‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 99 sur 157 · NAVIGATION — NAVILLE · texte numérisé non relu

NAVIGATION — NAVILLE

et des barques de sauvetage. Dans l'antiquité la navigation, même pour les grands navires, se faisait le long des côtes ; plus tard et quand on se hasarda à naviguer sur la haute mer, on se réglait d*après le cours des étoiles. Pendant les tempêtes de l'équinoxe, la navigation était interrompue et les navires cherchaient un refuge dans un port assuré. Le livre des Actes décrit d'une manière saisissante les moyens mis en usage (ch. XXVIl) pour sauver un navire en détresse; quand le danger devenait trop pressant, on jetait pardessus bord le chargement et les ustensiles inutiles, et quand tout espoir était perdu, on cherchait à gagner le rivage au moyen des canots ou des débris du navire. G*est ainsi que saint Paul passa un jour et une nuit en mer sur les épaves du navire, sur lequel il avait fait naufrage. — Voyez les articles : Phéniciens, Crète, Chypre^ et la longue littérature indiquée dans Herzog, Encyclopédie^ Xlll.

E. SCHERDLIX.

NAVILLE (Prançois-Marc-Louis), né à Genève le il juillet 1784, appartenait par son père à une des plus anciennes familles du pays, dont le nom figurait, avant le temps de la Réformation, dans les conseils de la République ; par sa mère, il descendait du célèbre jurisconsulte Germain GoUadon, réfugié français pour cause de religion, et Tun des principaux collaborateurs de Galvin dans la réorganisation de la république genevoise. Ges familles réunissaient ainsi les deux éléments dont la fusion, souvent accompagnée de luttes violentes, a fait la grandeur de Genève. — Resté de bonne heure orphelin de sa mère, puis, peu après, de son père, qui mourut très jeune encore dans un voyage en Italie, François Naville rencontra successivement dans diverses maisons Thospitalité la plus bienveillante. Après avoir habité quelque temps chez son grand-père maternel, il fut reçu chez un parent de son père, M. Naville Gallatin, jurisconsulte distingué et auteur d'un remarquable ouvrage sur l'état civil de Genève. Malheureusement, il ne put pas jouir longtemps de la société et des directions de son nouveau protecteur ; l'énergie et le courage déployés par M. Naville dans l'exercice de ses fonctions, soit comme procureur général, soit comme conseiller d'Etat, avaient soulevé contre lui des ressentiments qui profitèrent des troubles révolutionnaires pour se couvrir du manteau de la politique. L'excellent citoyen fut fusillé en 1794, après avoir refusé de s'échapper avec un patriotisme héroïque qui ne trouve son parallèle que dans l'histoire des derniers moments de Socrate. Cet événement tragique n'enleva pas le jeune homme à sa famille adoptive, et il passa encore sous le toit hospitalier de M"" Naville et de ses enfants, qui habitaient alors la campagne, quelques années de bonheur dont il conserva toujours le plus reconnaissant souvenir. François Naville vécut ensuite chez un parent de sa famille maternelle, M. Duby, professeur à la faculté de théologie, et l'influence de cet homme de mérite, justement considéré à Genève, se joignit sans doute à une inclination naturelle pour déterminer le jeune étudiant à se consacrer à la carrière ecclésiastique. Pendant le cours de ses études de théologie il apporta un soin tout

particulier au travail de sa prédication et eut pour cela l'avantage depouvoir recourir à chaque instant aux précieuses directions it M. Duby. Tant d'efforts furent couronnés de succès et Ton remarqua fort à Genève les premiers sermons du jeune prédicateur, qui se distinguaient par la chaleur, la couftur et Téclat. — Après avoir rempli pendant quelque, temps une suffragance dans une paroisse rurale des environs de Genève, François Naville mit à profit ses loisirs^ momentanés pour parcourir successivement le midi de la France et ritalie. Ce dernier voyage, qui avait en partie pour but de visiter le tombeau d'un père, lui laissa de profondes impressions et des souvenirs ineffaçables ; mais ses excursions en France avaient eu sur s^ destinée une influence plus durable et plus heureuse encore : il avait fait connaissance en Dauphiné d'une jeune française, M"« Arnold, qui devint M»« Naville au retour de son voyage en Italie. — Le jeune ministre accepta alors la charge de la paroisse de Ghancy, située sur les bords du Rhône, à l'extrémité du territoire genevois. La vie de pasteur de campagne avait toujours été. l'un de ses rêves et l'évène ment démentit si peu son attente qu'il compta plus tard les années passées à Ghancy commue les plus heureuses de sa vie. Les difficuliés et les soucis ne lui firent pourtant pas défaut ; il eut singulièrement à faire pour réveiller l'indifférence de ses paroissiens et, particulièrement, pour les amener à respecter le repos du dimanche. Mais ces difficultés ne firent que stimuler son énergie et son talent ; il s'occupa avec assiduité de l'instruction religieuse, et les sermons qu'il prêcha à Ghancy doivent être comptés parmi les meilleurs qu'il ait composés. Son zèle et son intelligence eurent surtout l'occasion de se déployer pendant les années de la fin de l'empire, lorsque le village de Ghancy fut occupé par les troupes, puis, à la suite de cette occupation, ravagé par une épidémie. Il en fut de môme en 1817, année tristenaent célèbre dans les annales du pays par une disette terrible; l'activité de Naville dépassa de beaucoup dans cette occasion les limites de sa paroisse, et les habitants des parties voisines de la Savoie purent garder un long et précieux souvenir du dévouement et de la charité du jeune pasteur de Ghancy. — L'année suivante, des. circonstances de diverse nature le déterminèrent à renoncer aux fonctions pastorales ; il resta cependant quelque temps encore fixé à Ghancy avec l'intention de se vouer d'une manière exclusive à l'éducation de ses deux fils, tout jeunes encore. Mais, si le séjour à la campagne lui paraissait une condition précieuse pour former, selo» ses goûts, le caractère et les goûts de ses enfants, il n'était pas sans reconnaître les inconvénients de l'isolement dans l'éducation. Cette conviction lui inspira le projet de réunir sous son toit quelques jeunes gens, étrangers à sa famille, qui participeraient aux leçons et à l'éducation générale de ses enfants. Depuis ce moment, les questions d'éducation, qui avaient toujours eu pour lui le plus vif intérêt,, devinrent sa préoccupation dominante, et il entra en relations avec plusieurs des éducateurs distingués de son époque, en particulier MM. Zellweger et Escher, le père Girard et l'abbé Lambruschini^

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Bientôt, en présence du nombre croissant de ses élèves, il dut reconnaître que les conditions matérielles où il se trouvait à Ghancy lui créaient de graves difficultés et il dut se mettre en quête d'une nouvelle demeure mieux appropriée aux exigences de sa situation. On lui indiqua alors une belle et v^ste habitation de campagne, située ^ une heure de Genève, entre les bases du Jura et les rives du Rhône. La salubrité de Tair, la grandeur du domaine et la beauté d'une situation dominante offraient là des conditions exceptionnelles qui frappaient au premier coup d'œil. Aussi Naville n'eut pas longtemps à hésiter et, en 1819, il créa l'institut de Yernier, qui ne tarda pas à recevoir des jeunes gens de presque toutes les nations. Le directeur se montra digne de son succès par le zèle et le soin attentif qu'il apportait à toutes les branches de l'enseignement ; il eut également le bonheur de pouvoir s'associer comme auxiliaires plusieurs hommes excellents, dont le premier, resté depuis lors comme les autres Tami de la maison, fut le pasteur Ramu. — Les recherches et les travaux de Naville, après s'être longtemps enfermés dans une sphère purement pratique, se révélèrent enfin au public par un ouvrage important, publié en 183:2, et intitulé : De Véducation publique considérée dans ses rapporls avec le développement des facultés^ la marche progressive de la civilisation et les besoins actuels^ puis, plus tard, par diverses publications de moindre étendue et portant les titres que voici : Mémoire sur les moyens à employer dans renseignement public pour développer dans les élèves Vamour de la patrie suisse (1832) ; Guide de Vacheteur de linres pour la jeunesse (1842) ; Mémoire explicatif du tableau des éludes dans l'établissement d'éducation de Vernier (1845) ; Choix de fables suivies de l^uelques autres poésies pour la jeunesse (1845). Naville n'avait pas ce qu'on peut appeler un système d'éducation à lui, il se proposait simpjement de subordonner la simple instruction qui ne se préoccupe que d'accumuler des connaissances à l'éducation proprement dite, qui cherche à former à la fois l'esprit, l'àme et le corps. Rien n'était négligé à.Vernier et les exercices gymnastiques y avaient leur place légitime ; la direction cherchait surtout à remplir les temps de loisir par des exercices susceptibles d'élever l'âme et de développer l'esprit.tout en fortifiant la santé. G'étaient, quelquefois, des excursions botaniques dans les environs, d'autres fois aussi des voyages pédestres analogues à ceux que Tôpfer a immortalisés dans ses charmants récits. Dans ces voyages, d'après les récils de ses élèves, on pouvait voir Naville, tantôt brillant de vie, d'esprit et de gaieté, tantôt transporté d'enthousiasme devant les splendeurs de la nature alpestre, tantôt enfin absorbé dans de si profondes réflexions qu'il aurait pu, comme autrefois saint Bernard, cheminer longtemps sans s'en douter, en présence du plus magnifique panorama. Des traits de cette nature ne sont pas inutiles à noter, car on ne se ferait pas une juste idée de Vernier et de la grande influence exercée par le directeur sans une connaissance un peu détaillée de son caractère et de sa personnalité. — Naville, fils d'une génération qui a cru, plus que beaucoup d'autres, au progrès, au développement de la civilisation,

au succès de toutes les grandes et nobles caij^s, partageait de toute son âme ces belles et généreuses espérances. Il suivait avec amour, dans tous les pays, les progrès de la justice et delà liberté, et porUit un intérêt spécial aux contrées du Midi, à Tltalie, qu il avait vue dans sa jeunesse et qu'il aimait toujours, à la Grèce, qu'il regrettait de n'avoir pas pu visiter et dont la résurrection inspirait alors un tel enthousiasme qu'un autre Genevois, M Eynard, lui consacrait sa fortune, et le grand poète anglais Byron, sa vie. Cet enthousiasme pour les nobles causes, qui se joignait chez lui à une largeur d'idées et à une tolérance exceptionnelles, se communiquait à ses élèves et, en élevant leurs pensées, formait une des parties essentielles de l'éducation de Vernier. Tant d'ardeur et d'élan entraînaient parfois chez lui un peu de vivacité et d'emportement; mais les moments de vivacité étaient courts. Ce qui dominait habituellement dans son accueil, c étaient une chaleur de cœur et une bienveillance qui se répandaient autour de lui et faisaient de la maison de Vernier ce qu'elle avait été dès l'origine, dans l'intention de son fondateur, une maison paternelle, où les élèves retrouvaient un père et une mère, dans le directeur et la directrice de l'établissement. Il faut ajouter qu'à Vernier la religion dominait et pénétrait tout; la vie était avant tout, pour Naville, ce qu'elle est pour le chrétien, une préparation à l'éler-' nité ; c'est ainsi qu'il cherchait à la faire envisager à ses élèves ell'enseignement religieux était celui qu'il s'était plus particulièrement réservé. On comprend qu'à ses yeux, la religion devait faire naître dans les cœurs un intérêt ardent pour la cause de l'humanité; cet mtérèt, qui dominait dans ses préoccupations, se tralyt dans plusieurs notes manuscrites qu'on a retrouvées après sa mort et qui contiennent divers projets de réforme sociale; il éclate surtout dans le plus considérable des écrits de Naville, le traité sur la charité légale [De la chariié légale et de ses effets, de ses causes, et spécialement des maisons de travail et de la proscription de la mendicité, 2 vol., 1836). L'histoire de cette publication présente une particularité cuneuse : l'auteur avait abordé l'étude de cette grande question avec des préventions favorables à l'exercice de la charité par l'Etat, mais les recherches consciencieuses qu'il fit alors et les renseignements qu il obtint, soit par des conversations, soit surtout par une active correspondance, modifièrent si bien son point de vue que son ouvrage devint un plaidoyer contre la charité légale. — Le séjour de Naville à la campagne l'avait tenu un peu à l'écart de la vie publique genevoise. Il ne pouvait être question pour lui de s'occuper directement de politique; bien rarement il lui était possible de se faire entendre dans les chaires de Genève; s'il s'intéressait aux luttes de diverse nature qui agitaient alors l'Eglise, c'était surtout pour prendre le parti de la justice et de la paix; enfin, la nature de ses occupations ne le mettait pas en relations habituelles avec les savants distingués qui formaient alors la gloire de l'académie de Genève. Cependant, on se tromperait fort en le représentant comme désintéressé des hommes et des choses de son pays. Sans parler des membres de sa faroilie

auxquels Tunissaient des souvenirs d^enfance, il avait à Genève d'excellents amis, dont Tun, M. le professeur Edouard Diodati, a consacré plus tard, au souvenir de M. Naville, une biographie fort intéressante. En outre, il portait le plus vif intérêt à toutes les associations d'utilité publique, aux sociétés d'instruction et de bienfaisance et, tout particulièrement, à deux corps dont il faisait partie et aux séances desquels il assistait aussi souvent qu'il le pouvait : le conseil d'instruction publique et la compagnie des pasteurs. La Bibliothèque universelle avait également en lui un collaborateur dévoué, et la République genevoise comptait certainement peu de cœurs plus dévoués à ses intérêts. La Suisse avait également part à ses affections et il avait le cœur très helvétique ; de fréquents voyages dans les montagnes entretenaient ses relations avec ses compatriotes des autres cantons, particulièrement avec les amis de l'éducation et surtout avec le père Girard, de Fribourg, auquel le liait une étroite amitié et qui vint lui-même un jour rendre visite à Vernier. Enfin, les relations de Naville n'étaient pas limitées à son pays ; malgré la nature de ses travaux, peu faits pour procurer de la gloire, quelques rayons du soleil de la renommée commençaient à se glisser dans la studieuse retraite de Vernier, et bien des gens venaient demander conseil à l'auteur du Traité sur l'instruction publique ou de la Charité légale. Chacun d'ailleurs, connu ou inconnu, se trouvait bien de cette belle et large hospitalité qui, comme celle de Walter Scott à Abbotsford, ne connaissait aucune distinction de rang ou de notoriété. La conversation du maître de la maison savait se pliera tous; après avoir été interrogé, il aimait à questionner à son tour et à demander à chaque esprit ce qu'il avait' d'utile et d'intéressant à communiquer. Bien des visiteurs de Vernier ont eu avec lui, et quelques-uns sans doute s'en souviennent encore, de nobles entretiens, ou sur la vaste terrasse qui s'étend devant la maison en face du panorama des Alpes, ou sous les splendides ombrages qui descendent jusqu'au bord du Rhône. La maison de Vernier n'avait pas seulement ses hôtes exceptionnels, elle avait aussi à l'étranger des amis, qu'elle aimait à voir venir. C'étaient entr'autres, M. Charles de Rémusat, puis M. Casimir Périer, et les membres de sa famille que d'anciennes relations unissaient à la famille de M°" Naville, M. J. J. Rapet, que la France compte aujourd'hui parmi ses éducateurs les plus distingués et, enfin, un homme qui n'a pas acquis personnellement d'illustration littéraire, mais dont le fils, élève luimême de Vernier, s'est fait récemment un nom dans les sciences religieuses par la publication d'un bel ouvrage sur l'état des convictions en France, M. Juventin. Il faut mentionner encore les excellentes relations de Naville avec les gens du voisinage; aux soins d'un chef d'institut, il joignait dans une certaine mesure les intérêts et les préoccupations d'un propriétaire campagnard, enfin, il n'avait pas oublié sa première vocation et, chaque dimanche, les protestants des environs se réunissaient pour le culte, d'abord dans une chambre de la maison de Vernier, puis dans une chapelle élevée à l'aide de souscriptions particulières. — Ainsi, Naville, entouré de l'aCFection de ses

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