MONTPELLIER — MONTPENSIER
Tobscurité, pour se procurer le plaisir d'aller chanter ensemble les louanges du Seigneur, entendre la prédication de TEvangile et participer à la sainte cène. — Sans doute les rigueurs ne furent pas toujours les mêmes, il y eut des intermittences, mais la législation ne changea pas et le culte du désert ne fut point interrompu de 4685 à 1770 et môme jusqu'en 1789, époque de la Révolution française. Et non seulement le culte fut célébré sans interruption, mais les Eglises sous la croix reprirent cette organisation synodale que le despotisme de Louis XIY avait enlevée aux protestants. De 1716 à 4793, il fut tenu en Languedoc six synodes généraux et soixante et onze synodes provinciaux. Quant au sang qui dut être répandu pour obtenir ces résultats, on peut dire qu'il fut abondamment versé^ à Montpellier surtout. Depuis Claude Brousson, dont la sainte vie fut couronnée par une mort glorieuse, en 1698, jusqu'à François Bénézet qui souffrit le martyre à l'âge de vingtrsix ans, en 1752, que d'autres martyrs n'ont-ils pas versé leur sang sur l'esplanade de Montpellier pour la môme foi 1 Et l'on avait cru ou l'on feignait de croire qu'il n'y avait plus de protestants et que le protestantisme était mort, que la révocation de l'édit de Nantes l'avait tué I Erreur, une religion n'est pas morte quand elle résiste à des persécutions si savamment conduites. Seraient-ils morts ceux qui donnent tant de peine à tuer? — Pendant toute cette période, au moins jusqu'en 1770, il n'y eut point de pasteurs attachés à une localité particulière ; ils étaient tous des pasteurs itinérants passant d'une province à l'autre et, souvent même, faisant des excursions à l'étranger afin de mieux se soustraire aux poursuites. Pour dresser la liste complète de ces pasteurs du désert, il faudrait faire le relevé de ceux dont 1^ tête fut mise à prix ou qiii périrent sur les bûchers. Les pasteurs qui se trouvèrent à la tête de l'Eglise de Montpellier quand revint un peu de calme furent André Bastide, de 1770 à 1775 ; Rabaud-Pommier, de 1772 à 1791, et Pierre Saussine fils^ en 1791; il fut le successeur de Jacques Rabaut. Le culte, interrompu à l'époque de la Terreur, se rouvrit en 1797, sous le ministère de Louis Buisson qui ne tarda pas à céder sa place à Honoré Michel (1798 à 1861). Il était seul pasteur de Montpellier quand eut lieu la réorganisation prescrite par la loi du 18 germinal an X. — On peut consulter pour les questiens qui viennent d'être traitées : Bèze, Histoire des Eglises réformées; Elie Benoît, Histoire de VEdil de Nantes; Mémoires de Philippi, 2* éd., Montpellier ; d'Aigrefeuille, Histoire de la vlUe de Montpellier; Pb. Corbière, Histoire de l* Eglise réformée de Montptllier; le même, Isabeau Paulet et la démolition du grand temple^ dans le 4*" vol. in-i"^ de la réimpression de l'ouvrage du chanoine d'Aigrefeuille. Ph. Corbière.
MONTPENSIER (Jacqueline de Longvic, duchesse de), fille de Jean de Longvic, seigneur de Pagni, et de Jeanne d'Orléans, épousa, en 1538, Louis de Bourbon, duc de Montpensier. A la différence de son mari qui se signala par son ardente ambition et par les excès dans Lesquels l'entraîna sa servile condescendance vis-à-vis des Guises et du gouvernement espagnol, Jacqueline fut un modèle de
droiture, de tolérance et de bonté. — L'histoire la représente, au milieu des agitations de Tépoque, comme une femme « d*un courage et d'une prudence au-dessus de son sexe, qui ne cherchait que la paix et la tranquillité publique. » Catherine de Médicis, qui la savait sincèrement attachée à la religion réformée, ne Ten tenait pas moins pour « l'une de ses plus privées amies. » On lit dans une relation de l'ambassadeur vénitien, J. Michiel: « Le duc de Montpensier ne se môle pas des affaires; mais, en revanche, sa femme le fait bien pour lui. Elle est gouvernante et première dame d'honneur de la reine, très familière avec elle, et elle en obtient tout ce qu'elle veut. » Lors de la trame ourdie en 1560, par la cour, à Orléans, contre Louis et Antoine de Bourbon, Marillac, archevêque de Vienne, rappelant à la duchesse de Montpensier, dont il possédait toute la coniiance, la promesse qu'elle lui avait faite naguère de s'opposer, en temps opportun, aux desseins des Guise, lui signala les mesures à prendre pour tenter de détourner le coup que voulaient frapper les ennemis de la France et des princes du sang. Il lui conseilla, entr' autres choses, d'engager le duc de Bouillon à recevoir les enfants du prince de Condé dans Sedan et Jametz, et à consentir qu'on enfermât dans ces places les enfants ou les frères du duc de Guise, si l'on réussissait à les prendre, parce que leur vie répondrait de celle des Bourbons. La duchesse mit à exécution le conseil de Marillac, en envoyant un messager éprouvé au duc de Bouillon et aux princes protestants d'Allemagne, pour gagner leur concours à la cause des princes du sang. Les rigueurs exercées à ce moment contre les Bourbons et contre la belle-mèrè de l'un d'eux, n'arrêtèrent ni le zèle, ni le courage de Jacqueline deLongvic. Au risque de se voir, à son tour, traitée comme la comtesse de Roye, incarcérée alors au l'iiâteau de Saint-Germain, elle se prévalut de la familiarité, non ébranlée encore, de sa liaison avec Ciatherine de Médicis, pour plaider, en sa présence, la cause du prince de Condé, de sa belle-mère et de son frère. Elle conjura la reine de se défier delà puissance des Guise, de ne pas attendre que la mort du roi de Navarre et du prince l'eût portée au comble, et d'opposer aux Lorrains factieux la noblesse de France qui, s'il le fallait, prendrait contre eux les armes. — Elle donna de nouveau ses conseils, lorsque s'agita la question de savoir qui serait appelé aux fonctions de chancelier de France, en remplacement d'Olivier. « La duchesse de Montpensier, dite de Thou, favorite de la reine- mère, princesse d'un esprit élevé, ne voyait qu'avec peine que la puissance des Lorrains croissait de jour en jour; et, communiquant ses chagrins à Catherine de Médicis, qui commençait à redouter la violence de ces princes, elle persuada à cette reine ambitieuse que, si elle voulait gouverner, elle devait choisir un homme ferme et courageux qui s'opposât àleurs desseins, » en d'autres termes Michel de l'Hospital. Ce fut, en effet, ai cet homme si recommandable, à tant de titres, que les sceaux furent confiés. — Dans d'autres circonstances encore, la duchesse de Montpensier fit un noble usage du crédit dont elle jouissait. Atteinte en 1561 d'une grave maladie, elle donna de touchantes preuves de sa foi et de sa