MAUR — MAURES
naer les Annales. Dom Germain avait résolu de faire connaître, par des notices particulières, accompagnées de planches, toutes les maisons qui avaient accepté la réforme de saint Maur. Le manuscrit de son ouvrage nous a été en grande partie conservé dans deux* volumes de la Bibliothèque nationale, et les planches ont été reproduites dans le bel ouvrage de M. Peigné-Delacourt : Monasticon GaUicanum^ Paris, 1871, 2 vol. in-4^. M. L. Delisle, qui a donné dans le Cabinet des manuscrits (II, 1874, p. 59) le tableau des grandes collections manuscrites formées par les bénédictins, a ajouté au Monasticon une introduction comme seul il pouvait récrire (voyez aussi. Gourajod, Et. iconogr. sur la topogr. eccL de la Fr. aux dix-septième et dix-hiiitième siècles: le Mon. Gallic, P., 1869, in-f*.}. Les mauriniens ont été accusés de tendances séculières; on peut juger de leur esprit de liberté par leur attachement à Port-Royal, et par Topposition qu'il firent à la bulle l/nigenitus (Gerberon, Ilist. du Jansén., 1700, 3 vol. in-12; Le Cerf, ffist. de la Const, Unig,, en ce qui regarde la congr, de Saint M.^ 1736, in-12). Il nous suffira de rappeler la lettre par laquelle dom Bessin, recommandant Basnage à dom Ruînart, le priait <c de ne pas faire attention à la qualité d'étranger et de protestant de ce savant, maintenant Hollandais. » L'ordre des bénédictins, dissous par la Révolution, a retrouvé en France quelque \ie par la résurrection qu'en a tentée en 1837, l'abbé de Solesmes, dom Prosper Guéranger. La Congrégation de France a produit un savant illustre, le cardinal Pitra ; mais il nous sera permis de ne pas nommer les savants qui la représentent aujourd'hui parmi nous. S. Berger.
MAURES (en Espagne). Le nom de Maures, qui aujourd'hui désigne les indigènes du JMIaroc, de l'Algérie et du Bilédulgérid, a été appliqué aux conquérants de l'Espagne. Ce furent des Berbers qui, unis à des tribus arabes yéménites, s'emparèrent, en 710 et en 711, après la bataille de Xérès de la Frontera, des plaines fertiles de l'Andalousie. Roderic, le dernier roi des Yisigoths, avait outragé la fille du gouverneur de Geuta, Julien. Pour venger cette injure, ce dernier implora le secours du chef de la* province d'Afrique, Mousà ibn-Noçair^ qui, continuant la course victorieuse de ses généraux Abou-Zora Tarif et Tàric ibn-Ziyâd, étendit au loin les frontières de Fempire musulman. Sous les coups de cet ennemi redoutable, l'empire des Yisigoths s'effondra, les villes ouvrirent leurs portes, les provinces se soumirent, et le flot envahisseur ne s'arrêta que devant les armes victorieuses de Charles-Martel (732). Los Espagnols virent avec indi£férence et quelquefois même avec plaisir le changement que l'invasion opéra dans le pays. La condition du peuple resta oe qu'elle avait toujours été ; mais l'abjuration de la foi chrétienne ouvrait au serf la perspective de la liberté. Les grands furent privés de leur influence; mais, par des traités avantageux, ils parvinrent à sauvegarder leurs intérêts. Seul, le clergé perdit, avec ses droits, la position privilégiée qu'il avait su conquérir, après la conversion du roi Reccared (589), par Fhabileté et les qualités éminentes de ses représentants. Sa chute ne provoqua pas de regrets. Car si les évêques, comme Masone de
Mérîda (571-606), avaient montré, à Tépoque de leur abaissement sous les rois visigoths ariens, une sollicitude infatigable pour les opprimés et les déshérités de la terre, et avaient flatté les aspirations des colons à la liberté, ils oublièrent leurs promesses quand, arrivés au pouvoir, ils furent en état de les accomplir. — Dans les premiers temps de la domination arabe, TEspagne, rattachée à la province d'Afrique, fut, comme cette dernière, le théâtre de luttes incessantes et de rivalités innombrables. Les victoires et Tascendant du Prophète avaient donné Tunité aux tribus arabes. Mais la paix ne fut que de courte durée. Bientôt après sa mort (632), Tantagonisme de tribus et de mœurs qui, dès Torigine, avait divisé les peuplades nomades et agricoles de TArabie, se réveilla plus ardent et plus implacable que jamais. Deux partis se trouvaient en présence : les yéménites el les maâdites, les kelbites et les caisites. Dans les diverses. provinces, ils luttèrent, sous des noms divers, pour Thégémonie. Les yéménites et les kelbites s'unirent contre les maâdites et les caisites. Des passions politiques aggravèrent ces dissensions politiques. Partisans d'Ali, les chiites rejetaient les trois califes qui ont régné avant le gendre du Prophète. Les sonnites, par contre, acceptaient la tradition non interrompue du califat. Enfin, dans le domaine de la pensée, les motazales se détachèrent de l'orthodoxie de l'école, nièrent la prédestination absolue et enseignèrent la liberté humaine. — En Espagne, les Berbcrs, relégués dans les plaines arides de la Manche et de l'Ëstramadure, et les montagnes de Léon, de Galice et d'Asturie, se révoltèrent contre les Arabes qui, unis par le danger commun, se divisèrent après la victoire.» L'armée syrienne qui, victorieuse des Bnrbers d'Afrique, vint secourir ses compatriotes menacés, réclama sa part du butin et exigea une nouvelle répartition du territoire. La Péninsule devint alors un champ clos où les partis politiques et religieux, les tribus et les familles ne cessaient de se combattre et de s'entre-déchirer. Ce furent ces divisions qui facilitèrent au dernier des Ommiades la conquête du pays. Echappé, comme par miracle, aux mains des Abbassides, Abderrahman P^ releva en Occident le trône que sa famille avait perdu en Orient ; et ni la révolte des Berbers, ni les hostilités de chefs indomptables, ni l'intervention de Charlemagne, dont la vallée de Roncevaux conserva le sanglant et glorieux souvenir, ne purent ébranler son pouvoir. Mais cette vie de guerres et de luttes incessantes assombrit son caractère. Il devint défiant et cruel, et ne régna que par la terreur. Sous Hichâm (787), Hacam (796), Abderrahman II (822-852) et leurs successeurs, de nombreux ennemis menacent l'avenir du califat. Les renégats, soulevés par des faquis fanatiques, font courir à Hacam les plus grands dangers. L'héroïsme des Mozarabes (voy. l'art.) ranime Topposition des chrétiens ; et Omar ibn- Hafçoun, un chef vaillant, aussi intelligent qu'infatigable, rallie tous les éléments hostiles et trouve auprès des grandes familles arabes un accueil bienveillant et empressé. C'est alors que Abderrahman III (912-961) restaure la puissance monarchique et, prenant le titre de calife» fait de Gordoue la digne rivale de Bagdad. Victorieux dan&
toutes ses expéditions, il tient tôte aux Fatimides d'Afrique, une dynastie nouvelle, née du mouvement ismaëlien, et aux royaumes chrétiens qui, profitant de Témigration des Berbers, amenée par la grande famine de 750, et de la faiblesse croissante du califat^ avaient pris au nord une grande extension. Sous son règne, Tagriculture, rindustrie et le commerce se développent, les lettres, les sciences et les arts fleurissent, et les relations avec les nations étrangères se multiplient. La gloire d'Abderrahman s*étend au loin. Des ambassades de Constantinople, d'Allemagne, d'Italie et de France portent les hommages des puissances au calife victorieux, et Sancho le Gros vient à Cordoue et implore le secours de ses médecins et de ses armes. Cordoue, à cette époque, compte un demi-million d'habitants, trois mille mosquées, cent treize mille maisons, trois cents maisons de bain, des palais superbes et vingt-huit faubourgs. Dans les environs s'élève, dans l'espace de peu d'années, la brillante ville de Zahrâ, avec ses palais innombrables, ses halles éblouissantes et ses jardins somptueux, où le faste oriental invite à la jouissance et au plaisir. Au dire des historiens, l'aisance est si grande et si générale que tout le monde va à mulet. Un système hydraulique, admirablement organisé, porte la fertilité dans les contrées arides, et, dans les campagnes et dans les villes, règne la prospérité et le contentement. La culture intellectuelle du peuple n'est pas négligée. Hacam II (961-976) fonde une grande et belle bibliothèque qui compte quatre cent mille volumes et fait Tadmiration de son temps. Sonpalais»se métamorphose en un atelier où l'on ne rencontre que copistes, relieurs, enlumineurs. Vingtrsept écoles primaires donnent une instruction gratuite. Sous son règne, tout le monde sait lire et écrire. Abou-'l-Faradj Isfah'àiii publie une belle collection des poètes et des chanteurs arabes les plus illustres, et, dans les salles adjacentes à la grande mosquée de Gordoue, Abou-Becr ibn-Moâwia donne des cours sur Mahomet, Abou-Ali Calî de Bagdad sur les antiquités arabes, Ibn-al-Coutia sur la grammaire. Plusieurs milliers d'étudiants se groupent journellement autour de nombreux et d'illustres professeurs, et, après avoir terminé leurs études, les plus doués d'entre eux vont visiter les grands centres de l'Orient. Régnant au nom de Hichâm II (976-1009), l'ambitieux Mohammed ibn-abîAmîr continue les traditions glorieuses des règnes précédents. Cet homme de génie, connu dans l'histoire sous le nom d'Almanzor, qui, de simple rédacteur de requêtes, s'élève, grâce à la faveur'de la sultane Aurore, aux plus hautes dignités de TEtat, déjoue toutes les intrigues ourdies contre lui, abaisse les princes des royaumes du Nord, dévaste les sanctuaires et les églises, et fait travailler les esclaves chrétiens, les fers aux pieds, à l'agrandissement de la mosquée de Cordoue. La ville de Zahira, qu*il fonde, éclipse la gloire ^e Zahrâ, et la terreur que son nom inspire se reflète dans le souvenir qu'un moine lui coQsacre dans sa chronique : « Dans l'année 1002, ditril, mourut Almanzor ; il fut enseveli dans l'enfer. » Mais cette civilisation si riche et si brillante manquait de solides assises. Sous le règne d'Almanzor se manifestèrent
les signes précurseurs de la décadence du califat. Pour se maintenir au pouvoir, Thabile hâdjib afficha un fanatisme sombre et étroit. Il livra la belle bibliothèque de Hacam aux faquis, avec Tordre d'en élaguer tous les livres nuisibles à la foi, et flatta toutes lès mauvaises passions et tous les instincts vulgaires du peuple. Le système de corruption auquel il eut recours mina Tautorité et amena la désorganisation du califat. Après sa mort, Tesprit de parti reparut et les gouverneurs se proclamèrent indépendants. Les étrangers auxquels le soupçonneux Abderrahman III avait confié toutes les charges de TEtat et qui formaient le parti des Slaves, les Berbers, les Amirides, descendants d'AImanzor, les Ommiades et les Hammoudites se disputèrent le pouvoir, sans parvenir à fonder rien de durable. Au sein de cette anarchie profonde, les lettres, la poésie et les arts trouvèrent un asile à la cour des princes de Tolède, de Sénlle, de Grenade, d'AImérie, de Murcie, de Valence et de Saragosse. Arrivé à une position élevée, le juif Samuel ba-Lévi protégeait, à Grenade, les artistes et les savants, et donnait lui-même des publications importantes sur le Thalmud, la grammaire et la théologie. Ses imitations des Psaumes, des Proverbes et de TEcclésiaste jouirent d'une grande réputation. Les poèmes d'Abderrahman V et de son vizir Iljn-Hazm, pleins de sentiments nobles et remarquables par l'élévation des idées, gagnèrent de nombreuses sympathies, et Motamid, prince de Séville (1069- 1091], et Ibn-Ammar, qui, après avoir été liés par Tamitié la plus vive, devinrent des ennemis implacables, se distinguèrent par leur talent et leur verve poétiques. Mais ces dehors brillants cachaient mal la corruption profonde qui paralysait l'essor du génie, et l'éclat des cours ne pouvait pas faire oublier la misère du peuple qui, grevé d'impôts, était exposé au pillage et aux rapines des soldats et des brigands. Partout régnait le scepticisme le moins déguisé. Motadhid (1042-1069), le père de Motamid. qui affecta-de regretter l'éloignement des reliques de saint Isidore, réclamées par le roi Fernando I*% parce qu'il pensait que par ce moyen il en augmenterait la valeur, ne croyait qu'à deux choses, l'astrologie et le vin. Un jour, quand il vil les fidèles se rendre à la prière du matin, il composa ces vers : « Il faut boire au lever de l'aurore : c'est un dogme religieux, et celui qui n'y croit pas est un païen. » Cinq jours avant sa mort, quand il pressentait déjà sa fin prochaine, on l'entendit chanter ces vers d'un poète arabe : « Jouissons de la vie ; car nous savons qu'elle sera finie bientôt! Môle donc le vin à l'eau des nuages, ô ma bien-aimée, et donnele nous ! » Cet esprit régnait dans toutes les classes de la société. Telle secte enseignait l'infinité de l'univers. Telle autre réclamait, pour prouver la vérité de la révélation, des preuves mathématiques, et, n'en trouvant pas, elle concluait au^néant de toutes les croyances. Dans son traité sur les religions, Ibn-Hazm s'appliqua à relever les inconséquences et les contradictions des systèmes religieux. A cette môme époque. Fernando I" (1034 1065) et Alonso VI (1065-1109), des princes aussi fervents dans leur foi que vaillants à la guerre, reculaient les frontières des royaumes chrétiens et menaçaient l'existence
de la domination arabe en Espagne d'une ruine complète. En 1085, la ville de Tolède fut prise, et le pays, incapable d'aucune résistance sérieuse, semblait perdu, quand les princes andalous, « préférant *ôtre chameliers en Afrique que porchers en Caslille, » implorèrent le secours des- Almoravides d'Afrique. Répondant à cet appel, Yousof ibn-Téchoufin débarqua en Espagne et arrêta, par la victoire de Zallaca (26 octobre 1086), les progrès des armes chrétiennes, qu illustrèrent les exploits du Cid. Mais ni les Almoravides^ « les pieux, » ni les Almohades, « les unitaires, » qui en 1120 renversèrent l'empire de ces derniers, ne réussirent à régénérer l'islamisme. Les Almoravides, fidèles aux principes de leur fondateur, Abdallah ibn-Yasim, proscrivirent la liberté de pensée, laissèrent errer les poètes dans la pauvreté, défendirent aux philosophes d'enseigner leur science, et obligèrent les chrétiens et les juifs de chercher une patrie nouvelle pour y exercer librement leur culte. Initiés à une culture supérieure par Abou-Abdallah-Mohammed-al-Mahdi, les Almohades protégèrent les hommes de lettres. Sous leur règne, l'architecture prit des développements nouveaux, les sciences furent cultivées avec succès dans les collèges de Séville, de Grenade, de Cordoue, de Murcie et de Valence, et les philosophes Ibn-Badja (Avempace), Ibn-Zohr, Ibn-Tofail et Ibn-Roschd (Averroès) s'illustrèrent par leurs publications médicales, leurs commentaires sur les œuvres d'Aristote et leurs études scientifiques. Mais le fanatisme des faquis qui triompha de la bonne volonté des princes, et fut la source do troubles et de divisions innombrables, les dissensions qui éclatèrent à la cour, et les armes victorieuses des chrétiens qui en 1212 remportèrent la mémorable victoire de Las Navas de Tolosa, causèrent la ruine de l'islamisme en Espagne. Fernando III (1217-1252), s'empara de Cordoue, de Séville, de Cadix et de Xérès. Seul, le royaume de Grenade perpétua,* sous la dynastie des Nasérides, le souvenir et les traditions de la domination arabe, pendant tout le cours du moyen âge (1235- 1492). — A l'époque où s'arrête le rôle politique des musulmans en Occident, leur influence civilisatrice sur le monde chrétien commence. Dans les temps anciens, l'Arabie sert d'entrepôt au grand commerce de Tlnde. Au moyen âge, ce sont les Arabes qui importent en Europe la civilisation de l'Orient et de la Grèce. Vainqueurs de la Syrie, de la Perse et de Tlnde, de l'Egypte et de la Grèce, ils s'assimilent les éléments de la culture de ces pays, et les inoculent à la chrétienté. Cependant, il convient d'observer que la religion de Mahomet entrave et arrête cette assimilation. L'islamisme a le grand mérite de faire triompher partout où il est prêché, le dogme capital qui fait sa force vis-à-vis du paganisme, et qui au septième siècle lui donne la victoire sur un christianisme dégénéré : « 11 n'y a qu'un Dieu î » Mais le monothéisme abstrait et le fatalisme absolu qui le caractérisent, l'empêchent d'exercer une influence morale sur les âmes et les mœurs, et de régénérer l'individu et la société. La doctrine mahométane du prophétisme rabaisse Dieu au niveau de l'homme, au lieu d'élever l'homme à Dieu. Les oracles du prophète, seul interprète auto-
risé de la volonté de Dieu, reflètent les alternatives d'exaltation et de découragement, d'aspirations élevées et de passions rharnelles, de vues profondes et de rêves fantastiques qui remplissent son cœur. Entachée de sensualité, la religion de Mahomet ne pénètre pas la vie des peuples vaincus d'un principe nouveau, et elle n'imprime pas aux éléments étrangers, qu'elle s'approprie le cachet de son individualité propre. Plus porté au scepticisme qu'à la foi, l'Arabe accepte le dogme et se soumet aux pratiques religieuses, mais il reste l'esclave de ses jouissances, de ses passions et de ses convoitises. S'il s'adonne à l'étude ou à la culture des lettres et des sciences, il s'émancipe, la plupart du temps, des traditions de la foi. Aussi la science des écoles évcille-t-elle les soupçons des faquis. Les sièges de la civilisation ressemblent à des oasis : tout à l'entour règne le désert avec ses horizons infinis, et son sol infécond. Les prêtres la combattent avec ardeur. Ils frappent de leurs anathèmes les princes qui la protègent, etles motécallemîn qui, fidèles aux doctrines de Mahomet, essaient de les concilier avec les données de la science, sont l'objet de leur plus vive antipathie. Les motazales et les ascharitesqui, appliquant le raisonnement au dogme, forment l'école rationaliste de l'islamisme ; les frères de la pureté qui, à Bassora, fondent une société secrète, exposent dans une encyclopédie composée de cinquante traités, l'ensemble des connaissances humaines, au point de vue de la science et de la foi, et combinent avec art les doctrines néopythagoriciennes, la philosophie d'Aristote, le néoplatonisme, la Bible et le Coran; enfin l'école péripatéticienne proprement dite, et ses illustres représentants Al- Kendi, Al-Farabi, et Ibn-Sina (Avicenne), qui continuent et développent les traditions des écoles de la Syrie et d'Alexandrie, et même Al Gazali qui les combat, tous ces représentants de la science excitent la défiance du clergé, et se voient fréquemment obligés de masquer leurs sentiments véritables sous des formes d'emprunt. De temps en temps s'élève, comme le souffle brûlant du désert, le vent de la persécution. Des apôtres nouveaux, comme au neuvième siècle, Abdallah Ibn-Maimoun, le rénovateur de la secte ismaëlienne, et son fils Ahmed; Ibn-Hauchab et son disciple Abou-Abdallah, le fondateur de la dynastie des Fatimides, annoncent le Madhi promis par le prophète, raniment le fanatisme des masses qui semble près de s'éteindre, et provoquent des révolutions toujours renaissantes, au sein desquelles les plus belles créations de la civilisation arabe sont vouées à la destruction. Néanmoins l'influence exercée par les Arabes sur la civilisation européenne a été des plus fécondes. Guidés par leur esprit éminemment pratique, ils cultivèrent avec le plus de succès les sciences et les arts utiles à la vie : les mathématiques, les sciences naturelles, la médecine, l'architecture et la poésie qui, née de l'inspiration du moment et destinée avant tout, ainsi que la musique, à rehausser l'éclat des fêtes, enlace leur vie tout entière, comme les arabesques les monuments et les productions de leur art. Leurs disciples les plus zélés furent les juifs. Maïmoniae, le philosophe le plus illustre de cette nation, suivit les cours d'un
disciple d'Ibn-Badja, et étudia, vers la fin de sa vie, les écrits d'Averroès. Les écoles du judaïsme furent les premières qui s'approprièrent la culture arabe ; de là, elle passa aux académies chrétiennes. Comme le prouve la légende du pape Sylvestre II, le préjugé populaire était disposé à voir dans les rapports avec les infidèles, un commerce avec Tesprit des ténèbres. Néanmoins, les anciennes capitales de Tislamisme, Gordoue, Séville, Tolède, Valence et Saragosse, devinrent des centres d^études, où les langues orientales étaient cultivées avec succès. L'archevêque Raymond, chancelier de Castille (H30-1150), forma, à Tolède, un collège de traducteurs, auquel des juifs, entre autres Jean Avrendéath, connu sous le nom de Jean de Séville, prirent une part active et intelligente. Les philosophes furent traduits par Gérard de Crémone, Alfred Morlay et d'autres auteurs; Michel Scot (1230) et Hermann l'Allemand, introduisirent Averroès chez les latins. Parmi les princes, Alphonse X et l'empereur Frédéric 11 contribuèrent le plus à répandre les connaissances orientales en Occident. Le premier fit composer des tables astronomiques, une chronique d'Espagne et un code de lois, qui porîejit l'empreinte de la science arabe. Le second protégea les savants musulmans, et correspondit avec le célèbre savant Ibn-Sabin sur les questions les plus importantes de la philosophie. La poésie môme qui, en Andalousie et en Sicile, avait jeté un si grand et si noble éclat, ne demeura pas sans influence sur les chrétiens. L'archiprôtre de Hita raconte qu'il a composé des airs pour des cantatrices mauresques, et, parmi les poèmes qu'il publia et ceux d'Alonso Alvarez Villasandino (quatorzième siècle), on rencontre des imitations des formes et des rythmes arabes. Mais, ce qui s'était vu à Cordoue au neuvième et au dixième siècle, se répéta au treizième. A mesure que la civilisation arabe pénétrait la chrétienté, grandissait aussi l'opposition de l'Eglise et du clergé chrétiens. La victoire de saint Thomas d'Aquin sur Averroès, que célèbre la peinture italienne du quatorzième siècle, n'est que le symbole du triomphe remporté par l'Eglise sur lès ennemis de la foi. Toutefois, dans cette lutte mémorable, il semble que l'islamisme vaincu lègue à la papauté le rêve d'un royaume de Dieu, réalisé sur la terre par le fer et le feu. La croisade contre les Albigeois devient le signal de la persécution de tous les éléments hostiles à l'Eglise. Raymond Lulle (mort en 1315), et saint Vincent Ferrier (mort en 1419), évangélisent l'un les musulmans, l'autre les juifs. Les princes saisissent l'épée avec la croix, et le tribunal de l'inquisition leur prête un redoutable appui. Après la prise de Grenade (1492), le gouverneur Mendoza, comte de Tendilla, et l'archevêque Hernando de Talavera, pleins de respect pour les traités qui assuraient aux vaincus le libre exercice de leur culte, s'appliquèrent à gagner les Maures par la douceur. Hernando fit composer un dictionnaire, une grammaire, un catéchisme, et une liturgie en langue arabe. Il parlait même de faire traduire la Bible. Mais Ximénès n'approuvait pas les lenteurs de l'archevêque. A ses yeux, traduire la Bible en arabe, c'était jeter les perles devant les pourceaux. Il croyait qu'il fallait, pour arriver au but, avoir recours