‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 82 sur 157 · MOZARABES — MULHOUSE · texte numérisé non relu

MOZARABES — MULHOUSE

célébrés en 839, en 861 et en 862. Le premier prit des mesures cooitre une seote hérétique. Les casiani ou aoephali unissaient à ées pratiques désapprouvées par TEglise des doctrines condamnées par les conciles. Migetius, leur chef, est accnsé d'enseigner que la Trinité est formée par David, Jésus et «aint Paul ; que, seule parmi toutes les Eglises, Rome est pure de toute souillure et que les prêtres, s'ils voulaient être dignes de leur haute mission, devaient être exempts de tout reproche. Des vues particulières sur la fête de Pâques ;et sur les rapports avec les hérétiques et les infidèles complétaient ces enseignements (voy. les lettres d'Elipandus, archevêque de Tolède, Fauteur de Thérésie de Tadoptianisme et celles du pape Adrien I" et de SaûL évêque de Gordoue; Plorez, Esp. Sagr.y V; cf. Hefele, Die Hxrtsie der Migelianer^ TheoL Quarialsehrift, Tubingue, 4858, p. 86.) Un prêtre, Egila, envoyé par le saint-siège pour ramener les dissidents, paraît avoir été gagné à leur cause. On a rapproché les doctrines de Migétius, des théories de Sabellius sur la Trinité, el ses princi|>es, remarquables par leur rigidité ou leur trop grande facilité, des leçons des donatistes et des erreurs de Priscillien. Mais les données sont trop incertaines pour permettre d*énoncer un jugement définitif. Peat-ôlre se trouve-t-on en présence de tendances diverses arbitrairement combinées par des adversaires mal renseignés (voyez la lettre de Saùl de Gordoue à Alvar, Florez, Esp. Sagr,, XI, 166). L'hérésie que Hostegésis fit triompher au concile de 862, malgré les résistances de Samson et qui, Tannée suivante, fut condamnée par les évoques de la province, semble émaner d'un essai de conciliation des doctrines chrétienne et mahoémtane sur l'action de Dieu sur le monde. « Dieu, enseigne Hostegésis, est présent partout non par son essence mais par son influence » Deum per svbtUUatem inlra omnia lion per subtantiam. Quant au concile de 861 il s'occupa d'un schisme qui avait éclaté à Gordoue à propos de l'attitude à observer à l'égard les chrétiens relâchés. — Voyez Gams, Kirchengesch. vonSpaniet},!], 2, p. 311 ss. et Ad. Helfferich, Der Westgolhische Arianismus und die s/tanisifhe Ketzergeschichtt, p. 115 ss. EuG. Stbrn.

MDLHOfDSE. Cette ville de l'ancien Sundgau (partie méridionale de l'Alsace, ou pays de l'ill), actuellement chef-lieu de la haute Alsace, tire sans doute son nom d'un moulin ^ui fut peut-être son berceau et dont la roue fait partie de ses armes. Elle existait avant le huitième siècle, car en 717 elle appartenait au couvent de Saint- Etienne de Strasbourg. En 823 elle figure au nombre des possessions de l'abbaye de Massevaux et c'est à cette époque qu'on trouve la première mention dlllzach, sorte de ferme qui plus tard fit partie du domaine de Mulhouse avec le hameau de Modenheim. Après la mort de Lothaire, auquel appartenaient les provinces entre le Rhin et la Meuse, l'Alsace et par conséquent Mulheuse, furent attribuées à Louis le Germanique (870) et rattachées pour longtemps à l'Allemagne. Du onzième au treizième siècle beaucoup d'ordres religieux, commanderies de l'ordre de Saint-Jean et de l'ordre Teutonique, augustins, franciscains, dominicains, ':clarisses se fixent dans la ville déjà habi-

tée par nombre de familles nobles et de bourgeois notables. Ceux-ci participaient à Tadministration municipale et formèrent plus tard une véritable classe patricienne. Tour à tour revendiquée par l'évèque de Strasbourg et par Tempire, Mulhouse finit par rester à Tempire qui ne tarde pas à Félever à la dignité de ville impériale libre. Soumise d'abord (123ti) à un préteur (scultetus imperiaiis) qui la gouvernait avec Taide d*un vice-préteur et d'un conseil de douze échevins (huit nobles et quatre bourgeois), elle obtient, en 1293, que le préteur soit pris parmi ses bourgeois, qui venaient d'être autorisés (1273) à recevoir une terre en fief et à n'être jugés que par les leurs. Dès 1347, elle a le droit d'élire un bourgmestre et en 1397 la charge de préteur impérial est abolie. A partir de ce moment la ville de Mulhouse n'est gouvernée que par elle-même, c'est-à-dire par trois bourgmestres (chacun pour six mois), neuf conseillers ou échevins, douze maîtres des six corporations, et le syndic ou greffier. Au dix-huitième siècle, cinquante-quatre délégués des corporations furent ajoutés à cette municipalité composée dès lors de soixante.-dix-huit membres, qui régnèrent sous le nom de grand et petit conseil. — Pendant tout le moyen âge cette cité défend son indépendance contre la féodalité et se joint peu à peu à la ligue qu'avaient formée contre elle les dix villes libres de l'Alsace. Au milieu du quinzième siècle, à l'exemple de Bâle, elle se sent assez forte pour bannir les nobles de son sein, et en 1466, ne trouvant plus l'appui nécessaire dans les villes libres, elle commence à entrer dans la confédération helvétique. Cette alliance est consommée avec les treize cantons en 1515, et renouvelée en 1520 pour n'être complètement dissoute qu'après la Révolution française. On comprend qu'une organisation civile si indépendante, fortifiée par une victoire si précoce, dut former un terrain singulièrement favorable aux mouvements réformateurs. Depuis plusieurs années, du reste, on se plaignait de la corruption des ordres religieux. Dè^ 1518, Conrad Pellican, père gardien des carmes déchaussés de Bâle et sacristain à Rouifach, fait connaître les thèses de Luther à Mulhouse en ajoutant que l'auteur ne s'en tiendrait pas là. Deux Mulhousois éclairés, le syndic Oswald Gamsharst et Augustin Krsemer, ce dernier chapelain depuis 1509, répandent ces idées de réforme et y convertissent secrètement les bourgmestres Werner Wagner, Louis Rappolt, Ulrich Gerber et Conrad Burger. Ceux-ci font prêcher l'Evangile peu après 1520, par Nicolas Prugner qui jouissait de l'estime de Zv^ingle. Le premier jamier 1523 la municipalité supprime l'ordre des clarisses, criblé de dettes par suite de mauvaise administration, et ordonne la vente du couvent. La même année Ulrich de Uutten se réfugie de Bâle à Mulhouse où Gamsharst l'abrite dans le cloître des augustins, qui devaient ne pas tarder à faire défection. Mais il est obligé de repartir peu de mois après son arrivée. Le 9 mai (ou mars ?) le conseil décide que les enfants des écoles seront instruits à chanter des psaumes en allemand, que la communion sera donnée sous les deux espèces et la messe du matin remplacée par des prières et un sermon en langue vulgaire. Quelques mois après, une nouvelle ordonnance prohibe les blas-

phèmes, Tivrognerie, la débauche, le concubinage des prêtres, etc. £n 1525, Zwingle loue le zèle de Mulhouse et lui dédie un de ses ouvrages en lui écrivant : <( Tenez ferme, celui qui assiste à notre querelle n*est pas aveugle. » Mais ces mesures dont le caractère pacifique et progressif dénotait chez les chefs du mouvement un tact rare et une connaissance très juste de la situation, n*en rencontraient pas moins de Topposition. Une partie de la population continuait à Iréquenter la messe que disaient librement quelques prêtres. Prugner, poursuivi par la calomnie, est même obligé de quitter la ville en 1525. La guerre des paysans, qui venait d*atteindre TAlsace, entretient l'agitation. Les amis de la Réforme cependant mettent à profit le conseil de Zwingle. £n 1326, Augustin Krasmer, Oswald de Gamsliarst, Achatius Gilgauer, bourgmestre, et Jean Glather, pasteur, prennent part à la dispute de Bâle et se déclarent pour ÛËcolampade. Ils s'efforcent, toutefois, de ne rien précipiter puisqu^à la diète de Lucerne le bourgmestre déclare que Mulhouse n'est pas luthérienne, que les pratiques du culte catholique y sont continuées librement et qu'on ne peut y empêcher les prédicateurs d'annoncer, la vérité, mais seulement d'attaquer violemment les opinions contraires. Malgré ces déclarations, Mulhouse est provisoirement exclue de la confédération ainsi que Zurich et Saint-Gall ; elle s'allie alors aux cantons réformés. Capiton recommande Othon Binder, de Bersch, qui remplace Prugner et devient l'organisateur du nouveau culte avec l'aide de Jacques Augspurger qu'avait envoyé QËcolampade, puis du docteur Seidensticker, de Constance, qui avait été chassé de Schlettstadt à cause de ses convictions. Les carmes s'en vont paisiblement, les augustins jettent le froc et se marient, et leur couvent est plus tard converti en hôpital. Le gouvernement autrichien vient alors en aide à la réaction. Les pasteurs de Brunnstadt et d'IUzach (N. Link), sont exécutés à Ënsisheim en 1527. Jean Hofer, pasteur à Niedersteinbrunn et chapelain de Mulhouse, avait été enlevé déjà en 1525, mais on put le délivrer. Ulrich Glarethi qui, en 1526, annonçait aussi TEvangile à Mulhouse, ne put empêcher la confiscation de ses biens, situés en dehors de la banlieue, sur territoire autrichien. Malgré ces violences, la messe est de moins en moins fréquentée, mais l'agitation augmente et, au retour des députés de Mulhouse de la dispute de Berne, en 1528-29, elle se traduit par le bris des images, le pillage du couvent des carmes et la conversion des biens ecclésiastiques en propriétés communales. La confédération helvétique s'étant scindée en deux, Mulhouse s'allie en décembre, pour la défense du protestantisme, à Strasbourg, Zurich, Berne, Bâle, Biel, Saint-Gall et Constance, et prend même part à la fameuse bataille de Cappel. On peut donc dire que le changement de religion était complet en 1530. — Les relations intimes de Mulhouse avec la Suisse y firent prédominer les doctrines réformées. Elles furent officiellement proclamées par l'adhésion, en 1534, à la première confession de Bâle, rédigée par Œcolampade et présentée par lui en 1530 à la diète d'Augsbourg, et en 1536 à la première confession helvétique (deuxième de Bâle), qu'a-

valent composée Bnllinger, Grynœus, Myconius, Juda et Mégander alors que Augustin Gschinus (Gemusaens), dont le frère était professeur à Bâle, exerçait le ministère à Mulhouse. Bien que Thostie n'y fût remplacée par le pain qu'en 1620; la nouvelle Eglise resta toujours fidèle à ses doctrines, puisqu'on 1550 elle, fit imprimer la confession de 1534 comme exprimant sa foi, qu'elle se tint à l'écart des eflforts faits plus tard pour introduire le luthéranisme à B&le, et adopta en 1580 le catéchisme d'Heidelberg, puis la traduction d^s psaumes de Lobwasser (le catéchisme d'Osterwald fut introduit en 1733, et une liturgie, rédigée d'après celle de Genève, remplaça celle de Bâle en 1769). En même temps qu'elle réformait la doctrine et les mœurs au point qu'en 1678 on payait encore près de deux francs pour avoir quitté la ville le dimanche dans le but de négliger le culte, et en 1681, trente centimes pour avoir juré, elle développait l'instruction dans son sein. Dès 1529, les pasteurs demandent deur écoles, une Latine pour les garçons, l'autre allemande pour les filles. En 1538, le nombre des instituteurs est porté à deux. En 1551, les élèves sont partagés en trois classes. Dans la première on apprenait à lire le latin ; dans h seconde on étudiait les déclinaisons, conjugaisons, Donaîuni et Catonis disticha; dans la troisième la gramïnaire, la dialectique, la rhétorique, Térence, Cicéron, Horace, etc. Les garçons n'apprenaient l'allemand qu'à douze ans et en général tempus aniemerùiianum appartenait ^mr/io theologico. Le seizième siècle ne devait pas s'écouler sans que le catholicisme fit une tentative énergique pour ressaisir une ville si éclairée et si avancée qu'un sceptique catholique comme Montaigne ne pouvait s'empêcher (1580) d'en admirer la bonne politique, les mœurs libérales et tolérantes. Bn 1578, le bourgmestre Yalentin Frics, convaincu d'adultère avec la femme du syndic Daniel Wieland et accusé d'avoir fait partir ce dernier pour donner son office à un- frère de cette femme, Michel Finninger, fut déposé efremplacé par Pierre Ziegler. Ce fait si honorable souleva les adhérents des Priés et surtout des Finninger, famille récemment enrichie et animée de l'arrogante ambition de tous les parvenus. L'année suivante un procès qu'elle intenta à plusieurs bourgeois de Mulhouse à cause de la propriété d'un bois que ceux-ci s'attribuaient, envenima la querelle. Ce qui lui donna une gravité tout à fait inattendue, c'est que les plaignants, redisant la juridiction de leurs concitoyens, ce qui d'ores et déjà entraînait leur condamnation, intéressèrent les villes et les autorités du dehors à leur cause. Il n'en furent pas moins condamnés, en 1581, par les juges qu'ils avaient choisis, et les autorités de Mulhouse finirent môme par les expulser tous et par confisquer leurs biens pour couvrir les frais du procès, mesure peut^tf« excessive puisque deux pasteurs la blâmèrent et la subirent en partie. Les Finninger alors abjurent le protestantisme, réclament l'appui des cantons catholiques et leur promettent, en échange, de nmener Mulhouse au catholicisme. Cette gageure et ce qui la suivit semble prouver que si la réforme religieuse était extérieurement adoptée par toute la ville, elle n'avait pas encore réussi à y ralh'er

entièreffleni ui;e partie de la population, impaUeate de secouer le jpug.de la discipline et aaimée de sentiment» analogues à ceux des libertins de Genève. A plusieurs reprises,, les cantons protestants essaient en> vain d* apaiser le différend, et, à la diète de Luoenie du 4 novembre f586, les cantons catholiques, depuis longtemps irrités contre Mulhouse, décident de lui renvoyer le traité d'alliance après en avoir enlevé leurs sceaux. Les Finninger reviennent avec leurs adhéventS) exploitent habilement cette décision qui était leur œuvre et soulèvent la populace au point que, le 22 novembre, elle se délie de son serment envers les magistrats, occupe la ville, y conunet toutes sortes de violences, et y règne par la terreur. L'anarchie et l'insolence avec laquelle on repousse les efforts pacificateurs des cantons protestants atteignent un tel degré que ces derniers se décident à. attaquer Mulhouse par les armes. Les 14 et 15 juiai587 ellefut, en effet, prise d'assaut, et si rigoureusement châiiée que quatre cent»hommes y périrent Les rebelles,, toutefois, ne se tinrent pas pour battus. Le 13 juin 1590, ils reprennent la ville à Timproviste, mais, grâce à la présence d'esr prit et au courage d'une femme, Anna Melker, épouse de Henri Schœn, qui reprocha aux bourgeois leur apathie, ce triomphe ne dura que' quelques heures et fut châtié encore plus sévèrement que le prenûer. A partir de ce moment la» ville peut être considérée comme définitivement acqpise au protestantisme;, et à un gouvernement d'ordre et de paix,, malgré les souffraticeS' de toute natuitequelui causent, pendant le dixrseptième siècle, Jes* émouvantes péripéties de la guerre de Trente ans. — Les persécutions par lesquelles Louis XIY prélilda à la Révocation,, eurent leur retentissemenl à Mulhouse qui, précédemment déjày avait accueilli des réfugiés huguenots ou prêté maint-forte aux princes protestants qui les aidèrent pendant les guerres de religion. Constantin de Roquebine (ou plutôt Roobine), sieur de SainWGermain, né à Provins en 1575 et marié en secondes noces avec Charlotte de France (ou des Francs), servait vers cette époque à Bel- Ibrt comme lieutenant de la Suse. Celui-ci, ayant été dépouillé de son gouvernement en 1654, Rocbine partagea- sa disgrâce et se retira aux environ» de Bâle, puis à Mulhouse. En 1664 il. y denHmda, obtint et dota un culte réformé français-, déjà précédemment réclamé par la diichesee deMontbéliard, née ChâtiUon^Ce culte eut lieudans lechœur de L'église des carmes et fut fréquenté par le» fomille» des réfugiés qui habitaient Mulhouse et par des officier» réformés de Brisach, et, en 1675 et 1679, lorsque Turenne était en Alsaee, même de Colmar et Meesevaux. Les^ fondateurs de ce culte moururent en 1665 et 1666 après- en ajroir assuré l'avenir par un legs de dix-huit cents florins auxquels la ville ajouta mille florins, plus un revenu en nature, fonds que d'autres donations élevèrent peu à peu à la somme de six mille livcea pour le pasteur et trois mille cinq cents pour les pauvres. Les premier» paeteurs de cette Eglise française furent Benjamin Mimard, d'Yverdott (^661-4663) et Nicolas Chambrieir, aussi de la Suisse française (1663-1667). On trouvera la liste de leurs successeurs, jusqu'à la aévohitieft, dans le BuUàtin, t. XXIY, p. 428. En USO^ il y eut un

instituteur français, et pendant la Révocation, la cité protestante si voisine de la France, qui venait d'offrir un asile au culte proscrit par Louis XIV, remplit dignement son devoir à Tégard* des victimes du fanatisme religieux. Les réfugiés qui la traversaient recevaient tous un viatique, et deux Mulhousois qui servaient de guides faillirent aller aux galères. En 1703, vingt-trois réfugiés d*Orange séjournèrent pendant neuf mois à Mulhouse avant de repartir pour Bâle, Francfort el Halberstadt. Plus tard, on y collecta souvent en faveur des vaudois, et, en 1788, on y donna jusqu'à huit cents livres pour que TEglise réformée de Strasbourg, qui se réunissait à Wolfisheim, et qui arait obtenu des luthériens la permission de s'assembler de nouveau à Strasbourg, pût s'y bâtir un oratoire. — A mesure qu'elle avance dans le dix-huitième siècle, la ville grandit sans toutefois cesser d'être essentiellement agricole. L'Eglise allemande est desservie peu à peu par quatre pasteurs (1721), un diacre et deux vicaires, et la piété de la majorité de leurs paroissiens semble avoir gardé toujours une légère teinte de rationalisme puisqu'en 1739 ils expulsent les piétistes étrangers et défendent les conventicules de ceux de Mulhouse qu'ils appellent joheluner^ et dont plusieurs s'exilent l'année suivante. Les véritables difficultés commencent avec le développement de la prospérité industrielle, après 1745, date de la fondation de la première fabrique d'indiennes (par J.-J. Schmalzer, S. Kœchlin et J.-H. Dollfus), qui attire beaucoup d'étrangers. On se relâche dans l'observatioa de la discipline, bien qu'en 1782, par exemple, les faillis, même ceux qui payaient 70 et 80 pour cent, fussent encore bannis, et le catholicisme reparaît. En 1791, on comptait environ cinq cents domestiques et ouvriers catholiques qui fréquentaient leur culte dans les environs, puisque la ville ne leur accorda une église qu'après son annexion à la France. Celle-ci fut le résultat inévitable des difficultés douanières qui s'élevèrent entre la cité industrielle et le territoire français dont elle était entourée. Les bourgeois, et à leur tète le célèbre syndic Josué Hofer qui, en 1777, avait réussi, non sans peine, à rétablir l'alliance avec toute la confédération helvétique, luttèrent jusqu'au bout avec un admirable patriotisme pour maintenir leur indépendance au prix de très grands sacrifices. Ils furent vaincus par la force môme des choses et, en janvier 1798, la petite République dit adieu à ses anciens et fidèles alliés, et vota, presque à l'unanimité, mais sans enthousiasme, sa réunion à la France. Celle-ci ayant laissé à la ville la libre disposition de ses biens, une commission municipale avait sagement proposé de les appliquer à la dotation des églises, des écoles, de l'orphelinat et d'autres établissements analogues. Mais la multitude qui criait : « Nous n'avons pas besoin de prêtres, une bonne éducation est suffisante, » renversa ces propositions, de sorte que presque tout ce que possédait la ville fut vendu. Le produit, près de deux millions, fut partagé entre les citoyens dont chacun toucha environ deux cent cinquante francs. Les gens religieux en furent réduits à organiser une souscription pour les pasteurs. Elle ne produisit que de quoi en maintenir trois sur huit. Cinq perdirent donc leur place,

Page 1