MORNAY — MORONE
forme la plus appropriée au but pratique qu'il poursuit : Tunion des Eglises protestantes, la défense de leur foi contre les attaques. Elle n'a rien d'original. iSe^ écrits politiques, dont plusieurs ont été cités plus haut, lettres, pamphlets, notes diplomatiques, dépêches, etc., ont été publiés deux fois et toujours incomplètement, sous le titre général de Mémoires de Du Plessis-Momay, la première en 4 vol. in-4", 1624-25, 51-52, par Daillé ; la seconde par Auguis (1824-25) en 12 vol. in-8*. Cette édition, fort défectueuse et qui s'arrête à 1614, reproduit les principales parties du beau manuscrit conservé à la bibliothèque de la Sorbonne en 11 vol. in-f* et qui provient de la bibliothèque même de Mornay. Elle contient, dans son premier tome, les mémoires de M"*'' de Mornay sur la vie de son époux qu'elle conduit jusqu'à la mort de son fils. Une seconde édition de cet écrit a été publiée parnai les mémoires de la Société de l'histoire de France par M"* de Witt et M. Guizot, 2 vol. in-8" avec des lettres inédites de Mornay et des divers membres de sa famille. Nous avons indiqué le titre de plusieurs écrits perdus de notre auteur. On cite encore un Commentaire sur la loi saliqne et riptiaire ; un essai sur la puissance légitime d'un prince svr son peuple ; un autre sur la mesure de ia foi, destiné à faciliter la réunion des protestants; un autre encore sur le concile, indiquant la marche qu'une telle assemblée devait suivre pour accorder les chrétiens et corriger les abus, etc. On a pu voir que le style de Mornay dans ce genre d'écrits est parfois d'une singulière éloquence, vif, nerveux, plein de mots qui frappent l'esprit et restent dans la mémoire. Bien des pages de ses livres deviendraient aisément* classiques. — On peut consulter sur Mornay, outre les histoires générales, sa Vie, écrite par ses secrétaires de Licques et autres, Leyde, 1647 ; MagniCrusii singulnria Plessiaca, Hambourg, 1724 ; Henri Duval, Eloge de Du PL-M,, Paris, 1809 ; Ambert, Du PL-Mornay, 1848; Benjamin Fillon, La Galerie des Portraits réunie au château, de Saumur vtir Du PlessiS'Mornay, 1879, brochure du plus haut intérêt, pleine de renseignements originaux. Les portraits réunis par Mornay à partir de 1609 étaient ceux des personnages qui lui étaient sympathiques : les réformateurs Luther, Calvin, Viret, Bèze, Knox, etc.; les rois et princes : Henri IV, Jeanne d'Albret, Elisabeth d'Angleterre, les princes d'Orange, le roi régnant en France, etc.; les membres de sa famille : sa femme, son fils, ses filles, ses gendres, son frère aîné, sa mère ; ses amis : Coligny, La Noue, Arnaud de Ferrier, Buzanval, Philippe Sydney et sa sœur la comtesse de Pembroke, Languet, De Thou, l'Hôpital, Catherine de Parthenay et sa .fille Anne de Rohan. Ainsi la religion, la royauté, l'amitié, la famille, voilà les nobles passions qui remplissaient l'âme de Mornay ! M.-J. Gaufrés.
MOBÂNE (le cardinal Jean), fils du célèbre chancelier Jérôme Morone, le soutien des derniers Sforza seigneurs de Milan, naquit dans cette ville le 25janvier 1509. H étudia à l'université de Pavie, y fut reçu docteur en lois et en 1529 obtint, grâce aux services que son frère avait rendus à Clément VII, l'évêché de Modène. Il ne l'occupa cependant pas immédiatement à cause de la rivalité du cardinal Hip-
polyte d*Este, qui y aspirait aussi et auquel un traité de 1528, conclu entre le cardinal Gibo et les princes de Ferrare, promettait, outre le chapeau rouge, Tévôché en question. Le cardinal d'Esté en effet Toccupa jusqu'en 1532 et jusqu'à cette époque Morone fut employé par le pape comme ambassadeur. Sa légation la plus importante fut celle de Germanie, auprès de Ferdinand, roi des Romains (1530) pour l'induire à la guerre contre les Turcs, à la convocation du concile, à une alliance entre Charles-Quint, le pape, Venise contre François I". Envoyé comme nonce à la diète de Spire (Hagenau), il reçut ensuite Tordre de ne pas s'y présenter et ne fut présent qu'à celle de Ratisbonne oh tout espoir de conciliation fut détruit par les exigences romaines. Morone comme Gontarini était très coulant sur l'article de la justification par la foi et très favorable aux réformes de l'Eglise et de la curie (1541). En 1542, Morone fut créé cardinal avec les titres successifs de Saint- Vitale, de Saint-Etienne au monte Gelio et de Sainte- Marie in Transtevere. Il fut en outre plus tard protecteur d'Angleterre, d'Autriche, de Hongrie, des ordres bénédictin, cistercien et dominicain, et grand protecteur de la Casa Santa de Lorette où il introduisit plusieurs améliorations dans le rite et dans l'ornementation. Il fit couler en argent massif les statues des 12 apôtres, du poids de 720 livres. Pendant sa légation en Allemagne, Morone apprit à connaître le luthéranisme et dans ses lettres au pape il disait sans réticences la vérité sur la nécessité d'un concile et d'une réforme. Quoiqu'il espère la destruction du luthéranisme, il craint la convocation d'un synode national allemand, qui serait la perte ^e la papauté, et il écrit: «V. S. R. doit savoir que toute la Germanie est luthérienne, et si l'on n'avait pas du respect et de le crainte envers l'empereur, le roi des Romains et quelques autres princes et autorités ecclésiastiques, tout le peuple serait luthérien » {Monumenta vaùcana, V. GLXXIX). En 1542, lorsque Morone vint dans son évèché de Modène, il fut fort surpris d'y trouver la réforme protestante fortement enracinée. Il écrivit à son ami Gontarini sur ce sujet les lignes suivantes : « J'ai trouvé ici des choses qui m'affligent au plus haut point et qui m'enlèvent tout repos. Je brûle de honte en entendant répéter partout que cette ville est luthérienne... Je veux commencer des recherches sérieuses pour la laver d'une si vilaine tache » {Epist, Réginaldi Poli card,^ t. III, p. 269 ss. ; voyez Italie), Les mesures sévères de Morone se bornèrent toutefois à la publication d'un formulaire de doctrine, espèce de catéchisme ambigu, fait de concert avec Gontarini et Sadolet, et que les chefs de l'académie à demi hérétique de Modène durent accepter bon gré, mal gré. Après la mort de Gontarini, Morone lui succéda dans la légation de Bologne et se fit aimer par sa sévérité contre les malfaiteurs et sa douceur envers les hérétiques (1544). En 1545, envoyé comme légat avec les cardinaux Parisius et Poole, au concile, il ne prit point de part aux premières sessions et ne s'en occupa qu'après la mort de Paul III (1549), lorsque son successeur Jules III le reporta de Bologne à Trente (1550). En 1547, il avait assisté comme représentant papal à la diète d'Augsbourg. Nous