, mais l'un des meilleurs, de la Régence à la Révolution, l'un de ceux qu'il faut appeler rares dans tous les temps. On s'attendrait, dans un siècle qui s'im-

posait comme une loi, sur tous les points, religion, politique, choix des modèles en littérature, de contredire le précédent, à trouver un homme de ce mérite en première ligne dans Tun des camps opposés. Erreur. Son style, on ne dit pas la fiction romanesque, Tallure assez libre et la négligence habituellement voulue de tel livre qu'il a pu donner au public, mais, exactement, sa manière d'écrire, fait penser, en appelant d'inévitables comparaisons, aux auteurs de la grande époque antérieure. Il se distingue des philosophes par la religion, quoiqu'il ne soit plus religieux à la manière de Pascal ou de Bossuet; et, s'il critique la monarchie, c'est pour la sauver en la réformant, non pour la renverser. Ainsi VEncyctopédie et les philosophes, pour un seul article qu'il leur donna, YEssai sur le goût, ont eu tort de le réclamer comme l'un des leurs. C'est un esprit original qui reste indépendant, en dehors et, mieux, au-dessus de tout parti et de toute école. Son genre même est difficile à définir. Il est tour à tour historien, savant en jurisprudence, philosophe et moraliste, mais en passant, et tandis qu'il s'applique à exposer ce qu'on a eu raison de regarder comme le fond, l'unité réelle de son œuvre, sous une diversité apparente et malgré les tons variés, la philosophie des lois. Il importait de commencer par assigner ainsi à Montesquieu son rôle et sa vraie place. Pour deux raisons : d'abord parce que, dans ce dixhuitième siècle, aux premiers jours de ce qu'on a appelé les « temps nouveaux, » à propos de toute remarquable publication, se posaitpresque invariablement la question première : philosophie incrédule ou religion? et de plus, parce que l'ancienne querelle continuant encore aujourd'hui, un hommeide génie qui comprit la religion et sut reconnaître le bien qu'elle fait, vaut certes la peine que le spiritualisme contemporain le réclame et se serve contre les matérialistes de ses déclarations expresses ou de ses opinions. Interrogeons-le avec discrétion, toutefois, et bornons-nous à le consulter. S'il a du goût pour la satire, c'est parce qu'il est homme d'esprit; il n'est pas homme de combat. Voici comment il s'est dépeint lui-même : « L'étude est pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. Je m'éveille avec la joie de voir la lumière; je vois la lumière avec une espèce de ravissement, et tout le reste du jour je suis content. Je n'ai jamais été tenté de faire un couplet de chanson contre qui que ce soit; j'ai fait en ma vie bien des sottises et jamais de méchancetés. » Un tel homme doit vivre à l'écart. Jamais le lecteur ne pensera de lui ce qu'on disait de Voltaire, que sa plume était une épée. Que ferait-il dans la mêlée des partis? Faut-il pousser plus loin la critique, faut-il dire (on est allé jusque-là, et physiquement^ d'après la médaille de Dassier, son regard droit et vif, mais sans chaleur, éclairant une figure anguleuse dont l'expression habituelle est une inaltérable sérénité, semblerait justifier une telle opinion) qu'il manquait de sentiment, de cœur 1 Les uns ont pensé qu'après avoir racheté et rendu à ses enfants un père tombé en esclavage, il n'aurait pas dû refuser les remerciements du fils, en affectant de ne le point connaître. Les

autres ont vu en lui, dans cette occasion (Mercier, dans sa pièce, Montesquieu à Marseille), un modèle de charité discrète, de bienfaisance désintéressée. Peut-être ; mais n'oublions pas qu'il y a des obligés, quand on leur a fait accueil, dont il est bien difficile de se débarrasser ! Quoiqu'il en soit, il est vrai de dire que Montesquieu est en tout un peu froid, dans l'action, dans les sentiments, dans la religion, dans la polémique ; bien qu'il vienne du Midi, il a la fécondité, l'imagination, non la grâce de Montaigne; bien qu'il pense et parle à merveille, on ne sait quelle gravité qu'il faudrait appeler hénéditaire dans ces familles où l'on est, soit conseiller, soit même président à mortier de père en fils, le dispose à éviter l'enthousiasme» quand il serait en effet nécessaire de s'émouvoir, et l'empêche d'être éloquent; on a bien dit, en un mot, qu'en lui, tout ce qu'il y a d'excellent se trouve dans l'esprit. Or, c'est par là même que son témoignage en faveur de la religion est moins suspect et plus précieux. Il n'en est guère, quoiqu'on ne l'avoue pas volontiers, de plus décidé et de plus net que le sien. — Il était né au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689. Gomme il devait être magistrat, on lui mit dans les mains des livres de droit. « J'en cherchais l'esprit, » dit-il simplement. En 1716, à l'âge de vingt-sept ans, après être entré d'abord comme conseiller dans le parlement de Bordeaux, il était déjà président à mortier; et cinq ans plus tard, en 1721, il avait quitté son siège, il était à Paris, il publiait les Lettres persanes^ et il se décidait à vendre sa charge. Ceux qui le connaissaient furent surpris de voir qu'il employait les années de sa jeunesse à s'occuper de religion, de sciences, d'histoire, d'analyse et d'observations au mi« croscope, de tout, en un mot, excepté de procédure. Un livre (non publié) destiné à fournir la preuveque l'idolâtrie des païens ne mérite pas une damnation étemelle, une Histoire physique de la terre ancienne et moderne (1719), un Eloge du duc de la Force, et une Vie du maréchal de Berwick, était-ce là ce qu'on devait attendre d'un président? Il a écrit depuis, ce mot, l'un de ces aveux qu'on no fait que plus tard, après avoir obtenu quelque succès décisif dans la nouvelle carrière où l'on est entré : « Quant à mon métier de président, j'ai le cœur très droit, je comprenais assez les questions en elles-mêmes ; mais, quant à la procédure, je n'y entendais rien. » C'est sincère et c'est parfaitement clair. A partir de ce. moment-là, le président disparaît pour faire place à l'écrivain. On a dit, non sans conviction et sans autorité : « Les Lettres persanes sont un des livres de génie qu'a produits notre littérature. » Ce n'est pas exact. Il faut lire : l'un des livres où s'annonce le génie, la puissance d'observation et de réflexion d'an vrai philosophe qui doit en faire de plus importants et de supérieurs. Il y a certes des rapports frappants entre Montesquieu et Labruyère, des traits communs, et jusqu'à la division en fragments ou petits chapitres; mais il ne faut pas s'écrier, dès qu'on va rencontrer, non pas même un portrait, mais une esquisse spirituelle, un léger crayon dans les Lettres persanes, que cela vaut Labruyère et que l'auteur des Caractères n'a pas fait mieux. Ce qu'on peut dire de

plus juste en faveur du premier livre important de Montesquieu, c'est qu'on y trouve en germe ce qui va être merveilleusement développé dans Y Esprit des loiSj questions religieuses et législation. Sur cent soixante lettres environ, il en consacre un tiers au moins aux lois et h la religion. Il faudrait bien y chercher la pensée de rauteursi c'était son principal ouvrage. Mais ce n'est pas le cas, et Ton ne risque guère de se tromper en étendant à ce roman écrit sous forme de correspondance familière, ce que La Harpe a dit du Temple de Gnide (1725) : « C'est un aigle qui voltige dans les bocages; on sent qu'il y est gêné et qu'il resserre avec peine un vol fait pour les hauteurs des montagnes et l'immensité des cieux. » — Tout ce qu'il a?ait de force réelle, d'art et d'observation, Montesquieu l'a concentré dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1 vol. in-12, Paris, 1734), qui lui ont valu d'être glorieusement nommé le Tacite français. Ni Polybe parmi les anciens, ni Machiavel, Saint-Réal, ou Saint-Evremond, quand ils se proposaient d'arriver au même but en racontant la même histoire, n'avaient réuni dans les pages qu'ils écrivirent autant de mérites divers. Il n'y a qu'un sérieux défaut: l'auteur, qui connaît à fond les anciens et qui déploie dans cet ouvrage une évidente et profonde érudition, a ignoré les recherches et les découvertes de la critique moderne. Il parle, il disserte, il raisonne sur Tite-Live et d'après lui. Il prête l'autorité d'un fait à mainte fable de Plutarque. Que n'a-t-il pu consulter Niebuhr, aux bons endroits? Mais ce qui sauvera son livre de l'oubli, tant qu'il y aura une langue française, c'est le style. Il choisit la forme oratoire, comme Bossuet dans le Discours sur V Histoire universelle. On a écrit partout que ces deux compositions ont entre elles des rapports frappants. Naturellement. Raconter la gloire et la chute de Rome sous forme de discours, n'est-ce pas écrire une oraison funèbre ? Les décadences succédant aux grandeurs n'est-ce pas, pour l'un et Pautre écrivain abordant un tel sujet, l'éternelle leçon qui vient de l'homme à l'homme, et la trame de l'histoire? Mais de vrais critiques, des érudits à la vérité plus connaisseurs en livres qu'en discours (c'est leur excuse) ont-ils bien pu écrire que le style est heurté, contraint, sans la variété, la souplesse et l'harmonie indispensables à l'historien? Qu'on lise les chapitres consacrés à Mithridate et à Tibère. Il y a dans le style une véritable allure d'épopée, et dans le récit, dans l'ensemble, la marche d'une tragédie. On dit que la couleur manque. Il est vrai que l'auteur, dans ce sérieux ouvrage, ne la prodigue pas. Mais sincèrement, dire que Mithridate, loin de céder à la crainte « dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné, » et que le Romain déchu en était venu sous Tibère « à s'affliger, comme les enfants et les femmes qui se désolent par le sentiment de leur faiblesse, » est-ce employer des images faibles ou communes ? Sainte- Beuve, qui n'a rencontré nulle part plus souvent que dans ses artiticles sur Montesquieu, les bonnes fortunes de style, a écrit en vrai poète : (( Dans la pensée de Montesquieu, au moment où on s'y attend

le moins, tout à coup la cime se dore. » Ajoutons que la supériorité qu'il faut reconnaître à Bossuet, malgré tout, tient à ces deux choses, premièrement à ce qu'il a la grande habitude des discours, et surtout à ce que la main de Dieu est partout dans son histoire, en sorte qu'il ne manque pas de relever l'homme après l'avoir abaissé, et de faire briller à ses yeux une sublime espérance.— Dans C Esprit des /om(1748), il faut moins s'arrêter à la forme, parce que o'est le philosophe et non spécialement l'écrivain qui tient la plume. Il avait médité longuement cet ouvrage, après avoir pris la peine d'aller étudier pendant quatre ans dans les pays étrangers, ou de critiquer sur les bons documents la législation de tous les peuples. S'il y a un nombre infini de lois, il n'y a que trois types de gouvernements sous lesquels on les retrouve avec d^névitables variétés d'application : le républicain, le monarchique et le despotique. Le rapport de ces lois avec la force offensive ou défensive, la liberté politique, la nature du climat ou du terrain, l'esprit général en môme temps que les mœurs et les manières, le commerce, le nombre des habitants, la religion de chaque pays, et, à la fin, le moyen de les bien composer ; voilà ce qui se trouve développé dans les trente et un livres de ce grand travail. Bornons les remarques qui vont suivre aux livres XXIII et XXIV sur la religion ; oublions mêipe qu'il y a çà et là dans les Œuvres .complètes de bien plaisantes épigrammes sur les moines et sur les théologiens, « qui sont dans l'impuissance par eux-mêmes d'accommoder jamais leurs différents, en sorte, comme on voit quand on essaie de les rapprocher, une hydre de dispute qui renaît sans cesse, qu'ils ne se seront jamais accommodés qu'à la' fin du monde. )> Il réfute comme un sophisme l'affirmation paradoxale de Bayle, qu'il vaut mieux être athée qu'idolâtre; car, de l'idée que Dieu n'est pas, résulterait notre complète indépendance ; «c'est aussi mal raisonner, ajoute-t-il, que de rassembler une longue énumération des maux que la religion a produits, si l'on ne procède de même à celle des biens qu'elle a faits. » On allait répétant qu'il n'était spiritualiste qu'à la manière des stoïciens qu'il admire. Pour avoir sa réponse, il n'y a qu'à lire ces lignes: « Quand l'immortalité de l'âme serait une erreur, je serais fâché de ne pas la croire. J'avoue que je ne suis pas si humble que les athées. Je suis charmé de me croire immortel... Indépendamment des idées révélées^ les idées métaphysiques me donnent une très forte espérance de mon bonheur éternel. » Le mot « révélées » est significatif. Il va même (livre XXIII, ch. xiii) jusqu'à expliquer les peines étemelles, parce que s'il n'y a pas de crime inexpiable, dans le christianisme, une vie tout entière peut l'être. Comparant les deux religions, catholicisme et protestantisme, Montesquieu prédit que les protestants actifs, commerçants, n'imposant jamais le célibat, deviendront plus riches et plus puissants, tandis qu'il n'est pas possible que le christianisme subsiste encore en Europe cinq cents ans. La rèligioa catholique convient mieux à une monarchie, et la religion protestante, à cause de l'esprit d'indépendance et de liberté, convient mieux à une république. Si Luther et Calvin diffèrent entre eux, c'est qu'ils ont suivi,

chacun dans le pays où il vivait, le plan de TEtat politique. Chaquii Eglise d'ailleurs peut se croire la plus parfaite, la calviniste se jugeant plus conforme à ce que Jésus-Christ avait dit, et la luthérienne à ce que les apôtres avaient fait. N'est-ce pas bien jugef ? Les plus sensées' et les plus justes critiques sont encore dirigées contre la vie contemplative, les richesses excessives du clergé, les empiétements du droit canonique sur le droit civil et Tinfaillibilité. La tolérance est partout recommandée. Bayle, pour avoir avancé, qu'une société de chrétiens ne pourrait pas subsister, est attaqué de nouveau par Fauteur de VEspriL des lois qui s'étonne qu'on puisse imputer à ce grand homme d'avoir méconnu l'esprit de sa propre religion. Et voici pour finir la loi et les prophètes : « Chose admirable I la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » — L'ouvrage, dont l'impression et la publication furent surveillées par le pasteur Jacob Vernet, avait paru à Genève en 1748, chez Barillon, 2 vol. in-12. 11 avait trop de réelle valeur pour n'être pas attaqué de toutes parts. « C'est de l'esprit sur les lois, » dit M"» du DelTant, qui, ce jour-là, n'en eut guères. Voltaire fit, principalement pour relever quelques erreurs en histoire, un commentaire qu'on trouve imprimé dans la partie de ses œuvres qui a pour titre ; Législation. Plus tard, Destutt de Tracy et Condorcet réunirent dans un môme livre leurs critiques sur V Esprit des loîs^ une réfutation hostile et systématique à tel point qu'un lecteur de bonne foi lui refusera sans hésiter toute confiance et toute valeur. Un recueil hebdomadaire, les Nouvelles ecclésiustiques, dont le titre indique assez l'esprit, accusa Montesquieu d'athéisme. La Sorbonne s'empara de V Esprit des lois pour l'examiner, et l'auteur dut fournir des explications. D'Alembert, dans son Eloye^ suivi d'une excellente analysej dédaigne de répondre à ces accusations qui partaient surtout des rangs du clergé. Il accable de son mépris les adversaires de mauvaise foi qu'il va jusqu'à traiter de « vils insectes; » et Voltaire ajoute pour qu'on sache de quelle espèce d'insectes il peut bien être ques« tion, « qui sucent notre sang. » Il fallut répondre. La Déftnse de VEsprit des lois parut, en vingt pages in-8 ; c'était beaucoup pour réfuter de pareilles inepties. On croit rêver en lisant dans les Nouvelles ecclésiastiques que l'écrivain est accusé à la fois de spinosisme et de déisme, convaincu d'avoir, au grand scandale des gens de bien, appelé Bayle <( grand homme », lui qui l'avait réfuté, et d'avoir expressément méconnu la saine doctrine orthodoxe, en parlant de l'influence du climat, de la tolérance, du célibat et de l'usure. La Sorbonne, dans cette circonstance (ne lui refusons pas cet éloge qu'elle a mérité rarement) fut assez bien inspirée pour laisser tomber l'accusation et pour épargner ses censures à celui qui venait d'honorer le pays, en lui donnant après vingt ans d'études le produit de son patient labeur. D'ailleurs, si la querelle se fût prolongée, Montesquieu aurait été forcé de laisser à d'autres le soin de répondre. Il était presque aveugle, et, ce qui lui restait de lumière, ainsi qu'il le dit mélancoliquement à ses amis, « n'était que l'aurore du jour où ses yeux allaient se fermer

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