‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 86 sur 157 · MURATORI · texte numérisé non relu

MURATORI

siastique. Ses idées religieuses n'ont pas une grande importance et ne se distinguent pas d'une manière très sensible des idées du clergé lombard de son époque. Quoique très libre vis-à-vis du saint-siège au sujet de la dispute de Comacchio et de Ferrare (il s'y démontra historien impartial quoique un peu courtisan), entre Rinaldo I et Clément XI, quoique peu enclin au culte de la vierge, des saints et des reliques, et très modéré au sujet des fêtes catholiques et des apparitions miraculeuses, il ne s'est jamais séparé des dogmes fondamentaux du catholicisme romain et a même mendié à Benoît XIV une approbation de ses ouvrages, le priant de passer sur quelques points peu favorables à la papauté (lettres de Benoît XIV à Muratori, 25 sept. 1748). Quelques moines ignorants et fanatiques de Palerme lui firent toutefois Thonneur de l'appeler janséniste et protestant parce qu'il avait osé attaquer dans le sens d'un catholicisme mitigé, la doctrine de l'Immaculée Conception, alors en formation. Muratori est un des fondateurs de la méthode historique expérimentale et critique et ses volumineux ouvrages furent composés d'après les lois suivantes qu'il s'était imposées et qu'il observa invariablement ; 1° Dire la vérité ; 2^ faire connaître des choses nouvelles ; 3° en exposer les causes, les effets, la signification, en donnant à l'ensemble une forme organique. La vie de Muratori fut modeste et retirée ; les honneurs durent le chercher et ne furent pas désirés par lui ; mais les louanges les plus magnifiques lui furent décernées par Montfaucon en 1729 et 1737, par Bruckerus en 1741 [Pinacotheca script, nostra xiale literis Ulustrùm, Augusta Vindel, 1741), par Benoît XIV et Scipion Maffei,qui le proclamèrent le roi de l'histoire, parles littérateurs Foscool, Balbo, Manzoni qui se servirent avec avantage de ses recherches. C. Cantù {Sloria universale et Sloria de degl, Iialiani), peut-être par jalousie de métier, le traite un peu trop sans façons, sans toutefois se défendre de puiser largement dans ses ouvrages. Bien qu'ils soient extrêmement précieux, nous ne donnerons pas la liste de tous les ouvrages inédits du Muratori; on peut le voir dans ÏArchivio Muratoriano ; nous n'indiquerons parmi ceux qui ont été publiés que ceux qui se rapportent aux sciences religieuses: i"" Aiiecdota quss ex Ambrosianas Bibliot. codicibus nunc pvimum eruit, 2 vol. in-4°, Milan 1697-98; 2*" Prolegomena in Lessii Crondermi Elucidationem de divina graiia, Cologne, 1705 ; 3"* sur la dispute entre la cour.de Modène et le saint-siège, au sujet de la possession des villes de Comacchio et de Ferrare, il publia les ouvrages suivants très importants pour l'histoire du pouvoir temporel ; Osservazioni sopra una leltera iniilolata : Il dominio temporale délia S. \Sede apostolica sopra la città di Comacchio, Modène 1708; Supplica di Rinaldo 7, duca di Modena aWImperatore Gieuseppe per le coutroversie di Comaccliio, Modène, 1710; Questioni Comacchiesi, Modène, 1711; Piena esposizione dei diritti Imperiali ed Estensi sopra Comacchio, Modène, 4712 ; Ragioni délia Serenissima Casa d'Esté sopra Ferrare, Modena, 1714, etc. ;4°/>e Ingeniorum modératione in Religionis negotio, Paris, 1714. Elle est altérée {Giornale (Tiialia, 1736). Rei^m Iialicarum scriptores ab an 500er« Chrisiianœ ad

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j.i l.XH), Hé vol, in-f», Milan, 1723; 5* Vita di Lodovieo CasUlvetro, ViiUtu, 1747. Il essaye, mais en vain, de prouver que Castelvetro ne !ul iKkH réformé ; 6* ArUiquitales llallcœ Medii xcL Milan, 1738. C'est UauN le vol. lU que se trouve le fragment dit de Muratori, d'une im- IKutHUce toute relative, puisque d'après son découvreur lui-môme, riucapacité, la négligence et Tignorance des copistes, Font altéré Uuuo manière très sensible ; 7° Aniichità Esteusi ; 2 vol. in-f*, le V\ Modène. 1717 ; le II'"^ ibid., 1740; 8®// Cristianesimo felice nelU missioni de PP. délia Compagnia di Gesù nel Paraguaj, Venise, 1743. 9"* Annali d'Italia dal principio delV Era crisliana sino al 1749. — La première édition incomplète pour les cinq dernières années est très rare, Venise, 1744, plusieurs éditions subséquentes; iO^ Bispostadi Lamindo Priianio ad una lettera delV Km. Quirini intomo la diminuzione délie fesie, Lucca, 1749. — Sources: LeiUre inédite ed Elogi del Sig, Doit. Ludovico AnloUio Muratori racolte dalV abate Adrea Lazzari, Venise, 1783; Letlere inédite dîL. A, Mura{oriscritteaToscanidal\G9ù, al 1719, Florence, 1854; Trentasei letlere inédite di L\ A, Muratori, Bologne, 1868 ; Letlere di varii iUustri Italiani del sec. XVIlle XIX, fieg^io, iSAi; Miscellaneadi stoj*ia Italiana{k.Cetuii), t. VIII, Turin, 1869, etc. — Voyez encore : Orazione per ta morte di L A. Muratori, Barone Agbst. Forno, Modcna, 1731; Lodovico Antonio 31 uratori d'iS' corso inaugurale di G. Turroni, Pavia, 1873, et outre les nombreux ouvrages publiés, lors du centenaire de Muratori en 1872, le suivant qui les résume tons : Archivio Muratori edizione consacrata da P. Muratori, Modène, 1872. Ce dernier ouvrage ne fut tiré qu'à 200 exemplaires. P. Long.

MURILLO (Bartholomé-Estcban), célèbre peintre espagnol, néàSéville en 1618, mort en 1682 dans la même ville, des suites d'une blessure qu'il s'était faite sur un échafaudage où il travaillait. Elève de Moya, de van Dyck et de Vélasquez, qui lui fournit les moyens d^aller dans les Pays-Bas pour y étudier les chefs-d'œuvre de l'école hoUanlandaise, et qui lui procura ensuite des travaux lucratifs à Madrid, Murillo retourna en 164o à Séville où il se fixa, et y composa un ^rand nombre de tableaux qui le placèrent à la tête des peintres de sa nation. On peut dire sans exagération que Murillo offre dans toute sa pureté le caractère de Técole espagnole, et qu'il dépasse de beaucoup tous ses comp<itriotes par retendue autant que par la profondeur de son talent. Il brille surtout par le sentiment, la noblesse, la science anatoraique et la fidèle imitation de la nature, ainsi que par la suavité, Téclat, la fraîcheur et Tharmonie du coloris. Il atteint la perfection môme dans r<art d'animer ses compositions d'un souffle d'une légèreté et d'une transparence inimitables. Murillo a traité presque tous les sujets, mais il est intéressant d'observer la gradation par laquelle il s'élève du genre le plus infime aux tableaux religieux de la plus haute mysticité. Au début, il s'ingénie à reproduire avec une naïve énergie les types les moins relevés que lui ofl're l'observation quotidienne. Tels les tableaux que possède la Pinacothèque de Munich et qui représentent des paysans, des vagabonds, des petits

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mendiants en haillons, qui fainéantisent, qui goûtent à la dérobée des friandise^, qui jouent aux cartes, etc. Dans un cetlain nombre des compositions religieuses de Murillo, nous retrouvons le môme caractère d'une fraîche et presque réaliste reproduction de la nature : en particulier dans les Madones de la galerie de Dresde et de celle de Pitti à Florence, où l'auréole seule qui entoure le front de la Vierge indique que nous n'avons pas affaire à une mère ordinaire qui sort des rangs du peuple et, tranquille, tient son enfant sur ses genoux. Ce n'est que dans les compositions où il représente la Madone dans l'exaltation des transports les plus ardents, dans ces merveilleux tableaux où elle apparaît comme baignée dans la lumière du ciel, enveloppée de vêtements amples et flottants, enlevée sur les nuages, prenant à l'avance possession de la béatitude céleste par son regard où se peint l'aspiration la plus ardente, que Murillo a atteint une expression de l'extase religieuse que vraisemblement la peinture ne dépassera jamais, et qui d'ailleurs porte dans son exagération même sa critique. Jusque dans les conceptions les plus élevées du peintre, la grâce féminine, suave, par moments presque mondaine et coquette, que respirent les traits de la Vierge, alors que son regard exprime l'effort le plus violent de l'âme pour atteindre l'idéal céleste, accuse le même contraste entre la nature huniaine saisie dans sa pleine et habituelle réalité et l'exaltation d'une piété trop transcendante et trop mystique pour parvenir à la transflgurer ou simplement à la sanctifier. Tel est notamment le cas des deux Assomptions et de lu Conception de la Vierge que possède le musée du Louvre. Le dualisme, inhérent à la dévotion catholique de l'Espagne au dixseptième siècle, a trouvé dans les peintures de Murillo son expression la plus saisissante. Les mêmes remarques s'appliquent à de nombreux tableaux représentant les extases et les visions de divers saints, en particulier à la Vision de saint AhioLne de Padoue^ dans la cathédrale de Séville et au musée de Berlin. Citons encore la Monde sainte Claire, saint Jacques distribuant les aumônes au cloître de Saint- François à Séville, saint Thomas distribuant ses biens aux pauvres, sainte Elisabeth, l'Enfant prodiqae, Jésus sur la montagne des Oliviers, et, dans un genre moins relevé, la Cuisine des Anges.

MDRNER (Thomas), célèbre controversiste, né à Strasbourg en 1475, mort vers l'an 1536, entra en 1499 dans l'ordre des franciscains et conquit à Paris le grade de maître es arts et plus tard celui de docteur en théologie. Il visita successivement les universités de Fribourg enBrisgau, de Cracovie, de Bàle et de Strasbourg. A Francfort-surle-Mein, il prononça en 1512, sur les mœurs corrompues du temps, une série de prédications mi-sérieuses, mi-grotesques, imitées de celles que Geiler de Kaisersberg donna à Strasbourg sur la Nef des fous de Sébastien Brand (cf. les poésies Exorcisme des fous et Corporation des fripons qui traitent le même sujet). Murner, dans ses satires où règne un ton d'une crudité et d'un cynisme souvent révoltants, flagelle avec esprit les abus de l'Eglise romaine, et en particulier la

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vie mondaine elles mœurs relâchées des prêtres et des moines, ainsi que le formalisme du culte. Dans son poème satirique, intitulé GœuckmaU (Bàle, 4319), sur les hommes efféminés, il raconte très gaillardement le roman de la papesse Jeanne. Murner toutefois prit une attitude hostile à l'égard des réformateurs slrasbourgeois Hédion et Capiton et prêcha énergiquement contre eux. Délégué de l'évoque de Strasbourg à la diète de Nuremberg, il dénonça dans les termes les plus violents le magistrat de cette ville, favorable aux idées nouvelles. Il publia contre Luther une série d'écrits polémiques très passionnés, parmi lesquels nous citerons ; i° De la papauté ou de l'autorité suprême en matière de foi chrétienne^ 1520; 2* Des doctrines et des pn^édications du docteur Luther^ 1520; 3° Adresse à la noblesse allemande pour gu elle défende la foi chrétienne contre Martin Luther, 1330 ;4'* Du grand fou luthérien, poème satirique, 1321 ; cf. l'édit. critique publiée par H. Kurtz, Zurich, 1848. Nous trouvons, dans la suite, Murner à Lucerne, où il obtint une cure et une chaire, et où il s'éleva avec la même énergie contre Zwingle lors des colloques de Bàle et de Berne et dans d'autres occasions (voy. sa Dispute sur Cunité en la foi chrétïenue tenue en. 1526àjBade, par les douze cantons de la confédération, Lucerne, 1527 ; Attentat antichrétien des autorités de Berne contre les saintes Ecritures, 1528 ; La sainte messe divine^ 1528. — Voyez Waldau, Nachrichten von Th. Marneras Leben u. Schrifien, Nuremb., 1785 ; Ruchat, ^t5/oire de la Uéform, de la Suisse, III; Hottinger, C^mc/i. (i«r Eidgeno&sen, II, 134 ss. ; Jung, Gesch, der Reform. in Strassburg^ p. 238 ss. ; Rœhrich, Die Reform. im Elsass, I, 228 ss. ; idem, Zeitschv. filr histor. TheoL, 1848; Gh. Schmidt, Histoire littéraire de r Alsace, II, 209 ss.

MDSCDLDS, Wolfgang Meusel, Meusslin ou Miisslin, théologien et hébraïsant, né à Dieuze,en Lorraine, l'an 1497, mort à Berne en 1563. De parents pauvres, il parcourut l'Alsace comme écolier errant, frappa ses maîtres à Schelestadt par son talent pour la poésie et la musique et entra dans le couvent des bénédictins près de Lixheini. Il fut ordonné prêtre, et se hvra avec ardeur à la prédication ; mais la lecture des ouvrages de Luther fit sur lui une impression profonde et il se mit à prêcher ouvertement la Réforme. En 1327, il quitta son couvent, se maria, se livra à l'étude de la langue hébraïque et fit un séjour prolongé à Strasbourg et à Augsbourg où il travailla avec le plus grand zèle à la consolidation de l'œuvre de la Réforme, tout en s'amassant des trésors de connaissances et en luttant contre la misère avec sa nombreuse famille. Après la publication de l'Intérim, il fut nommé, en 1549, professeur de théologie à Berne. Musculus a écrit un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : !• Anti- Cochlaius primus, adversus J. Cochlœi de sacerdotio ac sacrificio novss legis libellum, Augsh., 1544; trad. en allem., 1545; 2" Commentarii in Johannis evangelium^ Bâle, 1545; 3^ Commentarii in Matthxum^ 1548; 4° Commentarii in psalmos, 1559; 5" In Decalogum explanatio, 1553; 6° Commentarii in Genesim, 1554; 7° Commentarii in epistoUwi

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