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chapitre, » in-12, 1722; ^'^ Méditations chrétiennes sur les EvangiUsde toute fannée^ 2 vol. in-12, 1726; 7® Du bonheur d'un simple religieux et d'une simple religieuse qui aiment leur état et leurs devoirs^ in- 12, 1727; 8"* Retraite de dix jours sur les devoirs de la vie religieuse^ avec une paraphrase sur la prose du Saint-Esprit ^ in-12, 1728; 9* De l'espérance chrétienne et de la confiance en la miséricorde de DieVy in-12, 1728; i(y L'Office de la Semaine sainte et de celle de Pâques^ « en latin et en François, avec des méditations sur chaque jour de la quinzaine, quelques réflexions sur Tofflce et les cérémonies, et des instructions et des prières pour la confession et pour la communion », in-i2, 1729; 11"* Effusions decfleursur le Cantique des cantiques^ in-i2, 1730, un des ouvrages les plus remarquables de Fauteur, on le joint parfois aux Effusions sur les Pseaumes dont il forme alors le cinquième volume. Dom Morel avait commencé un ouvrage analogue sur le Livre de Job, mais il n'a composé que les onze premiers chapitres. 11 a' aussi largement contribué à Touvrage intitulé : Vérités de foi et de morale pour tous tes éiats^ a tirées des seules paroles de TAncien et du Nouveau Testament, avec des élévations vers Dieu, » 1 vol. in-12; toutes les élévations sont de notre auteur. — Voir pour la liste complète des ouvrages de dom Morel, le Moréri de 1759. Sur ce qui le concerne en général, on peut consulter Y Histoire littéraire de la congrégation de S. Maur^ par dom Tassin ; les Mémoires pour servir à l'Hist. ecclês. pendant le dix-huitième siècle, et le Dict. d'ascétisme de la collection Migne. A. Maulvault.
MORELLI ou HORfiL (Jean-Baptiste), parisien, réfugié à Genève, pour cause de religion, tenta comme Gastalion et Servet, mais à un autre point de vue, Tapplication plus radicale des principes de la Réforme. 11 représente le droit des laïques dans cet admirable seizième siècle, où furent agités tant de problèmes politiques et religieux dont la solution, entrevue et indiquée dès lors, n*a été plus ou moins imparfaitement acceptée et réalisée que de nos jours. Moins frappé des avantages de la forte organisation synodale-presbytérienne que de ses inconvénients, <c dont le plus grave était sans doute, suivant le biographe de Ramus, la suppression de la liberté religieuse des minorités et des individus, » il encourut Tanimadversion de Calvin et celle de Th. de Bèze, pour avoir signalé le caractère trop peu démocratique de la discipline calviniste, et pour s'être opposé, avec une rare clairvoyance, à la tendance cléricale qui se manifesta dès le second synode national et prévalut au septième. En effet, tandis que le synode de Poitiers (1560) s'était borné à décider que le nombre des votants laïques ne pourrait surpasser celui des pasteurs et docteurs lorsque des questions ecclésiastiques seraient mises aux voix, le synode de La Rochelle, présidé par Bèze (1571), constitua le clergé seul juge des matières théologiques ; il supprima le vote des laïques tout en leur permettant de prendre part aux discussions. Morelli, au contraire, n'avait pas eu de peine à établir, en s' appuyant sur Thistoire et le Nouveau Testament, que, durant les trois premiers siècles, le suffrage universel avait prononcé en dernier ressort sur tout ce qui con-
cernait la doctrine et les mœurs, aussi bien que l'élection des pastears, des anciens et des diacres. Il soumit à Galvm le manuscrit d*un ouyrage très modéré, dans lequel, sans attaquer nulle part directement la discipline en usage, il demandait le retour à \gL constitution de TEglise primitive. Calvin le lui renvoya en prétextant que le temps lui manquait pour lire un travail si étendu, et que d'ailleurs les Eglises réformées avaient été organisées conformément à la parole de Dieu. Blessé de cette làçoii d'agir et persuadé que la censure genevoise n'autoriserait pas l'impression de l'ouvrage, Morelli le dédia à Yiret et le fit imprimer à Lyon. L'apparition du Traité de la discipline eipoUeechrétienn!d(De Tournes, 1561, in-4'>) excita la plus grande émotion. L'auteur fut mandé et comparut devant le synode national d'Orléans (1562), présidé par Chandieu (voir ce mot) ; mais ses explications n'empêchèrent pas le livre d'être censuré, et « tous les fidèles exhortés de se mettre en garde contre sa mauvaise doctrine tendant à la dissipation et confusion de TEglise. » Beaucoup de protestants zélés trouvèrent la.sentence étrange, et Soubize, « l'un des principaux piliers du parti, » s'en expliqua vivement avec Bèze, sur les instances de qui elle avait été rendue. Morelli se retira ensuite à Tours ; mais y ayant trouvé, dans le pasteur SaintrGermain, un adversaire aussi ardent que Bèze lui-même, il retourna à Genève au mois de novembre. Sommé peu après de comparaître devant le consistoire pour se rétracter, il refusa d'obéir, offrant toutefois d'accepter le jugement de Yiret, dé Farel et de Calvin. Ce dernier repoussa la proposition, et Morelli, excommunié le 13 août 1563, fut déféré comme schismatique au Conseil, qui, le 16 septembre, fit brûler son livre par la main du bourreau. Le novateur s'était prudemment empressé de quitter la ville dont Marot, Louis Bourgeois, Gastalion et tant d'autres, avaient dû s'éloigner avant lui. Il protesta dans une nouvelle publication contre les peines odieuses dont il venait d'être frappé. Le synode national de Paris (1565) devant lequel il se présenta, condamna de nouveau « ses livres et écrits, comme contenant de mauvaises et dangereuses opinions par lesquelles il renversait la discipline. » Mais considérant que, sur les principaux points et articles de la foi, les sentiments de l'excommunié étaient irréprochables, la compagnie des frères fut d'avis de le supporter en charité et décida qu'il serait reçu à la paix et communion de l'Eglise^ à la condition de se soumettre à l'ordre établi, de ne propager ses opinions ni de bouche ni par écrit, de demander pardon à MM. de Genève, qu'il avait offensés en publiant le Traiié sans leur permission et en ne paraissant pas devant le consistoire au jour assigné ; faute de quoi il serait procédé contre lui par les censures ecclésiastiques. Cependant une lettre officielle du 2 avril 1566, signée de P. Merlin, dit TEspérandieu, aumônier de Coligny, invitait Chandieu à ne pas mentionner le consistoire de Paris dans la préface de la réfutation qu'il préparait de l'ouvrage de Morelli. Cette réfutation intitulée : La confirmaiton de la discipline observée ès-églises réformées de France^ parut sans nom d'auteur dans le courant de Tannée. Morelli y ré-
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pliqua naturellement par une Réponse à la confirmation de la disci^ pline. Les partisans de son système s'étaient promptement multipliés, surtout dans l'Ile de France et à Orléans, capitale du protestantisme durant la première guerre civile. Il avait été propagé dans cette ville par les pasteurs Sureau du Rozier, plus tard célèbre par son apostasie, et Pierre Baron, qui dennt professeur à Cambridge vers 1575, et soutint le pélagianisme contre le prédestination Whitaker. Le grand jurisconsulte Charles du Moulin, qui, dès 1562, donnait à Orléans des leçons de théologie peu orthodoxe, les avait aidés dans cette tâche ; aussi son livre sur les évangiles (1565), dans lequel certains articles de la discipline étaient combattus, fut-il aussi brûlé à Genève par le bourreau. Le successeur de Calvin, voyant TEglise d'Orléans fortement entamée par l'hérésie ecclésiastique, s'efforça d'y mettre bon ordre, ce Nous gémissons, lui écrivait-il, sur la division que le père de la discorde a semée parmi vous, et nous sommes contraint de vous rappeler qu'il fut un temps, peu éloigné, où vous témoigniez une filiale soumission à la mère qui vous a engendrés, et qui n'a, grâce à Dieu, changé ni de doctrine ni de discipline. Sans user de plus grands circuits, c'est de vous, monsieur du Rozier, et de vous, monsieur Baron, desquels nous nous plaignons devant la compagnie de laquelle vous êtes membres de par Dieu- et toutefois par notre moyen, parce qu'il lui a plu. Vous avez trompé notre confiance en vous écartant de la voie que vous aviez juré de suivre; vous foulez aux pieçls l'autorité des synodes particuliers et généraux, et la sentence qui a été prononcée contre Morelli. Mais plus vous mépriserez la bonne conscience, le savoir et l'avis sincère et entier du grand serviteur de Dieu, sans lequel rien n'a été fait en cette affaire, plus vous vous montrerez dignes d'être vous-mêmes méprisés en l'Ëglise de Dieu... Si chacun voulait suivre son avis comme vous faites le vôtre, où serait l'Eglise de Dieu? Etes-vous plus clairvoyants que ceux desquels Dieu s'est servi pour vous ouvrir les yeux?... Il n'est possible que vousayei aucunement adhéré à un si sot et impertinent, si malheureux et séditieux livre, que Dieu n'ait retiré de vous une bonne partie de Fesprit qu'il vous avait donné. Quant à vous, monsieur du Rozier, en devenant l'intime ami d'un hypocrite outrecuidant envers ses pasteurs, d'un détracteur et calomniateur tel que Morelli, vous avez commis un acte d'ingratitude à l'égard de ceux qui vous ont instruit, et à qui vous devez tout. » Bèze conjure ensuite les fidèles de ramener les deux frères susdits au chemin duquel ils se sont détraqués, et ceux-ci de suivre désormais la règle commune. Ces remontrances hautaines ne produisirent aucun effet, au moins sur Du Rozier, qui ne tarda pas à être envoyé d'Orléans à Melun, tandis que Morelli réussissait à s'introduire comme successeur de La Gaucherie, précepteur du jeune roi de Navarre, dans la maison de Jeanne d'Albret. Son adversaire l'y poursuivit avec archarnement. On lit dans les registres du consistoire de Genève, à la date du 2ft novembre 1566: « Sur ce qui a été proposé par M. de Bèze... touchant le blasphème fait contre Dieu et le tort fait à cette Eglise, voire à la Seigneurie, par Jehan
Morelli, dans des lettres adressées aux pasteurs genevois, il a été résolu d'envoyer une députation au Conseil, pour le prier d*en écrire à la reine de Navarre. » Le 5 décembre, craignant qu'une lettre fût insuffisante, Bèze demandait qu'ondéputàt un pasteur auprès de Jeanne d'Albret, pour lui faire connaître la conduite de Morelli, et qu'on en informât premièrement l'amiral de Goligny. Déjà instruite par le réformateur lui-même, la reine lui écrivait le 6 décembre: Je n'ai tardé à répondre à vos deux longues lettres, que parce que je voulais auparavant prendre l'avis de l'amiral et celui du cardinal son frère, « ayant délibéré avec mes deux ministres d'assembler une bonne et notable compagnie pour le fait dont vous m'écriviez. Sur cela lorsque MM. de Gbâtillon furent arrivés, vint d'Orléans M. Béroald, comme par mes ministres le discours vous en est fait plus ample, et de la compagnie qui a été assemblée pour voir Morelli, comment il s'y est comporté, qui m'exemptera de vous en dire davantage, ainsi que la résolution que j'ai prise de l'ôter de près de mon fils, attendant que Dieu lui ait fait la grâce de se reconnaître. £t d'-autant que la cbarité veut toujours et désire plutôt la miséricorde de Dieu que sa terrible justice, il a semblé à toute la compagnie que, sans adoucir la plaie de la conscience dudit Morelli par connivence, il a été bon aussi de n'user.de telle véhémence qu'elle le pût accabler, l'admonestant toujours de reconnaître sa faute tant lourde qu'il faut que le temps et l'expérience éclaircissent son esprit. » La reine regrettait pourtant de l'éloigner, parce que le jeune prince avait plus profité de ses leçons en trois ou quatre mois qu'en sept ans de celles de La Gaucherie. — Des faits attestèrent bientôt le progrès de la cause défendue par Mo^ elli, dont le seul tort fut peut-être une acrimonie qu'expliquent sans la justifier complètement les procédés employés à son égard. En certaines Eglises des conseils établis en violation de la discipline entreprenaient de (c manier les choses ecclésiastiques » ; un consistoire de l'Ile de France, contre lequel des protestations s'étaient élevées, avait consenti, par amour de la paix, à abandonner aux fidèles l'élection de ses membres. Le synode national tenu à Yerteuil, en 1567, sous la présidence de DeLestre, déclara l'innovation « fort mauvaise et dangereuse », et somma les rebelles de rentrer dans l'ordre, sans succès paraît-il ; car la même Eglise fut encore, quatre années plus tard, rappelée à la soumissionpar le synode de La Rochelle ^1571). Goligny qui, dès le début, avait peut-être incliné du côté laïque et s'était prononcé pour des mesures conciliantes, se laissa finalement entraîner par Th. de Bèze, auquel il écrivait le 29 janvier i569 : « Quant à Morelli, je confesse certainement.que j'ai été déçu, ayant maintenant fort bonne connaissance de son humeur et complexion, et étant bien au demeurant de cet avis qu'on doit, à l'endroit de ceux qui lui ressemblent et qui sont touchés de même maladie, user de médicaments des plus forts et réprimandes rigoureuses, et que la douceur, comme vous m'écrivez, ne fait qu'empirer le mal. » En revanche, la revendication avait conquis l'un des plus grands esprits du siècle :
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rillùstre Ramus lui consacra au moins un ouvrage, dont les bibliographes ne parlent pas plus que de celui de Du Rozier sur le même sujet. Voici en quels termes il demandait son avis à Bnllinger, le premier septembre 1571 : « Il ne s'agit pas des affaires journalières el ordinaires dont la décision est attribuée et confiée sans difficulté an consistoire, mais de ces questions générales sur la doctrine et la discipline, sur rélection et la prédestination, Texcommunicationetrabsolution. Est-ce à FEglise tout entière à prononcer et au consistoire à sanctionner? ou bien, comme cela s'est pratiqué jusqu'ici en France, le consistoire doitril délibérer seul et proposer ensuite à l'Eglise sa résolution, non pour qu'elle en décide, mais pour qu'elle TapprouTe, ou sinon qu'elle fasse un appel dont le consistoire lui-même sera juge? » Au colloque de l'Ile de France tenu à Lumigny en Bne le là mars 1572, Ramus et Bergeron firent adopter sur tous les points leur manière de voir, partagée par nombre de grands personnages et peu différente de celle de Morelli, lequel n'assistait pas, du reste, à la réunion. Outre le droit de vote, ils réclamèrent et obtinrent pour les laïques qui avaient reçu le don de prophétie (1 Cor. XIV), c'est-à-dire le don de la parole, l'autorisation d'exhorter leurs frères dans les assemblées. En annonçant au réformateur zurichois que • les résultats obtenus avaient dépassé ses espérances et presque ses désirs, Ramus manifestait la crainte que l'influence de Bèze ne fût prépondérante dans le synode national qui allait s'assembler à Nimes deux mois plus tard. Ses prévisions ne l'avaient point trompé : Bèze s'empressa de courir à Nîmes et l'assemblée prit la résolution suivante : « Pour ce qui est des propositions. que MM. Ramus, Morellius, Bergeron et autres ont avancées, 1"" touchant la décision des points de doctrine, 2* touchant l'élection et déposition des ministres, d^ louchant leicommunication hors de l'Eglise, et la réconciliation et réception à l'Eglise, 4* touchant les prophéties ; pas une de ces propositions ne sera reçue parmi nous, parce qu'elles ne sont pas fondées sur la parole de Dieu, et qu'elles sont d'une conséquence très dangereuse pour l'Eglise, n Non seulement le synode refusa d'autoriser « le moindre changement ou innovation »; mais Ramus et ses amis furent censurés et menacés d'excommunication : c Touchant la censure de Ramus, de Morellius et de leurs compagnons, il fut arrêté à la pluralité des voix que l'on écrirait des lettres au nom et par autorité de cette assemblée aux dits Ramus, Morellius, Bergeron et Du Rozier, pour leur donner à entendre à chacun en particulier ce qui avait été concln contre leurs livres, selon la sainte parole de Dieu, et que l'on écrirait au synode provincial de l'Ile de France de sommer lesdits messieursao colloque du Beauvoisis, et de leur remontrer leurs offenses ; mais cependant d'en user toujours à leur égard avec toute la civilité et la douceur chrétienne, et en cas qu'ils voulussent rejeter leurs bons conseils et avertissements, on prononcera contre eux comme contre des n^ belles et schismatiques selon les canons de notre discipline. >» Cette décision autoritaire n'aurait sans doute rien pacifié. Sans parler de Morelli dont l'irritation n'était que trop motivée, il existait entre
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Bèze et Ramus une sorte d'antipathie déjà ancienne. Ramus mettait Bullînger en garde contre l'esprit subtil et le caractère dominateur de Bèze, et celui-ci ne voyait dans le philosophe qui attaqua si vivement Aristote, qu'un «faux dialecticien justement surnommé le rameau de Mars. « S'il se soumet avec sa petite bande, écrivait-il, à la bonne heure; sinon il causera de grands embarras: car c'est un homme toujours prêt à porter le trouble dans ce qui est le mieux organisé. » La lutte devait donc continuer: mais la Saint-Barthélémy, dont Ramus fut une des plus glorieuses victimes, assura le triomphe des adversaires du suffrage universel. Sureau s'enfuit de Melun à la nouvelle du massacre, puis arrêté, vaincu par la terreur, il abjura et devint convertisseur jusqu'au moment où il put porter ses remords et sa repentance à l'étranger. Morelli prit aussi la fuite et gagna TAngleterre, où il s'éteignit chargé d'années, après avoir publié différents ouvrages en 1583, 1589 et 1594, notamment le Tractatus de eecUsia ab atitichrisio,.. liberanda (Lond., 1589, in-8"), dédié à la reine Elisabeth. — Cependant le synode de Sainte-Poy (1578) chargeait encore une commission d'examiner l'ouvrage de Ghandieu, sans doute en vue d^une nouvelle édition qui ne semble pas avoir vu le jour. Au reste les censures consistoriales rencontraient souvent la plus vive opposition, et des magistrats essayèrent plus d'une fois de les interdire. Le synode de Yitré (1583) eut à réprimer une nouvelle attaque contre la discipline: il confirma la condamnation prononcée par le synode du haut Languedoc contre l'ouvrage de Charles Bellefleur, avocat. Plus de soixante ans après, un autre avocat, Giles, de Rouen, suspendu de la cène pour sa persistance à demander des modifications dans le gouvernement des Eglises nombreuses, fut invité par le synode de Gharrenton (1645) à abandonner un projet décjaré irréalisable. Le même synode prit des mesures pour's'opposer à la propagation de la doctrine des indépendants ou non-conformistes anglais qui, secouant le joug synodal et épiscopal, prétendaient que chaque Eglise a le droit de se régir d'après ses propres lois. Toutefois le principe démocratique gagnait du terrain, et se serait très probablement lait une plus large place dans l'Eglise, si la révocation de l'édit de Nantes n'eut arrêté parmi les protestants restés en France toute espèce de mouvement des idées. Nous en avons pour garant le pasteur de Charenton, Claude, fort éloigné du sentiment de Calvin et de Bèze en ce qui concerne le droit des laïques. Le 19 novembre 1683, il écrivait à un de ses collègues, auteur d'un traité touchant la voix des anciens dans les synodes : Lorsqu'une personne est accusée d'avoir prévariqué contre une doctrine reçue, soit en prêchant, soit en dogmatisant, et qu'il ne s'agit que de savoir si l'accusation est vraie ou fausse, et comment il faut y pourvoir tant ppur la réparation du passé que pour la nécessité de l'avenir, » il est certain que les anciens ont une voix délibérative et décisive, comme s'agissant de l'exercice de la discipline. » De même quand on examine si une doctrine est conforme à la confession de foi, et si elle doit être reçue ou tolérée, c'est aux pasteurs qu'il appartient d'exposer la question, « mais c'est à toute
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rassemblée à juger ce qu'elle trouvera le plus conforme à rèdification publique pour être prêché ou non prêché, toléré ou non toléré dans les enseignements publics. Car les anciens ont voix dans tout ce qui regarde le gouvernement public... J'avoue qu^ quand il ne s'agit que de questions d'éoole, où le peuple ne prend presque point d'intérêt, et qui ne peuvent guère être de sa connaissance, les anciens s'en doivent rapporter aux pasteurs, à cause de leur incapacité et non par défaut de droit ; car s*il s'en trouve quelques-uns assez intelligents pour donner leur suffrage sur la matière, on doit prendre leur avis... A l'égard des doctrines de la chaire de prédication, où chaque particulier fidèle est censé avoir assez de lumière pour les comprendre,... il ne faut pas douter à mon avis que les anciens n'y doivent opiner. On ne saurait leur en contester le droit ; car puisqu'ils représentent le peuple, ils ont droit de suffrage en tout ce qui intéresse le peuple. » Conformément aux vœux émis par le synode de 1848, lequel recula devant la nomination des pasteurs par les fidèles, le décret du 26 mars 1852 a introduit le suffrage universel dans TËglise, en bornant son action à la nomination des anciens, et sans se préoccuper de rendre impossibles des mesures telles que la non réélection d'A. Coquerel fils et la destitution de Martin-Paschoud. — Voir Aymon, Synodes nation. ; d'Huisseau, La discipline des EgL réf., Orléans, 1675, in-12; Claude, Œuvres posthumes, Amsterd., 1688, in-8% V, 36et223; Ch. Waddington, Ramus, sa vie, etc., Paris, 1855, in-8'' ; le BulleL de la Soc. ti'hist. duprot., 2« série, II, Q4; VII, 313; la France prot., art. Morély, Chandieu, de Lestre, Sureau, Ch. du âloulin, et 2* édition, art. Bellefleiir. 0. Douen.
HORÉRI (Louis)^ né àBargemont, en Provence, le 25 mars 1613, mort à Paris le 10 juillet 1680, Agé de trente-sept ans et quatre mois. Sa famille, qui était honorable,' lui fit faire ses premières études à Draguignan et à Aix; après quoi, le jeune Moréri se rendit à Lyon pour y suivre ses cours de théologie et y recevoir les ordres ecclésiastiques. On dit qu'il prêcha la controverse avec succès dans cette dernière ville pendant cinq ans. Il devint docteur en Sorbonne, et fut attaché au service du ministre Pomponne (1678). La disgrâce de ce dernier l'atteignit par contre-coup, et le ramena au grand travail qui lui a valu sa célébrité, son Dictionnaire. La vie entière de Moréri se résume dans la publication de cet ouvrage, mais avant d'en parler, nous citerons les autres travaux de cet auteur. On doit à Moréri : l"* Le pay^ d'amour, qu'il publia à l'âge de dix-huit ans, « allégorie froide et galante, » selon Michaud ; 2"* le Doux plaisir de la poésie, in-12, recueil de morceaux des vers les plus remarquables publiés alors dans la langue française; 3** une traduction de la Perfection chrétienne, de Rodriguez, Lyon, 1667, 3 vol. in-8°, qui est incorrecte et d'un style aussi faible que relâché ; cette version a été de beaucoup surpassée par celle de Régnier des Marais; 4"" une édition des Vies des Saints, à laquelle il joignit des tables méthodiques pour les prédicateurs, et des tables chronologiques, 3 vol. ; 5^ il fut aussi l'éditeur d'une Z^^^tion nouvelle du Levant, « ou traité de la religion, du gouvernement
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et des coutumes des Perses, des Arméniens et des Gaures, » par le père Gabriel de Ghinon, capucin. Il avait préparé les matières de plusieurs autres ouvrages qui n'ont pas vu le jour, tels que : 6° Diciion" naire historique et bibtiographique des Provençaux cilébreSy et 7* une Histoire des conciles. Il a laissé en manuscrit: 8^ un Traité desétrennes. Mais ce qui Ta rendu le plus célèbre est 9*^ son Dictionnaire historique, quoique ce ne soit pas lui, comme on le croit généralement, qui ait publié le premier Dictionnaire historique en français, car lorsqu'il publia le sien, on possédait déjà celui de Broissinière de Juigné dont il put même profiter. Moréri publia son Dictionnaire pour la première fois en 1673, en un vol. in-f", en le dédiant à Gaillard de Lonjumeau, évêque d'Âpt, qui lui avait fait trouver des matériaux pour son œuvre. C'est à la sœur de ce prélat, M"" Gaillard de Venel, qu'il dut son emploi auprès de M. de Pomponne. Moréri ayant quitté ce ministre, se consacra avec ardeur à la préparation d'une seconde édition de son Dictionnaire, mais il ne put en publier que le premier volume, l'excès du travail lui coûta la vie. Le second volume de cette seconde édition parut en 1681 avec une dédicace au roi. L'ouvrage de Moréri eut des continuateurs, dont le plus distingué fut le célèbre et infatigable abbé Goujet qui, à lui seul, y donna quatre volumes in-f* de supplément, c'est la partie la mieux faite de cet immense répertoire. On a reproché à Moréri et à ses continuateurs une multitude d'erreurs et de lacunes, mais est-il étonnant qu'un pareil travail ne soit pas arrivé à la perfection du premier coup? C'est au contraire la reconnaissance qui est due à Moréri et à ceux qui l'ont suivi, pour la publication d'un ouvrage qui a tant servi à ceux qui sont venus depuis. Les éditions les plus estimées du Dictionnaire de Moréri sont celles de 1732 en 6 vol. in-f^, les suppléments de* l'abbé Goujet 1735 et 1749 en 4 vol. in-f*, et surtout celle de Drouet en 1759 en 10 vol. in-f**. Cette dernière édition, qui renferme les suppléments si précieux de l'abbé Goujet, a été corrigée, refondue et augmentée. L'ouvrage a été traduit en italien par deux jésuites, il l'a été aussi en espagnol et en anglais. A. Maulvault.
MORGAN (Thomas-Charles), littérateur anglais né en 1783, mort en 1843. Reçu docteur en médecine à Cambridge en 4809, il pratiqua son art à Londres. En 1812, il épousa miss Sidney Orvenson, célèbre femme de lettres anglaise et s'établit en Irlande où il prit en mains pendant vingt-cinq ans la cause de l'émancipation des catholiques. Outre sa collaboration au Monthiy Magazine^ il publia quelques ouvrages : Esquisses de la philosophie de la vie, 1816, in-8<^ ; Philosophie de la morale, 1819, in-8*' ; le Livre sans nom, 1841, 2 vol. in-8*.
H0BI6IÂ (Jean- Antoine), surnommé l'Ancien pour le distinguer du cardinal du môme nom et de la même famille qui vécut de 1632 à 1708, fut le fondateur de la congrégation du Salut ètetiiel. Il naquit à Milan en 1497 et y mourut en 1546. Sa jeunesse fut orageuse et débauchée, mais à l'âge de vingt-cinq ans il quitta le monde, entra dans les ordres mineurs et se fit remarquer par sa vie exemplaire. Vers 1530, avec quelques gentilshommes revenus comme lui des fo-
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lies du monde, il fonda la congrégation des clercs réguliers de Saint- Paul ; transportée plus tard dans la paroisse de Saint-Barnabas, dont réglise est ofQciée encore aujourd'hui, elle prit le nom de barnabite. En 1532, Clément XII, par un bref du 18 février, approuva celle institution et Morigia en fut le chef reconnu et régulier. Les barnabites (voy. ce nom) ne devaient d'abord vivre que d*aum6nes, ils ne pouvaient posséder ni des rentes, ni des biens immeubles ; mais dans peu de temps ils corrompirent leurs règles et furent ambitieux et rapaces comme la plupart de leurs confrères. Morigia, réélu en 1545, mourut Tannée après en odeur de sainteté. En 1589, les barnabites morigiani furent réunis en congrégation par Charles Borromée, avec les barnabites de Saint-Barnabe, les anciens ermites de Saint- Ambroise. — Voyez Innocenzio Gubbio, Vita dei venerabili P. P. BarnabitL B, Ferrari e G. A, Morigia, Milan, 1858.
HORUA(morîyâh ou môriyâh, c'est-à-dire apparition deDieu), désigne, d'après 2 Chron. IV, 1, la montagne du temple, appelée ordinairement Sion (voir l'article Jérusalem), où Dieu serait apparu à David (2 Sam. XXV, 16; 1 Chroniq. XXII, 15). Mais le chroniqueur, à n'en pas douter, a aussi en vue le récit de la Genèse (XXII) et veut prouver que le temple a été érigé à l'endroit même où Dieu apparut à Abraham au moment où il lui offrait en sacriûce son fils Isaac. Le nom de Moria, pour désigner la montagne du temple, quelque intéressant qu'il soit au point de vue symbolique, n'était toutefois pas général ; l'eût-il été, comment ne le retrouve-t-on nulle part où il est question du temple? Quanta chercher sous le nom de Moriale bosquet de Mamré près de Sichem (Bleck et Tuch), il n'y faut pas songer, la distance entre Mamré et Jérusalem étant de trente-neuf lieu es, tandis que celle qui sépare Beerseba de Jérusalem n'est que de dix*neuf lieues, comme Robinson l'a démontré après un mesurage réitéré.
MÛEUn (Jean), oratorien, né à Blois en 1591 , mort à Paris en 1659, était issu de parents calvinistes qui l'envoyèrent à Leyde pour y étudier la philosophie et la théologie. De retour à Paris, il se convertit au catholicisme et entra chez les pères de l'Oratoire qui le nommèrent supérieur du collège d'Angers. En 1640, il fut appelé à Rome par Urbain VIII, qui s'occupait de la réunion des Eglises grecque el latine; et, dans les discussions qui s'élevèrent à ce sujet, Morin montra les connaissances les plus étendues. De retour en France, il s'occupa uniquement de travaux d'histoire et . de critique sacrée. Parmi ses nombreux ouvrages nous signalerons : 1^ De patriareharum etprimalum origine, Paris, 1626; 2° Histoire de la délivrance de tEglhe chrétienne par l'empereur Constantin, et de la grandeur et sovveraineié temporelU donnée à l'Eglise romaine par les rois de France, 1690; S'^Exercilaiiones ecclesiasticxinutrumqveSamaritanorufn Pentateuchum, 1631 ; 4"* Exercilaliones biblicx dehebraici grxcique lextus 8incerUate,de germanaLXX interpretum translatione dignoscenda, 1633, in-4«; 1669, in-fol.; 5"* Commentarius historicus de disciplina in administratione sacramenti pœnitentix XIII primis seculis in Ecclesia occideniali^ etc., Paris, 1651; Anv., 1682; Brux., 1687; e^" Commentarius historÙHhdog'
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malicus de sacris Ecclesix ordinationibus, etc., 1655; V Opéra pos^ (huma de calechumenorwn expiatione^ de sacramento con/irmalionis^ de contritione et aitriiione^ 1703; 8* Anliquitates Ecclesiœ Oiientalis clarissimorum virorum card, Barberini^ L. Allatii, Lucm Holstenii^ Jos. Morini, etc., dissertationibus epistolicis enucleatx, num ex ipsU autograyhisedUœ, Londres, 1682. Jean Morin a donné en outre une traduction du Pentateuque samaritain dans la Polyglotte de Le Jay; il a dirigé Tédition de la traduction des Septante qui parut avec une version latine et les notes de Nobilius, 1628, 3 vol. in-fol. — ^ Voyez la Vie du P. Morin, insérée à la tête de ses Anliquilés de V Eglise orieniaU; Lalouette, Abrégé de la vie du P. Morin^ imprimé dans les Extraits des saints Pères de r Eglise, part. IV ; Colomiès, Gallia orientaiis ; Nicéron, Mémoires^ IX ; Glaire, Diction.^, II, 1535.
MORIN (Etienne), célèbre orientaliste. Né à Gaen en 1625 de parents réformés, mort à Amsterdam l'an 1700, il exerça les fonctions de pasteur à Saint-Pierre-sur-Dive, près de Lisieux, puis à Gaen; plus tard il fut admis à Tacadémie de ce cette ville. À Fépoque de la révocation de redit de Nantes, il se réfugia en Hollande où il se livra aux travaux d'érudition qui ont rendu son nom célèbre. Ses principaux ouvrages sont : 1*^ Dissertationes octo, in quibus multa sacrx et profarix autiquitates monumetUa explicantur, Genève, 1683; Dordrecht, 1700 ; 2^ Oratio inauguralis de Unguarum orienialiwn ad intelUgentiam Scriptarx Sacrx utilitate, Leyde, 1686; 3^ Exercilationes de lingua primœva ejusque appendicibus, in quibus multa Scriplurx Sacrx loca exponuntur, Utrecht, 1694 ; 4'' Explanûtiones sacrx et philologicx in aliquot Veteris et Novi Testamenti locos, Leyde, 1698; 5*^ VitaSam. Bocharti^ en tète des Opéra Bocharti, ibid., 1692. On trouve dans ce volume une dissertation curieuse de Morin intitulée : De Paradiso terrestri; 6^ Epistolx II de Pentateuclw samaritano, dans Van Dale, De Ongine idololntriXy Amsterd., 1696.
MORMONISME. Ge nom est celui d'une secte américaine, qui s'appelle plus volontiers « l'Eglise des Saints des derniers jours. » Le nom sous lequel elle est habituellement connue lui vient du Livre de Mormon^ son principal livre sacré. Mormon est l'un des personnages fabuleux de cette étrange mythologie. Joseph Smith dérivait ce nom du mot anglais more^ plus, et d'un mot prétendu égyptien mon^ bon, ce qui lui donnait pour signification « plus bon » ou meilleur. Gette étymologie fantaisiste du fondateur du mormonisme en a amené une autre qui n'est pas plus sérieure; ses adversaires ont voulu faire dériver ce mot du grec ;jLof){xo)v, spectre.
I. HiSToms. Le fondateur du mormonisme fut Joseph Smith, né dans le Vermont, le 23 décembre 1805. Son père, qui était agriculteur, s'établit dans l'état de New-York, lorsque Joseph avait onze ans, et ce fut dans le comté d'Ontario que s'écoula la jeunesse du futur prophète. Sa culture intellectuelle fut des plus sommaires, et ne dépassa guère les premiers éléments de la lecture, de l'écriture et du calcul. Ses biographes officiels, Orson Pratt et George A. Smith, nous le représentent s'occupant de son salut dès Tâge de quinze
ans, cherchant vainement dans les Eglises existantes la satisfaction de ses besoins religieux et se mettant alors, par la lecture delà Bible et par la prière, à chercher directement auprès de Dieu la réponse aux questions angoissantes qui le troublaient. Un jour qu il priait, une clarté merveilleuse descendit sur lui et Tenveloppa, et deux êtres surnaturels lui apparurent, l'informèrent que ses péchés lui étaient remis, lui déclarèrent qu'aucune secte ne possédait la vraie doctrine, et que cette doctrine, complément de TEvangile, lui serait révélée un jour. D'autres révélations suivirent. La plus importante fut celle qui lui apprit que les Indiens d'Amérique étaient les descendants dégénérés du peuple d'IsraOl et que leurs' Annales avaient été déposées en lieu sûr. Conduit par les indications d'un ange, Smith découvrit ces Annales gravées en caractères égyptiens sur des plaques d'un métal ressemblant à de l'or. A côté des Annales se trouvait un curieux instrument : VUrim et le Thummim, composé de deux pierres transparentes, au moyen desquelles Smith allait pouvoir lire et interpréter le document. C'est en i827 que Smith prétendait avoir été mis en possession des mystérieuses plaques, qu'il s'occupa à traduire, en se servant comme secrétaire d'Olivier Cowdery, qui devint l'un des chefs de la secte. Le Livre de Mormon parut enfin en 1830, aux frais d'un fermier du nom de Martin Harris, qui, gagné aux id ées de Smith, lui fournit les moyens de faire imprimer sa révélation. Toute cette légende avait fait trop de bruit pour que l'on ne cherchât pas à la tirer au clair. L'enquête, toutefois, a été conduite avec trop de passion par les adversaires du mormonisme pour qu il soit permis d'en accepter les résultats comme pleinement concluants. Les origines du mormonisme, quoique toutes récentes, demeurent un problème d'histoire et de psychologie non encore résolu. La famille Smith paraît avoir eu une mauvaise réputation dans la contrée où elle vivait ; on accusait ses membre de paresse, d'intempérance et d'amour du mensonge. « Ils étaient fameux, dit un document signé par un grand nombre de leurs voisins, par leurs projets visionnaires et passaient une partie de leur temps à faire des fouilles pour découvrir des trésors cachés, » Joseph Smith se distingua de bonne heure par son caractère aventureux et illuminé tout ensemble, et l'histoire de ses visions lui valut les quolibets et les persécutions de ses voisins. 11 est démontré que le fond du Livre de Mormon n'est autre chose qu'un certain roman historique sur les Indiens composé en style pseudo-biblique par un ministre du nom de Salomon Spaulding, né en 1761 et mort en 1816. Son manuscrit était demeuré entre les mains d'un imprimeur de Pittsburgh, en Pensylvanie, et passa entre celles de Sydney Rigdon qui, après avoir été compositeur dans son établissement, devint l'associé de Joseph Smith dans la propagation des doctrines mormones. Plusieurs des amis de Spaulding et son propre frère déclarèrent reconnaître son œuvre dans la prétendue traduction des plaques d'or. Les adjonctions faites par le prophète à ce fonds primitif sont des réminiscences bibliques pour la plupart, où abondent les incorrec-
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lions grammaticales. Quant aux plaques elles-mêmes, nul ne les a vues en dehors des onze témoins qui affirment, en tète du Livre de Mormon^ les avoir vues et touchées ; mais ces témoins étaient des mormons, parmi lesquels trois membres de la famille Smith et cinq de la famille Whitmer, Tune des premières converties à la foi nouvelle, et de tels témoignages sont plus que suspects. Le premier bailleur de fonds de Smith et Tun des onze témoins, Martin Harris, s'étant fait donner un fac-similé de Tune des golden plates^ alla, avec une bonne foi qui Thonore, la soumettre au professeur Anthon, de New- York. Les mormons répandirent le bruit que ce savant avait reconnu les caractères pour de Tégyptien réformé. Mais le professeur, dans une lettre rendue publique, déclara que la feuille qu'on lui avait présentée était « couverte de toutes sortes de caractères crochus, et évidemment combinés par une personne qui avait eu sous les yeux un livre contenant divers alphabets, entr*autres des alphabets grecs et hébraïques. Des lettres romaines, renversées ou placées de côté, s'y trouvaient aussi rangées en colonnes perpendiculaires, et le tout se terminait par un grossier dessin d'un cercle partagé en divers compartiments couverts de signes bizarres, et évidemment copiés du calendrier mexicain publié par M. de Humboidt, mais copiés de manière à déguiser la source d'où ils étaient tirés. » La foi de Martin Harris était trop aveugle pour se laisser éclairer par les lumières de la science, et la publicitç donnée à ces faits n'empêcha pas Smith de faire de nombreuses dupes. En i829, lui et son collègue et secrétaire Gowdery, prétendirent avoir reçu d'un ange une divine imposition des mains qui les sacrait prêtres, et, persuadés que le baptême chrétien qu'ils avaieat reçu n'était pas valide, ils se rebaptisèrent réciproquement par immersion. Leurs prédications et la lecture du Livre de Mormon groupèrent bientôt autour d'eux des disciples qui entrèrent dans la nouvelle secte par le rite du baptême. Le 6 avril 1830, l'Eglise des saints des derniers jours fut organisée dans la ville de Fayette, Etat de New- York. L'accession de Sidney Rigdon, ancien ministre campbellite fort bien doué, qui prêchait des idées millénaires, vint apporter à la théologie rudimentaire de Joseph Smith des éléments nouveaux, qui devaient la rendre populaire dans un milieu très ouvert à cette sorte d'enseignement. Le millénium allait commencer, les Indiens étaient sur le point de se convertir, l'Amérique devait être le rendezvous des saints, et la tâche spéciale de la nouvelle Eglise était de construire la Nouvelle-Jérusalem. Ces idées et la mythologie qui les entourait flattaient à la fois le patriotisme et le goût du merveilleux des populations ignorantes des campagnes. Des missionnaires improvisés les répandirent de proche en proche, et des communautés mormones s'établirent de bonne heure dans l'Ohio, la Pensylvanie, Flndiana et l'illinois, aussi bien que dans le New-York. Au commencement de 1831, le siège de la secte était Kirtland dans l'Ohio, mais, vers la fin de cette même année, sous l'action d'une révélation spéciale, Smith entraîna une émigration de douze cents mormons dans le
comté de Jackson, Missouri, pour y « fonder la cité de Sion où le Christ devait régner en personne. » Cette communauté se distinguait des rudes colons qui l'entouraient par son industrieuse activité et par ses mœurs douces. Une persécution violente ne tarda pas à s'élever contre elle : on brisa ses presses, on supprima ses journaux, on fit subir toutes les avanies à ses ministres ; finalement, en 1833, une bande d'hommes armés vint expulser de la contrée les familles mormones, qui s'en allèrent chercher un asile à Independencedansle comté de Clay. Joseph Smith, en apprenant les malheurs de ses partisans, accourut de l'Ohio où il se trouvait alors, et, àla tête d'une troupede mormons armés, essaya de répondre à la force par la force. Cette tentative ne réussit pas, et il dut retourner à Kirtland. 11 se mit alors à compléter l'organisation religieuse de son Eglise. A la tète de la hiérarchie, qui devait assurer sa force, il plaça une sorte de triumvirat, s'assignant à lui-même la première place en sa qualité de prophète et d'apôtre et s'ajoignant Rigdon et Williams comme ses assesseurs. Le 4 février 1835, il se choisit douze apôtres auxquels il confia la mission de convertir les nations. Ils se répandirent en effet dans les états de TEst; l'un d'eux débarquait en Angleterre en 1837, et le jour de Noël de cette même année, une première conférence de mormons anglais se réunissait àPreston. Ils firent de nombreuses recrues dans les villes manufacturières du Nord et dans le pays de Galles, et des convoisd'émigrants mormons traversèrent fréquemment l'Atlantique pour rejoindre le gros de la communauté. En mars 18^, quand le temple fut inauguré à Kirtland, plus de mille mormons étaient présents. De malheureuses transactions commerciales auxquelles le prophète fut mêlé et qui lui attirèrent des démêlés avec les tribunaux, le décidèrent à abandonner définitivement l'Ohio. Une révélation survint à point nommé, pour confirmer sa décision. Sa présence était fort nécessaire au milieu de la colonie missourienne, qui souffrait de luttes intestines, en même temps qu'elle était en butte aux persécutions des «gentils.» Ceux-ci voyaient d'un œil jaloux la marche envahissante des mormons et s'irritaient de leur prétention hautement affichée de conquérir tout le pays. Une sorte de guerre civile éclata : les milices de l'Etat intervinrent à la fin de 1838, en apparence pour rétablir la paix, mais en réalité pour débarrasser l'Etat de la présence des mormons. Plusieurs d'entre eux furent massacrés ; le prophète, son frère, et quelques autres chefs furent emprisonnés, et la colonie mormone, forte d'environ 15,000 personnes fut, en plein hiver, dépossédée de ses terres et expulsée de l'autre côté du Mississipi, dans l'illinois. Bien accueillie par la population de cet Etat, elle y fonda la ville de Nauvoo, qui, deux ans après sa fondation, comptait déjà 2,000 habitations, avec des écoles et des édifices publics. La législature de l'Etat concéda une charte à Nauvoo; les mormons furent autorisés à lever une milice placée sous les ordres du prophète, qui devint bientôt le chef à la fois religieux, civil et militaire d'une communauté de 20,000 âmes, qui lui vouait une admiration et une obéissance sans réserves. Ses partisans se multipliaient dans tous les Etats-Unis, et
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leur chiffre en Angleterre atteignait, disait-on, dix mille. Ces succès enivrèrent Joseph Smith qui, en 1844, osa se mettre sur les rangs pour la présidence des Etats-Unis. Ses mœurs étaient loin d'être irréprochables ; toutefois cène fut qu'en juillet 1843 qu'il prétendit avoir rdçu une révélation autorisant la pol^rgamie. Cette prétention souleva une vive opposition dans le sein même de la communauté. Les mécontents fondèrent à Nauvoo même un journal 'd'opposition, VExposiior, Smith, qui en était venu à ne pouvoir souffrir la contradiction, donna ordre à ses janissaires de faire justice ; les presses du journal furent brisées, le bureau démoli, et ses rédacteurs ne durent leur salut qu'à la fuite. Ils portèrent plainte devant les autorités de l'Etat qui profitèrent de l'occasion pour faire cesser un état de choses intolérable, La milice marcha sur Nauvoo et s'empara du pro'pbète et de son frère Hyrum. Le bruit ayant couru que le gouverneur songeait à faire évader ses prisonniers, une bande d'hommes armés se jeta sur eux et les massacra (27 juin 1844). La mort de Joseph Smith, loin d'être la ruine du mormonisme, sembla devoir assurer sa durée ; elle mit l'auréole du martyre au front du prophète et renforça le fanatisme de ses partisans. Brigham Young, qui était devenu le conseiller le plus intime de Smith, fut appelé à lui succéder à la tête de la communauté, avec les titres de « voyant, révélateur et président des saints des derniers jours. » En 1845, la législature de Hllinois révoqua la charte de la cité de Nauvoo. Les conflits étaient fréquents entre les saints et les gentils, et la communauté elle-même souffrait de tiraillements intérieurs. Brigham Young comprit qu'il y avait là une situation qui ne pouvait se prolonger sans amener à courte échéance la ruine du mormonisme. Il fut résolu en conséquence qu'une nouvelle migration aurait lieu et que le siège de la communauté serait transporté par delà les limites des Etats-Unis, et à quelques centaines de lieues de toute terre civilisée. Cette résolution fut annoncée aux saints par une épître générale datée du 20 janvier 1846. Une avant-garde de seize cents personnes partit avant la fin de l'hiver pour jeter les bases du futur établissement. Le territoire de rutah, que les mormons désignèrent sous le nom de Deseret, ou pays de l'Abeille, est un plateau compris entre les Montagnes-Rocheuses et la Sierra-Nevada de Californie. Ce plateau aride semblait rebelle à toute culture, et il a fallu toute la ténacjté de volonté de fanatiques en révolte contre la civilisation pour coloniser ces régions inhospitalières et en faire ce qu'elles sont devenues aujourd'hui, la grande étape entre New- York et San-Prancisco. On a souvent raconté cet exode de tout un peuple, s' accomplissant par un prodige d'audace et de discipline, au milieu des privations et des souffrances de toute nature, et aboutissant à la création, sur les bords du Grand- Lac-Salé, d'une civilisation étrange, mais à laquelle on ne saurait sans injustice refuser une certaine grandeur. Le succès de cette expédition suffirait pour faire vivre dans l'histoire le nom de Brigham Young. Il arriva dans la vallée en juillet 1847, et le gros des mormons dans l'automne de 1848. Une ville fut construite avec son ta-
bernacle et ses édifices publics. La population augmenta rapidement. En 1849, le congrès des Etats-Unis organisa TUtah en territoire et reconnut Brigham Young pour gouverneur. En 1852, fut promulguée la « loi céleste du mariage » qui autorisait la polygamie. En 1853, fut posée la première pierre du temple monumental. Le gouvernement fédéral essaya vainement d'intervenir dans la législation, d'abord en nommant des juges, puis en envoyant un nouveau gouverneur à la place de Young. Traités en suspects, ces mandatair^s du gouvernement durent se retirer en 1856. L'année suivante, le gouvernement de Washington envoya dans TUtah de nouveaux fonctionnaires, avec un corps de 2,500 hommes pour les appuyer. Les mormons protestèrent vivement, mais finirent par se soumettre. La question de la polygamie est demeurée entre eux et le pouvoir fédéral la question délicate et a soulevé de continuels conflits. Toutefois, cet étrange peuple est en voie de rentrer dans les conditions normales d'existence des peuples civilisés ; la création du chemin de fer du Pacifique, en 1869, l'arrivée de nombreux colons non mormons, la mort enfin de Brigham Young, survenue en 1877, ont abaissé définitivement les barrières qui le séparaient du reste du monde. Dépouillé bientôt de son institution honteuse de la polygamie, comme il l'a été de l'autonomie politique qu'il avait rêvée, il redenendra une simple secte religieuse, plus bizarre que la plupart des autres, et qui pourra vivre longtemps encore, grâce à cette légende mystérieuse qui s'est faite autour de son berceau, et grâce surtout à ces traditions d'audace et d'héroïsme qui font de l'histoire particulière de cette secte l'un des chapitres les plus étonnants de l'histoire de la colonisation. On estime à 250,000 le nombre total des mormons ; de 80 à 100,000 sont établis dans l'Utah.
II. Doctrine et discipline. — Nous avons déjà parlé du plus important des livres sacrés des mormons, le Livre de Mormon, compilation indigeste et illisible, mais dont le succès s'explique par la large satisfaction qu'elle donne au patriotisme américain. D'après la révélation mormone, les juifs réfugiés en Amérique se partagèrent en deux groupes hostiles, les néphites et les lamanites. Ceux-ci, devenus infidèles, exterminèrent les néphites et s'emparèrent du continent tout entier. Les Indiens sont leurs descendants. \je Livre de BomionïovvsïQ un volume de 563 pages d'impression compacte. Il se divise en quinze livres de longueur inégale attribués à divers auteurs. Cet ouvrage contient, outf e le roman interminable des néphites et des lamanites, de longues exhortations, des visions et des paraboles, faible pastiche du langage biblique, et qui n'ont ni élévation morale ni valeur poétique. Les anachronismes et les absurdités y fourmillent, pour ne rien dire des fautes grossières de grammaire. Le second livre sacré du mormonisme est le Livre de la doctrine et des alliances {Book of Doctrine and Covenanis); il renferme des instructions religieuses données par Joseph Smith à ses disciples, des révélations se rapportant à l'organisation, au culte et à la hiérarchie de l'Eglise, des prophéties, des visions, etc. Mentionnons enfin la PerU de grand prix, recueil de
révélations, prophéties, discours de Smith, auquel il a joint un prétendu Livre d'Abrahnniy qui se donne comme traduit d'un papyrus égyptien. La doctrine mormone forme le plus étrange éclectisme d'éléments bouddhistes, gnostiques, mahométans et chrétiens. Dieu le père n'est pour eux que le plus puissant des hommes ; il est doué d'un corps, il a été engendré comme nous, il est marié à un grand nombre de femmes, et ses enfants sont nombreux comme les grains de sable de la mer. Ge Dieu, qui habile la planète Kolob, a charge de notre univers ; d'autres dieux , également puissants , veillent sur d'autres mondes. Dieu n'étant qu'un homme perfectionné, chaque homme peut aspirer à devenir Dieu à son tour. Le Christ est né de l'union « matérielle » de Dieu et de lafvierge Marie ; les mormons retiennent la foi en la rédemption. La vie future ne sera que le prolongement de celle-ci; l'existence aura les mêmes nécessités et les hommes les mêmes passions et les mêmes occupations. Qu'on ajoute à ces idées bizarres, la doctrine de la transmigration des âmes, celle de la permanence des dons miraculeux, tout un système millénaire très complet, avec retour des juifs, y compris les dix tribus perdues, parousie et règne personnel du Christ pendant mille ans sur la terre, et l'on aura quelque idée de ce qu'est cette étrange théologie, véritable pandémonium où se sont donné rendez-vous toutes les excentricités de la pensée religieuse de tous les temps. La morale mormone ne s'élève pas au-dessus du terre-à-terre de l'égoïsnie le plus absolu. Le dieu des mormons a été déflni par l'un de leurs apôtres « le plus égoïste des êtres vivants », et ses adorateurs s'efforcent de lui ressembler. Les deux grands devoirs du parfait mormon sont le patriotisme elle payement des dîmes; en règle avec la loi morale sur ces deux articles, il est libre pour tout le reste. S'enrichir et multiplier le nombre de ses femmes, à cela se borne son ambition. Toute pensée indépendante est supprimée ; les fidèles s'engagent à n'être dans les mains de leurs chefs « qu'une cire molle, un chiffon trempé dans du suif. » Les formes du culte semblent avoir pour but d'exclure et d'étouffer la pensée. Le salut de l'individu dépend de rites symboliques multipliés; baptême par immersion fréquemment renouvelée ; imposition des mains ; cène où l'eau remplace le vin, cérémonies mystérieuses d'initiation. La prédication roule en général sur les intérêts matériels de la communauté, et ne tend en aucune façon à élever l'âme vers les choses invisibles. La hiérarchie mormone comprend au sommet la présidence composée de trois hommes qui représentent sur la terre la Trinité divine, et dont l'un a la suprême autorité ; puis le patriarcat conféré à vie à un homme qui a pour unique charge de distribuer des bénédictions; puis les douze, qui ont le pouvoir de conférer les ordres et d'administrer les sacrements; puis les soixante-dix, qui, sous la direction des apôtres, ont la charge de faire la propagande. Les grands prêtres forment le cinquième ordre ; ils officient toutes les fois que les dignitaires d'un rang plus élevé ne sont pas présents. Les evêques, les anciens^ les prêtres, les instructeurs et les diaci'es forment les degrés inférieurs de cette hiérarchie, et appartiennent à la