MORTS — MORUS
Cette dévotion, approuvée par les papes, se répandit bientôt dans tout rOccident. Dans plusieurs diocèses même, tels que ceux de Vienne et de Tours, et dans Tordre de Gluny, on la chômait tout le jour. Le concile d*Oxford, tenu en 1222, la déclara fête de seconde classe, et permit seulement les travaux nécessaires et importants.
HORUS (Alexandre), célèbre prédicateur de Gharenton, naquit, eni6i6,au collège de Castres, dont son père, Ecossais d*origine, était principal. ATâge de vingt ans, il alla étudier la théologie à Tacadémie de Genève, où il fut nommé professeur de grec en 1639. Il succéda à Spanheim en 1642, comme pasteur et professeur de théologie, refusa, la môme année, la place de pasteur de TEglise française de Londres, et devint recteur de l'académie en 1645, bien qu'il penchât vers Torthodoxie mitigée de l'école de Saumur. Sa vanité et sa hauteur lui ayant aliéné ses collègues, ceux-ci ne tardèrent pas à Taccuser d'hérésie et d'immoralité ; toutefois, trop heureux de le voir s'éloigner, ils lui accordèrent un certificat de bonne vie et de saine doctrine, lorsque, appelé par Saumaise, il se rendit à Middelbourg, en 1648, pour y occuper une chaire de théologie. Il était également désiré par Tacadémie de Montauban ; mais le commissaire royal présent au synode provincial de Castres (1651) fit opposition à l'appel qu'elle voulait lui adresser. Peu après, il accepta la chaire d'hisioire ecclésiastique devenue vacante, à Técole illustre d'Amsterdam, parla mort de Vossius. Un ennemi plus redoutable que tous les autres lui fut suscité par le Clanwr sanguinis regii ad cœlum^ Hagae, 1652, in-i2, libelle anonyme de Pierre du Moulin, dans lequel Milton n'était pas épargné. Attribuant cet ouvrage à Morus, le secrétaire de Gromwell rassembla tous les bruits qui couraient sur le compte du professeur célibataire, et les imprima sans aucun ménagement. Morus répondit par la tides publica contra calumnias J. Miltoni scurx, Hagae, 1654,in-12 et partit pour l'Italie, dont il ne revint qu'au bout de plus d'une année, après avoir été accueilli avec distinction par le grand duc de Toscane et par la république de Venise. A son retour il reçut les congratulations du synode de Leide (1656) ; sa fierté s'en accrut, et bientôt se réveillèrent toutes les animosités et les soupçons qu'avait mal assoupis son absence. Cité devant le synode de Tergow, au printemps de 1659, pour répondre aux accusations de mensonge, de fausseté, de fourberie, d'impiété, d'orgueil insupportable et de vices infâmes, il excipa de sa qualité de Français pour refuser de comparaître, et fut nommé, un mois après, non sans une vive opposition, pasteur à Gharenton. Le synode deNimègue Texcommunia comme rebelle, et le synode national de Loudun (novembre 1659) le déclara « innocent de tous les crimes qu'on lui avait imputés. » Après quoi il lui donna et des avertissements graves et sérieux touchant sa conduite » qui avait manqué de circonspection, et l'invita à c( n'offenser personne par ses discours ni par ses écrits. » Morus ne tint compte de ces avertissements, et pour des faits scandaleux, au sujet desquels le doute parait malheureusement impossible, fut suspendu de ses fonctions, le 10 juillet 1661, par le consistoire de Paris. Cette sentence irrita les
partisans du prédicateur que Taristocratie avait mis à la mode ; ils en appelèrent à la chambre de TËdit et se rendirent en foule au temple le dimanche suivant. Parmi eux se trouvaient des mousquetaires du roi, qui repoussèrent Daillé fils s^avançant pour prêcher et portèrent triomphalement Morus en chaire. La chambre de TËdit renvoya Taffaire au colloque, qui eut lieu à Charenton le 10 août. Celui-ci interdit Morus pour un an, sans Texclure de la cène et en chargeant le consistoire de veiller sur sa conduite. Le synode provincial de Roucy revisa le procès et aggrava la peine. Ënûn le synode provincial de Sancerre (1664), cassa Ip jugement et rétablit Morus dans son ministère, en Texhortant à mener une vie plus prudente et réservée. Il mourut en 1670 et fit une fin édifiante, dans Thôtel de la duchesse de Rohan,quiravait toujours soutenu et protégé. Etrange pasteur, d*humeur chagrine et mélancolique, emporté, toujours en querelle, dont rimpérance d'esprit et de langage jetait partout le trouble, dont le caractère, en un mot, n'était pas à la hauteur du talent. Bien que ses connaissances fussent étendues, son succès comme prédicateur, attesté par ses ennemis mêmes, tenait moins à la substance de ses discours, qu'à son admirable facilité d'élocution, à son débit aussi remarquable par une animation savamment graduée et par l'accord merveilleux du geste avec la pensée, que par la vivacité du regard et les éclats d'une voix de tonnerre. Bien qu'empêtré dans le triple sens littéral et historique, surnaturel et prophétique, spirituel et mystique de rCcriturô sainte, il est cependant moins lourd que ses collègues Drelincourt, Daillé, Gâches, Claude. Il a des saillies, des allusions ingénieuses, des tournures et des apostrophes imprévues, parfois un air paradoxal qui excite la surprise et fixe l'attention. G*est sans doute en songeant à la prédication de Morus que Claude s'écriait : « Désormais ce n'est plus à la conscience qu'il faudra prêcher, c'est à l'esprit et'à l'imagination. » En effet, Morus a plus d'imagination que de piété et de cœur. Il fait le bel esprit, dit Ostervald ; il tombe dans l'affectation des jeux de mots et des pointes, dont on ne saurait trop se garder. Un ami du célèbre prédicateur écrivait à Ferry : « Pour dire une belle pensée, il ne fait point de difficulté de sortir en quelque façon de son texte. » Les proposants qui s'efforçaient de l'imiter, n'arrivaient qu'à se rendre ridicules, à tel point qu'un synode de l'Ile de France leur ordonna de revenir au naturel et à la simplicité. Ses flatteries malheureuses envers Louis XIV témoignaient d'un jugement peu sûr et d'une complète absence de clairvoyance. Après la paix de Bréda(1667) ou celle d'Aix-la-Chapelle (1668), lorsque l'enlèvement des enfants et l'édit de 1666 avaient déjà déterminé la première émigration protestante, il tenait dans la chaire de Charenton le langage suivant : « Que les rois armés contre les rois couvrent toute la face de la terre comme d'un déluge de sang ; que les persécuteurs et les tyrans mènent tous les jours nos brebis à la boucherie. Nous le supposons. Car quel sujet avons-nous de nous plaindre, ni même de craindre ? ou d'en parler autrement que par supposition, sous le meilleur des rois, qui nous environne des effets de sa protection et de sa
clémence, qui ne versa jamais que le sang de ses ennemis, et cela môme à regret, et qui, lassé de ses victoires, promet à tous ses peuples des jours d'alcion ? Béni sois-tu, grand Roi, jeune César, diraije, ou jeune Salomon, vraiment donné de Dieu, et tous ceux qui sous toi se sont assemblés pour une œuvre si belle et si sainte ! Que de bénédictions t* attendent en Sion, que de cantiques de louange dans les terres étrangères vont couronner ton chef d*un nouveau diadème qui portera ta gloire au-dessus de celle de tes aïeux ! Le Grand, le Juste, sont des titres magnifiques et nous pensions qu'il n'en était point déplus glorieux; mais le Pacifique remporte lui seul surtous. Béni sois-tu, grand Roi, etc I» Le discours sur la mort de Guillaume II, prince d*Orange, donne une idée plus favorable de l'orateur: « La voix dit : Crie ; mais à qui crierai-je ? à toi, Seigneur? mais tu es courroucé ; aux anges et aux saints ? mais ils ne peuvent m'exaucer; aux trônes de la terre ? mais ils sont abattus ; au Prince ? mais il n'entend plus ; toutefois il parle encore. Je redirai donc sa voix à ton peuple, et je crierai : Toute chair est comme l'herbe. » Enfin voici un spécimen des traits qu'il décochait aux auditeurs absents : « C'est assez de venir ici le matin, disent nos gens à carrosse ; mais Taprès-dtner ce n'est qu'un catéchisme, si bien qu'on s'en retourne avant midi, bien plus vite qu'on n'est venu. . Il est vrai que cette heure leur dure plus d'un jour, et qu'en s'en retournant ils disent que le prêche a été bien long ; mais il n'a garde d'avoir été aussi long que leur sabbat a été court. » Outre huit volumes de sermons, Morus a laissé un grand nombre d'autres ouvrages écrits en latin. — Voir Elie Benoit, ffist, 4e redit de Nantes, II, 315; III, 454 ; Bayle, Dictionn. ; les ms. Conrart, t. XIV; Archibald Bruce, A critical account ofthe life, character, and discorverses of M. A, Morus, Edinburgh, 4843, in-8; Ostervald, De Vexercice du ministère sacré, Amsierd., 4737; la France prot., le Bnllet. de Vhist, du prot. fr., 11, 475 ; VIII, 473, et A. Vinet, Hist. de laprédication, p. 747. 0. DouKN.
MORUS (Samuel-Frédéric-Nathanael), théologien et humaniste célèbre, né à Laubau dans la haute Lusace, en 4736, mort à Leipzig en 4792. Disciple d'Ërnesti, qui appliqua à l'exégèse biblique le principe de l'interprétation historico-grammaticale, Morus professa, à partir de 1764, à l'univervsité de Leipzig la philosophie, les langues grecque et latine, et la théologie. Ses ouvrages sur l'herméneutique du Nouveau Testament lui assurent une place durable parmi- les rénovateurs de cette science. Nous citerons plus spécialement les suivants: 4"" De discrimine sensus et significationis in interpretando ; 2* De cousis, quitus nititur interprelatio aliegoriarum ; 3' De nexu 5tgnificaiionum ejusdem verbi. Ces trois dissertations ont été imprimées dans les Mori Dissertât tfîeoL et pliitoL, éditées par Keil, Leipz.,. 1787-94, 2 vol. ; trad. en allem., ibid. 1793-94 ; 4° Epitome iheelogi^ c^r»zta^«e,]Leipz.,1789; trad. en allem., 1795: c'est une sorte de dogmatique biblique, également éloignée de la subtilité scolastique des manuels de Torthodoxie courante et des tendances radicales du rationalisme régnant; 5"" Leçons académiques sur la moraU théologique^
Léipz., 1794-95, 3 Vol. — On trouvera la nomenclature complète def ouvrages de Morus dans le Oelehrtenlexicon de Meusel. Voyez auss^ une autobiographie de Morus dans Beyer, Magazinfùr Predigery V ♦* Hœpfner, Ueber dasLeben u. die VerdiensteM., 1793.
MORUS (Thomas), en anglais Thomas More, grand chancelier d'Angleterre, naquit à Londres en 1480 ; il était fils de John More, chevalier et juge du banc du roi. Placé de. bonne heure au collège Saint- Antoine de Londres, il y obtint de rapides et brillants succès. Le cardinal Morton, archevêque de Gantorbéry, ayant entendu parler du jeune écolier, le lit vepir devant lui, et charmé de ses spirituelles réparties Tadmit au nombre de ses pages. Morus remplit souvent des rôles dans les représentations dramatiques qui se donnaient au palais du cardinal, et il lui arrivait même, parfois, d'improviser avec un talent merveilleux. En 1497, il fut envoyé à Oxford pour y terminer ses études et y fit la connaissance d'Erasme. Les deux jeunes gens se lièrent d'une étroite amitié qui ne finit qu'avec la vie. — Ce fut à Oxford que Thomas Morus composa la plupart de ses poèmes anglais. En quittant l'université, il se livra à l'étude du droit, pour complaire à son père. Nommé lecteur dans une des cours de la chancellerie, il fit, pendant trois ans, un cours qui fut très suivi. En même temps, il attira l'attention générale par les conférences qu'il fit à SaintrLaurent de Londres sur la Cité de Dieu de saint Augustin. La lecture de ce livre lui inspira l'idée de quitter le monde ; il alla se loger dans un couvent de chartreux et se mit à pratiquer les austérités les plus rigoureuses de cet ordre sévère ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir de 1 inutilité de ces observances et songea à se faire simple prêtre. Ici encore il ne put se soumettre à la règle ecclésiastique du célibat ; il s'aperçut qu'il était né pour la vie de famille et il se maria. Maluit maritu$ esse casius quàm sacerdos iwpurus, dit Erasme. Reçu chez un gentilhomme du comté d'Ëssex, John Golte, il devint amoureux de là seconde de ses filles, la plus belle de la maison. II se décida à la demander en mariage ; mais réfléchissant que l'aînée pourrait être chagrinée de cette préférence, ce fut la main de l'aînée qu'il rechercha et qu'il obtint. Son intérieur fut d'ailleurs des plus heureux. Morus exerça avec succès la profession d'avocat; mais il avait de singuliers principes pour un avocat. Il n'acceptait jamais la défense d'une cause qui lui paraissait injuste, quels que fussent les honoraires qu'on lui offrît, et loin de pousser aux procès, il engageait instamment ses clients à terminer leurs afi'aires par une transaction. Quant aux plaideurs nécessiteux, il leur remettait les frais de procédure qui formaient ses émoluments. Nommé sous-chérif de la ville de Londres, il s'acquitta de sa charge avec un remarquable esprit d'équité qui lui donna sur la population une grande influence. Elu membre du Parlement, en 1503, il parla avec éneqgie contre les exactions croissantes du roi Henri VII, et dut, pour échapper à l'arbitraire du monarque, se retirer en France pendant quelque temps. A la mort de Henri Vil, Morus revint à Londres et y reprit sa profession d'avocat. Son talent fut remarqué du roi Henri VIll qui pria le cardinal Wolsey
de l'amener à la cour.Morus ne se rendit à cette invitation qu*après avoir beaucoup hésité. Nommé d* abord maître des requêtes, il entra bientôt au conseil privé, et fut créé chevalier. Le roi lui confia plusieurs missions diplomatiques importantes, ce qui ne Tempèchapas de trouver du temps pour écrire sa fameuse Utopie. Le titre exact de Touvrage était : De optimo reipublicM statu^ deque nova insula Uiopia (Londres, 1548, in^^'). — Dans le cours de ses voyages, Thomas Moras avait pu observer bien des gouvernements et ne pouvant présenter aucun d'eux pour modèle à son pays, il imagina Y Utopie, terre inconnue, possédant des institutions sociales idéales et des mœurs exemplaires. Cet ouvrage a été traduit dans toutes les langues ; la meilleure traduction française est celle de M. Y. Stouvenel, avec une introduction et des notes (Paris, 4842, in-8') . — Pendant que son nom se répandait en Europe, Morus gagnait toujours plus dans la faveur royale. Il fut appelé en peu de temps aux emplois de trésorier de la couronne et de chancelier de Lancastre. Après la disgrâce de Wolsey, il fut élevé à la dignité de grand chancelier. C'était la première fois que les sceaux étaient confiés à un homme qui n*était ni prélat ni de haute noblesse. Henri Yllt, qui poursuivait alors son divorce avec Catherine d'Aragon, avait espéré que la grande influence dont jouissait Morus pourrait servir ses désirs ; mais le chancelier, invité à se prononcer sur la légalité du divorce, déclara au monarque qu'avant d'entrer à son service il avait juré de penser d'abord à Dieu et après Dieu au roi. Dans les rares moments de loisir qu'il pouvait avoir, Morus écrivait des ouvrages de polémique religieuse; il s'attaqua à Luther avec une grande vivacité. On lui a reproché, à tort, d'avoir persécuté et fait torturer les hérétiques. Morus se défend avec énergie contre cette accusation dans son Apologie, Sa position cependant devenait de plus en plus fausse dans un ministère dont le véritable chef était Anne de Boleyn ; le 46 mai 1532, il remit les sceaux entre les mains du roi qui le remercia pour tous ses bons services, mais qui n'en saisit pas moins la première occasion pour le faire incarcérer. — En 1534, Morus fut sommé de prêter le double serment d'allégeance aux descendants de la nouvelle reine Anne et de suprématie spirituelle du roi. )i s'y refusa avec énergie et Henri VIII exas* péré le fit citer le 7 mai 1535 à la barre du banc du roi pour crime de haute trahison ; il fut condamné à mort le 1'^ juin et exécuté six jours après. Ses derniers jours furent admirables de calme et de résignation chrétienne. — Morus avait beaucoup de sang-froid, l'air riant, l'abord facile. Il avait vécu à la cour sans orgueil ; il parut sur l'échafaud sans faiblesse. C'était un des hommes les plus aimables de son temps. On lui a reproché un trop fréquent usage de la plaisanterie, môme dans les moments qui auraient exigé plus de gravité, comme dans les instants qu^ précédèrent son supplice ; mais cette gaieté était bien inoifensive et elle était la marque de la sérénité de son âme. — Outre son Utopie, Morus a laissé quelques écrits latins, qui ont été réunis un un vol. in-fol., Bàle, 1563 ; Louvain, 1566 et Francfort, 1589. — Les vies de Morus sont nombreuses ; on en trou-
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vera la nomenclature à la fin (i*un article très complet de M. Ë. Grégoire dans la Biographie universelle, — Disons, toutefois, qu*une des sources les plus importantes à consulter sur Morus, est le recueil des Lefirex d'Erasme. A. Gary.
mosaïque (Loi). On comprend d'habitude sous ce nom l'ensemble des prescriptions rituelles et[autres contenues dans le Pentateuque et attribuées par la tradition à Moïse lui-même. Les recherches modernes ont établi que cette législation n'est l'œuvre ni d'un homme, ni d'un siècle uniques, mais représente le travail d'époques différentes. Les plus récents critiques y distinguent principalement trois parties : l'Un code de peu d'étendue dit le livre de l'alliance (Exode XXI-XXIII); â* un code plus considérable, qui forme le noyau du Deutéronome (XII-XXVI); 3" un traité législatif, le plus développé de tous, qui forme la plus grande partie des trois livres de l'Exode, du Lévitique et des Nombres. Ces trois documents se distinguent par des traits parfaitement marqués, qui assignent à chacun sa date de composition distincte. Le premier (livre de TAlliance) ne mentionne en fait de rites religieux que les formes les plus simples du culte; il est extrêmement sobre en tout ce qui touche aux sacrifices. Il ne sai^ rien des prêtres, ni de leurs privilèges. « Ce petit code, dit M. Reuss, a surtout en vue de sauvegarder les intérêts des individus contre la malveillance, l'égoïsme ou la négligence de leurs semblables. » On ne saurait déterminer avec précision ni l'époque de sa rédaction, ni l'origine des différentes prescriptions qu'il renferme ; on peut seulement affirmer qu'il a été incorporé au document jéhoviste du Pentateuque au neuvième ou huitième siècle avant l'ère chrétienne et qu'il représente le pointde vue des premiers siècles de la royauté israélite. Le code deutéronomique n*est autre, d'après la plupart des critiques, que le livre de la loi trouvé sous Josias. « Les lois qui sont comprises dans le Deutéronome, dit M. Reuss, soit qu'on prenne en considération leur objet, soit qu'on ait égard à la manière dont elles sont introduites, respirent d'une manière non méconnaissable l'esprit des prophètes et rappellent leur langage... Ces lois reproduisent et interprètent les aspirations de cette noble phalange de conducteurs spirituels de la nation, dont quelques-uns nous ont laissé de si précieux monuments de leur activité civilisatrice. Nous y retrouvons cette énergie de conviction avec laquelle ils insistent sur le culte exclusif d'un seul Dieu, culte dont ils assurent maintenant le privilège par des mesures pratiques et une sanction pénale. Puis une série dérèglements, destinés à protéger les membres faibles de la communauté contre les plus forts, toujours si disposés à abuser de leur pouvoir ; des lois en faveur des veuves, des femmes en général, des orphelins, des esclaves, des pauvres, des prescriptions, pour assurer la bonne administration de la justice, pour prévenir les excès du despotisme et de la vengeance privée, pour restreindre la barbarie dans les conflits à main armée ; de touchantes et chaleureuses exhortations à la bienfaisance, à l'équité, à l'amour du prochain, à la pitié, môme pour les animaux, et jusqu'à des ordonnances de police qui marquent aussi un progrès
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de la civilisation. En un mot, une grande partie de ce code contient moins des commandements proprement dits, à la stricte exécution desquels les autorités constituées auraient dû et pu tenir la main, que des recommandations de devoirs dont Taccomplissement était abandonné à la conscience individuelle. Et à côté de tout cela, en fait de statuts relatifs au culte, rien que la fixation de trois fêtes, dont une seule est mise en rapport avec l'histoire nationale et religieuse, et Tattribution faite aux prêtres d'une portion des victimes immolées par les particuliers et des prémices de la récolte et de ia vendange. Pour le resle, ils sont recommandés à la charité publique avec les autres catégories de personnes placées dans une condition peu favorable. Pas un mot de ces innombrables prescriptions relatives aux sacrifices de toute espèce, de ces privilèges exorbitants de la caste sacerdotale, de ces fastidieuses descriptions de rites à observer chaque jour, du costume des sacrificateurs, des meubles du sanctuaire... En résumé, ici Taccent est mis sur les principes de la religion et de la morale, appliqués aux relations avec Dieu et les hommes, tandis que dans les autres livres (Exode, Lévitique, Nombres) règne presque exclusivement Tesprit de la froide légalité et la sollicitude pour des intérêts de caste. >> — C'est enfin à T époque de la restauration jérusalémite, accomplie sous le patronage d'Ësdras et deNéhémie,que nous attribuerons la composition du eode sacerdotal, ou loi mosaïque proprement dite. Cette date est obtenue par la comparaison des prescriptions qu'elle renferme avec les indications analogues du Deutéronome, en ce qui touche particulièrement le culte, ses rites, les fonctions et revenus des prêtres, le rôle des lévites, les fêtes, etc. La législation d'Exode-Lévitique-Nombres a principalement en vue le règlement du culte public et les intérêts de la caste sacerdotale; ces préoccupations ne conviennent à aucune des époques antérieures à l'exil, mais bien à la restauration des sixième et cinquième siècles avant notre ère. Toutefois cette manière de voir (l'antériorité de la législation deutéronomique sur la législation des livres qui le précèdent dans le texte traditionnel, est encore fortement contestée par plusieurs savants. « Les lois comprises dans ce code ont en majeure partie pour objet non pas autant ce que nous pourrions appeler la religion que le culte, c'est-à-dire les institutions et les règlements relatifs au lieu saint, aux fonctionnaires de l'autel, aux fêtes et aux sa* crifices, et surtout aussi à ce qui est appelé la pureté des personnes et des choses, notioii toute rituelle et étrangère à la morale. Le peu qu'il y a de lois civiles et criminelles tient généralement d'assez près, par quelque côté, à ce même élément capital » (Reuss). La loi mosaïco-esdraïquepriseà part présente sans doute moins d'incohérences, de contradictions, de replis et de détours, que l'ensemble de ce qu*on appelle improprement loi ou législation mosaïque; toutefois l'état de sa rédaction nous engage à y voir plutôt un répertoire de lois d'origine diverse qu'un code méthodique et raisonné, a On rencontre d'abord la description détaillée du lieu saint (Exode XXV à XXX ; XXXV à XL); puis viennent les lois concernant les différentes espèces do sa-
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orifices (Lévit. là VU), des arrangements relatifs au sacerdoce (ch. VIII à X), des prescriptions concernant la pureté, dans toutes les applications possibles de ce mot (ch. XI à XV)^ enfin le cérémonial de la fête principale (ch. XVI). Mais après cela il n*ya plus moyen d'arriver par l'analyse des textes, à une classification pareille. Dans la partie qui suit immédiatement (ch. XVII à XXVI), il est question tour à tour de la centralisation du culte, de la défensedu sang, des degrés prohibés, de lois pénales, des prêtres, des sacrifices, des fêtes, du chandelier du sanctuaire, des pains de proposition, des blasphèmes, de l'année sabbatique, du jubilé, sans compter un bon nombre de recommandations et d'interdictions de toute espèce, rédigées en petits articles et mêlées avec les prescriptions plus étendues que nous venons d'é- Qumérer. Le désordre apparent devient plus sensible ^ mesure que nous avançons. Car, à partir de là, l'élément narratif se mêle de plus en plus aux textes légaux^ et dans ces derniers, il n'y a plus moyen de reconnaître un ordre logique quelconque. Le dernier chapitre du Lévitique, nettement séparé de ce qui précède, parle des vœux. Les ch. m et IV du livre des Nombres s'occppent des lévites ; le ch. V de la purifieation, des amendes et de ce que nous pourrions appeler le jugement de Dieu dans le sens du moyen âge. Le ch. VI revient aux vœux. Les ch. VIÏI et IX ramènent encore le chandelier, les lévites etlaPàque, Le ch. XV contient différents commandements relatifs aux sacrifices et aux glands ou franges à mettre aux habits. Le ch. XVIII énumère les droits des prêtres. Le ch. XIX règle les rites de la purification. Enfin les ch. XXVIII et XXIX sont encore consacrés aux sacrifices... On a de la peine à se figurer que le livre en question, nous voulons dire la masse des textes à séparer de ce qui revient aux compositions antérieures, soit l'œuvre propre d'un seul législateur, qui aurait travaillé d'après un plan-dûment médité... Tout cela nous conduit à l'idée que nous avons là un recueil de lois, d'abord éparses et étrangères les unes aux autres, et finalement réunies par la main d'un légiste rédacteur, qui se serait acquitté de sa tâche avec plus ou moins d'intelligence ou de succès »'(Reuss). — On voit par ce qui précède que la loi dite Mosaïque ne saurait plus désormais être considérée et étudiée comme une œuvre émanant du travail original d'un homme, lequel se serait proposé de tracer les règles de l'action d'un peuple, au moment de son installation sur un territoire nouveau. Cette seule observation fera regarder comme oiseuses et de peu de portée les élucubrations de beaucoup d'écrivains, bien intentionnés d'ailleurs. Il convient d'être beaucoup moins indulgent pour toute une littérature qui a recherché dans les institutions du Pentateuque le a type prophétique » du christianisme. Les vues dogmatiques de la plupart des théologiens ont faussé, comme il arrive d'ordinaire, les rapports les plus simples.— Là où les époques précédentes, dominées par des préoccupations étrangères à leur sujet et inconciliables avec une juste intelligence des faits, ont vu soit un code dicté par la divinité, soit l'œuvre d'un génie isolé, nous voyons, à notre tour, une série de documents d'un haut intérêt qui nous renseignent
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sur l'histoire, les modifications, le développement de la législation rituelle et civile dés Hébreux depuis les commencements de la royauté jusqu'à la restauration qui suivit l'exil. Ces documents, quelles que soient leurs différences, soit quant à leur contenu, soit quant à la nature de leur conservation, soit qusipt à leur origine : usages antiques, désirs d'un groupe plus ou moins nombreux, vues idéales, etc... sont d'une valeur exceptionnelle pour l'histoire de l'Orient ancien. — Consultez surtout Reuss, Pentateuque et Josué ; voyez aussi l'article Pentateuque. Maurice Vernes.
MOSGHDS (Jean), moine et hagiographe grec, surnommé Eucratès, mort en 620. Il vivait sous Tibère II et Maurice, parcourut la Palestine, la Syrie et l'Egypte , et composa un recueil de la vie des saints qu'il avait connus, sous le titre de Aeifjiwv ou Verger spirinul. On y trouve des particularités intéressantes ; mais cette compilation est défigurée par des écrits apocryphes, que les légendaires n'ont pas manqué d'amplifier en les copiant. Le Verger spirituel fui pnhhé en latin dans les Vitm sanclorwn de Lippomani, t. VII et dans les Yitx patrum de Rosweyde ; le texte grec se trouve dans ÏAciuarium de Fronto Ducôeus, t. II, Paris, 1681 ; dans les Momimenta eccl gr. de Cotelier, t. II, Paris, 1681 ; et dans Migne, sér. gr., t. LXXXIX. lien existe aussi une traduction française par Arnauld d*Antilly.
MOSCOU (Statistique religieuse). Cette seconde ville de l'empire russe, autrefois capitale et résidence des czars, compte 61 1,9T4 habitants, dont 4,000 catholiques, 4,000 protestants, environ 500 grecs, 2,000juifs, 400mahométans, 200 arméniens. A >loscou résident un métropolitain et deux évoques vicaires, qui restent auprès de lui. Moscou renferme un grand nombre de monuments politiques, nationaux, religieux, dont nous mentionnerons les suivants : L'université, fondée en 1755 et fréquentée actuellement par 1640 étudiants ; elle contient une riche bibliothèque et se compose de 4 facultés : la faculté éthico-politique, celle de médecine, celles des sciences physicomathématiques et celle de littérature; l'académie qui contient plus 70 étudiants et 15 professeurs : on y étudie la philosophie et la théologie pendant quatre ans; deux séminaires, dont chacun coraple plus de 500 élèves, qui s'y préparent pour le ministère sacré: en embrassant le sacerdoce ils sont obligés de prêcher et ils prêchent en effet dans leurs paroisses ; la cathédrale de l'Assomption, bâtie en 1875, qui offre un mélange bizarre d'architecture byzantine et tartare ; c'est dans cette Eglise qu'a lieu le couronnement des empereurs; la cathédrale de r Archange-Saint-Michel, fondée en 1333 ; la cathédrale de l'Annonciation, construite en 1397 ; la cathédrale de la Protection de la Sainte-Vierge ; l'église de Martin-le-Confesseur, un édifice moderne que l'on a comparé à Saint-Paul de Londres. Les monastères renferment souvent dans leur enceinte jusqu'à six églises, dont quelques-unes d'une grande richesse ; on y trouve aussi des bibliothèques et des peintures historiques. Le plus remarquable de ces monastères, qui sont au nombre de huit et qui contiennent plus de 800moines,est celui de Saint-Simon, fondé en 1370. Auprès du monastère de Bi-
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thanie il y a deux scètes contenant plus de 100 moines, qui mènent une yie plus austère que dans les monastères. Il y a aussi 4 monastères de femmes, contenant plus de 500 personnes. Moscou renferme en outra quatre monastères ou métochia grecs, à savoir celui de Jérusalem, celui d'Antioche, celui d*Ibères, celui d*Alezandrie.
MOffiLLAHUS (Petnu) , humaniste allemand du commencement du seizième siècle, ardent promoteur des études grecques dans un esprit évangélique, ouvrit la dispute de Leipzig et mourut prématurément d'excès de travail. Non moins remarquable par sa piété et par son amour de la paix que par sa science, il a certains traits de ressemblance avec Méianchthon dont il fut Tami. Il naquit en 1493 dans le diocèse de Trêves, à Bruttig, sur les bords de la Moselle dont il prit le nom. Après une enfance misérable il put, en 1512, grâce à son grand-père, aller étudier à Cologne où il apprit le grec sous Gaesarius. Il enseigne quelque temps à Leipzig et à Freiberg, puis, malgré sa grande jeunesse, il est nommé professeur de littérature grecque à Leipzig à la place de Richard Grook qui retournait en Angleterre (1517). Cette même année, il publia sous le nom de Pédologie des dialogues scolaires qui peignent la vie des étudiants et donnent des détails utiles sur leurs dispositions religieuses à la veille de la Réforme. En 1518, pour inaugurer son enseignement, il prononça un grand discours sur les trois langues (Oralio de variarum linguarum cogniiioiie paranda, Leipzig et Bàle, 1519) où il justifie avec énergie, contre les préventions des théologiens, l'étude du grec et celle de Thébreu. Ce discours fut un événement. On eut peine à croire qu'il fût Tœuvre d'un si jeune homme et le bruit courut qu'il était dû à la plume d'Erasme {Er. o^.,ép. 317, du 18 mai 1518). Jean Latomus prit le parti des théologiens dans deux dialogues qu'Erasme, mis en cause malgré lui, jugea nécessaire de réfuter. L'année suivante Moselianus fut élu recteur de l'université de Leipzig et choisi par le duc Georges pour ouvrir la fameuse dispute entre Eck et Carlstadt qui se continua entre Eck et Luther. Il n'en comprit pas d'abord l'importance et éprouva la satisfaction moqueuse naturelle aux humanistes en voyant leurs ennemis, les théologiens, s'entredéchirer à leur tour. C'est le sentiment qu'il exprima dans sa lettre à Erasme, du 6 janvier 1519, {Er. opp., ép. 379) ; mais il la termine en le conjurant de ne pas se laisser prévenir contre Méianchthon; il ne tarda pas d'ailleurs à mieux connaître Luther et à lui rendre justice. La dispute commença le 27 juin 1519 Moselianus l'inaugura par un discours {De ratione dispuiandi prxseriïm in re theologica^ Augustse Vindelicorum, 1519) où il recommandait la modération, au nom du duc Georges, et qu'on avait d*abord résolu de faire prononcer par un enfant, afin que l'impression en fût plus touchante (voyez la dédicace). « Disputer, dit Moselianus, dans ce beau discours, c'est en premier lieu chercher à s'éclairer, en comparant son opinion à celle de son adversaire, dans un esprit de défiance pour soi-même ; c'est ensuite embrasser avec joie Topinion de son adversaire si on la reconnaît pour vraie, et sinon lui montrer son erreur par des raisons claires, avec douceur et sans or-
IX ao
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gaeil... La vérité ne pénètve de sa mystique rosée que Tâine qui Ta* dere dans un silencieux recneiUement. Est-ce au milieu de réchauffement des esprits et des cria de* 1» dispute que se révéleraîi le véritable sens de FËcriture? Est-ce .dans U> mêlée haineuse des sophismes que descendrait Tespvit pacifique de Msus-Christ ? Résigaens-no«8 à ces discussions, puisque la coutume en est admise, mais qu'on imite saint Pierre et saint Paul dont la querelle ne ftit suivie- d^aucun ressentiment, Augustin et lérôme, Grégoire* et Basile ; de nos joars Erasme et le Fèvre d'Ëtaples. Que chacun prenne soin de 1» réputation de son adversaire comme de la sienne. 11 ne s*agit ici que de nous aider réciproquement, conformément aux règles de la charité. Qu'est-ce que vaincre, sinon* rappeler de l'erreur un frère? Qu'est-ce qu'Otre vaincu, sinon, commela brebis errante et arrachée à- la gueule du loup^ être rapporté à la bergerie du divin Pasteur? recevoir la lumière qui éclaire teuA homme venant au monde et ainsi êftre rendu meilleur? Il y a plus de profit à être vaincu qu'à être vainqueur. )> L'orateur termine en leur recommandant l'humilité et le sentiment de la présence de Dieu et en souhaitant que de leur discuesion sorte la paix de l'Eglise. Pour mieux apprécier cette allocution, pleine de citations de l'Ecriture et dont l'accent est réellement pénétrant, il faut la comparer à la harangue de clôture, toute en compliments académiques, qui fut prononcée par le recteur Lang, le 16 juillet. Un autre document, plus précieux encore, est la lettre que Mosellanus écrivit en décembre I5t9 à son disciple et ami Julius Pffug, et dans laquelle il lui rend un compfe détaillé de la dispute (on la Kra dans Schilter, De libertaie ecdesiarum (fermant», lib, Yll, cap. n, p. 840 ss.). 11 s'y montre tout à fait favorable à Garletadt et à Luther, prenant parti pour la doctrine de la grâce contre le mérite des œuvres et le libre arbitre. C'est dane cette lettre que se trouvent les ilameux portraits de Luther, ée Carlstadt et d'Ëck, si vivants, tracés de nnnn de maître et que- reproduisent avec raison les bistoviens de la réformation. De plus elle caractérise, avec netteté, le moment oà il était encore possible de réformer l'Eglise sane la divieer. « L'archevêque de Trêves ne vent pas de mal à Martin dont la cause lui a été remise par le saint-père... Ge sage et magnanime personnage n'a pas grand peur des Italiens... Ulrich de liutten fonde à Mayence un collège des trois langues aux frais* de son maître (l'archevêque Albert}... Giqiiton a été choibi comme prédicateur de l'élise de Mayence... On ramène avec ardeur la théologie à sa pureté primitive. Afin de contribuer pour ma part à cette «uvre, j'ai commencé à traduire en latin les quatre livres de Grégoire de Nazianae sur la théologie, mais je ne sais si j'ai eu' raison*. Car fiBcolampade, 1» prédicateur augustin, vient de m'écrire qu'il entreprend la même, tâche;.. Erasme travaille à ses commentaires sur sainA Paul. » — Mosellanue- travaillait de son côté avec une ardeur qui, en épuisant sa santé, hêta* sa fin. Tons tes jours, de grand matin^ il expliquait Homère à ses pensionnaires, donnait deux ou même trois leçons publiques' et deux leçons particulières et se reposait en lisant, en transcrr\*a»t o« en composant. On remarque
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centre ses traductions celle du discours d*Isocrate sur la paix^à cau^e de la belle préface à Frédéric le Sage. Il expliquait en chaire aussi bien les auteurs, chrétiens que les auteurs païens. U expliqua Févan- Tangile de saint Jean et Tépttre aux Romains, et finit, dit son biographe' Justin Gobler, par se consacrer entièrement à Tétude de TËcriture. Il trouvait des forces dans sa piété et dans son désir défaire progresser ses élèves. c< J'en atteste Dieu qui voit tout, écrivait-il un jour au père Martin de Lochau, mon unique ambition a été, avec Tapprobar tien des hommes les plus vertueux et les plus instruits, d offrir en suppliant une âme purifiée des souillures du monde par les bonnes lettres, au Christ Jésus, la vraie source de la sagesse, pour quMi Tarrosât des flots jaillissants de la saine doctrine. J'ai pensé le jour^ j*ai songé la nuit au compte que j^aurais à rendre à ce riche de TEvan* gile. J'ai fait tous mes efforts pour qu'il ne manquât rien à Tintérèi du talent, si petit qu'il soit, qu'il m'a confié. Ma vie n'a jamais en d'aulre but. » Quoique on l'aimât en général pour la pureté de sa vie et pour sa douceur, il avait eu de la peiâe à se faire accepter par ses collègues de Leipzig, d'abord à cause de son extrême jeunesse lorsqu'il fut nommé professeur, ensuite parce qu'il n'avait aucun grade (il se détermina à prendre celui de maître ès^arts en 1520), enfin parce qu'il inclinait de plus en plus vers la Réforme, à laquelle l'université de Leipzig était contraire. On alla jusqu'à dire qu'il préférait Frédéric à Georges, et qu'en faisant l'éloge de Wittemberg il avait contribué à faire abandonner Leipeig par les étudiants (voyez sa lettre du 1*' mars 1520, dans Schilter, p. 852 ss.). Il est vrai qu'il avait demandé la chaire de Wittemberg, mais celle-ci ayant été donnée à Mélanehthcna, il resta à Leipzig et enseigna jusqu'à sa mort avec éclat, devant un nombreux auditoire. Son amour pour la paix, qui se fait jour dans presque tous ses écrits, l'avait empêché de se séparer de l'ËgUse catholique. Il mourut quelques mois après le pape Adrien qui aurait voulu, lui aussi, réformer l'Ëglisi, et quelques mois avant qu'Ërasme eut consommé sa rupture avec Luthec en publiant son traité Du lib'e arbitre. Justin Gobler dit que Mélanchthon, venu de loin pour le voir, n'arriva qu'après son dernier soîipir. Mais il a contre lui le témiûgnage de Gamerarius. Celui-ci écrit en effet {JltitL opp., éd. Bôcking, t. II, p. 361): VenimusLipsiam quodie obiit morlem Petrits Mostllanusqu^i corpore fueraipmmbeeiUo et parvo, quum ingenio et eruuiitione docirinas excellerely ad eum morieniem accessimtts Phtltppus et egû^ et hoc liLCtu tristi acerboqu» swnus affectif illeamicoeximiOy egocarissimo prœcé>ptore semper cariturus. C'était le 17 février ou le 17 avril 1524 ; Mosellamis avait à peine trente et un ans. Le regret de cette perte fût consacré en ces. termes par Erasme, en 1528 : « J'admire cette égale connaissance des deux langues, cette âme droite et généreuse, cette activité infatigable, ce style vif, fleuri et clair. On pouvait tout attendre de son- génie, si, désola jeunesse et à peine entré dans la lice de la gloire, une mort prématurée ne l'eût ravi^ à la grande tristesse de tous les savants et au grand dommage des lettres » {Uial, ciceronianus, Erasmi opp.j éd. de Leyde, 1. 1, p. 100-12). — Bibliographie. On n'a pas eor
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core édité, à notre connaissance, les œuvres complètes de Mosellanu^. On en trouvera une liste insuffisante dans la Biblioiheca de G. Gessner. Sa vie, écrite par son contemporain J. Gobler, en 1541, se trouve dans les Vitx Gertnanarutnphilosophorum deMelchior Adam. Pour la bibliographie de Mosellanus, voir (Ettinger, Bibliogr. biogr. univ., t. 1, p. 1245. Voyez de plus 0. G. Schmidt, Petrus MoseUanus^ Leipzig, 1867, in-S"; l'excellente notice de Bôcking, ^u«en «p. obs. v/r., t. 11, p. 422-3, 1870, in-8*; Jahresbericht, 1876, t. 111, p. 164 et p. 171. Voir aussi nos Colloques scolaires au seizième siècle, in-8', 1878, en s'en référant, pour les divergences, au présent article. L. Massebieal*. MOSHEIM (Jean-Laurent de), réformateur de l'histoire ecclésiastique au dix-huitième siècle. Né à Lûbeck en 1693, placé de bonne heure comme répétiteur dans une famille noble du Holstern. Mosheim fit ses études à Kiel, et fut nommé successivement professeur à l'université de Helmstaedt et à celle de Gœttingue, dont il fut pour ainsi dire le créateur. 11 mourut en 1755. Caractère noble et aimable, doué d'un esprit souple et fin, mûri par de sérieuses études classiques et philosophiques, Mosheim écrivait avec la même facilité le latin et l'allemand, et attira l'attention de Leibnitz par son exposition habile, élégante, presque artistique. Son orthodoxie adoucie et tolérante lui permettait d'interroger l'histoire sans parti-pris. 11 avait une profonde aversion pour la polémique et s'était approprié l'adage de Leibnitz: <c Je n'ai pas l'esprit désapprobateur. » Les mérites de Mosheim dans le domaine de Thistoire de l'Eglise ont toutefois été surfaits. Si ses Institiitwnum historié ecclesiaslicx antiquioris et recentioris lib. IV. (Prancf. et Leipz., 1726 ; Helmst., 1737-41, 2 vol. trad. en français, en anglais, en italien et en allemand ; édit. abrégée publiée par J. P. Miller, sous le titre de InstiL hisi. christ, compendium ; complétée par les Institut, hist. eccl. major, sacul. primi, Helmst., 1739) dénotent à la fois des recherches solides et un pragmatisme fin, on peut pourtant leur reprocher des vues assez superficielles et une véritable inintelligence des mobiles qui ont fait agir les hommes et déterminé les événements. Mosheim écrit l'histoire de l'Eglise en homme d'Etat, auquel les expériences du chrétien sont demeurées étrangères. Nous relevons encore de lui un Essai d'une histoire impartiale et appro^ fondie des hérétiques, Leipz., 1746-50, 2 vol. ; un traité De rébus christianorum ante Constantinum maynum, 1753 ; un autre De Bey hardis et Beguinibus, 1790 ; des Dissertationes ad histor. eccles, pertinentes. Altona, 1733, 2 vol. Dans un autre domaine, cultivé avec la même facilité heureuse et abondante, nous notons sa Morale de VEcrtture sainte, Helmst., 1735-53,9 vol. in-4®, dont on a publié deux abrégés, Leipz. 1777, et Quedlimbourg, 1771, 2 vol., pleine d'aperçus ingénieux, d'applications imprévues, bien que rédigée avec une prolixité fatigante; ses Elementa théologie dogmaticx, Nuremb., 1758; 3* édit. 1781, 2 vol. ; sa Théologie polémique, Bretz., 1763 et 1764, 3 vol. ; son Droit ecclésiastique général des protestants, 1760; Leipz., 1800; ses Sermons, Hamb., 1725-39, 6 vol., remarquables par leur forme littéraire soignée, par une clarté et une rigueur logique bienfaisantes, et
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dont plusieurs ont été traduits dans presque toutes les langues de TEarope ; une Instruaion sur Van de prêcher d'une manière édifiante^ Erl., 4760; 3« édit., 1773.— Voyez Gœtten, Gelehrtes Europa, Brunsw., 1735, I, 717 ss. ; Rœssier, Grûndang der Univers, GœUingen^ 1855, passim ; Oesner, Biogr. acad., Gœtting., I, 13; Lûcke, Narratio de Moshemio, 1827; Baur, Epoclun der kirchl. Geschichlschreibung^ p. 428 ss., et Tarticle de Henke, dans la Real-Encyl. de Herzog, X, 68 ss.
HOULINIÉ (Charles-Etienne-François), pasteur et théologien genevois, né le 23 juillet 1757. Il occupe une place à part dans le clergé de sa patrie avant le Réveil, et mérite, à ce titre surtout, d*être préservé de Toubli. Attiré dès son enfance vers le saint ministère, il y fut consacré le 29 novembre 1781. Sa santé arrêta souvent ses travaux et le contraignit à des absences. Dans un séjour quMl lit à Paris vers Tâge de vingt-cinq ans il entra en relations avec Court de Gébe- ' lin qui le chargea de continuer ses travaux ; mais il se sentit pressé de revenir à Genève et de rentrer dans la carrière qu'il avait choisie. Momentanément entraîné dans le déisme et le pélagianisme, il revint à des conceptions plus profondes et plus justes et s'attacha surtout à être ûdèle à TEcriture ; son humeur indépendante et ses idées particulières le mirent en suspicion aux yeux de la compagnie des pasteurs qui lui adressa des observations au sujet de «on enseignement; elle y relevait des expressions et des idées qualifiées tantôt de « peu convenables, » tantôt de singulières ; ces remarques étaient motivées par les opinions du jeune ecclésiastique qui était plus strictement orthodoxe que la majorité de ses collègues et qui eut toujours un penchant marqué au mysticisme et à la théosophie. Des fonctions secondaires lui furent cependant confiées par le corps directeur de l'Eglise. En 1789 il publia un catéchisme intitulé le Lait de la Parole qu'il dédia à la compagnie ; cette assemblée désapprouva la dédicace sur laquelle elle n'avait pas été consultée et signala dans l'ouvrage beaucoup d'imperfections de forme et de fond. Dans sa préface assez développée, Moulinié reproche aux manuels employés de son temps d'être trop longs, à cause de la division en deux parties (vérités et devoirs) qui amène des répétitions, et de ne pas mettre le catéchumène assez directement en présence de l'Ecriture sainte ; plus loin il dit avoir lieu de se plaindre « des propos injurieux
tenus sur ses mœurs comme sur ses principes rien de si facile,
dit-il, que d*accuser ses semblables d'enthousiasme, de singularité, de folie.... Je n'ai pas la présomption de croire que ce que j'écris soit parfait; il ne s'agit que d'un ordre différent à donner aux idées reçues ; cet ordre peut avoir des avantages et c'est pourquoi je désire que le publii*. puisse constater l'expérience qne j'en ai faite. » Peu d'années plus tard, il exerça des fonctions pastorales dans les paroisses de Saconnet (1793) et de Dardagny (1794), puis il fut pasteur en titre dans la ville de Genève de 1795 à 1829, il mourut le 3 août 1836, entouré de respect et de reconnaissance. La Compagnie, dont il avait fait partie pendant plus de trente ans, lui accorda sa démission avec honneur, remerciements et conservation, de son rang ; il fut
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■question à plus d'une reprise de lui confier la charge de professeur (de théologie, et Tacadémie de Besançon Tadmit au nombre de ses a^embres. — A côté de ses occupations pastorales, il consacra beaucoup de temps au travail littéraire ; ses ouvrages sont nombreux, ie «tyle en est parfois un peu trop lyrique, mais ils ont une réelle originalité, due à leur tendance psychologique, rare à cette époque. Us font preuve d'une piété personnelle de bon aioi, d^une connaissaoce étendue des mouvements intellectuels de son temps, d'un esprit ouvert, d'une vive imagination et d'un grand désir d'instruire les jeunes ministres de l'Evangile. Il s'adresse fréquemmeht à eux et les exhorte chaleureusement à remplir fidèlement leur mission. Les nombreux -manuscrits laissés par lui sont réunis en 17 volumes à la bibliothèque de la Compagnie des pasteurs. Ils traitent de théologie bibiique, de morale, de dogmatique et de philosophie religieuse. — A la fin d'un de ses volumes, Moulinié donne lui-même l'analyse de* ses principaux ouvrages dont il indique l'enchaînement. Quoique leur auteur fût en désaccord avec la plupart de ses collègues, ses écrits ne sont pas polémiques, mais plutôt apologétiques et dogmatiques. Voici quelques titres : Lettres à une mère chrélienney Moyen de conuaitn Dieu, Imiruciiom et méditations sur /.-C, Enseignement graduel des vérités religieuses par J.-C. et les apôtres , Notice sur les livres apocrypfks de C Ancien Testament, Exposition dogmatique et morale de l'Bptire dt ' saint Paul aux Romains^ HomHies et Sermons sur divers textes de la Parole de Dieu. -Le plus considérable est une dogmatique complète, sinon rigoureusement systématique, en cinq volumes (1824-26): Leçons de la Parole de Dieu sur l^étendue et l'oiigine du mal dans Vhomïn«, sur la divinité du rédempteur de l'homme, sur la rédemption de rdme, sur la sanctification de r homme, sur Vétal de V homme dans Véierniié, — Mouliné avait des goûts artistiques ; il faisait rentrer les beaux-arts dans les moyens de servir Dieu ; la musique sacrée l'occupait et il seconda les efforts du chantre Bost pour établir des chœurs dans les temples. Il admirait les spectacles de la nature où il aimait à trouver des emblèmes de vérités religieuses. "Ses Promenades philosophiques et religieuses aux environs du Mont-Blanc sont composées dans cet esprit ; les intentions pratiques n'y manquent pas non plus, puisqu'on y trouve une liste des guides de Ghamonix. — Consulter Is.. Notice sur la vie et les écrits de M. le pasteur Moulinié par Alfred Gautier (deux articles du Chréiien évangéliqueée Lausanne, 1866, p. 535 et 648), et H. de Goltz, Genève religieuse au dix^neuvtème siècle, p. 422. Ebnbst Martin.
MOULINS n'a un évêché que depuis 1822. MODTIERS. Voyez Taraniaise.
MOZARABES (Les). — Ce nom désigne les chrétiens espagnols qui vécurent sous la domination des Maures. L'origine de ce mot est incertaine. Les uns le dérivent du nom du conquérant Musa qui, après sa victoire, accorda des franchises au pays (P. de Marca, Uarca ffispanicn, p. 227). D'autres pensent qu'il s'explique par le fait que les chrétiens vivaient au milieu des Arabes {quia mixti Arabibus degebant.
MQZABABBB àlà
Rodeiicus, De rehusHiîp., III, 52). C'est peut-être II cet ordre d'idées qu'il faut rattacher T^Kpreasion de MissaU mxxtumidÂcium Mozarabes. A. Leelee toutefois, sans donner de preuves de son aasertion, rapproche de ce terme la désignation de Missel coonplet, appliqué aux livres d'église qui, .outre les oraisons et les prières, embrassent les antiphones, les cantiques et les leçons tirées des saintes Ecritures (Missale Mozarabicum ejus generis est^ quod jdmarium, ptrftclum sim miwium appellant; A. Leslee, MasaU Mozarabes^ Romœ, i75S, Pra?/1 IV), Originairement le mot dérive de la forme musiarib du verbe araba. Les Mozarabes sont des arabes d'origine étrangère qui, Jiprès avoir accepté les lois des conquérants, se sont conformés aux traditions nationales (Dozy etËngelmann, Ghssairt des mots espagnols et portugais dérwés de l'arabe, 2- édit., Leyde, 1869, p. 321 ; cf. W. Graf. v, Baudissin, Eulogius und A Ivar. Ein Absdinitcspanischer kirchengeschichte, p. 20). — OueUe était la situation politique et religieuse des Mozarabes? Parmi les, vaincus de l'Islam, on distinguait deux classes : la première embrassait ceux qui, après la victoire de Xérès, s'étaient livrés sans résistance aucune à la domination étrangère. Suivant les traités qu'ils avaient pu obtenir, ils restaient, en général, propriétaires <le leur territoire et payaient l'impôt fonder (Kharàdj) au trésor. Les autres qui, les armes à la main, avaient essayé de repousser l'invasion, étaient obligés d'abandonner leurs domaines, ou s'ils contiiraaient à y demeurer en qualité de serfs, de livrer les quatre cinquièmes de leurs récoltes, soît à leurs seigneurs, soit à l'Ëtat, maître d'un cinquième du pays. Tous les anciens habitants, aussi longtemps -qu'ils restaient fidèles à leur foi, étaient soumis à la capitation [alq'izja). Cet impôt s'élevait à quarante-huit dirhems pour les riches, k vingt-quatre pour la classe moyenne, à douze pour ceux qui vivaient d'un travail manuel (le dirhem estimé à 0,60 cent., ces sommes s'élevaient à 28 fr. 80 ; à 14,40 et à 7,20 ; valant aujourd'hui à peu près 316 fr. 80; 158,40 ^t 79,20). Les femmes, les enfants, les moines, les estropiés, les aveugles, les mendiants et les esclaves étaient affranchis de cette charge (R. Dozy, Histoire de la domination des Maures en Espagne, Leyde, 1861, II, p. 38 ss., et Recherches sur la littérature en Espagne pendant le moyen âge, Leyde, 1860, 2' éd., I , p. 79 ss. — Des fonctionnaires spéciaux , nommés comtes {cotfiites) étaient chargés de régler les affaires intérieures des chrétiens. On ne connaît que les comtes de Gordoue. Le premier, Ardabast, jouit de l'estime générale (Dozy, Recherches, l, p. 86). Le prêtre <]yppien comble d'éloges les comtes Adulfus et Guifredus {Epigr., I et IV; PloreE, Esp. Sagr,, XI, p. 524). Servandus, par contre, prédécesseur de ces derniers et successeur de Romanus, s'attira la réprobation des chrétiens par ses exactions et sa servilité envers les maîtres du pays. L'abbé Samson lui reproche d'avoir calomnié les frères et persécuté l'Eglise de Dieu {ApoL, II, 5; Plorez, Esp. Sagr., XI, 380). A côté des comtes, on voyait les censeurs. Ils exerçaient le pouvoir judiciaire (Eulogius, Metnoriale Sanciorum, Prxf., 3, lib. III, 16; Migne, Pû«re«Larmt,GXV, 737 et 815). Toutefois les causes entre Mau-
res et chrétiens et celles qui concernaient la religion mahométane étaient réservées au tribunal du kadhi. Alvaro {IndiciUus Luminosus^ cap. XVIII ; Migne, GXXI, 532) parle d'une troisième charge publique. Les publicains qu'Euloge nomme excepteurs {publicx rei e^rceptores^ Mem. sancL, II, 45; Migne, GXV, 796) prélevaient les impôts et les transmettaient au trésor. Comme les publicains juifs sous les Romains, les chrétiens qui, sous la domination des Maures, se prètaieilt à cet emploi, étaient Tobjet de la haine et du mépris de leurs coreligionnaires. Les chrétiens exerçaient librement leur culte. Si quelques-unes de leurs églises, entre autres la cathédrale de Gordoue, avaient été changées en mosquées, les fidèles se réunissaient sans contrainte dans les nombreux temples qui leur étaient restés. Les couvents, situés dans la ville et les environs, étaient des asiles vénérés de la science et de la piété chrétiennes. Parmi tous les religieux, ceux du cloître de Tabanos se distinguaient par leur ferveur et leur zèle religieux. Chaque jour, la foule des croyants, obéissante rappel des cloches, venait entendre les hymnes des chantres, les psalmodies exécutées dans le chœur,. les lectures qui se faisaient du haut de la chaire et les exhortations des prêtres. L'encens brûlait sur les autels et rien ne rappelait la domination étrangère et la captivité du peuple de Dieu(Eulog., Docummtum Marlyriale^ cap. xi; Migne, CXV, 826). Les prêtres et les moines portaient les insignes de leur ordre, les enterrements avaient lieu avec les pompes accoutumées et le chrétien pouvait vivre en sécurité sous la loi de Mahomet s'il s'abstenait de se moquer du Coran, d'insulter le prophète, de rechercher le mariage avec une femme arabe et de faire du prosélytisme. Mais c'est cette tolérance mêmeetla facilité des rapports qu'elle établissait entre les chrétiens et les Maures qui, grâce à la pression d'un parti enthousiaste, provoquèrent au sein des Mozarabes un mouvement d'une portée aussi vaste que profonde. L'éclat de la ci\1lisation arabe et les séductions d'une vie facile et riche en jouissances exerçait sur des esprits encore incultes un attrait irrésistible. La gloire de Cordoue, qui hantait les rêves de la nonne Hroswitha dans son humble cellule de Gandersheim, ne pouvait pas laisser insensibles ceux qui en étaient les témoins immédiats. « Ornement éclatant du monde, cette ville jeune et illustre, grande par la force de ses guerriers et ses richesses incommensurables, source des sept fleuves de la sagesse » [Hroswithx Opera^ éd. Schurzfleisch, p. i20) arriva sous le kalifat de Hakam. (796-822), de Abderrhaman II (822-852), de Mohammed (852-886) et d' Abderrhaman 111 (912-961) à sa plus haute puissance. Parmi les Mozarabes, la civilisation jeune encore et peu développée commençait à peine à se dégager des liens de la barbarie. Les études classiques étaient tombées en désuétude, l'art de la versification s'était perdu. Les œuvres de Virgile, de Juvénal, de Po^ phyre et d'autres grands auteurs, que le prêtre Euloge rapporta d'un couvent de Pampelune, étaient inconnues (Alvari, Eulogii vî/a, cap. ix ; Migne CXV, 712). L'ignorance du clergé était si grande que Léovigild composa pour son instruction le traité intitulé : De habUu clerkoruin
(Migne, GXXI, 565-66). L'austère sévérité du cloître et le luxe opulent et sensuel des palais arabes formaient le contraste le plus frappant. Cédant à Tattrait de la philosophie et de la poésie arabes, les classes élevées de la société se laissaient gagner par l'ascendant qu'exerçaient sur eux la culture et Fart des vainqueurs et adoptaient insensiblement leurs coutumes et leurs idées. « Les saintes Ecritures étaient négligées. On niéprisait les beautés des auteurs chrétiens et les fleuves sacrés qui coulent du paradis. La langue latine cédait le pas à l'arabe et personne ne se passionnait plus pour les Evangiles, les prophètes et les apôtres» (Alvar, Ind. Lumtn.; Migne, CXXI, 554). Ëuloge parle d'un excepteur qui, chétien de nom, se montrait à l'égard de ses coreligionnaires égoïste, enflé d'orgueil, plein d'arrogance et de méchanceté {Mem. SancL^ 11, 15). Samson n'hésite pas à appeler l'évoque de Malaga, Hostegésis, par allusion à son nom, un ennemi de Jésus {Oslegesis qui melius hostis Jesu potesi appelari^ Apol. 11,2; Esp. Sayr.^Xl, 377). On racontait qu'il s'était fait circoncire, qu'il avait acheté l'évôché à prix d'argent et que, pour faciliter sa tâche à l'excepteur, il n'avatt pas rougi de lui livrer la liste complète de ses ouailles. Les Arabes n'avaient en général que des dédains moqueurs pour les doctrines chrétiennes. La populace persécutait de ses risées et parfois de ses insultes et de ses coups les prêtres, les moines et les nonnes. Grâce à l'appui qu'il trouvait chez ses partisans, le gouvernement s'ingérait dans la discipline ecclés»iastique et savait faire triompher ses vues aux conciles convoqués sur son initiative. C'est alors qu'un parti nouveau grandit à l'ombre des cloîtres. Irrité des vexations de tout genre dont les chrétiens étaient les victimes et plein de colère contre ceux qui désertaient la foi de l'Evangile pour se ranger sous la bannière de Mahomet, il entreprit avec une énergie sans exemple une guerre sans trêve contre l'islamisme. Aux vainqueurs tout-puissants, il opposa les seules armes dont il disposait, une foi inébranlable en la victoire de la cause de Jésus- Christ et le mépris de la mort et de ses tourments. Ce mouvement est, il est vrai, entaché de fanatisme ; mais il marque au sein des mozarabes le réveil de la conscience chrétienne qui, longtemps incertaine, élève enfin une protestation énergique contre une civilisation brillante et riche sans doute, mais profondément efl'éminéeet corruptrice. En 850, périt le premier martyr. Prêtre de l'Eglise de saint Aciscle, Perfectus, avait été engagé dans une discussion religieuse avec des mahométans et s'était laissé entraîner à proférer des propos blessants contre le prophète. Le marchand Jean, homme inoffensif que des rivaux perdirent, le suivit au supplice. Le courage avec lequel ces hommes subirent leur sort enflamma le zèle de quelques moines. Isaac qui, après avoir servi dans l'administration sous Abderrhaman II, était allé s'ensevelir dans le cloître de Tabanos, vintse présenter devant le tribunal du kadhi pour y insulter publiquement Mahomet. Il fut exécuté, mais son exemple trouva des imitateurs. Le français Sancho, six moines, Sisenand, diacre de l'église dePace, Théodemir, jeune religieux de Carmona, Aurélius et George et d'au-
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ires encore recherchèrent, contrairement anx canons de TEglise, la gloire du martyre. Le gouvernement était fort embarrassé.Un concile convoqué sur les ordres d*Abderrhaman II et présidé par Reccafred, métropolitain de Séville et TexoepteurGomez, essaya, mais en vain, d'arrêter la fougue impétueuse du parti exalté. Euloge, qui en était r&me, composa pour sa justification, un livre intitulé a le Mémorial des i^aints et entretint dans lésâmes le feu de Tenthousiasme religieux. Emprisonné avec les plus infatigables défenseurs de la foi, il soutint le courage de deux jeunes et intéressantes martyres, Flora de Gordoue et Marie de Ëlepla qui, le 2S novembre 851, scellèrent leur confession de leur «ang. Remis en liberté, Euloge continua à exciter le peuple et les moines contre la religion de Mahomet et, malgré le supplice terrible d'un vieillard et d'un jeune homme qui, un jour de fête avaient osé troubler le culte de la mosquée, Tardeur des témoins ne se ralentit pas. Mahomed, successeur d'Aderrhaman, prince sévère et intolérant, essaya de triompher du mouvement parles mesures les plus sévères. Il n'y réussit pas. Les chrétiens récompensèrent Euloge en l'élevant au siège métropolitain de Tolède, et son Apologie des martyrs^ plaidoyer fougueux et diatribe virulente contre les disciples du maître, qui, indignes de porter son nom n'applaudissaient pas au courage de leurs frères, réveilla l'incendie qui déjà commençait à s'apaiser. Dans son livre intitulé Indiculus luminosut, {Démonsiration lumineuse) Alvaro, ami d'Euloge qui, avec lui, avait suivi les leçons de l'abbé Speraindeo, s'appliqua à instruire par des raisonnements pleins de science et de piété ceux que le doute avait éloignés de la foi. Enfin, la venue de deux moines de Saint-Germaindes-Prés, qui demandèrent au couvent de Pinna Mellaria les restes d'Aurelius et de Georges, mit le comble à l'enthousiasme populaire. Mais déjà l'ardeur des martyrs était moins fanatique. La défaite des Tolédans et le martyre d'Euloge (14 rtiars 859) amenèrent subitement la fin du mouvement. Bientôt après, la lutte fut reprise avec des chances de succès plus grandes et sur un théâtre plus vaste par les royaumes du Nord. — Les sources principales pour l'histoire des Mozarabes sont : les écrits d'Euloge, Memorialt satictorum martyrum, lib. m, Documentum martyriale^ Liber apologelicus martyrum et des lettres ; ceux d'Alvaro qui, quoique laïque, se passionna pour !e$ questions théologiques : Vita vel passio divi Eulogiij Confcssio^ Judiculus luminosus, Liber scinlillarum colleclusde sententiis sarictorumpatmrfi, et des lettres, et ceux de Samson, abbé de Gordoue: {Liber apoiogt- ^ïcu5) publiés en partie par Ambrosius Morales (Alcala, 1564, in-?] par Fr. Schott, Hispania Ulusirata, IV, Francf., 1608; par Lorenzana, 5. Patrum Tolelanorum quotquot extant opéra, Matriti, 1785, II, par Florijz, Esp. Sagr,, X, XI et V et par Migne, Patres latini, vol CXVcl GXXI. On y trouve des détails importants sur l'école de l'abbé de Gordoue Speraindeo, maître d'Euloge et d'Alvaro, sur la situation politique de l'Eglise chrétienne et sur les discussions qui, à cette époque, troublèrent sa paix intérieure. Outre le concile qui, en 832, chercha à modérer le zèle des martyrs, trois autres synodes furent