KRAUSE — KRUDENER
patriotisme le plus noble témoignage. — Sources : Hermann Spîoth,. Matériaux protestants, nwrceaux choisis et biographie, Berlin, 1873.
E. Strgeuux.
KRDDENER (Barbe-Juliane de Wietinghoff , baronne de), célèbre mystique du commencement de ce siècle. Née à Riga en 1764, fille d'un conseiller d'Etat russe, élevée à Paris au sein d'une société brillante, distinguée par son esprit et par sa beauté, elle fut mariée dès l'âge de quatorze ans au baron deKriidener, ambassadeur de Russie à Berlin, qui avait vingt-deux ans de plus qu'elle. Disciple de J.-J. Rousseau, celui-ci dirigea l'éducation de sa femme selon les théories de l'auteur de laA'oi/rc//c//eZoae, développant ses penchants romanesques, ce qui ne lui réussif que trop. Elle l'accompagna à Venise et à Copenhague, « obsédée d'une vague et profonde inquiétude pour l'idéal de tendresse qu'elle poursuivait », et qui s'était incarné dans la personne d'un jeune secrétaire d'ambassade, dont elle avait fait la connaissance en Pologne. M"'*' de Kriidener, depuis \V.)2, vécut î\ Paris, séparée de son mari, cherchant à s'étourdir dans le tourbillon du monde. En relation <ivec Chateaubriand, M"** de Staël. Bernardin de Saint-Pierre, universellement choyée et fêtée dans les salons du Consulat dont elle était l'un des plus brillants ornements, elle publia en 1803 son roman Valérie, qui est une sorte d'autobiographie poétique où l'auteur raconte l'histoire de ses sentiments avec un mélange d'affectation et de sincérité qui exclut le rapprochement avec Werther auquel Valéne a été souvent comparée. La mort subite d'un de ses adorateurs (1805) amena la conversion de M"" de Kriidener, mais sa piété eut le môme caractère de sentimentaUsme et d'exaltation qui était le trait fondamental de sa nature. Expansive, exubérante, avide de merveilleux et de chimères, elle rechercha Jung-StilUng à Carlsruhe (1808), Oberlin au Ban de la Roche, les frères moraves à Herrenhut, les inspirés dans le Wurtemberg. Croyant avoir reçu de Dieu la mission de régénérer la société chrétienne, elle parcourut l'Allemagne, l'Alsace et laSuisse, prêchant en plein air, visitant les prisonniers, répandant d'abondantes aumônes et cherchant à allumer dans les âmes « l'amour parfait et pur de Jésus, » tel qu'il lui était apparu dans les écrits quiétistes de M"** de Guyon. De concert avec Empaytaz, le chef des « môraiers »^ M"® de Kriidener présida au réveil religieux de Genève. En 181i, elle eut de fréquentes relations avec les princes alliés qui venaient d'entrer dans Paris; elle exerça surtout un grand ascendant sur l'empereur Alexandre dont Hmagination romanesque et inquiète était facile à séduire, et lui prédit, assure-t-on, le retour de Napoléon de Tîle d'Elbe suivi de sa chute définitive. Elle eut indirectement une grande part dans la formation de la sainte alliance : l'épithète saifite parait en tous les cas provenir d'elle. Après la conclusion d e la paix, M"® de Kriidenerretourna en Allemagne et en Suisse pour y recomm encer son .apostolat, pendant les terribles années de famine de 1816 et de 1817. Abandonnée des grands, qui redoutaient l'influence de ses théopies sociales, traquée et expulsée par la police, mais avidement recherchée par les malheureux qu'elle nourrissait de sa parole et de sa bourse.
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inépuisables Tune et Tautre, elle prêchait avec un enthousiasme que rien ne lassait Tavènement du règne de Dieu sur les débris des Eglises existantes, se vantait de posséder le don des miracles et de la prophétie et désarmait par les prodiges de son dévouement à toutes les nobles causes de l'humanité, ceux mêmes qu'exaspérait «l'ardeur de personnalité » dont sa contersion à l'Evangile n'avait pu la guérir. En 1824, M"*' de Kriidener se rendit à Saint-Pétersbourg, se livrant à une propagande active en faveur de la délivrance des Grecs. Elle ne retrouva plus les faveurs du czar, qui la pria poliment d« quitter la capitale. Elle se retira en Grimée, afin d'y fonder une maison de refuge pour les pécheurs et les criminels; elle y mourut la même année. — Voyez Ch. Eynard, Vie de M""^ de AT., Paris, 1849, 2 vol.; . Sternberg, Leben der Frau von K,, Leipz., 1856; Sainte-Beuve, Portraits de femmes eiDerniers portraits; deGoliz^Genève relîgieuse;/i.Bosi, Mémoires j I; P. Lacroix, M"^* de K., ses lettres et ses ouvrages inédits, dans la Revue contemporaine du 15 septembre 1859.
KRDG(Guillaume-Traugott), né en 1770 àRadis, près deWittemberg, eut en 1805 l'honneur de succéder à Kant dans sa chaire de Kœnigsberg, puis enseigna la philosophie à Leipzig jusqu'à sa mort (1842). Son système, qu'il appelait synthétismetranscendental, ramenait le criticismedeKantaux notions habituelles du sens commun ; mais il rachetait le manque de profondeur par une grande richesse d'aperçus intéressants. Ecrivain d'une fécondité extraordinaire, il intervenait dans tous les débats philosophiques, religieux, politiques ou sociaux, par des brochures ou des volumes qui exprimaient, dans un style limpide, les sentiments de sa nature honnête et libérale. Ses principaux écrits furent : Briefe ûber die Perfectibilitxt der geoffenbarten Religion, 1795; Philosopha Gutachten ûber Rationalismus u Supranat., 1827 ; i*^anrfamental Philosophie, 1803, 3« éd., 1827; Allgemeines Ilandwôrterbuch der philos. Wissenschaften, 5 vol., 2^ éd., 1832; Meine Lebensreise von Urceus, 1825; c'est une autobiographie.
KRDMMACHKR (Frédéric-Adolphe), né à Tecklembourg, en Westphalie,en 1767, mort à Brome en 1845, célèbre comme savant, comme poète et comme prédicateur. Il fit ses études théologiques sous Knapp à Halle, exerça les fonctions de précepteur dans la famille du sénateur Meyer de Brome, celles de recteur des gymnases de Hamm et de Mœrs, et fut nommé en 1800 professeur à la faculté de théologie de Duisbourg. C'est là qu'il publia, en 1801, le premier volume de ses poésies sous le titre de Hymne à l'amour, et, en 1805, ses Paraboles, sa production la plus célèbre, qui eurent huit éditions (la dernière en 1848) et furent traduites dans plusieurs langues (trad. franc, de l'abbé Bautain, 1821 et 1860, et de M. Taillac, 1838). Son ouvrage De Vesprit et de la forme des Evangiles, Leipz., 1805, le fit connaître en même temps comme théologien. En 1806, Krummacher échangea sa chaire de professeur contre celle de pasteur à Kettwig, sur les bords riants de la Ruhr. Plusieurs de ses meilleurs écrits poétiques, si populaires en Allemagne {Die Kinderwelt, 1809; Das Fesibûchlein,eine Schrift fûr's Yolk; Der Sonntag.lWd; 5" éd., 1828; Dos ChristfestyiSiO; 4* éd.,
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1846; Dus NeujaJirsfest, 1818; 2* éd., 1833; Apologen t/. Paramythien, 1809; DerBibelkatechismus, iSiO;\i2^éd., 1843) datent de cette époque. En 1812, Krummacher fui nommé surintendant général et prédicateur de la cour du duc d'Anhalt à Bernbourg, où il publia de nouveaux ouvrages littéraires, parmi lesquels nous relèverons surtout une étude sur Lé. oie popuiiire càrétienne dans ses rapports avec VEglise (1823; 2« éd., 1825), et une traduction de Vlnstitution de Calvin (Elberf., 1822). Egalement éloigné du mysticisme et du rationalisme, Krummacher s'appliquait à répandre TEvangile dans sa divine simplicité par sa parole et par ses écrits animés d'une chaleur bienfaisante et d'un souffle à la fois religieux et poétique. En 1824, il accepta la place de premier pasteur de Téglise Saint-Anschaire à Brome et exerça dans cette ville, par sa prédication éloquente et sa cured'âpfies,rinfluence la plus heureuse pendant un espace de vingt ans. Les écrits de Krummacher, surtout ceux qu'il adressa au peuple et à l'enfance, jouissent encore aujourd'hui d'une juste renommée en Allemagne. Peu d'auteurs ont su rendre d'une manière plus aimable et plus attrayante le rapport du christianisme et de la nature. — Voyez Moller, F. À. Krummacher u, seine Freunde, Briefeu, Lebensnachrichlefiy Brème, 1849, 2 vol. — Son fils, Frédéric-Guillaume Krummacher, prédicateur de la cour à Potsdam et l'une des notabilités du parti piétiste prussien, conseiller du roi Frédéric-Guillaume IV dont il flattait les goûts romantiques et les penchants absolutistes, publia un grand nombre d'ouvrages d'édification débordant d'effusions lyriques dans un style très imagé. Parmi eux, nous relevons : Elie le Thesbiie, Elberf., 1851, 3 vol. ; Elisée, 1844, 3 vol. ; Enseignements ecclésiastiques y 1846, 2 vol. ; La cloche du sabbat^ Berlin, 1851, 2 vol.
KRUMMACHER (Godefroy-Daniel), frère du précédent, né à Tecklembourg en 1774, mort à Elberfeld en 1837, exerça les fonctions de pasteur de l'Eglise réformée d'Elberfeld et devint le chef du mouvement piétiste qui se produisit dans cette contrée vers 1818. Ses sermons se distinguent par une grande puissance de convictions, par la richesse des expériences chrétiennes et par une exégèse biblique très arbitraire. Professant la doctrine de la prédestination calviniste sous sa forme la plus rigoureuse et enclin aux extravagances les plus regrettables de l'esprit sectaire, Krummacher se montra adversaire décidé de l'Union et de l'agende introduite en Prusse par les ordres du roi Frédéric-Guillaume III. On a de lui une série de recueils de sermons sous des titres divers : Le passage des Israélites à travers le désert, Elberf., 1834; 3* éd., 1850-51; Sermons sur la réformation, 1817; La lutte et la victoire de Jacob, 1829; Sermonnaire domestique, 1835; Manne quotidienne, 1834; 4* éd., 1851, etc., etc. — La vie de G.-D. Krummacher a été écrite par son neveu, en tête de La bonne nou^ velle, Elberf., 1838.
KUHNŒL (Christian), théologien et philologue distingué, né à Leipzig en 1768, mort à Giessen en 1841, professa à l'université de cette dernière ville la poésie et l'éloquence classiques, ainsi que
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Texégèse de TAncien et du Nouveau Testament. Bien qu'appartenant à récole rationaliste, Kûhnœl, dans ses commentaires, s'attache surtout au sens littéral et s'interdit les hypothèses hasardées. Nous citerons parmi ses ouvrages théologiques : 1* Prophéties messianiques, Leipz., 1792; 2' Hosex oracula hebr, et lat. perpétua annotcuione illustrata, 1792; 3° Observaliones ad Novum Testamenlum, ex libris a/wcryphis Vetcris Teslamenti, 1794; 4° Pericopx evangelicœ, 1796, 2 vol.; ^^ Les Psaumes traduits en vers et accompagnés de remarques, 1799; 6® Commmtarius in libros Novi Testamenli historicos, 1807-18, 4 vol. ; 4* éd., 1837; 7° Commentnrius in epistolam ad Hebrœos, 1831; 8° une revue exégético-théologique publiée de 1794 à 1798 sous le titre de Commentationes theologicte.
KURSCHNER. Voyez Pellican.
KDTHÉENS. Voyez Samarie.
KYRIE ELEISON, prière de supplication empruntée à Ps. LI, 2; Ps. CXXIII, 3; Matth. IX, 27; XV, 22; XX, 30; Marc X, 47, etc., etc. L'usage de cette prière liturgique dans l'Eglise d'Orient est très ancien. Les f oiistitutions aposioUques (VIII, 6) ordonnent qu'après chaque demande de la litanie récitée par le diacre, les laïques, et surtout les enfants, répondent par les mots de xupie IXéYiarov. Encore aujourd'hui, ces mots sont chantés dans les églises orientales par le chœur en grec et répétées un nombre infini de fois par les laïques dans leur langue nationale. On ignore l'époque à laquelle ce répons fut introduit dans l'Eglise d'Occident; le concile de Bazas, tenu en 529, montre qu'il était déjà connu en Italie d'où il fut reçu en France. On y ajouta les mots de Christe eleisoji. Le Kyrie eleison, dans l'Eglise catholique, se dit neuf fois à la messe, après l'Introït, en l'honneur des trois personnes de la trinité. Selon le rit ambrosien, on dit trois fois le Kyrie eleison après le Gloria in excelsis, trois fois après l'Evangile et trois fois après la communion. Le pape Sergius, dans son testament (910), ordonna que cent Kyrie et cent Christe eleison fussent chantés chaque jour pour le repos de son âme dans l'église à laquelle il légua ses biens. Le peuple, pendant la durée des pèlerinages, chantait également cent Kyrie, cent Christe, puis de nouveau cent Kyrie, A partir du douzième siècle et surtout vers la fin du moyen âge, nous trouvons des agrandissements du Kyrie dans le chant populaire des divers pays, et surtout en Allemagne, où les fidèles ne pouvaient se contenter de ce monotone répons, mais demandèrent à exprimer leurs sentiments religieux dans des paroles plus variées. Plusieurs des plus beaux chants d'église, soit en latin, soit en allemand, sont nés de cette coutume (de là aussi l'expression de Leisen qui, primitivement, dési* gnait le seul refrain de ces chants et bientôt fut étendu aux chants eux-mêmes). Luther, et, d'après son exemple, la plupart des Eglises luthériennes, ont conservé l'usage du Kyrie eleison, chanté par trois fois, après la confession des péchés. L'Eglise réformée Ta sagement aboli, parce qu'il risque de devenir, comme toutes les formes liturgiques stéréotypées, un opus operatum, une formule répétée machinalement et vide de sens. Ce cri spontané de la détresse de l'âme,