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qine belle campagne sur les bords du lac de Zurich. Le poète y reçut l'accueil le plus enthousiaste et ne se déroba qu'avec peine à Tenivrement des ovations sans fin dont il était l'objet, pour suivre Tappel que lut adressa le roi de Danemark Frédéric V, qui offrit au poète une pension de quatre cents thai^rs, afin de lui procurer les loisirs nécessaires & l'achèvement de la Meêsiade. Klopstock vécut choyé et admiré à la «onr de Copenhague, épousa Marguerite Mceller, plus connue sous le nom de Meta, une jeune fille très lettrée dont il avait fait la connaissance à Hambourg, mais qu'il *eut la douleur de perdre après quatre ans de bonheur sans nuage. Attiré vers les consolations de la religion, le poète composa, dans les années qui suivirent ce deuil, ses principaux cantiques et ses odes religieuses dont il disait avec raison que c'était l'œuvre la plus difficile à accomplir, puisqu'il fallait qu'elle fût à la fois digne de Dieu et comprise de tous les lecteurs indistinctement, y compris J^s hommes du peuple. A la mort de Frédéric V, Klopstock quitta le Danemark pour aller s'établir à Hambourg. Il y mourut en 1809, après avoir achevé la Messiade et publié un recueil complet de ses poésies Isrriques. — Rien n'égale l'enthousiasme avec lequel les contemporains <le Klopstock accueillirent ses œuvres. On le comblait d^ louanges; on l'assimilait aux ^poires et aux prophètes ; on l'appelait Finstrument choisi de Dieu pour rapprocher les hommes du ciel. Et, en effet, Fun des premiers, Klopstock releva la littérature allemande de son abaissement et du mépris dans lequel elle était tombée; il affranchit la poésie de l'imitation servile des modèles français et anglais, donna à la langue allemande la force et la richesse, aux vers la dignité et la correction qui leur manquaient. L'un des premiers aussi, il a réveillé le sentiment patriotique allemand, unissant un amour profond pour la liberté, pour la nature, pour tout ce qui est noble et élevé, qui forme le trait distinctif du caractère germanique, à une admiration raisonnée pour Fantiquité classique. Mais à ces deux éléments de génie poétique de Klopstock vint s^en joindre un troisième, pour les fondre ensemble et les épurer, l'élément chrétien, le sentiment religieux. Klopstock sent que la foi a faibli chez un grand nombre, qu'une partie des hommes de sa génération est près de l'abjurer. Il accourt pour prévenir un divorce fatal, pour réconcilier son siècle avec la religion, il la lui présente dans la pure lumière de la poésie. — Si Klopstock est, sans contredît, Fun des plus grands poètes religieux de FAllemagne, il est juste d'ajouter qu'il partage les défauts do sa nation. Son sentiment, son imagination, Femportent loin du monde réel, loin de lui-même ; il ne se possède plus, il ne se guide plus: trop souvent son enthousiasme tourne en pathos. A force de lutter pour faire exprimer à la langue Finexprimable, pour décrire Findescriptible, pour saisir l'insaisissable, il devient obscur et enflé ; à force d'accumuler les images, il devient prolixe et redondant: ce ne sont plus qu'orages, tonnerres, éclairs, rayons, avalanches, cata* ractes de rochers et de larmes* Oui, Klopstock est le chantre du cœur humain aspirant après l'idéal, mais il se perd souvent dans le
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vague ; il habite la région des brouillards et des nuages. Il n'a pas le sens de l'individuel. L'art de la plastique lui est étranger. Sa poésie est toute musicale : ce ne sont qu'accords, harmonies, sonates. — Ces remarques s'appliquent tout particulièrement à la MessiadCy ce chef-d'œuvre inspiré par le Paradis perdu de Milton et par le Messie de HaBudel, qui est le fruit de vingt-cinq ans de travail a plus loué que lu », et qui eut, du vivant de son auteur, plusieurs éditions et des traductions en latin, en anglais, en français, en italien, en hollandais et en suédois. La Messiade est assez improprement appelée une épopée, car l'élément principal qui constitue l'épopée manque absolument : l'action. Nous l'appellerions plutôt une hymne épique. Les causes de son succès tiennent moins au mérite de l'œuvre que dans l'à-propos de son apparition. A la clôture d'un siècle d'orthodoxie sèche et au seuil d'un siècle incrédule, elle présente une sorte de transfiguration poétique du dogme luthérien du dix-septième siècle, un acheminement vers le christianisme humanitaire du dix-huitième, un symbole grandiose de l'esprit de tolérance, de réconciliation, d'amour, qui est à la base du christianisme, une expression vivante du sentiment religieux tel qu'il s'est manifesté, malgré d'inévitables intermittences, en Allemagne, à travers tous les âges, une amplification poétique du dogme de la grâce et de la miséricorde divines. Le sujet de la Messiade est le plus grand, le plus beau qu'un poète puisse trouver, car il embrasse l'acte le plus éclatant de l'amour divin, la rédemption de l'humanité par le Fils de Dieu qui se sacrifie lui-môme pour elle, glorifiant et sacrifiant ainsi la douleur. Klopstock a compris tout ce qu'il y a de saisissant, de tragique, dans ce sacrifice de l'Homme-Dieu mourant pour les péchés de l'homme. Son cœur tressaille, palpite, s'humilie, s'abîme devant la grandeur de ce sacrifice, et ses lèvres débordent en chants d'actions de grâces et en hymnes de louanges. Mais c'est par la perfection et par la suavité des détails, plus que par l'efl^et de l'ensemble, que brille la Messiade^ sans réussir à racheter les défauts qui sont peutêtre plus sensibles encore que les qualités. L'absence de l'action cause un ennui que l'on cherche vainement à surmonter. On se fatigue de ces discours et de ces chants qui se succèdent en une série ininterrompue ; on se lasse de cette succession de dialogues amoureux et de monologues extatiques, de ces alléluia et de ces imprécations entremêlés d'élégies et d'idylles. Ce sont mille et mille variations sur le môme sujet, de sorte que la monotonie devient inévitable. S'il n'y a point d*action dans la Messiade^ il n'y a pas non plus de portrsfits. Ni le lieu de la scène, ni les acteurs ne sont peints en couleurs distinctes. Ce ne sont pas là des êtres vivants, mais des pensées, des sentiments personnifiés. Soit que le poète nous transporte dans le ciel, soit qu'il nous mène en enfer, soit même qu'il se borne à nous conduire dans quelque vallon ou sur quelque cime de la Palestine, tous les contours s'efl*acent et s'évanouissent. La figure du Christ elle-même manque de fermeté et de précision : le poète est resté à mille lieues du divin original que nous ont transmis les évangiles.
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Veut-il peindre sa puissance, son autorité, Klopstock tombe dans Temphase, dans la déclamation pure ; il lui prête une fausse majesté. Veut-il décrire sa tendresse, sa condescendance, il lui donne une sorte de douceur fade et amollissante. Il a évidemment cherché à mettre en relief la nature humaine du Christ, négligée par Torthodoxie, mais sans y réussir. Les portraits des disciples du Sauveur ne sont pas plus heureux, et le mélange des personnages historiques avec les personnages fictifs achève de produire un effet bizarre. Les pharisiens ne sont pas ces questionneurs rusés, insinuants, corrects, tels que les Evangiles nous les dépeignent, mais plutôt des fanfarons du crime, des scélérats consommés, des démons sous forme humaine. Les partisans de Jésus, tels que Nicodème, Joseph d'Arimathie et d'autres sont déjà des chrétiens très décidés, voire même des martyrs. La femme de Pilate, Portia, parle de Jésus comme si elle avait vécu au dix-huitième siècle ; Pilate, lui-même, est le type du libre penseur. L'action manque si complètement que là même où elle s'imposait à l'auteur, il semble la fuir. Ainsi, la trahison de Judas est racontée en quelques vers ; le reniement de Pierre se passe tout à l'arrière-plan ; le récit de la crucifixion se traîne péniblement, et nous oublions ce qui se passe au milieu du chant des armées célestes qui entourent la croix. Nous n'apprenons pas à connaître les diff'érents personnages par leurs actions, mais par leurs discours, quelquefois même par ceux de leurs anges gardiens seulement. Si l'on enlevait les discours de la Messiade^ il resterait à peine un vingtième de ce poème. Relevons encore un trait caractéristique. Tandis que pour tout ce qui concerne la personne du Christ et son sacrifice expiatoire, le poète s'en tient aux idées traditionnelles, l'esprit moderne fait invasion par l'eschatologie et pénètre à travers les étroites barrières entre lesquelles le dogme de l'Eglise avait enfermé la vie future. Ainsi, les bienheureux s'élèvent d'étoiles en étoiles, c'est-à-dire de degrés en degrés ; de nobles âmes qui ont persévéré dans le doute reçoivent leur pardon ; il n'est pas jusqu'à un petit chien qui, grâce à la tendre sollicitude de Klopstock, ne reçoive l'immortalité, tandis que le châtiment, conformément aux principes de ce siècle de la tolérance, frappe surtout les hypocrites, les persécuteurs, les méchants rois et les conquérants. — Nous regardons les Odes de Klopstock comme la plus achevée de ses œuvres et, parmi les Odes^ celles qui ont un caractère religieux. Nous ne voudrions pourtant pas, comme on l'a fait, les comparer aux Psaumes. Elles manquent de vigueur et de simplicité ; l'abus du raisonnemsnt et de la déclamation les rendent impropres à servir à l'édification du peuple chrétien dans le culte public; mais l'on ne saurait y méconnaître le souffle d'une piété délicate et profonde. L'infinie distance qui nous sépare de Dieu et nous pénètre pour lui d'un saint respect est exprimée dans des vers d'une admirable grandeur. On n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, les odes intitulées : A Dieu, Au Sauveur^ A celui qui est présent partout. Ailleurs, c'est l'aspiration vers la vie éternelle, la soif d'être affranchi des liens terrestres, des imperfections, des barrières qui