MAURES — MAURICE
à d'autres moyens. Les promesses et les menaces, les rigueurs et lesrécompenses devaient décider les conversions. Sur ses ordres, tous leà livres arabes que Ton put trouver à Grenade, furent solennellement brûlés. Un million cinq mille volumes selon les uns, quatrevingt mille selon d'autres, et selon quelques auteurs, cinq millfr périrent dans les flammes de ce sinistre auto-da-fé. Les mesures de Ximénès provoquèrent une insurrection qui, étouffée à Grenade, gagna les monts Alpuxarras, et nécessita l'intervention de la force armée (1500-1502). On ne laissa aux vaincus que le choix entre le baptême ou l'exil. Un grand nombre d'entre eux quitta l'Espagne; ceux qui restèrent furent placés sous l'œil soupçonneux de l'inquisition, et soumis à toutes les terreurs de ce tribunal impitoyable. Les mômes mesures furent appliquées, en 1502, à la Gastille et au Léon, et, en 1526, après l'insurrection de la sierra de Bernia et celle de la sierra de Espadan, à l'Espagne tout entière. Sous le règne de Philippe II, les Maures baptisés, auxquels on avait donné le nom de Moriscos, essayèrent, à diverses reprises, de secouer le joug intolérable qui pesait sur eux. En 1568, éclata une révolte générale de ces opprimés, qui, soutenus par leurs coreligionnaires d'Afrique, se défendirent avec l'ardeur qu'inspire le désespoir, et en 1605, profitant de la situation politique du pays, ils firent une nouvelle tentative qui n'eut pas de meilleur résultat. Alors, le roi Philippe III signa, sur les conseils de Juan de Ribeira, archevêque de Valence et patriarche d'Antioche,le 11 septembre 1609, le célèbre édit qui expulsa les Maures de l'Espagne. D'après des calculs basés sur des documents authentiques, cent cinquante mille Moriscos quittèrent le pays qu'ils avaient enrichi par leur industrie, leurs travaux ef leui* esprit laborieux et économe. — Sources rConde, Hist. de la dominacionde los Arabes en Espaha^ Madr. 1820, 3 vol. ; R. Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne, jusqu'à la conquête de V Andalousie par les Almoravides, Leyde, 1861, 4 vol. (IV, p. 306: Listes des ouvrages dont V auteur s'est servi); Aschbach los., Gescfiichte der Ommaijaden inSpanien, nouv. éd., Vienne, 1860, 2 vol.; Aschbach los., Geschichte Spaniensund Portugais zur Zeit der Herrschaft der Almoraviden und Almohaden, 2 vol., Francfort, 1833, u. 37 ; V. de la Fuente, Hist. ecles. deEspana, vol. III-V, Madrid, 1874; S. Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, Paris, 1859 ; H. Ritter, Geschichte der christlichen Philosophie, Hambourg, 1844-45, XI; E. Renan, Averroès et l'AverroïsTne, 2' éd. , Paris, 1861 ; Fr. Dieterici, Z)ic Philosophie der Araber ira X Jahrhundert, Leipzig, 1876; une esquisse du système des Frères delà pureté; A. F. v. Schack, Poésie und Kunst der Araber .in Spanien und Sizilien, 2» éd., Stuttgard, 1877, 2 vol. ; W. H. Prescott, Geschichte der Regierung Ferdinand's und Isabella, 2 vol., Leipzig, 1842, II, p. 124 ss.; J. A. Llorente, Hist. crit.^de r Inquisition d'Espagne,*!. 335 et 425 ss., Paris, 1818. Eug. Stern.
MAURICE (Saint). Voyez Légion thèbaine.
MAURICE, duc de Saxe, et électeur depuis 1547, naquit à Freiberg, le 21 mars 1521 ; son père, le duc Henri, ne possédait qu'un fort petit apanage. Maurice, qui avait autant d'ambition que de talent, alla
successivement séjourner, pour compléter son éducation, aux cours de son oncle, le duc Georges, du cardinal électeur Albert deMayence, et de son cousin, l'électeur Jean-Frédéric le Magnanime ; il y fit son apprentissage politique et y acquit une grande connaissance des homqies et des choses. A la mort du duc Georges, Henri ayant hérité de ses Etats, rappela son fils auprès de lui et travailla dès lors à établir partout la réformation ; mais il y procéda d'une manière si inconsidérée que Maurice, mécontent, le quitta pour se rendre à la cour du landgrave Philippe de Hesse. Quoiqu'âgé de vingt ans à peine et sans consulter son père, il y épousa en 1541 Agnès, la fille du landgrave. Son père étant mort cette môme année, il revint à Dresde et se vit, après un arrangement avec son frère Auguste, à la tête d'un Etat assez considérable. Il reprit les conseillers sages et éprouvés du duc Georges, rétablit son administration sévère et bien ordonnée et montra en toutes choses une maturité et une prudence au-dessus de son âge. Protestant convaincu, il favorisa la doctrine évangélique, créa des écoles et releva l'université de Leipzig; mais il refusa d'entrer dans la ligue de Smalcalde, prétendant séparer la religion de la politique ; de là, des froissements continuels avec l'électeur Jean-Frédéric et, sans l'intervention de Philippe de Hesse et les exhortations de Luther, la guerre eût éclaté entre eux. Maurice offrit alors ses services à l'empereur et se distingua par sa bravoure et son talent militaire, en Hongrie d'abord, contre Soliman le Magnifique, puis en France, contre François l*^ (1542-1544). H aida ensuite les princes protestants à expulser de ses Etats Henri de Brunswick, mais sans réussir à dissiper leur méfiance ; aussi, lorsqu'après la mort de Luther, les deux partis se préparaient à la guerre, Charles-Quint ayant déclaré qu'il ne prenait pas les armes contre la religion évangélique, mais uniquement pour défendre son autorité contre des récalcitrants, Maurice fit une alliance secrète avec lui le 19 juin 1546 et, profitant de l'irrésolution des princes protestants qui donnaient à l'empereur le temps de se préparer, il envahit déloyalement l'électorat de Saxe, que Jean-Frédéric lui avait demandé de protéger. Celuici l'en chassa de nouveau et s'empara même de son duché, mais la bataille de Muhlberg sauva Maurice ; l'armée de la ligue de Smalcsîlde fut anéantie et l'électeur fut fait prisonnier. Maurice perdit pour longtemps l'estime de ses coreligionnaires. Par contre, l'empereur lui accordait toute sa confiance, mais il l'irrita profondément en retenant prisonnier, contre tout droit, le landgrave Philippe de Hesse, qui était venu lui faire sa soumission. A l'intérim d'Augsbourg, que l'empereur voulait imposer aux protestants et qui rétablissait à peu de chose près le catholicisme, Maurice opposa l'intérim de Leipzig; mais il n'en mécontenta pas moins les protestants, et dut l'imposer dans ses Etats par contrainte. Enfin le moment vint où il put reconquérir son indépendance vis-à-vis de l'empereur et rentrer dans l'accord des princes protestants. Chargé du siège de Magdebourg et se trouvant à la tôte d'une armée, il négocia secrètement avec ces derniers et fit alliance avec le roi de France, Henri H. H