‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 85 sur 157 · MULLER · texte numérisé non relu

MULLER

polémique assez acerbe, voire même amère, contre la philosophie de Hegel et la critique de Baur. — Le plus important des ouvrages de J. Millier est une étude très étendue sur la DoctHne chrétienne du péché (BresL, 1839, 2 vol.;6* édit., 1877). L*auteur s'y applique à défendre ridée de la personnalité et de la liberté, tant en Dieu que dans rhomme, contre le panthéisme et le déterminisme. Dieu étant un être personnel et libre ne saurait être lié par les lois de la nature. Sa volonté le place au-dessus d'elles, ce qui légitime le point de vue du supranaturalisme. Quant à Tantinomie qui résulte de Taffirmation de la liberté morale de Thomme et de celle du péché originel, elle trouve son explication dans Thypothèse de la préexistence des âmes humaines et dans une détermination de la volonté qui remonterait à cette époque an té-terrestre. Cette doctrine, renouvelée d'Origène, de Jacques Bœhme et de quelques autres théosophes, ne trouva point d'adhérents. Elle est trop artificielle pour que la pensée puisse s'y arrêter, et ne résout les difficultés qu'en les supprimant, c'est-à-dire ^n les reléguant dans un domaine où tout examen scientifique devient impossible. — On ne peut refuser à Julius Millier une certaine habileté dialectique à relier et à combiner entre elles un certain nombre d'idées ingénieuses, mais sa pensée manque de suite et de puissance créatrice. C'est ce qu'on remarque surtout dans un ouvrage •apologétique sur le Rapport de la théologie dogmatique avec les tendances amireligieuses du temps présent (Bresl., 1843), dans lequel il prend la •défense du surnaturel, comme le trait caractéristique de la conception chrétienne du monde, et revendique pour la théologie un domaine réservé, celui de la foi, abrité contre les objections de la philosophie et contre les exigences de la science profane. L'absence •d'originalité et de puissance créatrice se fait également sentir dans ses Etudes dogmatiques (Brome, 1870), qui contiennent une série d'articles parus à diverses époques sur les rapports de la pensée et de la foi, sur le principe formel de l'Eglise évangélique, sur la question de savoir si le Fils de Dieu fût devenu homme si le genre humain n'eût, point péché, sur les rapports du Saint-Esprit et de la Parole de Dieu, ^ur l'Eglise invisible, sur les doctrines de Luther et de Calvin concernant la sainte cène, sur l'institution divine du saint ministère. — Le même caractère artificiel, la môme absence de vigueur et de puissance spirituelle, nous les retrouvons dans le livre de J. Millier, LUnion évangélique, son essence et son droit divin (1854). En 1847, dans une brochure sur Le premier synode général de l'Eglise nationale évangélique de Prusse^ dans lequel notre auteur avait joué, avec son ami Nitzsch, un rôle prépondérant, il soutenait encore que TEgiise unie de Prusse ne devait pas seulement écarter toutes les doctrines controversées entre luthériens et réformés, mais encore toutes celles qui renferment des éléments scolastiques, étrangers à la substance religieuse du dogme chrétien. Sept ans plus tard, alors que la réaction ecclésiastique était à son apogée, il établit au contraire que l'union ne doit être réalisée que par le moyen d'un consensus docirinx^ c'est-à-dire d'une nouvelle confession de foi, laborieusement compo-

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sée de tous ies dogmes sur lesquels aucun désaccord ne s'esl produit au seizième et au dix-septième siècle, et avec les formules mêmes que ces dogmes ont revêtues dans les livres symboliques de celte époque. L'union des Eglises protestantes, d'après lui, est fondée »ur les dogmes qui leur sont communs; t^llc ne doit pas aspirer ù fonder une Eglise nouvelle, mais se borner à faire disparaître les traces des vieilles divergences dont le souvenir s'esl eO'acé dans les consciences. J. Miiller, devenu plus conservateur à mesure qu'il avançait en âge, ne paraissait pas s'apercevoir que ce qui ne s'est pas moins perdu, chez les laïques du moins, c'est l'intelligence ou plutôt l'usage des formes scolastiques dans lesquelles les confessions de foi du temps de la Réformation ont cru devoir exprimer certaines affirmations du sentiment religieux ou mCme certains points de la doctrine chrétienne. Citons encore parmi les nombreux articles dont Jul. Muller a enrichi les publications périodiques de la théologie .allemande, une étude sur la Dogmatique dans la Èteal-Encykl. de Herzog (111, 433 ss.), et une autre sur la Crise actuelle de la vie eccièsia'Hiqiif dans le Deutsche Zeiischrifi fiir wissensc/i. Theoi. (1834). — Voyei Kaîhler, JiW. .¥u//er, lier Hnllhche Doomatiher, i918: Schultze. Wr".;. Miiiler, Millheilungen ai's seinem Uben, Brême^ 1870; Schwarz. Zur Geschichie der neueilen Théologie, 3' éd., p. 363 ss.

F. LicaTE.VBERG[;n.

ÎCONIER (David), pasteur et professeur de théologie genevois ft7!)8-1872). 11 lit ses éludes de théologie à Genève, sous deux Jeunes professeurs, J.-E. Ccllérier et J.-J. Cheneviére, qui stimulaient alot^ beaucoup leurs élèves, et devint ministre en 18)9, après avoir soutenu une thèse considérable pour le temps : De Bvangelio priniilito. Deux événements impressionnaient fortement sa génération, la restauration de la République, puis le Kéveil, auquel il ne se livra pas comme d'autres de ses condisciples. A vingt-un ans, il partit pour une suffragance au Havre, puis il séjourna à Paris, où trois hommes agirent vivement sur le développement de ses- aptitudes diverses, le philosophe Cousin, l'acteur Talma qui lui donna des leçons, le pasteur Jean Monod,dontil aimait la maison et qui lui recommanda ^s deux tlls Guillaume et Adolphe, lorsqu'ils vinrent ensemble faire leurs éludes à Genève, Do retour dans son pays, it épousa une artiste déjà connue, M"'llomilly, femme supérieure par la vivacité de l'esprit, la bonté du cœur et le talent pour le portrait. En iSH, il postulait la .•li.iirtî de philosophie, par une série de leçons et par une thèse lis II, ilistes et les Nomiunux, écrite dans l'esprit de l'école éclectique, et, >,,Mi- iivoir été nommé, il recevait après le concours le titre de docli'ti:' ès-sciences. Dans le même temps il était chapelain des prïsons, s>'< ri'Laire du comité pbllhellénique qui envoya tant de secours &la {'iv-i:ii renaissante, et passait pour une des têtes les plus entrepre* naiilcs et ies plus avisées de la jeunesse libérale de son pays. C'est en 1825 que finit pour lui l'âge de la préparation et que commence sa carrière publique, qu'on peut diviser en trois périodes : de 1823 à 1847, il est un chef de parti, un « meneur » dans l'Eglise et dans

TAcadériMe ; de lSi7 à 1862, un conciliateur religieux ; de 1862 à 1872, un vétéran laborieux jusqu*au bout et apprécié de tous. — I. En 1823, Munier est nommé pasteur à Chêne, village peu distant de Genève, et vit dans Tintimité de son voisin rhistorien de Sismondi. En 1826, il est chargé de renseignement de l'exégèse du Nouveau Testj?ment dans la faculté de théologie, puis, dès 1828, de Thébreu, dont il ne devint titulaire que lorsqu'une nouvelle loi sur rinstruction publique, en 1834, eut créé une cinquième chaire ordinaire de théologie, ce qui ne Tempôcha point d'être deux fois de snite recteur de 1832 à 1837. Grâce à son double caractère de pasteur et de professeur, il occupait dans ce qu'on appelait alors la Compagnie académique, composée des pasteurs et des professeurs, une position centrale. Sa capacité de travail, son talent d'organisateur lui donnèrent bientôt une influence prépondérante dans la transformation de l'Académie, des collèges et des écoles, ce qui ne laissa pas que de lui faire dans les corps enseignants bien des adversaires et même des détracteurs. 11 en exerçait une aussi moins ostensible mais réelle au sein du parti conservateur bourgeois, qui gouverna depuis la révolution de 1841 jusqu'à celle de 1846. Après avoir poussé au mouvement dans tous les sens, Munier était devenu avec l'écrivain Tœpffer, le publiciste A.Cherbuliez et quelques autres, un homme de la résistance au flot montant de la démocratie. Fidèle aux tendances des doctrinaires libéraux de cette époque, qui voulaient équilibrer l'autorité et la liberté, il penchait comme eux plutôt du côté de la première, ce qui le rendit fort impopulaire pour un temps. Mais, souple et perspicace, il s'en aperçut, et sut donner une direction différente à son énergie dès qu'il le fallut. — Dans l'Eglise, cette période fut celle de la lutte du Réveil et de l'ancien libéralisme. L'orthodoxie agressive s'était vue évincée dans la personne de ses champions, César Malan puis Ami Bost. Le pasteur Gaussen, demeuré national de position et de cœur, affirmait que l'orthodoxie, non seulement avait droit de cité mais devait régner dans l'Eglise, en vertu des Ordonnances de Calvin qui n'avaient jamais été formellement abrogées. Il refusait en conséquence de se soumettre à l'ordre établi et d*enseigner à la jeunesse de sa paroisse le catéchisme officiel de la Compagnie. Le conflit éclata sur le terrain ecclésiastique. Dans un mémoire imprimé, rédigé par Choisy et Munier, la Compagnie repoussait ces prétentions rétrogrades. Elle avait raison légalement, mais Gaussen bénéficiait du prestige d'une conviction profonde, aux prises avec les règlements. Munier, hétérodoxe mais supranaturaliste, très respectueux pour le passé et sans passion dogmatique, combattait moins la théologie du Réveil que son individualisme séparatiste, son radicalisme ecclésiastique. C'est ainsi qu'en 1835, lorsque des orthodoxes du dehors tentèrent une réconciliation entre les pasteurs de l'Oratoire et la Compagnie, Munier demanda qu'ils reconnussent d'abord l'autorité du corps dont ils s'étaient séparés. C'est dans le même esprit qu'étant président du consistoire en 1842, il écrivit quelques réflexions sur le système de la séparation àe l'Eglise et

de CEiai, pour le combaltre au point de vue de Tutilité et de Tordre public. Quand on se place ainsi sur le terrain de Topportunité, oa se modifie avec les circonstances, et c*est ce qui Gt que plus tard Munier put tendre la main à ceux des hommes du Réveil qui ne la lui refusèrent pas. Aux approches du jubilé de la Réformation, il déploya un grand zèle pour en assurer la réussite. Il fut Tun des fondateurs du Protestant de Genève ; il dirigea la revision et Timpression du Nouveau Testament de 1835, il joua un rôle important dans les conférences ecclésiastiques qui accompagnèrent la fête et prêcha un entraînant discours le 23 août. Au reste, il était une des chevilles ouvrières de la Compagnie : rapporteur de la faculté et attaquant ordinaire des thèses de théologie devant elle, membre de toutes les commissions importantes, notamment des fmances,et promoteur de' beaucoup d'améliorations. C/est qu'il possédait les qualités qui rendent un homme indispensable : conscience, jugement, talent de discuter, de légiférer, de présider, connaissance des hommes et des choses, bienveillance pour les individus, mais volonté de les conduire. C'est durant cette période qu'il précisa le plus souvent, et qu'en conséquence nous plaçons ce que nous avons à dire de sa prédication jusqu'au bout. C'était un orateur éloquent ; il avait la vigueur au raisonnement, la chaleur du cœur, le don de faire vibrer les cordes humaines, un style exercé, un habile et puissant débit, une figure expressive qui eût facilement pris le masque tragique ; mais il lui manquait l'élément dogmatique) et] l'élément mystique et dans la forme une certaine simplicité, gage de la grande popularité dans la chaire. Il affectionnait les sujets d'apologétique et a prêché plusieurs séries de conférences de ce genre : six sur les Paraboles en 1838^ répétées en 1860, imprimées dans le volume posthume; en 1841, six sur les Miracles^ qui n'ont pas vu le jour ; cinq sur la LiCture. de VEcriiure sainte, 1850, avec une préface qui rappelle la rupture récente d'E. Scherer avec l'école de théologie, où régnait la théorie théopneustique, que Munier ne soutient qu'en l'adoucissant ; trois sur la Divinité du christianisme dans V histoire ^ en 1853; en outre plusieurs sermons détachés et de circonstance parmi lesquels nous mentionnons la Tache de la Femme chrétienne, i842 ; deux sermons sur V Education religieuse^ 1847 ; trois sermons sur le dimanche et U culte public, 1851 ; enfin un gros volume. Conférences et SermonSr publié après sa mort, en 1874, qui contient, outre les conférences sur les paraboles, dix sermons, entr'autres celui qu'il prêcha dans la plaine d'Alais, devant une foule immense, en 1856. — II. Tout change à Genève avec la révolution de 1846. La démocratie l'emporte dans TEtat, elle évince du gouvernement et de l'académie les aristocrates et les doctrinaires ; dans l'Eglise elle donne la prépondérance au consistoire et aux laïques, elle fait nommer les pasteurs par le peuple protestant, et elle confère à l'Eglise une autonomie relativement assez grande. Ce fut en réalité pour elle l'ouverture d'une ère de réforme et de développement intérieur. On était las des luttes entre le Réveil et l'ancien libéralisme ; l'évangélisme avait fait de

notables progrès dans le public religieux ; ruliramontanisme devenait menaçant ; les protestants devaient s'unir pour lutter contre cet envahissement et pour reconquérir les sympathies populaires par la propagande et le zélé Munier^-qui au lendemain de la tempête, s'était écrié : « Je veux vivre 1 » fut un des premiers à s'élancer, avec son énergie optimiste, dans cette tâche nouvelle, et il s'y voua tout entier. En 1846, il redevient pasteur en ville pour six ans. Déjà en 1843, il avait fondé la société des protestants disséminés qui gagne bientôt un grand nombre de souscripteurs et étend ses dons et ses missions sur la Suisse, la Savoie, la France et même l'Allemagne et l'Italie. Munier en est le président et l'âme pendant vingt-cinq ans, ce qui l'appelle à une correspondance étendue, à des rapports annuels ou bisannuels, à des courses pour inspecter les postes soit en Suisse, soit en Savoie, soit dans le département des Hautes-Alpes, évangélisé naguère par les Genevois Félix NelT et Ami Bost. Après la visite du missionnaire Lacroix, il fonde un comité de dames et une vente annuelle pour les missions ; avec J.-E. Cellerier, il engage le corps des pasteurs et ministres à se partager en commissions permanentes qui poursuivent chacune l'un des grands intérêts religieux, publications périodiques, UwLamment les Etrennes religieuses^ conîérences apologétiques hors des temples, propagande parifti les catholiques, etc. En 1853, il fonde encore la Société des intérêts protestants qui ne dura pas longtemps telle quelle, mais qui a légué des écoles et une œuvre d'évangélisation intérieure. Et lui, l'ancien adversaire du Réveil, il n'est pas moins empressé désormais à réconcilier sinon les idées, du moins les hommes. Il emploie volontiers des orthodoxes dans les Sociétés qu'il dirige, et il fait régner un esprit de paix dans la section genevoise de la Société pastorale suisse, dont il présida brillamment les deux assemblées générales tenues à Genève en 1855 et 1869. Dans celle de Lausanne en 1857, il fit un rapport sur la question des divisions entre chrétiens, remarquable par l'élévation des pensées et un grand souffle de charité. Cet effort pour la pacification des esprits semblait l'emporter lorsqu'il subit un échec à l'assemblée universelle de l'Alliance évangélique en 1861. Dans une première circulaire, le comité avait semblé en ouvrir les portes à « tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus d'un cœur pur » ; dans une seconde, il les refermait par la formule trinitaire, ce qui écarta vingt-deux pasteurs et en mécontenta d'autres, notamment Munier, qui écrivit Vos variations et nos perplexités. Il exprimait encore cette même répugnance pour les confessions de foi, avec ce même besoin d'union dans un sermon de consécration en 1863 : Le jeune ministre et le saint ministère. Il resta fidèle à cette ligne de conduite, mais il devait la voir traversée encore par les controverses dans la période suivante. » III. Le nouveau libéralisme avait fait son apparition à Genève en 1849, avec les lettres de M. Scherer sur la critique et la foi. Mais il n'eut pas d'écho parmi les anciens libéraux; ses prédicateurs, venus du dehors, effarouchèrent les gens religieux, et il n'arriva à y constituer un parti et fonder un journal

qu'à la lin de 1869 ; ce qui provoqua dès le mois de janvier 1870 Torganjsation serrée du parti évangélique. Les deux principes de Tancien libéralisme, l'autorité de la Bible et le libre examen se séparaient, s'opposaient l'un à l'autre. De quel côté Munier allait-il se ranger? Attaché de cœur à l'autorité de la Bible, l'aspect négatif et agressif de la théologie nouvelle ne pouvait que le repousser. Si, au milieu des luttes que se livrèrent les deux partis, soit en France, soit à Genève, il résista quelque peu, ce fut dans son allure mais non dans sa conviction ; il se rattacha à l'Union évangélique et prononça peu de temps avant sa mort, dans l'assemblée pastorale de Lausanne, ua discours ému en faveur des aiîirmalions de la piété évangélique, qui fut comme son chant du cygne. Au reste, cette période, qui s'était ouverte pour lui par la longue agonie de son troisième et dernier fils, douloureuse épreuve, héroïquement supportée par ce cœur si tendre et si courageux, fut celle où l'activité du vétéran se montra le plus désintéressée, et recueillit les meilleurs fruits dans les champs divers qu'il avait labourés. Ainsi, dans l'œuvre qu'il poursuivait depuis longtemps au milieu des disséminés de la Savoie, il avait la joie de consolider ces jeunes communautés par l'inauguration d'un temple à Annecy en 1871, puis d'une chapelle à Mornex en 1872. Dans l'académie,' il reprenait sa juste place à la direction des affaires; les préjugés contre lui étaient tombés avec le gouvernement radical; on avait besoin de son expérience d'administrateur dans l'évolution qui portait la sympathie populaire vers l'instruction supérieure, la dotait de bâtiments nouveaux, et allait changer la vieille académie de Calvin en une toute moderne université. Aussi fut-il nommé trois fois recteur depuis 1862. Dans l'intérieur de la faculté de théologie, il p oussait aux améliorations nécessitées par cette transformation générale, et il remerciait en son nom le ministre de l'instruction publique de la concession qui lui était faite de garder jusqu'au bout des études ses élèves français. Lui-môme pffrait pour la seconde fois un cours gratuit d'arabe et un cours sur l'histoire de l'organisation des Eglises de France. C'est ici le lieu de parler de son rôle comme professeur. C'était moins par ses cours sur l'exégèse de l'Ancien Testament qu'il captivait les étudiants, que par ses excellentes leçons de composition, de récitation et d'improvisation, et par son talent de discerner chez les débutants dans la prédication le fort et le faible, et d'encourager et de pousser chacun dans sa vraie voie. D'ailleurs, il était depuisi de longues années l'inspecteur et, comme on disait, « le père » des étudiants français ; il correspondait avec leurs parents et leurs consistoires, et les suivait au delà des études de sa chaude etserviable sollicitude ; il les incitait à fonder une. société de bienfaisance depuis 1864, et soutenait leur entreprise d'une ambulance franco-suisse en 1870. Il les avait visités dans plus d'une tournée et avait même présidé une des conférences pastorales à Nimes. Aussi, cent soixante-huit pasteurs français signèrent-ils une reqiiâte en 1865 aux fins d'obtenir pour lui la décoration de la Légion d'honneur, juste marque de reconnaissance envers l'un des meilleurs parmi cette

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longue suite d'amis et d'auxiliaires qu'ont toujours trouvés h Genève les Eglises de France. S'il eût vécu trois ans de plus, ses anciens élèves eussent sans doute brillamment célébré son cinquantenaire. Nous laissons de côté les autres institutions publiques auxquelles Munier s'est intéressé ; mais il faut bien ajouter qu'il fut avec son ami, M. Bartholoni, un des fondateurs du Conservatoire de musique, en 1835, qu'il en devint le président effectif en 1840, et le resta trentedeux ans : difficile direction d'une compagnie d'artistes, où il ne fallait rien moins que son tact exquis pour réussir comme il l'a fait. Ce septuagénaire énergique, qui avait été huit fois modérateur, cinq fois recteur, ce président à vie de plusieurs sociétés pouvait rendre encore bien des services, lorsque, dans l'automne de 1872, une des plus fécondes de sa carrière si pleine, il fut atteint d'une fluxion de poitrine et frappé, ainsi qu'il l'avait désiré, « debout, comme un chêne. » Deux paroles, parmi beaucoup de prières, peignentbienle malade :« Je ne me sens plus la volonté, c'est la première fois que cela m'arrive, mais il me reste l'affection », et celle-ci, jetée dans un demi-délire « Suis-je genevois, français, catholique, protestant? Je ne sais ; ce que je sais seulement, c'est que je suis chrétien et pasteur. » Il expira 19 octobre, deux jours avant son ancien adversaire, Merle d'Aubigné. On peut regretter sans doute qu'au bout d'un travail si continu et si ardent, Munier n'ait pas laissé de monument théologique; mais, du moins, il a légué à ses nombreux amis l'exemple d'une vie entièrement consacrée à tous les devoirs de la famille, de l'amitié, du patriotisme, du pastorat et du professorat, et la mémoire d'un grand coeur servi par une intelligence prompte, claire, pénétrante, et par une volonté infatigable, d'un homme dont les facultés eussent brillé sur un plu» grand théâtre, et qui a été à un degré rare un homme exaction, de gouvernement et de dévouement. — Point de notice biographique complète ; voir l'appréciation de F. Goulin dans la préface du volume des Conférences, 1874; D. Munier^ par J. Gaberel ; In memoriamy poésie par L.Tournier, et des articles nécrologiques dans les journaux religieux ou autres, notamment celui de W. de la Rive dans le Journal de Genève. A. Bouvier.

MUNSGHSR (Guillaume), né en 1766 à Hersfeld, mort en 1814, fut professeur de théologie et conseiller consistorial de Marbourg, inspecteur du clergé réformé de la principauté de Hesse. Très versé dans les lettres anciennes et dans les saintes Ecritures, il s'acquît une légitime renommée comme savant et comme professeur. Son principal ouvrage. Manuel de l'histoire des dogmes chrétiens, Marb., 1797, 4 vol., 3* éd., 1817, tout en frayant la voie à la méthode historique dans la tractation des dogmes chrétiens, porte la trace de l'école rationaliste dont son auteur était un adepte : le développement dogmatique, d'après lui, n'est que le résultat des aberrations auxquelles l'esprit chrétien s'est trouvé en proie depuis dix-huit siècles. Nous citerons encore de Munscher son Manuel de r histoire de l'Eglise, chrétienne, Marb., 1804; plusieurs volumes de sermons (1803-1813), 8* un certain nombre de dissertations dans le Magasin de Henke, les Bei-

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trxge de Staeudlin et le Journal de Gabier. — Voyez Wachicr, Dr W. MûnscheTy Prancf., 1814; Baur, Léhrb. der chr. Dogmengeseh,, p. 43.

MUNSTER (Sébastien), hébraîsant et cosmographe distingué. Né en 1439 à Ingelheim, dans le Palatinat, mort à Bàle Tan 1552, il se fit d'abord recevoir dans Tordre des franciscains et embrassa les doctrines de la Réforme en 1529. Il professa la langue hébraïque et la théologie de TAncien Testament, d'abord à Heidelberg, puis à Bâle. Parmi ses nombreux ouvrages nous citerons : Biblia hebraka cumiatina planeque nova translationci adjectù imuper e rabbinorum eommenr tariù annotalionibus, Bâle, 1534 et 1535, 2 vol. in-fol. ; 1538 et 4345, 2 vol. in-fol. ; 2** Fides chrUtianorum sancta^ vecia et perfecia atquein" dubilata, Bâle, 1537, in-fol. ; Paris, 1550 et 1555; 3« Caltndariumbibh' cum hebraicum ex hebrxorum penetralibus editum^ Bâle, 1527 ; 4« CoUoquium cum Judœo deMtssia, 1539; ^"^ Horologiagraphia, 1531 et 1555; Cosmographia, Bâle, 1550, trad. allem., 1629. Munster a publié aussi une grammaire hébraïque et chaldaïque, plusieurs écrits rabbiniqaes et des commentaires sur TEvangile selon saint Matthieu, et sur répitre auxHébreux.

MONTER (Frédéric-Ghrétien-Gharles-Henri), orienUliste et archéologue distingué, né à Gotha en 1761, mort à Seeland en 1830. Il fol élevé à Copenhague, où son père, Balthasar Miinter, exerçait avec un grand succès les fonctions de prédicateur de la communauté allemande de Saint-Pierre, et termina ses études à l'université de Gœttmgue. Après un fructueux voyage de recherches savantes en Autriche et en Italie, il fut nommé professeur' à l'université de Copenhague, à laquelle il resta attaché pendant vingt ans (1788-1808). Nommé évoque de Seeland et primat de TKglise danoise, il se consacra avec le même zèle et le même dévouement à cette nouvelle tâche, à laquelle son caractère conciliant et l'autorité de sa vie irréprochable le rendaient tout particulièrement propre. Miinter publia de nombreux écrits en danois, en latin et en allemand. Nous citerons seulement: 1® Une traduction du livre de Z>ame/ en langue copte, 1786 ; 2* une traduction métrique de V Apocalypse avec des notes, 1784 ; 2« éd., 1806; 3» Magasin pour Vhistoïre et le droit ecclésiastique du Nord, 1792-96,

2 vol. ; 4'' Manuel de l'histoire ancienne des dogmes chréUenSr Copenh., 1801; trad. allem. d'Evers,Gœtt., 1802, 2 vol. ; 5* HUloirt de la réforme danoise, Copenh., 1802, 2 vol.; 6o Histoire de fintroduelion du christianisme dans le Danemark et la Norvège, Leipz., 1823-33,

3 vol ; 7° Les symboles et les œuvres d'art des anciens chrétiens, Altona, 1825. Miinter possédait au plus haut degré la science du détail et Tart de tirer parti des citations qu'il savait laborieusement recueillir et habilement ordonner. — Voyez la biographie insérée par son gendre Aiynster, dans lesStud. u. Krit., 1833, H. 1.

MDNZER (Thomas), l'un des chefs de l'anabaptisme au seizième siècle, né en 1490 à Stolberg am Harz, mort en 1525, étudia la théologie à Leipzik vers 1515, mena une vie assez vagabonde et fut enfin attachécommeprédicateur à la principale église de Zwickau. D'abord chaud partisan de Luther, il ne tarda pas à trouver la réforme luthé-

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rienne insuffisante, s'attacha à gagner la faveur du petit peuple qu*il ameuta contre les autorités de la ville, fut vaincu avec ses partisans et dut s*enfuir (1521). Il passa ensuite quelque temps en Bohême» devint suspect aux calixtins qui exigèrent son éloignement et se rendit à Wittemberg où se prononçait le mouvement radical dont Garlstadt et les <c prophètes de Zwikau » (groupe de ses anciens amis bannis de cette ville, leur chef Nicolas Storch à leur tête, après la fuite de Mùnzer} tenaient alors la tête. Bientôt il quitta Wittemberg, où Tautorité de Luther avait repris le dessus, et devint plus que jamais le centre de l'agitation religieuse et sociale. Il séjourna toutefois quelque temps à Alstedt en Thuringe en qualité de pasteur, introduisit de graves modifications dans la liturgie et prêcha devant l'électeur Frédéric de Saxe et son frère le duc Jean. Il réclamait hautement rintervention des princes pour extirper les impies et les papistes qui n'avaient, disait-il, « d'autre droit de vivre que celui que les élus voulaient bien leur accorder.» Il fonda en divers lieux aussi des imprimeries secrètes, d'où sortaient des pamphlets de la dernière violence. Enfin on découvrit qu*il organisait une société secrète ayant pour but l'extirpation du papisme et l'abolition de toute autorité civile. Il fut en conséquence banni d'Alstedt. Il se rendit alors dans la ville libre de Miihlhausen en Thuringe où, de concert avec un ancien moine, Henri Pfcifer, il renversa le gouvernement local et lui substitua un régime beaucoup plus démocratique. C'est depuis lors surtout qu'il dirigea contre Luther des attaques d'une extrême virulence. Il quitta bientôt Mùhlhausen, se rendit à Bâle (1524), auprès d'ÛËcolampade qui le connaissait mal et le reçut bien, noua des relations avec les anabaptistes qui levciient la tête en Suisse ; puis parcourut l'Allemagne méridionale où fermentaient les passions qui allaient éclater au premier jour dans la guerre des paysans. On le revoit bientôt après à Mùhlhausen où il retrouve son ami Pfeifer. La ville entière leur obéit. A la guerre des paysans du Sud ne tarde pas A répondre une explosion du môme genre en Thuringe, où Munzer et Pfeifer dirigent le mouvement révolutionnaire. Mùnzer, de plus en plus exalté, croyait recevoir des révélations d'en haut. Sur la foi de l'une d'elles, il se rendit à la tôle d'une petite armée à Frankenhausen, ville au pouvoir des insurgés, mais où ceux-ci prêtaient l'oreille à des propositions d'arrangement. Mùnzer déploya toute gon éloquence pour les en détourner. Mais la défaite sanglante du lendemain, infligée aux paysans insurgés par l'armée des princes, mit un terme à son influence et à sa carrière agitée. Il fut fait prisonnier et bientôt après lui et Pfeifer furent exécutés. — Nous avons dans l'article Anabaptisme déji\ résumé la doctrine personnelle de Mùnzer dans ses traits généraux et mentionné ce qu'il y eut de peu héroïque dans la manière dont il mourut. Profilons de l'occasion pour rectifier une faute d'impression, t. I,p.287, 1. 2, oix Mulhouse se trouve indiquée au lieu de Mùhlhausen^ ville de Thuringe. Le caractère de Thomas Munzer ne doit pas être uniquement jugé sur ses faiblesses de la dernière heure, ni même sur le fanatisme qui dépara les années les plus

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militantes de sa vie. C'était un mystique sincère, capable d'aimer beaucoup et d*ôtre très aimé, mais aussi emporté, aussi intraitable dam ses haines que dans ses affections. Une forte dose d'orgueil inconscient et d'ambition se joignait chez lui au mysticisme et fit de lui un chef de hardis révolutionnaires, bien que son but fût toujours religieux. C'était un de ces cerveaux mal équilibrés qui compromettent quelques idées justes par la masse d'erreurs et de mauvais moyens qu'ils y mêlent. Sa moralité privée échappe à toute accusation. H est à présumer que l'anéantissement brutal d'espérances qu'il croyait fondéessurdes révélations divines particulières, le plongea dans un découragement et dans un scepticisme qui expliquent chez lui la défaillance suprême. — Sources : Historié von ThomeMihizer^ par Melancbthon, l52o; Biographies nombreuses, entr'autres Baczko, Leips., 1812; Seidemann. ibid, 1842 ; H. Léo, Berlin, 1856; les histoires de la Réforme luthérienne ; — Otting, Annales anabapt., 1672; Ranke, Deufsc/ie Gesrhichte im Zeitallerder Ref>'rmatimi^ II. A. Rkville.

MDRATORI(Louis-Antoine) naquit àVignolale21 octobre 1672etmourut à Modène le 23 janvier 1750. Nul doute qu'il n'ait été le plus grand historiographe de son époque et qu'il ne soit aujourd'hui encore une des sources les plus riches pour quiconque s'occupe d'histoire et de littérature. 11 commença ses études auprès des jésuites qui l'envoyèrent à Modène en 1785. Us furent ses premiers maîtres dans Tétude des langues anciennes, mais de 1689 à 1694, Muratori après les avoir délaissés, étudia la philosophie, le droit, la théologie scolastique et morale dans les séminaires publics, étant considéré déjà en 1693, comme un érudit de première force. Les dates suivantes indiquent les étapes de sa carrière ecclésiastique beaucoup moins importante que ses travaux historiques, archéologiques, et littéraires : L. A. Muratori demeura dans les ordres mineurs de 1688-1689 ; en 1693 il fut nommé sous-diacre, en 1694 diacre, en 1695 prêtre, en 1699 confesseur. En 1711 il obtint la nomination de prieur et de recteur uteus du bénéiice de Sainte-Agnès de Ferrare, en 1716 celles de prieur et de recteur uteus du bénéfice de l'hôtel de la Sainte-Trinité de Ferrare, et de prévôt de Sainte-Marie Pomposa de Modène. Il avait été également couronné docteur es lois en 1694 et dans sa longue et laborieuse vie, il fut nommé membre des plus célèbres académies européennes. Appelé à Milan Iparmi les docteurs de la bibliothèque ambroisienne, il manifesta ce qu'il était: un travailleur persévérant et infatigable : disait-il, et en effet de 1795 à 1603, outre ses travaux d'office, il compila son Archivio Estenae, il prépara des lettres d'érudition, de littérature et d'histoire pour trois académies milanaises, et l'édition de Maggi avec la vie de cet auteur et quelques poésies ; il publia en outre les deux premiers volumes de ses i^tiecdoia /o/i^m et commença les versions nécessaires pour la publication de ses Anecdoia grxca. 11 s'efforça encore de recueillir dans des notes, aujourd'hui peu connues malgré leur valeur, une foule de détails sur tout ce qui concerne l'antiquité païenne et chrétienne. Muratori cependant n'est important pour nous qu'au point de vue théologique et de l'histoire ecclé^

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