‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 67 sur 157 · MONTGERON · texte numérisé non relu

MONTGERON

ment, mais d'une de ces tendresses aveugles qui perdent les enfants, le laissa grandir sans s'occuper de son éducation morale. Jouissant d'une liberté sans. limites, dont il usait sans contrôle, le jeune Carré s'abandonna à tous les mauvais penchants d'une nature ardente et passionnée. Bientôt môme il se précipita dans le désordre le plus effréné et s'y laissa emporter avec une fougue insensée. De plus, pour se soustraire aux reproches de sa conscience et aux menaces delà justice de Dieu, il voulut cesser de croire aux doctrines religieuses du christianisme, pour ne garder qu'une vaine croyance de déiste. Toutefois, n'ayant encore que vingt-cinq ans (1711), il acheta une charge de conseiller au Parlement où ses talents naturels et son esprit lui obtinrent un certain succès. En 1719, il vit sa fortune déjà considérable, s'augmenter par des successions diverses dont il hérita, et ne vit dans cet accroissement de richesses qu'un moyen de se livrer à la dissipation avec plus de facilité. L'heure approchait cependant où le fougueux et profane conseiller allait être terrassé par un événement qui devait changer le caractère de sa vie tout entière. S'étant rendu le 7 septembre 1731 au cimetière de Saint-Médard pour y visiter le tombeau du diacre Paris, où s'accomplissaient chaque jour, disait-on, des prodiges et des miraclçs sur les convulsionnaires, il y fut témoin de faits qui le convainquirent de la puissance de Dieu, quoiqu'il fût d'ailleurs venu avec les sentiments d'incrédulité railleuse d'un mondain sceptique et léger. « Dès ce moment, dit-il lui-même, plusieurs pensées se développèrent successivement dans mon esprit el m'occupèrent si fort que je restai immobile et à genoux pendant quatre heures, sans que la presse qui m'accablait et me foulait de toutes parts pût suspendre ou affaiblir l'attention profonde dans laquelle mon âme était comme absorbée. » — Nous n'aVbns point à traiter ici de la réalité ou de Tillusion de ces prodiges, ni à nous prononcer dans un sens déterminé sur les miracles de Saint-Médard ; ce qu'il y a de certain, c'est que leur vue agit si puissamment sur Montgeron, qu'après ses quatre heures de prière recueillie, il se releva un autre homme et pleinement converti. Ces phénomènes qui aujourd'hui encore demeurent inexpliqués se produisent généralement quand les âmes sont comme acculées aux suprêmes efforts des dernières luttes; camisards et convulsionnaires, se rapprochent et se confondent même par des traits communs de ressemblance. Le désespoir fait sortir les facultés morales de leur état ordinaire et les . jette dans des écarts qui peuvent devenir tour à tour sublimes ou insensés. Pendant l'année qui suivit celle de sa conversion, Montgeron se vit contraint de quitter Paris, à l'occasion des démaêlés entçe la cour et le parlement ; exilé en Auvergne, il commença un ouvrage qu'il continua pendant toute sa vie, et qu'il destinait à pnjuver la réalité des miracleà accomplis par l'intercession du diacre Paris. En 1737, il voulut en présenter lui-même le premier volume au roi Louis XY ; mal lui en prit, car, d'après les conseils du cardinal de Fleury, le roi fit mettre l'auteur à la Bastille d'où il fut successivement transféré à Villeneuve-lès-Avignon, à Viviers et enfin à Valence

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