‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 92 sur 157 · MYSTICISME — MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

MYSTICISME — MYTHOLOGIE

lancoliquesy parmi les intelligences énervées et molles que ce système recrute ses adeptes. Les femmes jouent- un grand rôle dans son histoire. Il fleurit dans les cloîtres ; le pauvre moine, dont la vie est sans but, TesprU sans occupation, dont Tidéal se borne à être une machine à oraisons, y semble voué par la force même des choses. On a remarqué que les professions sédentaires, monotones, portant à la mélancolie et à la rêverie, ont fourni un nombre infini d^extatiques et de visionnaires.. D*uja autre côté, toutes les époques ne semblent pas avoir été propres au développement de ce genre de mysticisme. Il est rare dans les temps de grande vitalité historique, mais il tend à envahir tous les rangs de la société dans les moments de décadence, de tyrannie, de dégradation morale. Th. Joufl*roy Ta très bien constaté {Droii naturel, t. I, p. 139 et 140. — Voyez en outre des ouvrages -cités dans la dernière partie de cet article ; Bossuet, Instruction, sur Us états d'oraisons; Bochinger, La vie contemidaiive, ascétique et rnonastiquô chez les Indous ; M. Nicolas, dans la Revue de Thénlogie de Sirashourg, 1862 à 1864. Michel Nicolas.

MYTHOLOGIE, de fxu6oç, fable, fiction, et de Xopç, discours. Ce fut de bonne heure une ^pinion générale parmi les hommes éclairés de la Grèce antique que co jui était raconté des dieux dans la tradition populaire était un ensemble de fictions allégoriques, dont il importait de trouver le sens véritable. Ces fictions allégoriques, on les appela des mythes, et on donna le nom de mythologie aux travaux consacrés à en chercher Texplication. Ce ne fut que bien plus tard que ce mot fut employé à désigner la religion grecque elle-même ; et depuis longtemps on l'applique à toutes les religions qu'on suppose fondées sur des fictions allégoriques quelconques. — Les essais d'explication des mythes religieux remontent très haut dans la Grèce; du temps de Platon, ils étaient déjà fort nombreux {l^tatnnis opera^ Lugduni, 1590, in-fol., p. 337 et 338). On ne s'occupa plus des recherches de ce genre pendant le moyen âge, les anciennes religions païennes étant alors regardées comme des stratagèmes de Satan pour la perle dis âmes. Après la renaissance des lettres, les philologues et les érudits reprirent avec ardeur l'œuvre des mythologues de l'antiquité classique. Les ouvrages composés sur ce sujet soit dans les temps anciens soit depuis le quinzième siècle jusque vers le milieu du dix-neuvième siècle, s'ils étaient réunis, formeraient une bibliothèque considérable; la plupart sont dus à des hommes d'un incontestable talent; et cependant il y a à peine une quarantaine d'années que la mythologie grecque était encore une énigme indéchiffrable. La solution en est venue d'où on ne l'attendait certainement pas, de la connaissance de la langue sanscrite. Hegel appelle la découverte de l'origine commune du grec et du sanscrit la découverte d'un nouveau monde; et M. Max Mùller fait remarquer avec raison que la même chose peut se dire aussi de l'origine commune de la mythologie grecque et de la mythologie sanscrite. — C'est aujourd'hui un fait acquis que les Indous, les Iraniens, les Grecs, les Latins, les Germains, les Slaves sont sortis d'une souche commune :

520 xMYTHOLOGlE

chacun d'eux, en se séparant de celte souche commune, les uns plus tôt, les autres plus tard, pouf aller fonder des établissements nouveaux et constituer des peuples distincts, emporta la langue maternelle et les traditions religieuses qui étaient propres à sa famille. Après la séparation, cette langue et ces traditions subirent naturellement des modifications soit par Teffet du temps, soit par suite des différentes conditions d'existence de ces divers peuples. Mais ces modifications assez considérables pour ne plus leur permettre de reconnaître leur parenté originelle, la science moderne, une fois qu'elle a possédé dans le sanscrit un terme de comparaison, a pu non seulement les rapporter à un fond* commun primitif, mais encore chercheret souvent même trouver les lois d'après lesquelles elles se sont produites. Le travail est en ce moment plus avancé pour la linguistique comparée que pour la mythologie comparée; on a déjà cependant sur cette dernière partie des écrits du plus grand mérite et qui peuvent être considérés comme des guides assurés, du moins pour les grandes lignes. Il convient encore de faire remarquer, pour prévenir tout malentendu, que le sanscrit n'est pas la langue mère delà famille indo-européenne, comme on avait d abord été tenté de le croire. Cette langue mère a disparu depuis ongtemps; elle n'existe plus, si on peut ainsi dire, que dans les langues qui en sont dérivées; mais la langue du Rig-Yéda en est, selon toutes les vraisemblances, la plus rapprochée, de même que de toutes les langues issues du latin, l'italien en est la plus voisine. Elle offre d'ailleurs ce que n'ont point, et dans tous les cas ce que n'ont plus les autres idiomes de cette famille, un texte écrit, ce recueil considérable de chants religieux qu'on appelle le Rig-Véda. — Si maintenant on considère que la mythologie grecque, dans sa forme la plus ancienne, dégagée autant que possible des modifications de divers genres que lui ont fait subir les anciens aédes, représente nécessairement les antiques ^ traditions religieuses que cette branche de la famille indo-européenne avait emportées avec elle en quittant la mère-patrie, on ne sera pas étonné qu'elle présente les plus grandes analogies avec celle du Rig-Véda; elles ne sont l'une et l'autre que deux formes assez peu différentes du môme thème. Les mythes du premier cycle de la mythologie grecque sont les mômes que ceux de la mythologie indoue; les personnages qui sont mis en scène dans l'une et dans l'autre ne diffèrent presque en rien, représentent la môme conception, et souvent ont conservé en grec le nom qu'ils portent en sanscrit (voy. sur ces rapports le t. I de V Histoire des Religions de la Grèce antique, par Alfr. Maury). On comprend comment, dans cet état de choses, on peut trouver dans le Rig-Véda où les mythes exposés par écrit, à plusieurs reprises, par des poètes différents, s'expliquent pour ainsi dire eux-mêmes, la clef des mythes grecs qui, en général, ne nous sont arrivés que recouverts de surcharges et de remaniements, et qui ont presque tous besoin d'être d'abord ramenés à leur forme primitive. — Pour avoir une idée du sens de ces mythes, nous n'avons qu'à écouter M. Bréal : « La race indo-euro-

Page 1