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plus saine et la plus nombreuse ; les catholiques, s'ils sont poussés au désespoir, pourront, par un changement de dynastie, amener de grands malheurs. » Grâce au crédit de leur tout-puissant confrère, les jésuites furent admis dans le royaume, à la condition toutefois de renoncer à leur nom et avec des réserves qui diminuaient singulièrement leurs privilèges. Après avoir souscrit à toutes, ils n'en observèrent aucune au grand scandale du clergé séculier, de la Sorbonne et du parlement. Lorsque les membres du concile se réunirent de nouveau à Trente, Lainez prit à leurs délibérations une part plus active encore que par le passé et trancha avec une hauteur singulière les plus graves problèmes. « L'Eglise romaine, » s'écria-t-il le 16 juin 1563 à propos des nombreux et trop réels abus reprochés à la curie par de pieux catholiques eux-mêmes, « l'emporte en dignité sur toutes les Eglises particulières et est plus puissante à elle seule que toutes les autres réunies ; aussi possède-t-elle à leur égard un droit de réforme, mais la réciproque n'est point exacte puisque le serviteur n'est point l'égal de son maître, le concile du pape. Plusieurs des usages stigmatisés comme des abus sont d'ailleurs ou nécessaires à l'existence de l'Eglise on tout au moins très utiles. On ne saurait mettre en doute ni que Jésus-Ghrist eût le pouvoir de dispenser de l'observation d'une loi quelconque, ni que le pape soit son vicaire ; il convient donc de reconnaître que le pape est investi d'une autorité égale à celle du Ghristpuisque le chef de l'Eglise et son vicaire se sont assis sur le môme siège et ont présidé le même tribunal. » Les mêmes perspectives d'infaillibilité pour le saint-siège s'accusent avec plus de netteté encore dans un discours subséquent du 20 octobre :« L'Eglise ne s'est pas constituée par ses propres forces et ne s'est pas donné son organisation, mais, fondée par le Christ, elle lui est restée soumise ainsi qu'à ses propres successeurs et ne possède sucune juridiction propre. Pierre et les papes seuls ont été investis du privilège suprême de l'infaillibilité pour la foi, les mœurs et tout ce qui concerne la religion. Un concile général n'acquiert le nom et les vertus d'un concile œcuménique que lorsqu'ils lui sont reconnus par le pape; le pape seul lui fait des propositions auxquelles il n'a qu'à donner son assentiment. » Une logique inexorable relie entre elles toutes les phases de la société de Jésus et ses docteurs actuels se sont bornés à reprendre au dernier concile du Vatican les thèses soutenues par son deuxième général. La fatigue qu'avaient causée à Lainez des discussions aussi ardues et aussi prolongées, les soucis inséparables d'une direction aussi vaste et aussi complexe, altérèrent avant le temps ses forces physiques ; il mourut à Rome le 18 janvier 1565, âgé seulement de cinquante-trois ans. La compagnie honore en lui son véritable organisateur ; s'il ne présente pas comme Loyola l'étrange spectacle de l'extase unie au calcul, il se distingue par sa profonde connaissance des hommes, sa finesse diplomatique, la netteté de ses conceptions, son indomptable persévérance. — Sources : Ribadeneira, Vie de Lainez f Madrid, 1592; traduction latine par André Schott, Anvers 1598. E. Strœuun.
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laïque, vient du mot Xaoç, troupeau. Dans Tesprit de FEvangile et d'après renseignement de Jésus-Christ comme des apôtres, tous les chrétiens sont égaux devant Dieu et devant les hommes. Us sont tous prêtres (1 Pierre II, 9). Mais l'Eglise chrétienne ne sut pas se maintenir à ce degré supérieur de spiritualité. L'idée du sacerdoce juif prit sa revanche et détermina une distinction parmi les membres de la communauté. Le terme de UpeTç, xXrîpoi fut restreint aux seuls fonctionnaires, et toute participation à l'administration de l'Eglise fut retirée au peuple (Xotoç). Les Eglises catholique et grecque maintiennent avec un soin jaloux cette distinction, que conservent aussi les Eglises anglicane et luthérienne. Seules, les Eglises calvinistes l'ont abolie, comme incompatible avec la doctrine du sacerdoce universel qui est à la base du protestantisme comme de l'Evangile.
LALANE (Noël de), né à Paris de famille noble, fut docteur de Sorbonne, abbé de Notre-Dame de Valcroissant, et Tun des théologiens les plus savants du dix-septième siècle. Ayant embrassé, avec toute l'ardeur d'une conviction sincère, la doctrine de la grâce telle qu'elle était présentée par Jansénius dans son fameux ouvrage de VAugustinus^ Lalane fut, selon l'expression de Barrai « très zélé défenseur de la doctrine de saint Augustin, et lié pour la môme cause avec les solitaires de Port-Royal. » Mis à la tête de la députation envoyée à Rome en 1653, pour la défense de Jansénius, il prononça devant le pape Innocent X la harangue rapportée au chapitre xxii de la sixième [partie du Journal de Saint- Amour, On a du docteur Lalane plus de quarante ouvrages en latin et en français sur les matières théologiques qui préoccupaient les esprits de son temps. Presque tous ces ouvrages appartiennent à la polémique, on peut en voir le catalogue dans le supplément de Moréri. C'était un' homme pieux et savant, il mourut à Paris en 1673 âgé de cinquante-cinq ans, pendant qu'il lisait saint Augustin, en vue d'un ouvrage qu'il composait alors sur l'amour de Dieu. Ses principaux ouvrages sont : De iniiio pix voluntaiiSy iiï'A^ et in-i2; La grâce vioiorituse, in-4'*, sous le pseudonyme de Bonlieu ; Examen de la conduite des religieuses de Port-Royal touchant la signature du fait de Jansénius selon les règles de l'Eglise et de la morale clirétienney 1664, in-4° ; ZjCttre d'un théologien à un de ses amis^ du 22 septembre 1665 sur le livre de M. Cliamillard contre les religieuses de Port-Royal, in-4" ; Déftnse de la foi des religieuses de Port- Royal, et de leurs directeurs, contre le libelle scandaleux de M. Chamillard, intitulé : Déclaration de. la conduite, etc., en 2 parties, 1667, in-4o.
LALLEMANT (Jacques-Philippe), jésuite français connu par son ardeur polémique contre les jansénistes, né à Valery-sur-Somme en 1660. Il débuta dans le champ de la controverse par 4 volumes in- 12 par lesquels il prétendit convaincre de fausseté les doctrines augustinieimes au moyen d'une discussion plus agréable que solide : Le véritable esprit des nouveaux disciples de saint Augustin; lettres d*un licencié de Sorbonne à un vicaire général d'un diocèse des Pays-Bas, 1706. Les jansénistes, qui connaissaient sa haine contre eux et sa facilité de plume, lui attribuèrent plusieurs opuscules parus sous le
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voile de l'anonyme, entre autres le mandement de M. de Vintimille contre les Nouvelles ecclésictëtiques (1732) ; il fut tout aussi peu étranger au Supplément contre les mêmes Nouvelles, un journal par lequel les jésuites combattirent, de 1732 à 1748, Torgane attitré de leurs adversaires. Le zèle déployé par Lallemant dans la controverse, ne Tempôcha point de publier des ouvrages de piété : Le sens propre et littéral des psaumes (1707, in-12), les Réflexions morales avec des notes sur le Nouveau Testament, traduit en français, et la Concordance des Evangélistes {il iS, douze volumes in-12j, destinés dans Tesprit de leur auteur, à rejeter dans Tombre Touvrage publié sur le môme sujet, par son rival le père Quesnel. Les éditions se succédèrent rapidement, Fénelon et vingt-trois autres évoques s'étant empressés de donner leur approbation à Técrivain agréable à la cour de Rome; sa traduction de V Imitation n'en compte pas moins de douze (1740-1808); on cite encore de lui un Enchiridion Christianum. Lallemant mourut en 1748 à Paris, plus qu'octogénaire. Un de ses confrères du môme nom, son prédécesseur, Louis Lallemant, naquit en 1578 à Châlon&* sur-Marne, et devint recteur du collège de Bourges, où il mourut en 1635. Le père Rigoulet recueillit ses Maximes et les fit paraître sous le titre de Doctrine spirituelle (Paris, 1694).
LA LUZERNE (César-Guillaume de), évèque de Langres et cardinal, né à Paris en 1738, mort en 1821, fut successivement chanoine in minoribus de la métropole de Paris, abbé de Mortemer, grand vicaire de l'archevêque de Narbonne, puis évêque. Il émrgra pendant la Révolution, et, en 1817, il fut promu au cardinalat. 11 a laissé un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Instruction pastorale sur V excellence de la religion, 1786; souvent réimprimée, entre autres, Làngres, 1809; Avignon, 1835; 2"* Instructions sur Vadministration des sacrements ou le Rituel de Langres, Besançon, 4786; Paris, 1817 et 1835, 3 vol. in-12; 3« Considération^ fur divers points de la morale chrétienne, Venise, 1795, 5 vol.; Besançon, 1838, 2 vol.; 4* Instruction pastorale sur la révélati(m, Langres, 1803 ; 5' Disserta^ iion sur la révélation en général, 1804: 6° Dissertation sur la spirittuiHté de Vdme-et sur la liberté de V homme, 1806; 7** Dissertation sur V existence et les attributs de Dieu, 1808 ; 8* Dissertations sur la vérité de la religion ^ 1802, 1811 ; Paris, 1844. — Voyez la Notice sur M. de la Luzerne, dans VAmi de la religion, XXVIII, 225 ss.
LAMBEGCIUS (Pierre) ou Lambeck, bibliographe allemand du dixseptième siècle, né le 13 avril 1628 à Hambourg, oîi son père Heno Lambeck enseignait les mathématiques à l'école Saint^Jacques et s'était fait connaître par quelques ouvrages sur le calcul à l'usage de la jeunesse. Pierre, qui témoignait d'heureuses dispositions pour l'étude, fut envoyé à l'académie d'Amsterdam sur le conseil d'Holstenius, son oncle maternel, et compta au nombre de ses maîtres le célèbre philologue Vossius. En 1646 nous le trouvons à Paris, nouant d'étroites relations avec des savants catholiques, voire même des jésuites, les pères Sirmond et Petau, Naudet, Huet, Baluze; de 1647 à 1649, en compagnie de son parent Holstenius, à Rome où il explore-
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la Bibliothèque vaticane et conquiert les bonnes grâces du cardinal Barberini ; en 1649 il prend sa licence* en droit à Toulouse, de 1660 à 1662 il enseigne Thistoire au g3rmnase de Hambourg. Le séjour de sa ville natale lui devint chaque jour plus intolérable, dans la mesure où ses compatriotes le soupçonnnèrent plus véhémentement d^avoir* abandonné le luthéranisme et d'incliner vers les superstitions papales Aussi se décida-t-il en 1662^ à partir pour Rome où il abjura solennellement les croyances de sa jeunesse. Un autre apostat illustre qui habitait en ce moment là Ville éternelle, la reiuQ Christine de Suède, l'accueillit avec distinction ; Léopold 1*' le récompensa de son acte de foi en le nommant en 1663 son historiographe et en lui confiant la direction de la bibliothèque impériale. Lambeccius se consacra tout entier à des fonctions qui s'harmonisaient si bien avec ses goûts personnels et ne songea plus qu'à aménager dans des locaux convenables les trésors . remis à sa garde, à en accroître le nombre, à les classer suivant une méthode scientifique. La mort le surprit dans ces doctes occupations le 3 avril 1680. Lambeccius se fit connaître de bonne heure par d'utiles travaux philosophiques ; une édition d'Aulu-Gelle dont les notes furent réimprimées en 1606 dans l'édition de Leyde et d'autres subséquentes : Prodromus lucu^ brationum criticarum in A. Gellii Nootes Àtiicas, Paris, 1647, in-S*; O, Codini et aUerius anonymi excerpta de antiquUatibus Constantinopolir tanis grxce et latine, Paris, 1650, un solide mémoire qui fait aujourd'hui partie de la collection byzantine du Louvre. Son long séjour à Hambourg lui permit de rassembler les matériaux d'une histoire malheureusement inachevée de sa ville natale : Origines Bamburgenses ab urbe condita,' seu anno Chr. 808-1223 cum côltectione loaria'' rum diplomatvm et duplici vita S, Anscharii a Ramberto et Gualdane compositay 1652, in-4;. Le deuxième volume va jusqu'en 1292 et l'un et l'autre ont été réimprimés par Fabricius avec les Scriptores Sepientrionales de Ludenbrog et les Inscrvpiionts Hamburgenses d'Anckelmann, Hambourg, 1706, in-f". Lambeccius conçut le premier le projet d'une histoire littéraire disposée chronologiquement et qui aurait embrassé avec l'histoire des langues celle des littératures, des arts et des différentes sciences; sa très vaste et très réelle érudition s'y serait déployée sous son meilleur jour, mais les proportions en étaient trop colossales pour qu'on en vit jamais l'achèvement. Le premier livre, le seul qui ait été t.erminé, comprend l'histoire sacrée depuis .la création jusqu'à Moïse, les chapitres que nous possédons du deuxième s'arrêtent avec l'expédition des Argonautes et la guerre de Troie ; Frodromus Historias Htterarias et tabula duplex chronologica universalis, Hambourg, 1659. L'ouvrage de Lambeccius qui assit dénnitivement sa réputation, et que nous consultons encore maintenant avec le plus de ft*uit, est son catalogue de la bibliothèque impériale : Commmtarii de augustissima bibliolheca Cœsarx Vindobonensi, Vienne, 1665-1679; un vol. in-f^. Le premier livre se divise lui-même en deux parties : i'' Histoire de la Bibliothèque depuis sa fondation en 1480 par Vempereur Maximilien et biographies des
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savants qui furent chargés de sa conservation; 2"* Description de quelques manuscrits infiniment précieux^ celui entre autres de l'historien byzantin Nicéphore Gallisfe. Le deuxième livre contient l'analyse des manuscrits relatifs à Thistoire de la ville de Vienne, ainsi que des notices sur divers livres achetés à Innspruck par Lambeccius lui-même. Les livres III, IV et V sont consacrés aux manuscrits grecs concernant la théologie; les trois derniers enfin à ceux qui se rapportent à Thistoire ecclésiastique, à la philosophie, à la jurisprudence, à la médecine. On ne pouvait guère espérer de voir aboutir un catalogue entrepris dans des proportions aussi gigantesques et qui entrait dans d'aussi minutieux détails ; d'après les calculs de Lambeccius luimême, il n'aurait pas fallu pour le compléter moins de dix-sept nouveaux volumes. Son successeur Nessélius continua son œuvre dans son Breviarum et suppiementum comm^ntariorum Lambecianorum sive catalogus ma7^uscriptorum Grxcorum necnon linguarum orientalium (Vienne, 1690); une 2* édition également en 8 vol. fut donnée par Kollar (Vienne, 1766-1782). Lambeccius témoigna sa gratitude à son protecteur en publiant le récit d'un pèlerinage que celui-ci avait accompli au monastère de Mariazell en Styrie pour remercier la Vierge de la victoire qu'il venait de remporter au Saint-Gothard sur les Ottomans ; ce petit volume contient plusieurs indications précieuses pour l'histoire littéraire : Diarium sacri itinerisquod imperator Leopoldus !•' anno 1665 suscepit, Vienne, 1666. Nous mentionnerons parmi les autres ouvrages moins importants de Lambeccius : Orationes cum programmatibus nonnullis^ Hambourg, 1660, un recueil des harangues tenues au gymnase de Hambourg pendant son rectorat ; Epistola ad Augustum Brunswicensem de Biàliothecx Vindobosensis codicibus qui omnium Flavii Josephi operum editioni possunt servire, Vienne, 1666; Catalogus liàrorum a se composUorum, Yienne, 1673; Hisioria urbis Mantuss et familiait Oonzaga de Plalina^ ^nhW^e d'après un manuscrit qui se trouvait à la bibliothèque impériale, Vienne, 1673. — Sources : Vie de P. Lambeccius, Hambourg, 1721 ; Hoffmann, P. L. écrivain et bibliothécaire^ Soest, 1864; Karajan, Lempereur Léopold /•' et P. L., Vienne, 1868. E. Strgkhlin.
LAMBERT (Saint), évoque de Maestricht. L'épiscopat de saint Lambert coïncide avec une des époques les plus troublées de la France mérovingienne et se termine avec les débuts grandioses de la maison austrasienne d'Héristal. Le pays qui sera plus tard la Belgique et la Hollande est encore païen et résiste avec énergie aux attaques des Francs, mais les missions culdéennes ont déjà commencé et c'est de son sein que sortira la seconde dynastie franque, celle des Garlovingiens. Né à Maestricht de parents riches et influents, Lambert fut l'élève de l'évoque Théodard, auquel il succéda en 658, ^and celuici eut péri assassiné. Partisan de la famille mérovingienne, Lambert se vit exposé à l'inimitié du maire du palais de Neustrie, Ëbroïn, qui le chassa de son siège, pour le remplacer par un intrus, Faramond. Réfugié dans le monastère de S tablo (674-681), Lambert se soumit à la discipline la plus sévère et aux plus humbles fonctions du cloître.
Remonté sur son siège épiscopal grâce à Tappui de Pépin d'Héristal, il accueillit avec joie Tlrlandais Willibrord, qu'il accompagna dans son premier voyage missionnaire en Frise. Sa mort a donné lieu à de nombreuses légendes. Son premier biographe, Godeschalk, y voit le simple fait de la vengeance d'un noble franc, Dodo. Des.légendes postérieures, qui veulent rehausser la valeur du patron de Liège et qui le considèrent comme un martyr, racontent que Lambert, invité à prendre place à la table de Pépin, refusa de prononcer le Bénédicité^ à cause de la présence de l'adultère Alpaïde, concubine de Pépin et mère de Charles Martel, qui avait pris la place de l'épouse légitime Plectrude.Son frère Dodo aurait vengé son affront en assassinant l'évêque dans sa métairie de Liège. Son successeur Hubert, qui transporta le siège épiscopal de Maestricht à Liège, construisit une église placée sous son invocation à Liège et qui recouvre son (ombeau. Il fut canonisé dès 714. . — Sources : Sa biographie par Godeschalk, diacre de Liège dans le milieu du huitième siècle; par Etienne, évêque de Liège au neuvième siècle; par le chanoine Nicolas, 1120, et par le moine Reiner; Potthast, Biblioih. medii xvi^ 775; Rettberg, Kirch, Gesch, DeulscàL, I, 558.
LAMBERT DE HERSFELD, moine bénédictin du onzième siècle. La date et le lieu de sa naissance sont inconnus. Il fut ordonné prêtre à Aschaffenbourg (de là son surnom a Scafnaburg) en l'année 1058, par l'archevêque Luitpold de Mayence, et reçu dans l'abbaye de Hersfeld, en Hesse, par Tabbé Meginher. L'école de ce couvent était l'une des plus florissantes de l'Allemagne de ce temps. Lambert accomplit un pèlerinage à Jérusalem, cette même année, et, à son retour, il fut chargé de la visite de plusieurs couvents. Mais, c'est son activité littéraire qui est surtout intéressante. Nous ne possédons que des fragments de son*histoiredu couvent de Hersfeld, écrite probablement en l'an 1074, et dont Mader a publié des extraits sous le titre De inslUutione ecclesix Hersfeldensis, dans ses Aniiquitates Brunswicenses^ p. 150 ss.; cf. Pertz, Monum. Germ.^ VIII, 438 ss. Sous le titre d'Annales, Lambert a écrit une histoire universelle, qui commence à Adam et s'arrête en 1077, et qui offre surtout de l'intérêt dans la partie contemporaine de l'auteur, à savoir le règne de Henri lY. Cet ouvrage a été souvent imprimé ; la meilleure édition est celle qui a été donnée par Hesse, dans les Monum, Germ. de Pertz, t. VI. — Voyez Frisch, Comparât, critica de Lamberii Sch, annales, Monach., 1830; Piderit, Comment, de L. Sch., Hersf., 1828; l'article de J. Weizsœcker» dans la RealrEncyhl., de Herzog, VIII, 166 ss.
LAMBERT (François), né à Avignon en 1487, d'une famille originaire d'Orgelet, en Franche-Comté, emporté par la peste à Frankenberg, dans la Hesse électorale, à l'âge de quarante-trois ans, occupe le second rang parmi les réformateurs du seizième siècle, mais il faut admirer son talent d'orateur et d'écrivain, la droiture de son caractère, l'ardeur et la sincérité de sa foi, le dévouement sans limite qu'il déploya jusqu'à son dernier jour au service de la Réforme. 11 perdit son père de bonne heure et se laissa séduire, comme il le dit lui-
môme, par les « beaux contes » qu'on lui fit « sur Futilité du clottre, le repos de la cellule, Favantage des études et les autres bienfaits de la vie monastique. » Il demanda à être reçu dans Tordre des frères mineurs observantins (1502). « Il ignorait que sous des vêtements de brebis se .cachaient des cœurs de loups et de renards. » Après un an de noviciat, pendant lequel on s'efforça de lui « soigneusement cacher toutes les pratiques impies qui avaient cours parmi les moines, » il prononça ses vœux ; il avait alors seize ans et quelques mois.Quand il s'aperçut du contraste qui existait entre la conduite extérieure de ses confrères et leurs rtiœurs véritables, sa tristesse fut grande, son découragement profond. « Je ne pouvais plus, écrit-il plus tard, entrer en possession de ce repos d'esprit que j'avais si. vivement désiré. Quand j'eus été appelé à l'exercice du saint ministère de la parole,jenepuis assez dire tout ce qu'ils me firent endurer de vexations, parce que je ne prêchais pas selon leur gré. Les populations entendaient la parole de Dieu et l'accueillaient avec avidité ; eux seuls, comme des « serpents sourds » fermaient l'oreille à la voix du Très-Haut. Us disaient sur tous les toiïs que j'étais un flatteur et un falsificateur de la parole sainte ; ce que je ne pouvais leur accorder. » Au bout d'un grand nombre d'années, il fut nommé prédicateur apostolique, ei, parcourant librement les bourgs et les villes des environs, il saisissait toutesles occasions d'annoncer l'Evangile. Sa prédication puissante et enflammée obtenait parfois d'étonnants succès. Un jour, par exemple, sur son appel, ses auditeurs apportèrent « les dés, les cartes, les tableaux obscènes, » et consumèrent, dans un feu spontanément préparé devant les sacrés parvis, ces. « dépouilles de leur luxe et de leurs débauches. » Mais quand, après une mission continue de plusieurs mois, le prédicateur rentrait, épuisé, dans son couvent, il ne trouvait qu'indifférence, mépris ou persécution. « Les malédictions, les injures, les outrages étaient, dit-il, l'assaisonnement ordinaire de mes repas. » Sa réputation, qui grandissait chaque jour, ne fit qu'exciter la basse jalousie de ses supérieurs. Il devait un jour prêcher à Avi* gnon, devant un légat du pape ; mais on l'en empêcha sous prétexte qu'il était malade. Il éclata en reproches : il sentait qu'on lui avait enlevé l'occasion d'un nouveau triomphe ; mais il fut menacé du cachot et de la torture, et il dut se taire. La pensée lui vint alors, non de rentrer dans le monde qui lui semblait infiniment plus saint que le cloître (il recula à ce moment devant ce scandale), mais de passer dans l'austère communauté des chartreux. Il y renonça, comprenant que les autres moines n'auraient pas mieux toléré ses livres que les frères mineurs sa prédication. Bientôt cependant une lumière plus pure vint éclairer son esprit. Ilvenait d'être rappelé au ministère actif de la parole, lorsqu'un jour, dans l'une de ses tournées missionnaires, il acheta quelques écrits de Luther qui, par les foires célèbres de Lyon, s'étaient répandus dans la vallée du Rhône, et ils les emporta secrètement dans sa cellule. L'Evangile lui fut alors révélé dans sa plénitude, et les ténèbres qui le retenaient encore dans l'Eglise romaine furent dissipées. On eut beau, dès qu'on les eût découverts, lui
enlever ces livres proscrits et les brûler solennellement sans les lire ; il les avait lus, lui, il les avait compris; et ayant re^u des lettres mis., sives pour le général ou vice-général de Tordre, il passa de France en Allemagne ; et dans ce dernier pays, il se hâta de « dépouiller sa robe de pharisien, sachant qu'être vêtu dételle ou telle couleur ne fait rien pour le christianisme. » Nous avons tiré ces faits et ces citations d'un ouvrage de Lambert publié à Wittemberg, en février 1523,. sous le titre suivant : Fr. Lamberli AvenionensiSj Theologi, rationes propter quas Jffinoritarum conversationem habitumque rejecit. Cet écrit est si rare, qu'il pouvait passer pour inédit avant que Schelhorn Teût fait réimprimer dans ses Amxnitalts litlerariae, IV, 312 (Prancofùrti,, 1125). Lambert avait quitté Avignon au mois de mai 1522, après avoir passé vingt ans dans le couyent. Il arriva à Genève vers la Pentecôte çt lit entendre dans cette ville la première prédication de la Réforme», du 8 au 15 juin. Il invita ses auditeurs à lire.la parole de Dieu, et la semence tomba sur une terre bien préparée. Le célèbre Henri Cornélius Agrippa, qui le vit à Genève et qui devint son ami, le recommanda chaudement à Capiton, de Bâle, comme un a homme de bien et un fidèle ministre de la parole de Dieu » [Probus siquidem vir est el diligens Mifiisler verbi Deï). Notre franciscain poursuivit son voyage par Lausanne et Berne, où il prêcha comme à Genève, et fit son entrée à Zurich, le 12 juillet 1522. « C'était, dit un témoin oculaire, un homme de grande taille, monté sur une ânesse. » Il ne savait pas un mot d'allemand et il ne parvint jamais à bien savoir cette langue. Mais il prêcha en latin quatre fois dans le Fraumûhster, devant les chanoines et le chapelain. Il invoquait encore la vierge Marie et les saints ; mais après une conférence qu'il eut sur ce sujet avec Z^ingli» il fut si bien persuadé par les saintes Ecritures que, levant lies deux mains au ciel, il remercia Dieu et dit qu'il ne voulait plus invoquer que Dieu seul dans toutes ses nécessités. Le 17 juillet, il partait pour Bâle, afin d'y visiter Erasme de Rotterdam, et de là il se dirigea du côté de Wittemberg pourvoir Luther. Il voyageait sous le pseudonyme de Jean de Serres {Johannes Serranus). En novembre de la même année, il arrivait à Eisenach, en Thuringe, où, malgré les clameurs de quelques moines, il se fit connaître par les leçons qu'il donna sur l'évangile selon saint Jean et par cent trente-neuf thèses qu'il se déclara prêt à soutenir, le 21 décembre, contre tout opposant. Ces thèses étaient relatives au célibat des prêtres, à la* confession, au baptême, etc. Grâce à un secours de route qu'il obtint, sur la recommandation de Luther, de Spalatin, chapelain et bibliothécaire de l'électeur de Saxe, il put se rendre à Wittemberg et jouir enfin de la conversation du réformateur allemand dont les écrits, médités dans sa cellule de moine, l'avaient gagné à l'Evangile. « Cet homme me plaît beaucoup (mihi per omnia placet vir), écrivait bientôt celui-ci,, et je crois l'avoir suffisamment jugé, pour le croire digne de secours. » Mais il ajouta, en allemand : « Je pense bien qu'il ne restera pas longtemps ici, car il trouvera facilement son égal ou son maître » {er seins Gleichen oder Meisterwohl finden wird). Ces paroles feraient sup-
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poser que Lambert, avec sa vivacité méridionale, avait trop montré peut-être qu*il se flattait d'être un .précieux auxiliaire pour Luther. Sur le conseil de ce dernier, il donna des leçons sur Osée et sur saint Luc. Il publia le commentaire sur cet évangile, à Strasbourg, en mai 1524 ; la dédicace à Spalatin est datée : WiilembergXy mense novembri M, 2). XXIII, D'après Grjesse [Nouv, DicL bibliographique), la première édition de cet ouvrage parut à Wittemberg, vers la un de Tannée 1523. Quant à ses leçons sur Osée, Lambert les publia à Strasbourg, en mars 1525, et il les dédia à Télecteur Frédéric. Cette dédicace était un témoignage de reconnaissance, car il avait dû demander quelque secours à ce prince. « Je suis pauvre, lui avait-il écrit le 20 janvier 1523, je n*aî pas de quoi manger » (Paupersum, non habeijs quo alar). Ses leçons, bien qu'elles fussent suivies par de nombreux auditeurs, ne lui rapportaient qu'un mince profit : après six mois de conférences, il n'avait reçu que quinze gros (environ deux francs) pour sa peine ! La gêne matérielle dans laquelle il se trouvait ne l'empêchait pourtant pas de poursuivre courageusement son œuvre réformatrice. Un mois après avoir fait connaître les « motifs pour lesquels.il avait quitté l'ordre des frères mineurs et déposé l'habit monastique, » il mettait sous presse un nouvel écrit intitulé : Evangelici in Minorilarum Regulam commentarii, Francisco Lamberto Gallo Thcologo autore, WittembergXj 1523, in-8**. La dédicace est datée du mois de mars et l'ouvrage parut au mois d'août. L'auteur annonce aux frères mineurs que, dans son commentaire sur leur règle, il a pris pour guide là parole de Dieu. C'est le seule règle, dit-il, que les hommes doivent suivre, et bien méditée elle amène nécessairement à rejeter les ordonnances du pape. Il demande que les cloîtres soient transformés peu à peu en écoles et en institutions utiles pour la jeunesse. Il réclame pour les moines et pour les nonnes le droit de rompre leurs vœux et de rentrer dans la vie commune. Nous ne pouvons reproduire ici les pages pleines d'un effrayant réalisme dans lesquelles il peint la corruption des couvents de cette époque. Ces sinistres révélations sont si étranges qu'il doit plus d'une fois en affirmer l'authenticité: « Je n'invente pas, s'écrie-t-il, je sais ce que je dis. » Il avait aussi commencé, vers cette époque (juin 1523j, quelques ouvrages en français, qui devaient être imprimés à Hambourg et de là être portés en France. Il tournait avec sollicitude ses regards vers sa patrie bien-aimée ; il pensait que des livres en langue vulgaire favoriseraient dans ce pays le mouvement général des esprits, surtout dans les contrées méridionales qu'il avait tant de fois parcourues. Il pouvait aussi alors se flatter, comme tant d'autres, que de grandes choses se préparaient à la cour de France, sous l'inspiration de Marguerite, sœur de François I*'. Nous ne connaissons toutefois aucun auteur qui atteste l'existence actuelle d'ouvrages français de Lambert. Dans tous les cas, ils n'auraient pu que très difficilement franchir la frontière, depuis l'édit du 13 juin 1521. Sur le conseil de Luther, l'ancien moine se maria, le 15 juillet 1523, avec Christine, fllle d'un boulanger d'Hertzberg, et il a pu avec raison se féliciter
d'avoir le premier remué ce rocher de superstition qui pesait sur la France (EGallia hoc saxum primusevolvi), Spalatin lui envoya pour la circonstance, de la part du prince, un beau rôti de chevreuil (carnem ferinam). Lambert pensa alors à composer un livre, qui fut publié à Strasbourg en mai 1524 : De sacro conjugio, in-8" ; il le dédia à François P'. Ce monarque ne lut probablement pas cette dédicace, sans quoi il aurait pu y trouver des paroles hardies et qui ne lui auraient point déplu sur les rapports de TEtat avec TEglise. « II faut, dit l'ancien moine, et c'est un ordre de Christ, que les évoques ne dominent point temporellement, comme le veut le pape. Si on le laissait faire, il réduirait tous les princes à Tétatde mendiants. Il vaudrait mieux que Votre Majesté possédât seule les pouvoirs qu'ils ont usurpés. Comment un évoque serait-il' à la fois pasteur et prince, lui dont la tâche unique consiste à annoncer aux autres la Parole de Dieu en toute humilité, à être le serviteur des croyants?... Crois-mbi, la parole de Christ ne pourra être purement annoncée dans ton palais que lorsqu'on en aura chassé tous les serviteurs de l'Antéchrist, les évoques et les moines, car ils se sont tous conjurés contre le Christ et sa vérité. Malheur à toi, Rom^, malheur à tous les pays dont le pape est le seigneur! » Paroles prophétiques et qui nous auraient épargné les saturnales de la Ligue et tant d'autres sanglantes épreuves, si elles avaient été suivies à la lettre et inspiré tous les actes du rival de Charles-Quint. Lambert aurait voulu se fixer à Metz où, depuis un an surtout, le peuple écoutait avidement les prédications de Jean Chastellain. Il connut intimement {novi illum ex intimis^ dit-il quelque part), ce « saint prophète de Dieu » qui périt sur le bûcher, à Vie, près de la capitale de la Lorraine, le 12 janvier 1525 ; mais après avoir inutilement demandé au conseil des Treize l'autorisation de prêcher publiquement et de soutenir envers et contre tous cent seize thèses, pourvu toutefois qu'on prît la parole de Dieu comme seul juge du débat, il ameuta contre lui la« cohorte du pape », les neuf cents prêtres et moines de la ville, et dut partir au bout de huit jours {posl ociiduum). Il vint à Strasbourg, se désolant toujours de ce qu'il ne pouvait rentrer en France ni prêcher en allemand. UUnom, dit-il, mihi liceret venire in GalUas, ne semper muliis essemt Un fils lui naquit le 29 novembre 1521 ; mais la fortune ne lui souriait pas : Pauperlateni mullam susii7iemus^ écrit-il, le 31 décembre de cette année, à son ami Agrippa, à Lyon, en le remerciant de ce que lui et les évangéliques de la cour [aulici fratrei), lui avaient envoyé vingt écus au soleil. Les deux années qu'il passa dans la ville impériale furent marquées par un redoublement de travail : il prêchait en latin toutes les fois qu'il le pouvait et il enseignait dans cette langue ; en outre, il publia une dizaine d'ouvrages qu'il composait avec une ardeur incroyable pour « l'instruction, dit-il, de toute la chrétienté ». 11 aurait voulu être le Luther de la France, et si François !•' avait favorisé le moins du monde cette œuvre de rénovation, comme Frédéric de Saxe et Philippe de Hesse le firent en Allemagne, il est probable que les vœux de l'exfrancîscain auraient été réalisés. Vers le milieu du mois d'août, parut
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un commentaire sur ^le Cantique des cantiques av^c une dédicace « Au très chrétien et très sérénissime prince et seigneur, François, parla grâce de Dieu roi des Français »: In cantica Canticorum Salomonis... Francisci Lamberii commentarii WUtembergx prœlecli, Argm- 4orati, même Augusto 1524. Voici le résumé de cette dédicace qui a une quarantaine de pages et qui a dû être imprimée après, le corps ^e Touvrage, car la pagination ne commence qu'à la fin de la lettre : « La tyrannie de TAntechrist sera bientôt renversée en France, si le roi y autorisait la libre prédication de TËcriture sainte et la vente des livres évangéliqùes. Tandis que les populations ont soif de la parole divine, le clergé se montre tout prêt à fermer la bouche aux prédicateurs de la vérité. Lambert en a fait Texpérience, il y a environ quatre mois, dans la ville de Metz. Incompétence des parlements dans les •questions religieuses. Lambert supplie le roi de rendre le mariage 4ibre pour tous ses sujets et d'accorder sa protection à la ville d'Avignon et au comtat Yenaissin. » Le prince-évêque de Lausanne, Sébastien de Montfaucon, avait montré quelque sympathie pour la doctrine évangélique lorsque Lambert passa dans cette ville, en 1522; celui-ci s'en souvint, et il lui dédia, vers la fin de janvier 1525, un ouvrage ^ui n'est pas sans valeur et qui fut traduit en anglais en 1536: Farrago omnium fere rerum theologicarum, in-8°. Mais le parti de l'évoque était pris depuis deux aiis ; il avait vu venir l'orage, et, prudemment, il avait exigé des prêtres de son diocèse qu'ils s'engageassent par serment à repousser pour eux-mêmes et à combattre la doctrine luthérienne. Notre auteur fut plus heureux auprès de l'électeur de Saxe : il lui dédia, au mois de mars 1525, son commentaire sur Osée, auquel était joint un traité contre le libre arbitre de l'homme (ce dernier ^crit était une réponse indirecte au livre d'Ërasme De liàero arbilrio^ publié en septembre 1524) : In primum dv^decim Prophetarum nempe Oseam commentarii, Libellus de arbitrio Iwminis vere captivo sub quartum capul (Argentorati Jo.Hervag, in-8o) .Bientôt après parut le commentaire sur Joël : In Johelem prophelamqui e duodecim secundus est commentarii^ 1525, in-S"", avec une épître adressée au comte SigismonddeHohenlohe, doyen du chapitre de Strasbourg, cet homme vraiment évangélique <iont l'activité bienfaisante ne pouvait être assez louée. L'auteur, dans cette dédicace, se flatte de l'espérance de voir les chanoines suivre l'exemple donné par ledoyen et cesser d'être des nicodémites pour devenir dès apôtres (ut luo exemplo multi fiante ex Nicodemis Aposioli), âigismond était en correspondance avec la princesse Marguerite et lui envoyait en particulier les traductions françaises qu'il faisait des ouvrages de Luther. Lambert lui dédia encore, la même année 1525, un autre de ses écrits : Commentarii de causis excxcationis multorum ^œculorum ac veritate denuo et novissime Dei misericordia revelata^ deque imagine Dei aliisque nonnullis insignissimis locis quorum intelligentia ad cognUionem veritatis perplexis in piis mentibm non parum luminis adfert^ in-8®. Les yeux toujours tournés vers la France, notre ardent évangéliste dédie un nouvel ouvrage au Sénat de la ville de Besançon : 'Commentarii in Micheam, Naum et Abacuc (Argentorati Jo. Hervag,
.1525, in-8*). La dédicace est datée du 15 août. Après avoir raconté le martyre de JeanLeclerc à Metz, le 22 juillet 1525, il parle d«s persécutions des évangéliques par« cette tourbe d*abbés, de chanoines, de moines, de prêtres, qui forment Tarmée de TAntechrist », et par suite de l'impossibilité pour lui d'évangéliser dans cette partie de la Lorraine. « J*ai cru de mon devoir, dit-il, de me tourner vers la noble, puissante et célèbre ville de Besançon, capitale du comté de Bourgogne, et qui, plus qu'aucune autre, est voisine de la très chrétienne cité de Strasbourg. Je suis en effet Bourguignon d'origine... Plaise à Dieu que ma chère Bourgogne, et avant tous autres mes chers Bisontins, accueillent la bénédiction que Metz a rejetée et désertent les rangs de l'Antéchrist, pour ne pas devenir des apostats et des excommuniés dans le royaume de notre Seigneur Jésus-Christ !... Puissé-je trouver ma joie dans votre foi, et Dieu veuille allumer son feu au milieu de vous, afin que par votre moyen la Bourgogne premièrement, puis la France entière deviennent la proie de cet incendie 1...» Vœux impuissants, efforts inutiles : il ne s'alluma de longtemps dans ces pays que le feu sinistre des bûchers. Pour montrer sa reconnaissance aux membres du Conseil de Strasbourg qui lui avaient conféré la bourgeoisie, en novembre 1524, et aussi pour solliciter de leur part un nouvel acte de charité dans la gêne extrême où il se trouvait, Lambert leur dédia, le 13 janvier 1526, son commentaire sur les quatre derniers des douze petits prophètes : Commentarii in IV uUimos Pro^ phetaSj nempe Sophonianif Aggxum^ Zachariam et Malachiam (Argentor. in-8^). 11 nous apprend en outre, dans cette dédicace, qu'il a publiquement interprété (en latin), tout le prophète Ëzéchiel et les trois premières épitres de Paul, et qu'il s'occupe du prophète Daniel et de l'explication du livre appelé La Révélation secrète. Un champ plus vaste d'évangélisation s'ouvrit bientôt à l'activité missionnaire du savant et fougueux Avignonnais, mais ce fut bien loin de sa patrie bienaimée. Le jeune et brillant landgrave Philippe de Hesse, surnommé le Magnanime, qui avait déjà prescrit, par une ordonnance du 18 juillet 1524, que l'Evangile fût prêché dans ses Etats, en toute sa pureté, se décida, deux ans plus tard, après la diète de Spire, d'y introduire la réformation ; et, sur le conseil de Jacques Sturm, député de Strasbourg, avec lequel il s'était lié pendant la diète, il appela Lambert auprès de lui comme un homme d'un caractère énergique et capable de l'aider à réaliser son dessein. Celui-ci s'empressa de répondre à un si honorable appel : Mélanchthon lui-même l'y invitait avec instance. Les théologiens de Strasbourg le virent partir sans regret. Ils reconnaissaient bien, à l'exemple de Luther, que l'ex-franciscain avait contribué par ses leçons et par ses livres à répandre la connaissance d% l'Ecriture sainte; mais ils n'aimaient guère sa fougue méridionale ni sa confiance en lui-même allant parfois jusqu'à la présomption. C'est le jugement que Farel et Bucer, dans leurs lettres adressées à Zwingli, portent sur Lambert ; et Pierre Toussain va jusqu'à le qualifier de stolidum illud caput. La liberté d'esprit de l'ancien moine et ses principes assez indépendants en matière ecclésiastique ont dû faire
craindre à ses collègues qu'il ne leur suscitât quelque grosse affaire (... qui, siposset, nobis multum adeo negoUi exhiberet). Pour lui, en effet, tous les croyants, hommes ou femmes, étaient chrétiens. II n*y avait que deux sortes de fonctionnaires dans TEglise : les évêquesou presbyters, qui représentaient les sacrificateurs de l'ancienne alliance, et les diacres qui représentaient les lévites. C'est à la congrégation tout entière qu'appartenaient l'exercice de la discipline, le gouvernement de l'Eglise et le choix des évêques : « Il est nécessaire, disait-il, que ceux qui distribuent aux autres la parole de Dieu, soient nommés par ceux auxquels ils la distribuent. » L'appel du troupeau constitue l'appel extérieur; mais il y a un appel intérieur qui vient par l'esprit de Dieu et qui doit se joindre à l'autre appel pour que la vocation soit légitime. Or, le signe certain de la vocation intérieure, c'est l'humilité, l'amour des âmes, le dévouement allant jusqu'au mépris des honneurs, de la fortune et même de la vie, pour la gloire du Maître.' Une veine de mysticisme traverse plusieurs de ses ouvrages et l'a fait accuser de faire trop peu de cas de la science théologique. Il ne fait pourtant que paraphraser les paroles de Jésus, quand il déclare qu'il y a une faculté" supérieure de comprendre la révélation chrétienne et que l'homme le plus savant ne possède point cette faculté, s'il n'est éclairé de l'Esprit d'en haut ; c'est par la foi et non par la science humaine que l'œuvre de la régénération s'accomplit en nous. « Jean-Baptiste, dit-il, a préparé la voie au Messie non en enseignant la rhétorique, ou la dialectique, ou la sophistique, mais en prêchant la repentance. » Il veut l'instruction gratuite : « Les pauvres ne sont pas tnoins précieux aux yeux de Dieu que les riches ; il faut donc que les instituteurs soient payés par la caisse publique. » Il veut aussi des écoles pour les filles : « Comme le christianisme ne connaît pas la différence des sexes, qu'on établisse des écoles de filles, dirigées par des femmes respectables, pieuses et instruites, qui leur apprennent la lecture et les ouvrages de leur sexe. » Il exprime avec originalité sa théorie de la prédication. Il répudie la méthode savante et scolastique de son temps. L'Evangile étant le pain des simples, il faut le leur distribuer en toute simplicité de cœur, mais avec un esprit de prophète. « La -grandeur et l'excellence du prophète ne dépendent pas de son éloquence, de sa science, de sa connaissance des langues, de son apparence, de son âge, de son expérience, non plus que du pouvoir de faire des miracles, mais de l'œuvre du Saint- Esprit. Il faut, pour annoncer la vérité, de la simplicité, de la pureté, du zèle. Lorsque tu remplis la fonction de prophète, examine souvent ton cœur pour savoir qui te fait agir, de la chair ou de l'esprit. La prière et la méditation sont la vraie préparation pour la prophétie ; le prophète doit se laisser guider en toutes choses par l'esprit de Dieu. Les paraboles, les exemples et tous les autres moyens mis en œuvre doivent être subordonnés au but à atteindre. On ne doit prêcher que lorsque la prédication peut être utile à l'assemblée et au prédicateur. Elle n'est utile au prédicateur, que lorsqu'il se sent poussé à parler par l'esprit du Seigneur et purifié de toute passion terrestre ; elle né
lui est profitable qu'alors que, préparé à sa tftche dans le tremblement et la crainte, ne se confiant qu'en Dieu seul, il ne monte en chaire qu*avec le désir ardent de sauver les âmes et de glorifier son Dieu. » Nous lisons ces belles déclarations, dont aujourd'hui encore on peut faire son profit, dans un traité qu'il publia à Strasbourg en mars 1526 : Commentarii de Prophelia^ Erudilione et Linguis deque lUlera et Spirilu. — Dès son arrivée dans la Hesse, Lambert rédigea, sur la demande du landgrave, un certain nombre de thèses sur la doctrine des Ecritures et la réforme de l'Eglise, pour servir de base à une discussion publique qui allait s'engager dans la petite ville de Homberg, entre le réformateur et les prêtres de ce pays. Ces thèses furent affichées aux portes des églises, sous le nom de Paradoxes, et elles rappelaient par leur netteté, leur précision, leur hardiesse, les fameuses propositions de Luther, du 31 octobre 1517. Citons-en quelques-unes : « Tout ce qui est déformé doit être réformé. La parole de Dieu seule enseigne ce qui doit l'être, et toute réforme qui se fait autrement est vaine... La parole de Dieu est la véritable clef. A celui qui croit à la parole, le royaume des cieux est ouvert, et à celui qui n'y croit pas, il est fermé. Quiconque donc possède vraiment la parole de Dieu a la puissance des clefs. Toutes les autres clefs, tous les décrets des conciles et des papes, et toutes les règles des moines n'ont aucune .valeur... Depuis que le sacerdoce de la loi est aboli, Christ est le seul, immortel et éternel sacrificateur, et il n'a pas besoin de successeurs humains. Ni l'évêque de Rome, ni qui que ce soit au monde, n'est son représentant ici-bas. Mais tous les chrétiens sont et ont été, depuis le commencement de l'Eglise, participants de son sacerdoce... Le mariage est permis et honorable pour tous, même pour les nonnes et les moines. » La discussion publique s'ouvrit, le dimanche 26 octobre 1526, dès sept heures du matin, dans la nef de l'église principale de Homberg. L'afQuence était énorme. Le premier conseiller de Philippe, Jean Feige, exposa le but de la réunion, le prince étant présent, et déclara que toute liberté serait donnée aux champions qui voudraient attaquer les thèses de Lambert. Celui-ci se leva, et devant cette foule émue dont la sympathie se manifestait parfois par des murmures approbateurs, il soutint avec beaucoup de talent et de foi ses propositions par la seule parole de Dieu. Dans la séance de l'après-midi, le chapelain du landgrave lut et expliqua ses thèses en langue allemande, et il offrit la parole à ceux qui voudraient les attaquer. Un seul opposant se présenta : c'était le frère gardien des franciscains de Marbourg, Nicolas Ferber. Comme l'heure était avancée, on renvoya la discussion au lendemain. Le moment venu, le champion du pape commença son discours en contestant au prince le droit de convoquer un synode ; puis, il se mit à lire un long et fastidieux plaidoyer du catholicisme qui provoqua maintes fois les moqueries de l'assemblée. A la fin, il proféra des injures contre le landgrave, qu'il accusa de pousser à la réforme pour pouvoir s'emparer des biens des cou^ vents, et contre Lambert, qu'il représenta comme un moine apostat
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qui avait fui d'Avignon pour des motifs peu honorables. Le prince, dans sa réponse, resta calme et digne. Lambert conserva sa dignité, mais éclata en vives saillies avec une impétuosité toute française» Il expliqua pourquoi il avait rejeté le capuchon du moine ; il établit par Tautorité des saintes Ecritures le bien fondé de ses propositions, tandis que son adversaire ne s'était appuyé que sur les opinions des hommes. Et faisant allusion aux menaces que Ferber lui avait faites, il termine par cette violente apostrophe, qui est comme un cri de victoire : « Pour toi, fais, écris, publie tout ce que tu voudras, rassemble tous les moines des quatre vents; avancez- vous montés qui sur des chariots, qui sur des chevaux ; moi, un pauvre pécheur, moî un enfant de Christ, moi la brebis de sa pâture, plein de confiance dans mon Sauveur, je combattrai contre vous, seul avec la fronde de David ! » Le troisième jour du synode, un nouveau défenseur du papisme se leva, le vieux curé de Waldau, près deCassel, Jean Sperber; il essaya de prouver la doctrine de la médiation de la vierge Marie ; mais Lambert répliqua avec tant de puissance que ce fut poifr lu» l'occasion d'un nouveau triomphe. Le 2 janvier 1527, un second synode fut convoqué par le landgrave à Marbourg; le catholicisme* fut encore vaincu, et le prince put procéder légalement à la réformede l'Eglise et à l'introduction du culte évangélique dans ses Etats. Les ordonnances ecclésia^iques qui furent promulguées à cette occasion reproduisaient les principes et les idées exposés par Lambert^ dans ses divers ouvrages et dans ses thèses de Homberg. Elles étaient formulées dans trente-quatre chapitres. On a dit avec raison quec'était « l'un des monuments les plus édifiants de l'époque de la réforme. » Luther combattit vivement cette constitution évangélique.: il lui reprochait de méconnaître les besoins du temps et de rompretrop brusquement avec la tradition historique. La théorie du réformateur de la Hesse était, convenons-en, assez idéale, car l'autorité donnée au peuple chrétien supposait des membres de l'église pieux,, éclairés et vivants ; mais la théorie du docteur de Wittemberg, qui admettait les princes comme représentants du peuple, n'en est pas moins très dangereuse, et l'histoire des trois derniers siècles, comme l'histoire d'aujourd'hui, s'est chargée de prouver que l'ingérence de TEtat dans les affaires si délicates de doctrine et de discipline est aussi fatale pour l'autonomie que pour la vie de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, c'est au Français Lambert d'Avignon que revient l'honneur d'avoir, le premier, fait reposer la constitution ecclésiastique sur la large base de la démocratie. Notre réformateur avait habité Gassel pendant les premiers temps de son séjour dans la Hesse ; mais il fut appelé à Marbourg comme professeur d'exégèse : cette université fut inaugurée le 1*' juillet 1527. Il était enfin au poste qui lui convenait, et, grâce à la générosité du prince qui pourvut à ses besoins matériels et à ceux de sa famille, il goûta quelque repos. Deux choses pourtant venaient de temps à autre troubler sa quiétude : le mauvais vouloir de ses collègues allemands à son égard, qui provenait d'incompatibilité d'humeur et de divergences sur quelques points de
doctrine, et la désunion profonde qui existait entre les principaux représentants des diverses Eglises évangéliques au sujet de la sainte cène. Il applaudit au projet du landgrave de réunir ces représentants en un colloque fraternel. La réunion eut lieu % Marbourg dans les premiers jours d^octobre 1529. Luther et Mélanchthon étaient venus, en même temps que Zwingle, Bucer, ÛEcolampade. Lambert s'était montré jusqu'alors très attaché aux sentiments de liuther sur Feucharistie ; mais il y renonça loyalement après avoir entendu les arguments présentés par les réformateurs de Zurich, de Strasbourg et de Bàle. Et toujours sincère avec lui-même il voulut que son changement ne restât point caché : « Je veux, écrit-il de son lit de mort à Tun de ses amis de Strasbourg, que le monde entier sache que je suis arrivé^ une opinion tout à fait opposée (à celle de Luther) sur le repas de la cène. » Après avoir expliqué comment ses idées se sont radicalement modifiées sur ce point au colloque de Marbourg, il écrit à ce même ami ces nobles et touchantes paroles qui réfutent victorieusement les reproches de u légèreté » que les amis de Luther lui faisaient : « Je ne me sens coupable d'aucune faute ; aussi puis-je mépriser ces attaques. Eh quoi I Paul serait un homme léger, pour avoir passé du pharisaïsme à Jésus-Christ l Nous protestants, nous serions des gens légers pour avoir abandonné ces sectes erronées que Ton appelle les Eglises du pape I Certes, si je n'avais écouté que mes infirmités corporelles, ma pauvreté et les dangers de la fuite, je fusse resté dans mon ancienne foi, mais ma conscience ne me l'a pas pei^ mis. Mieux vaut tout souffrir que de ne pas rendre à la parole de Dieu l'honneur qui lui est'dû. Que me serviraient toutes les commodités de l'existence, si j'étais dévoré par la maladie pestilentielle d'une conscience angoissée? C'est pourquoi je préférerai toujours la paix de l'âme à tous les agréments de la vie terrestre. Ceux qui condamnent ma conversion, ne savent pas ce qu'ils condamnent. Peutêtre qu'un jour leurs yeux s'ouvriront... AmenI » Lambert mourut deja peste, le 18 avril 1530, et quelques mois après, sa femme et ses enfants furent aussi enlevés. Sa dépouille mortelle repose à Marbourg, dans la chapelle de Saint-Michel, en face de l'église de Sainte- Elisabeth. — Voyez Herminjard, Correspondance des réformateurs^ t. I et II; Hassencamp, Fr. Lambert von Avignon^ Elberf., 1860; Baum, Lambert von Avignon, Strasb., 1840; Merle d'Aubigné,^i5r. delaRéformation^ III; Louis Rufïeif Lambert d* Avignon, le réformateur de la Hesse, 4873. Cu. Dardier.
LAMBERT (Joseph) naquit à Paris le 28 octobre 1654 et mourut dans la même ville le 31 janvier 1722. 11 était fils d'un maître des comptes et se voua à l'état ecclésiastique, il fut ensuite docteur de Sorbonne et prieur de Saint-Martin de Palaiseau. A l'âge de trente ans, il se fit connaître comme prédicateur de mérite dans l'église de Saint-Andrédes-Arcs, sa paroisse. Ses sermons attirèrent un grand concours d'auditeurs autour de sa chaire, parmi lesquels se trouvaient des protestants dont il n'était pas le moins goûté. La pluralité des bénéfices, si commune de son temps, lui paraissait un scandaleux abus. C'est à
sa demande que la Sorbonne fit une ordonnance par laquelle toute thèse dont le signataire se serait désigné titulaire de plus d*un bénéfice serait, ipso facto, déclarée nulle. A une étude profonde de l'Ecriture sainte et des Pètes de l'Eglise, il joignait une piété tendre et une grande douceur de caractère. Humble et d'un commerce aimable, ce bon prêtre, mu par une charité vraiment chrétienne, consacrait aux pauvres ses biens et ses travaux, sa bourse et sa personne. Il s'était voué pour ainsi dire au service de la pauvreté pour la «ecourir et à celui de Tenfance pour la protéger. Employant les revenus* de son prieuré aux besoins de la paroisse même de Palaiseau, il y fonda des écoles ainsi qu'en plusieurs autres localités. Il a beaucoup écrit et presque toujours en vue des pauvres et des gens' de la campagne. Ses ouvrages principaux sont les suivants : Vannée é^angèliqut, ou ITomèUes,! \ol., 1692-95; en 8 vol., 1740; Discours sur la vie ecclésiastique, il02, 2vpl.; Passages les plus touchants des psaumes ^ 1705; Passages les plus toucfiants du Nouveau Testament, 1706; Epîtrcs et Evangiles de l'annéei ni3; La manière de bien instrïtire les pauvres ei en particulier des gens de la campagne, 1717 ; ouvrage excellent, plein de science pratique, et qui est trop peu répandu ; il renferme de précieuses directions pour l'exercice du ministère évangélique ; Le diretien instruit des mystères de la religion et des vérités morales, par les propres paroles de l'Ecriture sainte, avec de courtes réflexions, 1729; ouvrage posthume plein d'expérience et d'onction.
LAMBERT (Bernard), né l'an 1738 à Salernes en Provence, et mort à Paris le 27 février 1813, âgé de soixante-quinze ans. Il entra chez les dominicains et prononça ses vœux d'ans le couvent de Saint- Maximin dont les religieux avaient été interdits par Tarchevèque d'Aix, M. de Brancas, à cause de leur attachement à la doctrine janséniste. Pleinement attaché aux principes de. ses maîtres, il en devint bientôt l'un des soutiens les plus actifs et les plus ardents. Devenu professeur ^en théologie, il publia des thèses qui eurent un grand retentissement et qui lui attirèrent les censures de Rome. Il professait alors à Limoges, mais le décret qui avait mis ses thèses kV index le contraignit de quitter cette ville. Il se rendit alors à Grenoble où il fut professeur jusqu'à la mort de M. de Gaulet. A cette époque, le siège archiépiscopal de Lyon était occupé par le célèbre M. de Montazet ; ce prélat, qui recueillait autour de lui les ecclésiastiques opposés aux 'doctrines des jésuites, appela le père Lambert dans son diocèse, le mit dans son conseil et en fit son théologien. Plus tard, le père Lambert vint à Paris. M. de Beaumont, qui en était alors archevêque, était aussi, comme on sait, l'adversaire déclaré des jansénistes auxquels il faisait une guerre qui lui a valu une sorte de célébrité; il refusa bien entendu de recevoir le père Lambert dans son diocèse. Toutefois, quelques évêques plaidèrent en sa faveur et il put revenir à Paris à la condition de n'écrire que contre les philosophes et les incrédules, condition qu'il ne viola point et dont il se crut aflTranchi par la mort de celui qui la lui avait imposée. Lé père Lambert a été untécrivain aussi ardent que fécond ; la chaleur qu'il apportait dans
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Texposition de ses sentiments et dans la défense de ses convictions, lui a attiré le reproche d*aToir manqué parfois de mesure et de modération. Son style, autrement, ne manque pas d'une certaine noblesse ; il est toujours clair et précis. Ce religieux, pénétré de l'esprit de sa vocation et du zèle sacerdotal, a été comme le dernier représentant de Técole janséniste dont il a reproduit la piété pendant sa vie et à laquelle il est demeuré attaché jusqu'à sa mort. — Les ouvrages du père Lambert sont innombrables, nous n'en citerons que quelques-uns parmi les plus connus : Apologie de réiat religieux, s. d., in-i2; De lUmmolation de N,'S. J.-C, dans le sacrifice delà messe j in-i2; Traité sur le sacrifice de J.-C.j 1778; Requête des fidèles aux évéques de France, 1780; Recueil de passages sûr Vavènement intermédiaire de JésiU'Christ, soumis à V éditeur de M, Vévêqae de Lescar (de Noé), sur Vétat futur de V Eglise, Paris, 1785|in-12; il fit aussi des Remarques sur ce môme discours de M. de Noé, dont il était l'ami; Idée de Vœuvre des secoxirs selon lessentiwents de ses véritables défenseurs, Paris, 1786 ; on regrette de voir, dans cet écrit, un homme aussi instruit et aussi éclairé que le père Lambert se montrer favorable aux convulsions et s'en constituer le défenseur ; Traité dogmatique et moral de la justice chrétienne, 1788, in-12; Avis aux fidèles, ou Principes propres à diriger leurs sentiments et leur conduite dans les circonstances présentes, Paris, 1791 ; Avertissement aux fidèles sur les signes qui annoncent que tout se dispose pour le retour d'Israël et Vexécution des menaces faites aux gentils apostats, 1793; Devoirs du chrétien envers la puissance publique ou principes propres à diriger les sentiments et la conduite des gens de bien aumilieu des révolutions qui agitent lef empires, Paris, 1793; Apologie de la religion chrétienne et catholique, contre les blasphèmes et les calomnies de ses ennemis, Paris, 2* éd., 1796 ; La vérité et lasainteté du christianisme vengées contre le livre de /'Origine des cultes, de Dupuis, 1796 ; Manuel du simple fidèle, 1803 ; Exposition des prédictions et des promesses faites à V Eglise pour les denners temps de la gentilité-, Paris, 1806, â vol. in-lâ, ouvrage dans lequel l'auteur admet la doctrine du Aillénarisme, et les théories protestantes qui* voient l'antéchrist dans le pape. Ce livre, chose étrange, très en honneur chez les chrétiens darbystes, parait avoir été la source, avec lelivredeLacunza,où M. Darby et les théologiens de son école semblent avoir puisé leurs doctrines particulières. A. Maulvault.
LAMBRUSGHINI (le cardinal Louis) fut l'un des pe/sonnages les plus importants de la curie romaine sous les pontificats de Léon XII, de Pie VIII et de Grégoire XVI. Né le 16 mai 1776, il entra de bonne heure dans l'ordre des barnabites et obtint rapidement, grâce à son savoir, à sa piété austère et à son caractère dominateur et intolérant, les plus hautes charges de l'Eglise, excepté le pontificat. Archevêque de Gôn'es en 1819, il reçut plus tard les évêchés de Sabina, de Porto, de santa Rufina, de Civita-Vecchia, et en 1831 le cardinalat. Nonce de Léon XII (1829-1830) auprès de Charles X, il soutint ce dernier de toutes ses forces et l'on croit même que ce fut lui qui le décida à publier les ordonnances attentatoires à la charte qui firent éclater