MONTESQUIEU — MONTFAUCON
pour jamais ». Son dernier mot, dicté par Timpatience, fut à l'adresse du curé et des jésuites, les pères Routh et Castel, qui le pressaient de revenir sur quelques opinions exprimées et de reconnaître de prétendues erreurs : << Je veux tout sacrifier à la religion et rien aux jésuites. »11 mourut à Paris le 10 février 1755. Sincère admirateur de la constitution anglaise, libéral avec sagesse, auteur de la théorie sur la séparation des pouvoirs divisés en législatif, exécutif et judiciaire, dont notre droit moderne s'est toujours inspiré et qui a passé dans nos récentes constitutions; ami dans les questions criminelles de lois pénales humaines sans faiblesse et larges sans utopies ; possédant déjà en matière de prêt, de divorce, de peine capitale, de liberté ou de protection commerciale, des doctrines qu'on n'a pas encore dépassées, il semblait qu'il dût avoir une grande influence sur les lois et la politique de notre pays. Mais la première république vint déconcerter toutes les prévisions. La Révolution s'inspira de Jean-Jacques Rousseau qui parlait de souveraineté nationale. En 1814, quand on fit la charte, il était trop tard pour revenir à ces principes dans leur ensemble et les expliquer. Qui voudrait dire, en pensant aux crises politiques qu'il nous a fallu traverser dans ce siècle, qu'il n'y avait pas lieu de le regretter? — Voyez D'Alembert, Eloge de Montesquieu, t. V de V Encyclopédie y ou, dans les Œuvres de M. de Montesquieu, 3 vol. in-4", Amsterdam et Leipzig, 1758; Deleyre, V Esprit de Montesquieu, 1 vol. in-12, Paris, 1758; Dupin, Observations sur L'Esprit des his, 3 vol. in-8°, Paris, 1758 ; Fréron, Lettres sur quelques écrits de ce temps, suivies do V Année littéraire, 8 vol. in-12, Paris, 1754 ; les Nouvelles ecclésiaf^tiqttes, recueil hebd. in-8°, impr. roy., n" du 9 et du 16 octobre 1749, ex libris abatiae Sanctae Genovefae ; Voltaire, Commentaire sur l'Esprit des lois, t. XXII des Œuvres complètes, édit. Perronneau, 60 vol. in-8°, Paris, 1818; le comte Destutt de Tracy, Elude sur V Esprit des lois suivie des Obsei*valions de Condorcet, 1 vol. in-8*, Paris, 1819; Villemain, Eloge de Montesquieu, couronné à l'Académie française le 25 août 1816; Maurice Meyer, Etudes critiques, 1 vol. in-lî, Paris, 1850; Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VII, in-12, Paris, 1853. J. Arboux.
HONTFAnGON (Bernard de) est né le 13 janvier 1655 dans un château près de Narbonne. Il appartenait à la plus haute noblesse du pays, et, après des études brillantes, il embrassa, pour plaire à ses parents, la carrière des armes et fît plusieurs campagnes sous les ordres de Turenne. En 1676, la mort de ses parents lui permit de réaliser un projet qu'il avait conçu dès sa j<îunesse et de renoncer au monde. 11 prononça ses vœux à Toulouse dans une abbaye bénédictine et fut envoyé successivement à Sorèze et à La Grasse, où il joignit à ses études historiques et philosophiques la revision et la correction de la traduction latine des Pères grecs. La variété de ses connaissances, l'étendue de ses lectures, la finesse de son esprit critique, la possession de plusieurs langues anciennes et modernes attirèrent bientôt sur ses travaux l'attention de ses supérieurs. Dom Martin le signala au prieur de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés,