‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 12 sur 170 · ISIDORE DE SEVILLE — ISLANDE · texte numérisé non relu

ISIDORE DE SEVILLE — ISLANDE

scrupuleuse et parfois même servile (voyez la liste des auteurs consultés par Isidore dans son livre des Ëtymologies , hidoriana , pars II, cap. lui, Migne, vol. LXXXI, 337 ss.). IL ne domine pas son sujet, et n'arrive pas à grouper les divers éléments de son prodigieux savoir d'après les règles d'une logique vigoureuse et serrée. L'esprit systématique lui fait défaut. Son style, quelquefois lourd et embarrassé, manque d'énergie et de saveur et n'a rien de personnel. Maisl'Eglise vénère avec raison en lui l'un de ses plus grands docteurs, car c'est à sa source que se sont inspirées les générations qui vinrent après lui, c'est grâce à ses efforts que l'Eglise d'Espagne a inauguré au septième siècle une ère de prospérité qui a duré jusqu'à l'invasion des Arabes; et pendant tout le cours du moyen âge, c'est dans ses ouvrages que la jeunesse studieuse a appris à connaître les sciences de l'antiquité et l'histoire du passé. Aujourd'hui encore, ceux qui veulent se rendre compte de l'état des esprits et des connaissanceshumaines aux cinquième, sixième et septième siècles de notre ère,, n'ont pas de meilleur guide que les œuvres de l'illustre évoque de Séville. — On connaît quatre éditions de ses œuvres : 1° Celle de- MargdelaBigne, Paris, 1580, in-f»; 2*cellede J.-B. Ferez et J. Grial, Matriti, 1599, in-f», et 4778, 2 vol. ; 3° celle de Jacob. duBreul, Par., 1601, in-f", et Colon., 1617, in-f^; enfin 4° celle de F. Arevalo, reproduite par J.-P. Migne. Eue. Sterx.

ISLAMISME. Voyez Mahomèiume.

ISLANDE (Le christianisme en). L'Islande, aussi remarquable par la douceur relative de son climat et la beauté de sa verdure que par ses geysers et ses volcans, paraît ôtre, au témoignage de M. Vivien de Saint-Martin et de quelques géographes éminents, cette Ultima Thulé dont parle le voyageur grec Pythéas. Si l'on en croit le traité de géographie de Dicuil, moine irlandais, qui vivait vers 825 (voir Letronne. Recherches géographiques el critiques sur le traité: Deviènsura orbis, Paris, 1814, in-8*), des moinesculdéens firent vers 750 un séjour assez prolongé dans cette île lointaine, y laissèrent des livres de prières et des vivres et en tracèrent des peintures lamentables, commentées et grossies par toute la tradition du moyen âge. Et pourtant, si le ciel était sombre et triste, dix jours de navigation séparaient seuls l'Islande de la Norvège avec deux haltes aux îles Shetland et Ferœ. En tous cas cette première apparition du christianisme ne laissa que fort peu de traces et ce ne fut que plus d'un siècle après^ que l'Islande fut définitivement connue et rattachée au monde occidental. Ce fut en 860 que le Northmann Radd-Odd fit le tour de l'Islande, dont il reconnut le caractère insulaire et à laquelle il donnale nom de Sneeland. ou pays de la neige, qui fut remplacé un siècle après par son nom actuel. Vers la fin du neuvième siècle l'établissement du pouvoir absolu en Norvège, par Harald Harfager, chassa du* pays de nombreux mécontents et des proscrits, qui fondèrent en Islande une république aristocratique et encore païenne. Cette colonie, dont on a retrouvé les traces jusqu'au soixante-treizième degré de latitude, découvrit le Grœnland, le Labrador et l'Amérique»,

qu'elle appela Yinland (ou pays de la vigne), quatre siècles avant Christophe Colomb par l'expédition de Bijorn en lOOi. Les légendes et les Sagas du cycle mythologique Scandinave jouèrent un grand rôle dans la vie intellectuelle et nationale de Tlslande, dont FEdda était comme la Bible. Les scaldes ou chantres nationaux en conservaient précieusement le souvenir, et cet ensemble de faits, joint à Tesprit d'indépendance, à Tisolement et à Torigine de ces populations mélangées, nous explique la résistance acharnée qu'elles opposèrent pendant longtemps à toutes les tentatives de prosélytisme venues du.dehors. Ce fut un évoque allemand, Frédéric, qui annonça le premier l'Evangile en Islande. Il avait converti l'Islandais Thirwald, qu'il avait appris à connaître sur les côtes de la Baltique, et il se rendit avec lui en Islande en 981, mais ne put parvenir à détacher du paganisme son père, Codran, qui plaçait toute sa confiance dans la pierre sacrée de Thor, aérolithe tombé près de sa demeure. Ce fut en vain que, sur la prière de l'évoque, la pierre se fendit en deux, en vain que deux sorciers, qui avaient voulu subir Tépreuve du feu, périrent victimes de leur fanatisme ; les scaldes conservèrent leur ascendant et le peuple, furieux de l'atteinte portée à ses antiques superstitions nationales, mit en 984 le feu à la première église chrétienne construite dans l'île. Nous ne devons pourtant pas considérer les efforts de Frédéric comme entièrement stériles et nous voyons le chef Thorkil, converti par lui, offrir sa maison comme le lieu de cuite de la religion nouvelle. Quelques années plus tard Olaf ou Olaus I" Trygvœson, roi de Norvège, après avoir reçu le baptême, résolut d'introduire le christianisme dans tous les Etats soumis à sa domination. Parmi les personnes attachées à sa cour se trouvaient plusieurs Islandais appartenant aux plus nobles familles et professant, comme lui, le christianisme. Son premier missionnaire, Stefner, se rendit odieux par ses violences et dut abandonner son œuvre en 996. Thangbrand, quf lui succéda, le dépassa encore en cruauté, joignit à la persécution les spoliations les plus éhontées et se vit ignominieusement chassé après un meurtre commis à son instigation par l'un de ses serviteurs sur un habitant du pays. Olaf 11, le saint, qui avait continué l'œuvre d'Olaf 1", périt victime d'une conspiration soutenue par la Suède, et l'Islande, après quelques années d'indépendance, tomba sous Waldemar I" au pouvoir du Danemark, qui profita de ses discordes intestines pour s'en emparer et qui l'a conservée jusqu'à nos jours. Revenons maintenant aux efforts tentés par Olaf I". Excité par les plaintes amères de Thangbrand et résolu à tirer de ses sujets une vengeance éclatante, il se préparait à diriger contre l'Islande païenne une expédition militaire; mais il se laissa apaiser par les sages conseils de deux nobles islandais chrétiens, lÛalti et Gissur, qui avaient dû abandonner leur patrie pour rester fidèles à leur foi. Ils firent remarquer au roi ce qu'avait d'excusable la résistance de leurs compatriotes attachés aux traditions des ancêtres ; ils lui prouvèrent que les violences de Thangbrand avaient provoqué de légitimes représailles et ils s'offrirent pour aller repren- •

dre l'œuvre interrompue. Ils s'embarquèrent 'en Tan mil sur des navires fournis par le roi avec des vivres et des bois de construction et emmenèrent avec eux quelques prêtres chargés de la direction de la future Eglise. A leur arrivée, les chrétiens échappés à la persécution, tous ceux qui avaient conservé au fond du cœur quelque attachement pour le christianisme et ceux qui redoutaient la puissance royale se joignirent à eux. L'opposition n'en persista pas moins avec violence et une guerre civile semblait inévitable quand le juge, Sido Hallr, partisan de Hialti, soutenu par le prêtre païen Thorgeir, qui était presque gagné à la religion nouvelle, réussit à faire voter par le peuple, réuni en assemblée générale, trois lois, qui devinrent le code de la nation et qui déclaraient le baptême obligatoire pour tous les Islandais, ordonnaient la destruction des idoles et défendaient l'usage de la viande de cheval et l'exposition des enfants nouveaux-nés. A partir de cç moment l'on peut considérer le christianisme comme définitivement implanté en Islande, mais il n'est pas difficile de comprendre combien une conversion semblable présentait peu de garantie et de solidité. Les historiens relèvent l'ignorance des néophytes, qui savaient à peine réciter un pater et un ave, la persistance des usages païens mal déguisés sous un léger vernis de christianisme, la position précaire des prêtres, réduits pour vivre à vagabonder, à exercer tous les états, même à porter les armes et demeurant sans instruction et sans autorité. Gissur voulut remédier, dans la mesure du possible, à cette triste situation et envoya son fils Isleif faire ses études en Europe. Celui-ci, après avoir achevé son éducation à Erfurt, sévit, à son retour en Islande en 1051, nommé évêque et établit son séjour à Skalholt, qui fut pendant des siècles la résidence du premier évêque du pays. Isleif substitua le premier l'alphabet latin aux caractères runiques et traduisit plusieurs ouvrages d'édification pour le peuple. En 1107 un second évêch^ fut fondé à Holum. Ce fut vers cette dernière date que le denier de saint Pierre fut établi dans toute l'île. Les Islandais conservèrent toujours le goût de leurs ancêtres pour les expéditions lointaines et aventureuses. Nous les avons suivis au Labrador, aux Shetland, aux Ferœ et jusque dans la mystérieuse Amérique. En l'an mil l'Islandais Leif,fils d'Eric le Rou^e, qui dans le cours de ses expéditions, avait épousé aux Hébrides la chrétienne Thorunna, s'établit dans le Grœnland et y introduisit la foi chrétienne. Le christianisme y domina à partir de 1100, mais les affreux ravages de la peste noire mirent un terme aux relations de l'Europe avec cette contrée lointaine, qu'Egède (voir Egède) dnl évangéliser de nouveau dans le courant du dix-huitième siècle. Nous voyons l'Eglise d'Islande off*rir pendant tout le moyen âge le môme spectacle que les Eglises du continent. Les usages païens ne cèdent qu'à la longue à l'influence de la prédication chrétienne, car comment un clergé pauvre et ignorant aurait-il pu exercer sur les esprits une action décisive? Toutefois l'ascendant des hauts dignitaires, appartenant pour la plupart aux premières familles du pays, put contrebalancer dans une certaine mesure ces ferments de superstition. Pen-

dant deux ou trois siècles les prêtres continuèrent à se marier et résistèrent avec quelque succès aux prétentions de la curie romaine. Si toutes les erreurs du catholicisme trouvèrent en Islande comme ailleurs un terrain favorable, le haut clergé, relevant à Torigine de Farchevêché de Brème-Hambourg (831), puis successivement des archevêchés de Lund (ii03) et de Nidaros (1152), lutta avec énergie pour la défense de ses droits contre les prétentions du pouvoir royal. De son côté le clergé se vit exposé aux attaques d*une population impétueuse, indisciplinée, jalouse de ses prérogatives. Ces luttes intestines qui amenèrent plus d'une fois Teffusion du sang, permirent à la royauté danoise d'établir, avec le concours des moines, son autorité sur des bases solides. L'épisode le plus saillant de ces discordes obscures est le conflit qui s'éleva en 1269 entre Tarchevêque Thorlakson et le peuple au sujet du patronat laïque et que seule Tintervenlion du roi Magnus parvint à apaiser. ^ La Réforme pénétra du Danemark en Islande dans la seconde moitié du seizième siècle. Dès 1510 Oddr Gottschalkson avait traduit le Nouveau Testament imprimé à Rœskilde. La première édition de la Bible entière est postérieure de quarante ans. En 1539 Tévêq^ue catholique OEgmund Pallson, las de lutter contre le courant des idées nouvelles et les prétentions du pouvoir royal, désigna pour son successeur Gizur, élève distingué de rUniversité de Wittemberg, prêtre marié et gagné aux idées évangéliques. L'évêque Ion Aruson, défenseur obstiné de la religion catholique, engagea Tévêque démissionnaire Œgmund à reprendre la lutte contre Gizur, mais (Xgmund, accusé d'avoir pris part au meurtre d'un fonctionnaire royal, fut déporté en Danemark dès 1541. Gizur, premier évêque protestant de l'Islande, mourut en 1548, après avoir rencontré sur son chemin mille obstacles, qui provenaient de rattachement du peuple pour les vieilles coutumes,- de l'ignorance générale et de la confiscation des biens du clergé par le gouvernement, mesure arbitraire qui plongea le nouveau clergé dans la plus profonde détresse. Ion reprit la lutte contre le nouvel évoque, Martin Einarson, qu'il mit en prison. Il ne craignit pas de faire jeter à la voirie le corps. de l'évoque Gizur et de persécuter les fonctionnaires du roi, mais ses menées secrètes avec les ennemis de l'Etat amenèrent son arrestation et son supplice en 1550. Depuis cette époque Tarchevôché d'Islande a été aboli et la Réforme a rencontré les mêmes obstacles que naguère le catholicisme: l'ignorance, les préjugés invétérés, le petit nombre et la pauvreté des me;mbres inférieurs du clergé et la persistance de l'usage du latin dans une partie du culte pendant plus d'un siècle. Toutefois nous devons constater que l'évoque ThoUakon avait dès 1574 établi une imprimerie à HoUur et ouvert de nombreuses écoles. Depuis le commencement du siècle on signale des progrès manifestes dans l'Eglise évangélique d'Islande. Le roi, summus episeopus, y est représenté par des surintendants auprès de cette population, actuellement tombée de cent mille à cinquante mille âmes. Les voyageurs modernes l'ont trouvée pure, simple, foncièrement hospitalière et des catholiques ont su rendre hommage à la

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science éclairée et aux vertus évangéliques d'un clergé plein de dévouement et de zèle, mais toujours pauvre et insuffisant. En esquissant cette histoire religieuse de llslande nous avions présentes à l'esprit ces deux antiques prophéties: « Les îles espéreront en moi, » dit l'Eternel (Bsaïe LI, 5); «Chacun se prosternera devant l'Eternel dans son pays, dans toutes les îles des nations »(Soph. II, 11). — Sources: Finnus Johanneus, Hisioria eccksiastica hlandix, 4 vol., Havniae, 1772-1778 ; Langebek, iSS. Dan., II, 504-519; VIII, 552-568; Munter, Gesch, der Einfùhrung d. Christ, in Danemark, 2 vol ; Maurer, Bekehriuig der Norm. Slxmme, i vol., et l'article Island dans Herzogs Real- Kncycl. ; Scripta hislorica Islandorum, Havniœ, 1828, 12 vol. ; Neander , Kirch. Gesch., VI, 34. 47. A. Paumier.

ISMAEL(Ysmâêl; 'Idjjwn^X, c'est-à-dire Dieu entend). — 1^ Fils d'Abraham et de sa concubine Agar(Gen. XVI, 11. 16). La vue du jeune IsmaCl excite la jalousie de Sarah, lors de la fête célébrée en l'honneur du sevrage d'Isaac, et elle exige d'Abraham la répudiation du fils et de la mère. Une tradition juive postérieure (Gai. IV, 29) attribue cette cruauté de Sarah à des sévices qu'Ismaël aurait exercés sur son jeune frère. D'après le sens littéral de Gen. XXI, 9, Ismaël était encore très jeune à cette époque; ce passage suit donc une autre chronologie que Gen. XVI, 16, d'après lequel Ismaël avait h peu près quinze ans lors de son expulsion de la maison paternelle. Sauvé miraculeusement de la mort dans le désert de Beer- Sçebah , Ismaël grandit dans le désert de Paran, et sa mère le marie plus tard à une Egyptienne (Gen. XX, 20). D'après Gen. XXV, M, Ismaël mourut à l'âge de cent trente-sept ans. Si les Israélites conservèrent le souvenir de leur proche parenté avec les Ismaélites (Gen. XVII, 23), la mère ég}^ptienne et la femme d'Ismaël semblent indiquer une alliance de sa race avec les Egyptrens, tout comme le mariage de sa fille avec Esaii indique une alliance avec les Edomites. A cela correspond l'indication des demeures occupées par les peuples qui descendaient des douze fils d'Ismciël (Gen. XXV, 12). Ils habitaient tout le désert situé entre la frontière est de l'Egypte et le golfe persique. Aussi le nom d'Ismaélites fut-il donné plus tard à tous les Bédouins habitant le nord de l'Arabie et comprenait même les Madianites (Gen. XXXVII, 25 ; Juges VIII, 24). Les écrivains arabes, toutefois, distinguent entre les Arabes ismaélites et les Arabes au^ tochtones (joctanides). Voir Hottinger, Hist. oriental., 210; Herbelot, Biblioih. oriental., II, 343 ss.).— 2^» Fils de Methanjah, petit-fils d'Elisamah, de race royale, est l'assassin de Gédaljah, qu'il tua sur l'instigation du roi ammonite Baalis (Jérém. XL, 14). Ce meurtre fut commis, deux mois après la destruction de Jérusalem, à l'occasion d'un festin que Gédaljah donna aux conjurés. Ismaël parvint à se soustraire par la fuite à la vengeance de ses persécuteurs et trouva asile auprès des Ammonites (2 Rois XXV, 25; Jérém. XL, 13; XLI,18). ISMAÉLIENS, secte musulmane. Voyez Mahométisme. ISRAËL (Histoire du peuple d'). Nous placerons en tête de l'esquisse, nécessairement très incomplète, que nous allons donner ici

de rhistoire juive , quelques indications chronologiques. Gomme rétablissement des dates des principaux événements qui marquent la destinée des peuples de l'antiquité, la fixation de la chronologie israélite présente de grandes difficultés; mais ces difficultés sont singulièrement aggravées par le préjugé qu'on y apporte d'ordinaire et qui n'a cédé la place à une vue plus rationnelle que depuis un petit nombre d'années. Aujourd'hui il est devenu possible, sinon de dater avec précision les principaux faits de l'histoire d'Israël, au moins d'indiquer le degré approximatif de certitude que l'on peut obtenir à l'égard de telle ou telle des époques dans lesquelles se divise cette histoire. — La plupart des auteurs qui se sont occupés de la chronologie de la partie la plus ancienne de l'histoire du peuple israélite ont commis la faute de considérer comme des docun^ents historiques des récits légendaires ou mythiques dont le cadre est absolument factice et artificiel, tels que ceux que contient la Genèse. Dans cette période elle-même il faut distinguer deux parties , la première qui se rapporte à l'histoire du genre humain jusqu'à Abraham, la seconde qui s'étend d'Abraham jusqu'à l'établissement de ses descendants en Egypte. Pour la première partie» on peut se reporter à ce qui est dit dans notre article : Histoire primitive de Vhumanité diaprés la Bible ; l'on pourra consulter aussi l'analyse critique que nous avons donnée des divers documents dont la combinaison forme le premier livre de la Bible, dans l'article Genèse, Du moment où le caractère artificiel de tous les chiffres en question a été élevé audessus de toute espèce de doute, il est regrettable de voir dépienser de grands efforts d'érudition pour examiner si les chiffres du texte hébreu doivent être préférés à ceux du texte samaritain ou grec, s'il est possible de faire rentrer la chronologie de l'Egypte et de la Ghine dans les limites assignées par la date biblique dû déluge, etc. Tous ces essais d'ailleurs, se rapportant à l'époque antérieure au patriarche considéré comme l'ancêtre même du peuple israélite, peuvent être envisagés comme étrangers à l'objet actuel de nos recherches. -^ La chronologie de l'époque patriarcale, à son tour, ne saurait pas davantage être regardée comme pouvant fournir les éléments d'un calcul quelconque ; les chiffres très précis, trop précis, qu'elle nous présente révèlent en effet leur origine purement artificielle à l'examen critique. Les doutes soulevés par l'historien à Tégard de l'existence même d'un Abraham, d'un Isaac et d'un Jacob, seraient jugés excessifs, que les dates exactes des principaux événements de leur vie n'en prendraient pas davantage le caractère d'une chronologie digne de foi. Nous arrivons ainsi à l'époque qui voit l'élablissement de la famille de Jacob sur la terre d'Egypte. Des synchronismes ont été tentés ici à l'aide de. la reconstruction des annales égyptiennes parle moyen des monuments ; mais aucune des hypothèses proposées n'a obtenu l'assentiment général, et il demeure établi que cet événement capital dans l'histoire du développement Israélite ne saurait servir de point de départ à la chronologie juive. Peut-on fixer au moins les limites du séjour des Israélites en Egypte? Un texte de l'Exode

(XII, 40) dit quatre cent trente ans, mais ce chiffre trouvé sa réfutation dans d'autres indications contenues aux livres sacrés euxmêmes, entre autres dans la table généalogique des Lévites (Exode VI, 15-25) qui suppose un intervalle beaucoup moins considérable. — On devrait toutefois s'estimer heureux si le synchronisme de Thistoire égyptienne permettait d'établir sans contestation la date de la sortie d'Egypte. Mais ici encore le terrain solide fait défaut; les historiens qui s'occupent plus spécialement de l'histoire juive et les égyptologues ont proposé, chacun de leur côté, une série de dates qui n'ont jamais fait taire les objections et levé les difflcultés aussitôt soulevées. Quand même on voudrait ne pas tenir compte du synchronisme égyptien et établir la date de la sortie d'Egypte à l'aide des seules données bibliques, l'on n'échapperait point à l'embarras. En effet, les chiffres que nous trouvons dans le livre des Juges et dans le premier livre de Samuel nous donnent, depuis la mort de Josué jusqu'au commencement du règne de Saîil, une somme de cinq cents ans, somme qui doit elle-même être considérée comme incomplète , puisque ni l'époque deSamgar (Juges III, 31), ni l'anarchie qui précède la troisième servitude, sous Jabin (IV, 1)» ni les époques de trouble qui suivirent la mort de Gédéon et celle de Jaïr (VIII, 33-35 et X, 6) ne sont exactement déterminées. Si l'on ajoute à ces indications, le temps du séjour au désert et celui du gouvernement de Josué, on arrive à près de six cents ans. D'autre part, les livres des Rois (1 Rois VI, 1) ne comptent que quatre ^ent quatre-vingts ans depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la fondation du temple de Salomon, passablement postérieure à Saiil. Aucun artifice ne saurait combler une pareille contradiction. D'ailleurs l'examen interne des chiffres donnés depuis la sortie d'Egypte jusqu'à Samuel montre qu'on ne saurait leur attribuer aucun crédit ; ce sont pour la plupart des chiffres ronds, quarante, quMre-vingts, etc. Il résulte de ces observations, que la date de la sortie d'Egypte et de l'établissement des Israélites dans le pays de Canaan ne saurait pas être établie à l'aide des données bibliques ; la meilleure preuve en est dans l'écart des différentes supputations, qui vont des .environs de l'an 1600 jusqu'à ceux de Tan 1300 avant l'ère chrétienne. Le plus sage sera d'adopter, sous bénéfice d'inventaire, la dernière date, de toutes la moins ambitieuse.— Nous venons d'indiquer que les bases manquaient pour l'éta- > blissement de la chronologie de Tépoque dite des Juges. Mais nous devons faire planer cette même incertitude sur les dates généralement adoptées pour Sàûl, David et Salomon. Ici les divergences qui étaient le fait des époques précédentes s'atténuent sensiblement, et l'on se contente volontiers des dates suivantes : Règne de Saiil 1075 (environ)-1055, David 1055-1015, Salomon 1015-975, schisme des dix tribus 975. Nous ne dissimulons pas que les chiffres admis pour la durée des règnes de David et de Salomon nous semblent eux aussi sujets à caution ; cette répétition du nombre rond de quarante trahit plutôt Fartiflce de l'écrivain qu'un souvenir précis. .Ici encore nous faisons nos réserves. — A partir du schisme des dix tribus, les indi-

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cations chronologiques sont inQniment plus dignes de confiance; nous les possédons en effet en une double série, Tune correspondant à la succession des rois en Juda, l'autre à la succession en Israël. Grâce au soin du rédacteur qui établit une relation entre l'accession au trône dans les deux royaumes et Tannée correspondante du roi contemporain de la dynastie voisine, on peut espérer se trouver sur un terrain absolument solide, d'autant plus que les chiffres ronds, trop volontiers recherchés dans les époques précédentes, font place à une variété qui a tout le cachet de l'exactitude historique. Cet espoir est cependant déçu à son tour, tout au moins pour ceux qui s'imaginent pouvoir obtenir des indications absolument précises et ne se contentent pas d'une approximation raisonnable. M. Munk expose ce nouvel embarras en fort bons termes {Palestine^ p. 299) : « La chronologie de cette période présente de graves difficultés. Le royaume d'Israël dura jusqu'à la sixième année du règne d'Eaéchias, roi de Juda ; or, en additionnant les années de règne que les livres des Rois donnent aux dix-neuf rois d'Israël, on trouve un total de deux cent quarante-et-un ans, sept mois et sept jours, tandis que pour les rois de Juda, jusqu'à la sixième année d'Ezéchias, on trouve,Itant dans les livres des Rois que dans les Chroniques, le nombre total de deux cent soixante ans. Une autre difficulté est celle-ci : l'auteur des livres des Rois, non content de marquer les années de règne de chaque roi de Juda et d'Israël, dit presque toujours qu'un tel roi de Juda commença à régner dans telle année de tel roi d'Israël et vice versa, sans que ces 'données puissent toujours se mettre d'accord avec celles que nous trouvons sur la durée des différents règnes. — Ces difficultés ont occupé de tout temps les commentateurs de la Bible et les chronologistes, et, pour les résoudre, chacun a fait ses hypothèses. Les uns ont supposé des fautes dans les chiffres, les autres, dédaignant ce moyen commode, ont supposé des corégences dans Juda ou des interrègnes dans Israël. En outre, il est évident que les années de règne qu'on attribue aux différents rois ne sont pas toutes des années complètes , soit qu'on ait compté les fractions d'années, à la fin des règnes, pour des années complètes, soit qii'en prenant pour point de départ l'ère de la sortie d'Egypte, on ait attribué à tel roi toute l'année au milieu de laquelle il monta sur le trône, ainsi que toute l'année au milieu de laquelle il mourut, et qu'on ait ainsi prolongé son règne d'une année ou de plus... » En partant de ces données, on est arrivé à établir différents synchronismes ; nous reproduisons celui dOiMunk, non parce que nous le croyons définitif, mais parc» qu'il est commode d'avoir un tableau sous les yeux '

Royaume de Juda,

Roboam,

Abiam,

Asa,

Joaapbat,

Joram,

Achazia,

Mort d^Achazia,

Athalie,

Joas,

Amasia, Ouziar,

Royaume d'Israël, Jéroboam, 975

Nadab, 96A

Baésa, 952

Éla, 930

Zimri, 928

Omri, 928

Achab, 917

Achazia, 897

Joram, 896

Mort de Joram, 884

Jéhu, 884

Joacl^az, 856

Joas, 840

Jothans, Âchas,

Ezôchias,

6b année d-Ezéchias,

Jéroboam II,

loterrègne,

Zacharie,

Sallum,

Menahem, •

Pékahia,

Pékah,

Interrègne, Hosée,

Chute d'Israël,

Après la chute du royaume d'israôl, la série des rois de Juda s'établira comme il suit (Munk) :

Suite du règne d'Ëzéchias, 72UÔ97

Manassé, 697-642

.Vmon, 642-640

Joaias, 640-610

Joachaz, Joïakim, Joïachin, Sédecias,

Ces différentes données chronologiques, qui embrassent près de quatre siècles et qui sont du plus haut prix tant pour l'histoire juive que pour Tbistoire ancienne générale, viennent d'être ébranlées par les découvertes des assyriologues. Ces découvertes et Tinfluence qu'elles doivent exercer sur la fixation de la chronologie judaïque ont été particulièrement exposées dans l'ouvrage bien connu de Schrader(2)ie Keilinschrifien und dos Aile Testament). Mettant à profit le précieux Canon des éponymes assyriens^ M. Schrader établit un certain nombre de synchrohismes entre les monuments assyriens et les textes bibliques (ouv. cité, p. 299) et constate des écarts très

sensibles, qui portent tantôt sur une période de quarante ou cinquante ans, tantôt sur un chiffre d'une vingtaine d'années ou moins- Ainsi les documents assyriens nous font constater l'existence en 854 d'Achab qui, d'après la chronologie biblique, serait mort en 897, en 84â de Jéhu en désaccord avec le texte sacré, etc.. M. Schrader a conclu que les chiffres de la chronologie biblique devaient subir un redressement correspondant aux données de la chronologie assyrienne, redressement qui, dans certains cas, atteindrait près d'un demisiècle. Il a maintenu ses résultats contre différentes attaques, entre autres contre M. Oppert dans un ouvrage récemment paru (Keilinschriften und Geschichtsforschung^ 1878). M. Oppert, de son côté, a repris le problème à un point de vue nouveau dans un travail intitulé : Satomoii et ses successeurs (1877 ; voyez sur cet ouvrage la Revue critique^ numéro du 3 janvier 1878, art. de M. Maspero). M. Oppert s'oppose à la conclusion de M. Schrader qui réduit d'environ cinquante ans la somme totale des années de règne des rois de Juda et d'Israël. En effet, si Ton admet la série des rois assyriens telle qu'elle résulte du canon des éponymes, on obtient Tordre suivant : Salmanasar III (837-822), Samsi-Bin III (822-809), Binnirari III (809-780), Salmanasar IV (780-770), Asourdanil II (770-732), Asournirari (732-743), Touklat-habal-asar II (743-726), ce qui oblige à placer la mort d*Ackab vers 861 au lieu des environs de l'an 900, et par suite le schisme des dix tribus vers l'an 930 au lieu de 973. M. Oppert assure qu'une certaine éclipse de soleil correspondant à l'un des éponymes et que M. Schrader place en 763 doit être reportée à l'année 809. C'est sur ce phénomène astronomique qu'il se fonde pour affirmer, •à défaut de tout indice tiré du document même, que le canon des éponymes renferme une lacune de quarante-sept ans, correspondant à la distance des deux dates auxquelles serait assignée l'écIipse contestée. Cette lacune étant placée entre Asournirari et Touklathabal-asar (Tiglath-Piléser) on a le double avantage de combler la différence entre les deux chronologies assyrienne et judaïque et de trouver une place pour Phul, dont parle la Bible, lequel ne se retrouve pas dans le canon assyrien et que M. Schrader assimile à Tiglat -Piléser. M. Schrader a fait remarquer que l'hypothèse de M. Oppert aggravait, au lieu de la lever, la contradiction entre la chronologie biblique et la liste des rois assyriens. En effet, il ne s'agit pas de supprimer un écart unique s' élevant à une cinquantaine d^années, mais une série de divergences qui varient entre dix ans et un demi-siècle. 11 semble donc qu'il faille s'en tenir à l'opinion de Schrader, jusqu'à ce qu'elle ait été ébranlée par des preuves plus décisives. Quoiqu'il en soit, voici les principaux chiffres proposés par M. Oppert et qui se rapprochent beaucoup de la chronologie la plus généralement adoptée : mort de Salomon, 978 av. J.-C. ; règne d'Achab, 920; mort d'Achab, octobre 900 ; règne de Jéhu, avril 887 ; chute de Samarie, juin 721 ; expédition de Sennachérib, 700 ; règne de Nabuchodonosor, août 603 ; destruction de Jérusalem, août 587. Dans son excellente Histoire ancienne des Peuples de l'Orient, M. Maspero

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