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même de procéder à la nomination de son successeur et les cardinaux schismatiques d'y participer (20 février 1513). — Guichardin, dans son Histoire d' Italie (XI, 4) a porté sur ce Pontefice terribile, ambitieux et violent, le jugement le plus équitable : « Il se serait rendu digne d'une gloire immortelle s'il eût porté toute autre couronne que la tiare ou s'il se fût appliqué à faire respecter l'autorité spirituelle de l'Eglise par des moyens de paix avec toute l'ardeur qu'il montra pour étendre sa puissance temporelle par les armes. Cependant aucun de ses prédécesseurs ne reçut tant d'éloges surtout de ceux qui depuis que les choses ont perdu leur vrai sens^ croien' que les papes sont plutôt obligés d'accroître les Etats de l'Eglise par les armes et par l'effusion du sang chrétien que de procurer le salut des âmes par une vie exemplaire et par la réforme du vice et des abus. » 11 n'est que juste d' ajouter que Jules II, s'il s'est trop souvent préoccupé d'être (c le Seigneur et le maître du jeu du monde, t s'il a manqué des vertus d'un saint pontife, a eu du moins les hautes qualités d'un chef d'Etat: économe des deniers publics, simple dans ses goûts, dur pour lui-même et pour les autres, il a travaillé sans trêve ni repos à relever le saint-siège ; sa famille, sa fille même ne purent guère obtenir de faveurs. C'est tout au plus si son neveu François-Marie de la Rovère, héritier légitime, puis souverain du duché d'Urbin, reçut quelqu'appui du pape et réussit à se faire donner, sur l'avis du sacré collège, le vicariat de Pesaro. Rome devint sous Jules 11 la grande ville des arts : Le Bramante, Michel-Ange, Raphaël et d'autres que le pape avait trouvés ou appelés à Rome, travaillèrent sous ses ordres et d'après ses plans, les fouilles heureuses de la un du quinzième et du commencement .du seizième siècles mirent au jour les chefs-d'œuvre de la sculpture antique. Le Bramante commença en 1506 la reconstruction de Saint-Pierre et pour élever une basilique, qui devait être la plus belle et la plus vaste de la chrétienté, il n'hésita pas à détruire, d'accord avec Jules II, des sanctuaires et des édifices consacrés par la piété des âges ;. le Belvédère, Sainte-Marie-Majeure, le palais de Martin Y furent terminés ou agrandis par les soins et aux frais du pape; la via Giulia, la via F'apale, Alessandrina, pour ne citer qiie les plus importantes, changèrent d'aspect en s'élargissant et s'embellissant. Les cardinaux de la Rovère, Riario, Carafa, Medicis, Casttillesi, Fieschi, pour suivre le goût du jour, peut-être pour dépenser des richesses qui à laur mort devaient faire retour au Trésor pontifical, transformèrent leurs demeures en palais somptueux Dans la peinture et la statuaire, Rome rivalise à partir du seizième siècle avec Florence. Michel-Ange, dès son arrivée, travaille au grandiose mausolée que Jules II voulait construire de son vivant ; malheureusement il l'ébaucha à peine, mais le projet primitif tel que nous le connaissons, la statue de Moïse qui a été terminée prouve que ce mausolée eût été digne du pontife et de l'artiste ; la voûte de la chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange (1508-1509), l'Ecole d'Athènes, la Dispute, le Parnasse, la Jurisprudence qui ornent la chambre de la Signature, les fresques de la chambre de l'Héliodore, un grand nombre
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de tableaux erécvté^ par Raphaël lui-même cm d'après ses dessms sont autant de dief^d'œurre inspirés par Joies 11. Aux eniirtioas de l'art moderne Tinreift se joimfre à cette épec^e Im st^ues ée Fart antique. Le Laocoon découvert en 1506 et adieté' par ke pape^ TApoI- Ion du Belvédère, le Torse, THercule, rAriane, d*auftresei»core forent transportés danslejardm ou dan^ les édicules eu Belvédère qui devint un musée de sculpture. Le grand siècle a été ouvert par Jules II ; Léon X, quoiqu'il lui ait donné son nom, n a fttit ifoe smvre la voie tracée par son prédécesseur. — Voyez Guichardîn, HiHotrB Hialu ; Machiavel, Les Légn Ions; Bvosch, Der Papst JuHu&II wid die Grùmn dung des rœmisdien StaatSj Gotha, 1877, in-8*. G. Lsser.
JULES m, Jean-Marie del Monte, né à Rome, évèqoede Palestrina, archevêque de Siponte, cardinal du titre de Saint-Vital dieposs 15%, fat élu pape te 8 février 1550' sur la recommandation desimpériaiix et du duc Gosme de Médieis. Quoique adversaire du condte quMl avait présidé en qualité de légat de Paul IIl, il s^était engagé pendant le conclave à le réunir dès après son avènements II tint parole et par une bulle datée du 14 décembre 1550 il le convoqua à Trente pour le printemps de Tannée suivante. Cependant les affaires de la Péninsule fixèrent tout d'abord son attention : pour prévenir toutes les difficultés et toutes les réclamations il restitua Pérouse aux Baglioni et confirma Octave Parnèse comme duc de Parme. Ce dternier, qui redoutait les menées ambitieuses de Charles V et qui ne se fiait pas à la bonne foi du pape, rechercha Talliance de Menri II. Le roi de France, impatient de reprendre la hitte avec la maison de Habsbourg, se réconcilie aussitôt avec l'Angleterre, envoie des troupes en Italie et ouvre les hostilités. Jul<es III, malgré son goût du repos, déclare qii*il. veut « monter le même vaisseau que l'empereur, se confier à la même fortune et laisser à celui qui possède la puissance et l'intelligence le soin de prendre une résolution » ; son armée fait campagne avec les troupes impériales dans le Parmesan, ravage le pays, assiège Mâran.dole occupé par des Français, Avant même d'avoir pris les armes, il avait lancé des monitoires et des censures contre Octave Famèse, dépouillé les cardinaux Alexandre et Rannccio de leurs bénéfices : tout faisait espérer que le duc « ce misérable ver de terre qui s'était révolté contre un empereur et un pape » ne pourrait tenir longtemps. Mais Famèse n'était pas seul en cause. Henri se ligve en octobre 15SJ avec les luthériens d'Allemagne, prend en mains la défense des libertés germaniques et dirige brusquement vers le Rhin une aroiée qui s'empare des trois évêchés ; pour bien marquer qu'il ne craint pas de se mettre en guerre avec le pape il rappelle de Trente les députés français et menace de convoquer wn concile national. Jules III qm « n'avait pas cru qœ Dieu l'afdigerait à ce point, » n'ayant plus d*aErgent, ne pouvant pl^us compter sur Tappui de l'empereur, se résigne à conclure avec le duc de Parme une trêve de deux ans. Le coocile qui était réuni depuis le l*'mai 1551 lui donna d'antres sujets d^aflUctioB. Les prélats allemands auxquels on avait promis des réformes ne cessaient de dénoncer les abus dans IHSglîse ; les évêques espagnols pré-
tendaient ^'assujettir les chaiNltres et se réserver la collation de tous les bénéfices et le pape prévoyait le moment où sous prétexte d'abus les Pères lui contesteraient ou lui enlèveraient les attributs de son. autorité légitime. Ce fut un bonheur pour lui^ Que les menaces des armées luthériennes lui fournissent l'occasion de suspendre les ses* ^ons du concile et de couper court à des attaques et à des plaintes qui chaque jour devenaient plus violentes (28 avril 1552). Jules lU débar** rassé du concile, en paix avec ses voisins, passa les deux dernières années de sa \îe dans une villa située hors la porte del Popolo. Il mourut le 23 marsi55o, âgé de soixante-sept ans. Sans pousser le népotisme aussi loin que Paul III, il assura une fortune considérable à ses parents, leur céda Gamerino et leur distribua des bénéfices et desdignih tés. Jules III a été le protecteur des jésuites; il a fait défense aux juifs établis à Rome de lire le Talmud et les a obligés de restituer toutes les sommes acquises par l'usure. G. Lesibr.
JULIEN L'APOSTAT. Flavius Glaudius Julianus, connu dans la tradition chrétienne sous le nom de. Julien l'Apostat, naquit en 331 après J.-G., à Gonstantinople, de Jules Gonstance, frère du grand Constantin, et de Basilina. Nous ne savons rien sur ses premières années, sinon qu âgé de quelques mois seulement, il perdit sa mère. Orphelin de mère dès son ba^ âge, il devint à l'âge de six ans orphelin de père. En 337 Tcmpereur Gonstantin jnourut. Ses fils, Gonstance à leur tète, afin de se défaire de rivaux possibles, firent massacrer par les soldats tous leurs parents mâles. Au nombre des victimes furent Jules Gonstance et son fils aîné, c'est-à-dire le père et le frère aîné de Julien, iulien lui-môme et son frère Gallus échappèrent au massacre. Recueilli par la famille de Basilina, Julien fut élevé sous la surveillance de Tévêque de Gonstantinople Eusèbe de Nicomédie. Mais le compagnon ordinaire du jeune prince, son pédagogue fut Mardonius, esclave scythe, qui lui enseigna les lettres grecques et commença à lui inspirer l'amour de la sagesse antique. En 343 ou 344, Gonstance, par jalousie sans doute, éloigna son jeune parent de Gonstantinople et le relégua avec son frère Gallus dans le château de Macellum, en Gappadoce. Julien conserva de cet exil de six années un souvenir amer. Il semble n'avoir jamais beaucoup goûté l^éducation ecclésiastique que donnaient à son frère et à lui les prêtres ariens auxquels Gonstance les avait confiés. S'il travailla de ses mains à bâtir une chapelle sur la tombe du martyr Mammas, s'il fit fonction de lecteur dans les églises, ce fut, paraît-il, sans enthousiasme. — Vers Tan 350 Gonstance ouvrit les portes de la lointaine prison où il avait fait enfermé ses deux jeunes cousins et les rappela dans la capitale. En 351 il associa Gallus à l'empire avec le titre de Gésar. Trois ans plus tard il le faisait mettre à mort. Julien passa quelques temps à Gonstantinople, mais l'ombrageux empereur résolut bientôt de l'éloigner et lui donna l'ordre de se rendre à Nicomédie. Pendant trois ou quatre ans, de 351 à 354, Julien vécut en Asie Mineure. Ge fut là que s'accomplit sa conversion au polythéisme. Quelles furent les raisons de cette conversion, ou.
comme on a dit, de cette apostasie, objet d'étonnement et d'horreur pour la postérité ? Julien avait certainfement des raisons personnelles de ne pas aimer le christianisme. Il haïssait violemment Constance « le meurtrier de mon père, de mes frères, de mes cousins, le bourreau de toute notre famille » (Ad. S. P., 2;Ath. p. 281-286). Or, Constance était un chrétien zélé, grand démolisseur de temples païens et de statues des dieur. Julien haïssait plus encore les conseillers chrétiens de Constance qu'il faisait responsables des soupçons ' et des cruautés de son cousin (Lettres XXV, XXIII, XVII; Ad. S, P., 2; Ath. p. 272 à 274). On a tout lieu de croire d'ailleurs que les néoplatoniciens et les rhéteurs païens, avec qui Julien se trouva en relation dans l'Asie Mineure, cherchèrent à gagner à leur cause le jeune prince, héritier futur de la puissance impériale, en flattant son ambition et sa vanité. Ils l'entretinrent d'oracles qui annonçaient la mort prochaine de Constance et son propre avènement au trône (Libanius, Prosphonàicus et Epitaph'os, I, 409, 528, éd. Reiske ; Sozomène, Hist. EccL^ V, 2). Toutefois ce serait comprendre très mal Julien que de vouloir expliquer sa conversion uniquement ou même principalement par ces raisons personnelles. Les raisons principales doivent être cherchées dans un tout autre domaine. Ce qui le gagna au polythéisme ce fut avant tout son admiration pour l'ancienne civilisation hellénique. « Il était amoureux de la Grèce, dit Libanius, et surtout de la cité qui est comme l'œil de la Grèce, Athènes, la ville d'Athéné, la mère de Platon, de Démosthène, de la Sagesse » {Epiiaphios, I, 531). Julien lui-même a désigné par le nom d'hellénisme la cause à laquelle il a consacré sa vie. Lecteur assidu des poètes et des philosophes grecs, ami des belles formes littéraires et des dissertations dialectiques, rien ne le satisfaisait dans les écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, ni la forme littéraire qu'il trouvait barbare, ni la méthode d*un enseignemet où les affirmations sont posées sans être jamais démontrées. D'ailleurs ce n'était pas seulement la littérature et la philosophie des Grecs qu'il admirait. C'était toute leur civilisation artistique, scientifique et politique. La Palestine avait- elle produit des savants, des artistes, des généraux, des hommes d'Etat comparables à ceux de la Grèce? Pouiquoi donc ne pas rester fidèle à la lumineuse tradition hellénique ? Quand Julien fut empereur et qu'il osa parler ouvertement, il ne désigna plus les chrétiens que par le nom méprisant de GnlUrens. Il aurait même ordonné par une loi qu'on les désignât ainsi (Grégoire de Naziance, Orai.IV, 114), afin de rappeler constamment à tous ses sujets les origines obscures et basses du christianisme. — Mais, en se détachant du christianisme, Julien ne devint pas un libre penseur. Sa conversion fut religieuse en même temps que philosophique. Il devint un adhérent convaincu du polythéisme, un dévot des dieux. Ce fait qui a tant étonné n'est pourtant pas inintelligible pour qui connaît l'époque dans laquelle Julien vivait et l'école néoplatonicienne à laquelle il s'att£tcha. Les premiers siècles de l'ère chrétienne furent une époque de' rapprochement des doctrines philosophiques
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et des croyances religieuses. L'école néoplatonicienne, très favorable dès Torigine au polythéisme, s*était donné pour tâche à répoque de Julien de fondre dans une synthèse grandiose tous les systèmes philosophiques de la Grèce et toutes les religions pour opposer leurs forces réunies à Tenvahissement du christianisme. L'instrument principal de ce rapprochement de la philosophie et de la mythologie, c'était la méthode d'interprétation allégorique. On pouvait affirmer l'accord entre les doctrines philosophiques et les fables populaires du moment qu'on ne prenait pas ces fables dans leur sens littéral, mais qu'on les considérait comme des allégories inventées en vue des simples, et cachant sous leur apparence enfantine de profondes vérités. Julien accepta cette méthode d'interprétation dont lui donnaient l'exemple tous les néoplatoniciens. 11 en a plus d'une fois formulé le principe : « Plus une allégorie est incroyable et prodigieuse, plus elle semble nous engager à ne pas nous en tenir aux choses qui y sont racontées, mais à chercher le sens secret caché sous le récit... Les fables bizarres nous crient d'ellesmêmes et nous conjurent pour ainsi dire de ne pas les prendre telles quelles pour la vérité, mais de sonder ce qu'elles recèlent » (OratwWl, 217, 222; cf. OratioY, 170). C'est ainsi que Julien peut être à la fois philosophe et dévot des dieux. — Quelle fut la doctrine à la fois théologique et philosophique qu'il adopta en davenant polythéiste? Il pourrait suffire de répondre que ce fut la doctrine des néoplatoniciens du quatrième siècle, de Jamblique, par exemple. Julien ne paraît pas avoir beaucoup innové. Toutefois, comme ses écrits sont une de nos sources principales pour la connaissance de cette doctrine, esquissons rapidement ce qu'on peut appeler le système de Julien. L'univers est « un être vivant tout rempli d'âme et d'intelligence » {Orauo IV, 139). C'est se montrer stupide que le considérer seulement comme un ensemble de masses matérielles. Sa beauté, son harmonie, la sagesse que sa contemplation procure à l'âme humaine, tout cela établit sa divinité. Les éléments sont divins comme l'ensemble, les astres sont des dieux Parmi ces dieux visibles, le principal c'est le soleil. Cet astre, auquel Julien raconte avoir été consacré dès son enfance par une admiration toute particulière {Oraiio IV, 130, 131), est le centre de l'univers; les planètes dansent en chœur autour de lui; c'est à lui aussi que doit s'adresser, plus qu'à tout autre dieu visible, l'adoration. Mais l'univers visible n'est pas toute la réalité. Il n'a pas sa raison d'être en lui-même, puisqu'il est imparfait et limité. Le monde sensible est l'image et le produit de mondes îsupérieurs dont il refiète la beauté autant que la matière le permet. Deux mondes superposés s'étagent au-dessus du monde sensible, le monde intelligent d'abord, puis plus haut encore le monde intelligible. Tout être, toute beauté, tout bien provient du monde intelligible et se transmet au monde sensible par l'intermédiaire du monde intelligent. L'ordonnance de ces mondes supérieurs est analogue à celle du monde sensible. Dans chacun d'eux il y a aussi un principe central, un soleil autour duquel sont groupés comme des
planètes les prineipes subordonnés, les àxeux intelligibles et les dieux intelligents. Le principe central du aooade intelli^nt occupe, dans la pensée de Julien, uae place émioefite. C'est à ce pmcipe médiarteur qu'il donne le nom de Roi-Soleil. Il lui vo*e um culte tout particulièrement enthousiaste (voir YOratio IV, In solem). Les principes supérieurs descendent dans la matière pour Fanimer et la former, et puis ils remontent dans leurs régions transcendantes. C'est le procès universel et éternel. Les âmes aussi viennent du monde absolu et y retournent. Julien croit retrouver cette doctrine idéaliste dans les mythes grecs. Il a consacré àCybèle la Grande Mère, un discours dans lequel il montre longuement que le mythe de Gybèle et d'Attis symbolise la descente dans la matière et le retour des principes divins (ÔratioV), — Ces doctrines que Julien n'a sans doute exposées que plus tard dans ses écrits, mais dont il dut emprunter tous les traits essentiels aux néoplatoniciens dès l'époque de sa conversion, feront comprendre l'importance qu il a donnée aux cérémonies du culte. De même que pour le bien universel, Dieu dans la production du monde s'enveloppe de matière et se manifeste pour ainsi dire d'une manière symbolique, de même les cérémonies, les rites, les purifications, les témoignages extérieurs de respect et d'amour pour les dieux, tous ces symboles matériels sont utiles et font avancer les âmes dans la possession du monde divin. « Nous avons un corps, il faut donc quelque chose de corporel dans le culte que nous rendons aux dieux » (Fragmentum^ p. 293). La théorie vient ainsi confirmer le goût personnel et très vif de Julien pour les cérémonies symboliques et surtout pour les mystères. En 354, sous l'influence des néoplatoniciens d'Asie Mineure, tout spécialement;,du rhéteur Libaniuset duthéurge Maxime d'Ephèse, Julien était converti au polythéisme. Mais cette conversion resta secrète. Pendant des années il dissimula prudemment ses nouvelles convictions et se conduisit en public comme s'il fût resté chrétien. Il quitta l'Asie Mineure en 354.* Le soupçonneux Constance le manda deux fois à sa cour, dans le nord de lllalie; une première fois il y vint comme prisonnier. Une seconde fois (355) Constance, sous l'influence de sa femme Eusebia, se décide à l'associer à l'empire avec le titre de César. Entre ces deux voyages Julien fit un nouveau séjour en Asie Mineure et un autre séjour, bien court à son gré, à Athènes. — Constance avait à peine donné à son cousin le titre de César qu'il l'envoya en Gaule en lui imposant la mission de çombottre les Germains. Julien, qui n'avait point brigué cet honneur et qui n'aimait pas le métier des armes, s'acquitta de ses devoirs de général avec une rare distinction. Ses six campagnes contre les Germains (356 à 361) sont au nombre des plus brillantes qu'aient faites les armées de l'empire. Ce n'est pas ici le lieu de les raconter avec détail. Citons seulement la grande victoire d'Argontoratum (Strasboui^) en 357. La popularité du jeune César auprès de ses troupes devint si grande qu'en 360, à Paris, elles lui proposèrent, lui imposèrent presque le titre d'Auguste qu'il accepta. Constance devait considérer cet acte comme une usurpation et la guerre de^^it s'en suivre. En
361 Julien et son armée se mirent en marche contre Constance et se dirigèrent vers FOrient par la vallée du Danube. C'est alors que Julien rompit ouvertenïent avec le christianisme et se mit à pratiquer publiquement le culte des dieux. Constance, qui rerenait en hâte d'une «xcursion contre tes Perses, mourut au mois de novembre 361 en Cilicie. Julien demeura seul empereur. — Son règne, qui ne dura qu'un an et demi, fut consacré presque entièrement à une entreprise, la restauration de la civilisation et de la religion helléniques. Julien mit à la poursuite de ce but chimérique toute l'activité d'une âme naturellement exaltée et fiévreuse. Les moyens qu'il employa furent -divers. L'exemple d'abord. Il s'entoura de rhéteurs, de sophistes et de théupges, amoureux comme lui de l'hellénisme. Il fit de la cour un foyer de philosophie* et de piété polythéiste, vivant avec ses amis selon les principes les plus anstères de la morale philosophique et participant assidûment au culte des dieux. Il parcourut plusieurs provinces, visitant les sanctuaires les plus vénérés, composant des -discours à l'honneur des dieux, recommandant dans des harangues au sénat et aux peuples la religion nationale. « Il transforma son palais en temple, son jardiù en sanctuaire... Il ne sert pas les dieux par des mains étrangères... 11 y met lui-même [la main, il court autour de l'autel, il apporte le bois, il brandit le couteau, il ouvre le -corps des oiseaux et en interroge bs entrailles. Tous ceux dont ont parlé les poètes, pères et enfants, dieux et déesses, supérieurs et subordonnés, il fait des libations à tous, il remplit d'agneaux et de bœui^ les autels de tous (Libanius, Paneg. et Ep't., 394, 395, 509). Après l'exemple, les tentatives d • persuasion. Il adressait à ses sujets chrétiens des écrits dans lesquels il cherchait à les convaincre de la fausseté de leur doctrine. — Après les tentatives de persuasion les privilèges en faveur des chrétiens qui se convertissaient et des païens qui montraient du zèle pour les dieux. Pour ceux qui s'obstinaient ■dans le- christianisme Téloignement des charges publiques et les sarcasmes. Julien avait d'ailleurs l'intention arrêtée de ne pas employer contre les chrétiens la persécution proprement dite. Il rompit le lien par leq\iel ses prédécesseurs avaient rattaché l'Eglise chrétienne à l'Etat, et lui retira tout appui officiel; il rappela l'édit d'exil lancé par les empereurs ariens contre les évêques athanasiens. Mais il se proposait de laisser aux chrétiens la liberté. L'acte le plus illibéral des commencements de son règne fut l'édit interdisant aux chrétiens l'enseignement des lettres grecques. Cependant les progrès de J'hellénîsme étaient lents. Les chrétiens ne se convertissaient pas en nombre suffisant, et les païens se montraient froids. Pendant le séjour -qu'il fit à Antioche de 362 à 363, Julien rencontra, de la part d'une population en majorité chrétienne, et que mécontentait d'ailleurs raustérité d'un empereur malpropre et barbu, une résistance qui raigrit. Il ne se contenta pas de répondre par un écrit satirique (te Mi^Of/ognn, le haïsseur de la barbe). Ses mesures contre le christianisme prennent à cette époque un caractère plus vexatorre. C'est alors qu'il écrit aux chrétiens de Bostra pour les soulever contre leur
évoque Titus. C'est alors qu'il bannit d'Egypte le patriarche Athanase, « cet impur qui a osé, sous mon règne, baptiser des femmes grecques de distinction » (Lettre VI). Pendant ce temps en plus d'un lieu les populations païennes, comptant sur l'indulgence et peut-être la sympathie du monarque, se soulevaient contre les chrétiens. Des actes de violence furent commis à Alexandrie et à Gaza, par exemple. Julien eut le tort de ne pas en punir les auteurs. On serait toutefois injuste envers lui si on le mettait au nombre des princes persécuteurs. Il s'est montré, pendant un règne il est vrai fort court, très tolérant pour son époque. Pour faire triompher l'hellénisme le moyen principal était à ses yeux de le purifier, de relever la valeur intellectuelle et morale du clergé, d'emprunter enfin au christianisme quelquesuns des éléments qui l'avaient rendu populaire. Les lettres de Julien à des prêtres païens contiennent des recommandations morales pressantes. Il enjoint aux supérieurs hiérarchiques de déposer les prêtres indignes. Il voulait organiser une bienfaisance officielle sous la direction du clergé, fonder des institutions de charité et introduire dans le culte païen des discours comme ceux du culte chrétien (Lettres XLIX, LXII; Fruomeiiium; Greg. de Naziance, Invectiva priov). Au commencement de 363 Julien partit d'Antioche à la tête d'une armée pour combattre les Perses. Mais la guerre ne lui faisait pas oublier son œuvre religieuse. C'est au milieu des camps qu'il composa les trois livres contre les Evangiles dont Cyrille d'Alexandrie, qui les a réfutés, nous a conservé des fragments considérables. Ces livres sont inspirés par une haine violente. Jamais on n'a parlé des Evangiles et du Christ avec un mépris plus insolent. Le dépit, la rage aveuglent Julien et l'empêchent de reconnaître même la grandeur morale du crucifié. Il vaut la peine toutefois de chercher à résumer les objections que Julien fait au christianisme. On peut, je pense, les ramener à trois groupes : J** Le monothéisme de l'Ancien Testament n'a aucune valeur philosophique. Moïse ne fournit aucune explication de l'origine du monde. Il se contente de dire : Dieu dit et la chose fut, ce qui n'explique rien. L'explication se trouve dans l'hellénisme qui enseigne comment l'univers visible procède du Dieu universel par* l'intermédiaire des dieux subordonnés. Parmi ces dieux subordonnés il en est qui ont été préposés à la direction des nations. Le dieu des Hébreux est un d'entre eux. Mais il serait absurde de crpire que ce peuple obscur et vil ait reçu seul une révélation divine. Dieu se révèle à tous. 11 s'est révélé surtout aux Grecs. 2° Le dieu suprême ayant établi de tout temps des différences entre les nations et les ayant soumises à des dieux subordonnés différents, le culte juif est légitime. Il a droit au respect. Julien a voulu relever le temple de Jérusalem. Quant aux Galiléens qui ont abandonné leur culte national, les rites, les sacrifices, ils sont violateurs de l'ordre éternel et divin des choèes. Ce ne sont que d'impies et misérables révoltés. Les hellènes qui ont passé au galiléisme sont également coupables. Julien est surtout violent contre Paul, l'apôtre des Gentils. 3* Parmi les innovations criminelles des chrétiens, la plus odieuse, c'est l'adoration