LA FITE — LA FORGE
et de sacrifice. De M™« de La File, comme de M"« Cottin, on a pu dire avec vérité : « Le trait le plus frappant de son caractère était Toubli de soi-même, sa charité égalait son dévouement et il ne lui eût pa» été possible de songer un seul instant à elle-même, toute préoccupée qu'elle était de faire du bien autour d'elle ; toute sa vie n'a été qu'un long dévouement, aussi profond qu'aimable, aussi doux qu'énergique, sa bonté n'obligeait point à la reconnaissance. Elle avait une douceur inaltérable et sa bienveillance répandait autour d'elle un charme qui rendait la vertu aimable. Profondément religieuse, son âme tenait au ciel comme à sa patrie, à Dieu comme à son père, au Christ comme à son sauveur. » L. de Richemond.
LA FORGE (Jacques-Nompar-de-Gaumont), maréchal de Fraftce, que Louis XIII tenait pour le capitaine « le plus expérimenté et le plus capable de son royaume », était ce jeune homme de quatorze ans . qui avait eu la présence d'esprit de se faire passer pour mort, dans la nuit de la Saint-Barthélémy de Paris, pendant qu'on massacrait son père et son frère à ses côtés. Dès qu'il put porter une armure, il courut rejoindre le roi de Navarre, qu'il servit avec un dévouement et une ardeur sans bornes ; il prit une part brillante à tous les combats qui se livrèrent du temps de la Ligue, et devint gouverneur de la basse. Guienne après s'être distingué à la bataille de Goutràs. A Arques, il eut trois chevaux tués sous lui. Henri IV le fit gouverneur du Béarn et vice-roi de Navarre en 1593. Ces fonctions n'empêchèrent pas La Force de combattre encore dans les années suivantes. En 1600, il fut chargé de l'expédition de Savoie, et ce fut lui qui, à Lyon, présenta Th. de Bèze à Henri IV. Il était dans le carrosse du roi au moment où celui-ci reçut le coup de couteau de Ravaillac, et devait le lendemain prêter le serment de maréchal et aller se mettre à la tête de l'armée destinée à envahir l'Espagne. Dépossédé aussitôt de son gouvernement, La Force dut se retirer en Guienne et y organiser la défense des protestants, auxquels Marie de Médicis et son entourage voulaient ravir les droits concédés par l'édit de Nantes. Vaincu, il se retira à Montauban, que l'armée royale investit bientôt et dont, malgré la présence du roi, elle fut obligée de lever le siège, au bout de trois mois de canonnade et d'assauts infructueux (10 novembre 1621). Quelques jours après, La Force fut condamné à mort comme criminel de lèse-majesté, et se jeta dans Saihte-Foy, qu'il ne rendit qu'après avoir obtenu pour la Guienne et pour lui des conditions avantageuses et inespérées. Il eut le bâton de maréchal et ses fils furent rétablis dans leurs charges. Retiré dans son château de La Boulaye, en Norr mandie, il se tint à l'écart pendant le siège de La Rochelle (1628), et fut appelé par Richelieu à couvrir la frontière du côté de la Bresse. En 1630, il fit la campagne de Piémont et celle de Lorraine, et dans les années suivantes, celles du Rhin, d'Allemagne, etc. En 1636, il alla au secours de la Picardie envahie; en 1637, il fut créé duc et pair pour apaiser l'opinion publique murmurant de ce qu'il n'avait pas eu de commandement cette année. La campagne de 1638 fut sa dernière : il combattait depuis soixante ans. Il écrivit ensuite, dans son