‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 127 sur 170 · LA CHAISE · texte numérisé non relu

LA CHAISE

sut maintenir son autorité dans les situations les plus délicates et fut pendant trente-six années, en fait, sinon en titre, le véritable ministre des affaires ecclésiastiques de France. Quoique sa place lui conférât sur la feuille des bénéfices un droit de réglementation absolue et que, depuis la mort de l'archevêque de Paris, Harlay de Champv^llon (1695), il siégeât seul au conseil de conscience, la rectitude de son jugement ne fut point altérée par des prérogatives aussi considérables et Saint-Simon, dont le témoignage n'est point suspect, dit de lui [Mémoires, VI, 235) : « Il était soigneux de bons choix pour Tépiscopat, surtout pour les grandes places, et il y fut heureux tant qu'il y eut l'entier crédit. » Jamais non plus il n'usa de son pouvoir pour la satisfaction de ses vengeances personnelles et Louis XIV, lorsqu'on lui annonça sa mort, cita de lui ce trait plfts avantageux pour le prêtre que pour le monarque :« 11 était si bon que je le lui reprochais quelquefois et il me répondait : Ce n'est pas moi qui suis bon, mais^vous qui êtes dur.» — L'influence du père de La Chaise se fît sentir dans toutes les affaires un peu importantes auxquelles fut mêlée TEglise sous le règne de Louis XIV: querelles entre les jansénistes et les jésuites, ou entre Bossuet et Fénelon, affaire de la Régale, déclaration de 1682, révocation de Tédit de Nantes, mariage du roi avec M»** de Maintenon. Vis-à-vis de son voluptueux pénitent, le confesseur se souvint toujours, avec un à-propos qui fait plus d'honneur à son esprit qu'à son caractère, des maximes relâchées de son ordre et ne fut nullement tenté par la grandeur d'une tâche devant laquelle avait reculé Bossuet. Il se gardait de heurter de front les passions et la fête de Pâques, au dire de Saint-Simon, « lui causa plus d'une fois, pendant l'attachement du roi pour M"" de Montespan, des maladies de politique ; un jour entre autres il envoya le père Deschamps à sa place qui, bravement, refusa l'absolution m. La favorite, qui ne se méprit point sur le mobile du père de La Chaise, lui voua une haine d'autant plus ardente que celui-ci parvint à la rendre plus inefficace. « Elle sèche de notre joie », écrivait en 1682 M°« de Maintenon au cardinal de Noailles, « elle meurt de jalousie, tout lui déplaît, tout l'importune. Elle en veut surtout au père de La Chaise qui ne fait que son devoir mais qui le fait mieux que jamais, » En 1684, l'habile jésuite célébra de nuit, dans l'oratoire de Versailles, une messe de mariage où les deux conjoints étaient le roi de France et la veuve de Scarron. Il aurait même eu l'un des premiers l'idée de cette union, s'il faut en croire quelques historiens: mais, dans ce cas, il aurait été mal récompensé de son zèle par l'ingratitude de celle qui lui était redevable d'un si grand bienfait. M"* de Maintenon, lorsqu'elle crut pouvoir se passer de son appui, se plaignit à mainte reprise au cardinal de Noailles de sa trop grande familiarité et de son manque de zèle en faveur des candidats qu'elle tirait de Saint-Sulpice : elle lui pardonna moins encore l'opposition qu'il aurait faite à la déclaration publique du mariage dont il avait été un des rares témoins. Cependant, elle garda toujours les apparences vis-à-vis d'un prêtre qui jouissait d'un si grand crédit auprès de Louis XIV, lui

Page 1