‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 14 sur 170 · ISRAËL — ITALIE · texte numérisé non relu

ISRAËL — ITALIE

Seinecke, Geschichtè des Volkes Israél, 1876. L'histoire d'Israël (Geschiehte Israêls) de Wellhausen, dont la première partie (1 vol.) a seule paru (Berlin, 1878), est tout particulièrement remarquable par sa critique approfondie des sources et la rigueur de son plan ; cf. la partie consacrée aux livres historiques de la Bible dans la 4* éd. de Vlniroduction à VÂncien-Testarnent de Bleek, due au même savant (Berlin, 1878). Voyez aussi Die geschichtlichen Bûcher des alten Testamenis de G.-H. Graf, 1866. — La Hollande a vu paraître une histoire complète de la religion d'Israël {De Godsdiensi van Israël tôt den Ou'dergang van der Joodschen staat), par Kuenen, de Leyde, 2 vol., 1869-1870; c'est un ouvrage capital. Citons encore en hollandais De laatsteeuwen van Israël* sVolksbestaan (les derniers siècles de l'existence du peuple juif), 2 vol., La Haye, 1877-1878, par le D^ H. Oort. — Pour la France nous citerons en première ligne la Bible, par Ed. Reuss, particulièrement le volume consacré aux livres des Juges, de Samuel et des Rois, intitulé : Histoire des Israélites depuis la conquête de la Palestine jusqu'à Vexil, qui renferme un Résumé de V histoire des Israélites jusqu'à la destruction de Jérusalem (p. 3-75). On consultera également avec profit la compilation si exacte et si soignée de S. Munk {La Palestine, 18i5), bien que le point de vue critique en soit arriéré. L'ouvrage de M. Derenbourg (Essai sur V histoire et la géographie de la Palestine^ Paris, 1867) mérite une mention spéciale. — L'historien Josèpl^e, dont les ouvrages complètent les renseignements fournis par l'Ancien Testament, a été publié à Paris chez Didot : Flavii Josephi opéra, grxce et latine, etc., 2 vol., 1865. M. de Saulcy en a tiré parti dans ses ouvrages intitulés : Les derniers jours de Jérusalem, 1866 ; Histoire d'Hèrode, 1867, et Sept siècles de Vhistoirje judaïque, 1874. Voyez encore pour l'époque du second temple les chap. iv et viii-xi du Judaïsme, par E. Havet, Paris, 1878. — La partie ancienne de rhistoire d'Israël est traitée d'une façon remarquable dans V Histoire ancienne des peuples de VOrient, de Maspero (2* éd., Paris, 1876), et dans la Geschiehte des Alterthums (Histoire de l'antiquité) de Max Duncker (4« éd., vol. I-IV, 1874-1877). Nommons enfin la publication toute récente, mais médiocre, de M. Ledrain : Histoire d'Israël (première partie), Paris, 1879. Maurice Vernes.

ISSAGHAR [Issàkàr; Icaaxap], cinquième fils de Jacob et dont la mère fut Lia (Gen. XXX, 17 ss. ; XLVI, 13) ; il est le chef de la tribu du môme nom (Nombr. XXVI, 25; cf. I, 29), qui occupait le district en deçà du Jourdain, entre les tribus de Manassé, d'Ëphraïm, d'Asser et de Zabulon (Jos. XIX, 17 ss.). Montagneux à l'Est et au Sud, ce territoire était fertile et très propice à l'agriculture (Gen. XLIX, 14; Deut. XXXIH, 18; cf. Josèphe, Amt^., 15,1. 22).ll comprenait la riche plaine d'Esdrélon (voyez cet article). Les habitants avaient la réputation d'être des hommes prudents, avisés et pratiques (1 Ghron. XII, 32).

FTALA. Voyez Versions bibliques.

ITALIE (La Réforme en). Observons avant tout que les nombreux documents qui devraient éclairer notre étude commencent à peine

à être connus (Venise, Milan, Florence, Londres, Dublin dans le Bristish Muséum et le Trinity Collège), que les archives de Rome sont inabordables et qu'à l'exception des récents travaux de MM. K. Benrath, De Leva, E. Gomba, E. Bôhmer, J. Bonnet, il règne dans les ouvrages protestants et catholiques sur la réforme italienne beaucoup de confusion, beaucoup d'arbitraire et de passion confessionnelle dont on a tous les droits de se défier. D'autre part les comptes rendus des procès du sainl-ofQce, qui nous sont connus et qui sont déjà nombreux, sont hérissés de contradictions, d'interrogations captieuses, de suppositions, de soupçons gratuits de la part des inquisiteurs ; et de réticences, de réponses à double ou à dem^-sens, de négations ^ généreuses, de fausses révélations arrachées par les tortures, de la

* part des hérétiques sous procès (voyez procès de Carnesecchi, ^«ceW. di Storia lialiana^ t. X, 1870; les procès de P. P. Vergerio, B. Lupetino, publiés par M. Gomba, Rivista chritiana, 1873-75; le procès de Morone, Eretici d'Iialia de G. Gantù, 1. 11). Les données sur la vie

♦ des réformateurs et des réformés italiens sont souvent enveloppées dans des ténèbres que les faits généraux et connus de l'histoire ne réussissent pas à dissiper. L'activité des principaux réformés italiens est mieux et plus sûrement connue après leur exil ou aux approches de leur martyre, malgré les insipides déclamations de leurs détracteurs, de G. Gantù surtout^ — Les causes qui auraient dû faire naître et favoriser la Réforme en Italie furent pour la plupart précisément celles qui l'anéantirent avec les violences du bras séculier. La corruption multiforme de la cour de Rome vers la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, l'opprobre du ministère catholique qui indignaient les chrétiens du Nord étaient un spectacle trop ordinaire en Italie, pour y produire un mouvement sérieux. Plusieurs hommes de cœur et de génie (Arnaldo de Brescia, Dante, Pétrarque, Valla, Bracciolini, P. Battista di Mantova, Savonarola, Egidius de Viterbe, Pic de la Mirandola) et les conciles de Pise et de Latran avaient demandé la réforme de l'Eglise, mais en vain, comme on le vit trop bien sous le court pontificat d'Adrien VI (1521-22). Accablé par les outrages et l'opposition des créatures de Léon X il renonça successivement à tous ses projets de réforme qu'il avait rêvés pour attirer les luthériens. La renaissance des lettres, plus vivace en Italie que partout ailleurs, qui aurait dû conduire à la renaissance du dogme évangélique l'exégèse sacrée, bien qu'elle ait produit cet effet chez plusieurs pieux érudits qui publièrent des traductions de la Bible et des commentaires (Malermi, Manetti, Giustiniami, Bruccioli, Sancte Pagnini, Sadolet, Glario, Marmocchinî Teof. Massimo, Filippo Rustici, etc.) fut au contraire, dans les lettres et dans le clergé italien, la renaissance d'un paganisme incrédule et cynique, railleur et lâche, qui s'installait sans vergogne jusque sur le trône pontifical et qui adorait publiquement par crainte ce qu'il brûlait tous les jours dans ses orgies. La cour de Léon X, « créé pape par les dieux immortels, » ses débauches, ses propos profanes dans lesquels le Ghrist est appelé Minerve, le Saint-Esprit

Zéphir ; où l'astrologie a beaucoup plus d'autorité que l'Ecriture ; les luttes des écoles platonicienne, aristotélique et alexandrine suivies avec intérêt par le pape qui excommuniait Luther, en sont un exemple frappant. Le biographe de Paul IV (A. Garacciolo) affirme qu'il n'y avait personne à la cour de Rome qui ne crût devoir, poursui\Telamode, faire parade de quelque opinion hérétique. Il en fut ainsi sous Clément VII et au commencement du pontificat de Paul IIL Pendant le règne violent du saint-office les afficheurs d'hérésie et les méchants philosophes surent sagement se taire. Les grands, dépendant du saint-siège après que leurs libertés eurent été détruites par Alexandre VI, le clergé, les hommes de lettres étaient liés par une foule d'intérêts à la religion romaine. Le bas peuple, la bourgeoisie ^dépendant de la noblesse et plongée dans une ignorance qui n'a'd'égale que celle qui distingue aujourd'hui encore certaines populations catholiques, se trouvaient dans la même position. De là, un abîme entre la conscience et la foi ; de là, la mort du sentiment religieux que les cendres de Savonarole n'avaient pu réchauffer ; de là, en un mot, ce manque de convictions, ce scepticisme railleur, hypocrite, bigot, poltron et rusé qui défie toute analyse morale et que nous voyons personnifié dans Boccace, dans l'Arétin, l'Arioste, Léon X, les cardinaux Bembo, délia Casa, Bibbiena, et même dans les grands historiens Guicciardini et Machiavelli. Si nous ajoutons à ces. vices originels de l'éducation romaine les cruelles fureurs de l'inquisition nous comprendrons aisément* que la Réforme n'ait pu s'établir solidement en Italie.

ISentMives de Réforme dam V Eglise romaine. La corruption de Rome qui avait soulevé de si vives protestations blessait profondément plusieurs âmes pieuses, sincèrement attachées à Rome et à ses traditions et qui, avec plus de délicatesse et d'à propos qu'Adrien VI, essayèrent d'y porter remède. Ce ne sont pas les prélats français qui attaquent Rome au concile de Pise pour aider à la politique de Louis XII, ni les prélats italiens de Latran (1512-1517) complètement soumis au pape ; ce ne sont ni les vaines demandes de Chierigato à la diète de Nuremberg, ni les fallacieuses promesses de Campeggio, qui à Cologne voulait diviser la Réforme pour l'anéantir. Ce sont d'abord des tentatives individuelles, puis un vénérable conseil approuvé par le pape Paul III, qui travaillent à la réforme de l'Église mmembrU pour faire place bientôt (1542) au bras sanglant du saintoffice, lorsque -toujours plus effrayé des conquêtes de l'empereur, Paul III abandonne ses faux penchants vers certaines réformes réclamées par les protestants et les catholiques. Lorsque les écrits des réformateurs commencèrent à circuler en Italie, et même à y être imprimés, sous des pseudonymes où sous le nom de prélats catholiques (en 1519, P. Calvin de Menaggio introduisit en Italie des lettres de Luther et des ouvrages latins des réformateurs allemands. De 1520-1525 les ouvrages de Luther, les Loci communes deUélRnchihon sous le nom d'Hippophile de Terra Negra et plus tard ceux de Bucer « Arezio Felino », de Zwingle, Abydemus Corellus et Coriccio CogeliOf

etc., etc.), les besoins et les idées de réforme furent plus pressants même au sein du clergé attaché à Rome. Gaetano Thiene, homme pieux etfanatique, fonde à Sainte-Dorothée Toratoire de TAmourDivin, avec cinquante amis, pour résister à la corruption de Léon X; puis des unions semblables à Venise, à Vérone, à Brescia. Il s'unit à Tambitieux et inquiet Garalfa (Paul IV en 1555) pour créer Tordre des théatins avec Colle et Gonsiglieri, sur le Monte Pincio. Leur but est de convertir les hérétiques, de rendre au culte sa simplicité et sa décence évangéliques , d'abolir les abus des ordres mendiants, de redonner à la Rome papale sa puissance et sa splenxlenr: Admirables pendant le sac de Rome (1527), les théatins s'établirent à Venise, à Milan, à Naples où ils furent les plus zélés dénonciateurs et persécuteurs des hérétiques et prirent le nom de chieliuij de Ghieti, évêché de J. P. GarafTa. L'ordre eut des imitateurs dans les somaschi, les barnabites, les prêtres mineurs, les ministres des infirmes, etc. Tous ces moines voulaient la réforme des mœurs, mais leur fanatisme romain les rendit les plus grands adversaires de la Réforme. Plusieurs villes italiennes désiraient un concile pour la réforme de VEglise dans VEglise^ comme le prouve une lettre écrite de Bologne à Jean Planitz, ambassadeur saxon auprès de Gharles-Quint, (1533). Nous en détachons un fragment important : « Nous vous supplions et vous conjurons au nom de Jésus d'employer tous les moyens auprès de l'empereur pour hâter cette convocation tant désirée et si nécessaire ; et il est presque impossible que vous ne réussissiez pas puisque S. M. sait que le concile est désiré, attendu, « soupiré » par les villes les plus religieuses de l'Italie et par Rome elle-même. » Nous verrons comment le concile répondra aux vœux des Bolognais. — Les ardents souhaits de la meilleure partie du clergé italien sont en outre clairement exprimés dans le célèbre Consilium de emendanda Ecclesia, Paul III, assailli parles demandes des peuples chrétiens au sujet du concile, menacé par ses courtisans, effrayé par les rapides victoires de l'empereurr plongé dans un népotisme scandaleux, oscillait entre la réforme et l'empereur et choisit pour temporiser une voie mitoyenne dans laquelle il se garda bien de s'engager définitivement. Quoi qu'en disent les historiens catholiques (card. Quirini et G. Gantù surtout), Paul III n'avait qu'un désir apparent de réformer l'Eglise, et une lettre de 1548 (?) écrite par Ochinus selon les uns, par P. P. Vergérius selon les autres, bien qu'exagérée, nous en donne le motif, avoué d'ailleurs par le pontife lui-même lorsqu'il disait vers la un de sa vie : Si met non fuissent dominaii, tune iinmaculatus essem. Son amour pour P. Louis Farnèse l'entraîna à des actes infâmes, mais cet amour paternel ne peut l'excuser ; un pape incestueux, astrologue, simoniaque comme lui, n'a jamais pu désirer la réforme de l'Eglise, comme il le laissait croire au Consilium novemvirale chargé par lui d'étudier la question, sous la présidence du pieux Gontarini qu'on l'accuse même d'avoir fait empoisonner (voyez Lettre de F. Bernar- .dino a P. P. Paulo IIP, Rivista Cristiana, août 1874). Ses abus étaient si connus que Pasquin afficha à son adresse ce distique : « Utcanerent

data tnuUa olim- sunt vatibus sera. Ut taceam^ quantum tu mt/tî, Paule, dabis f et sur son népotisme : Zelus domus sux comedit illum ! G. Gontarini, estimable à tous égards et qui connaissait mieux que les modernes apologètes du catholicisme les causes morales de laRéforme allemande, nourrissait l'illusion de la possibilité d'une réforme catholique i» capù« e< metnftris (voyez art. Contarini). Sous son influence et celle de Sadolet on parla de réformes à introduire dans la chancellerie, répiscopat, les mœurs du clergé, la pénitencerie, la daterie, la juridiction de la rote, etc., dans un consistoire de janvier 1536, et le pape nomma un conseil de quatre cardinaux et de cinq prélats pour les étudier et en rapporter (Gontarini, Polo, J. P. GarafFa, Sadolet, Fregoso, Giberti,» Badia, Gortese, Aléandre), Le cansiliumqui dut faire son rapport en 1537 fut publié à Rome en 1538, et bien que Quirini affirme qu'il n'a été mis à l'index que parce que les luthériens l'avaient publié avec commentaires, il nous suffit de savoir que Paul III n'en tint aucun compte, que Paul IV le condamna, bien qu'il en eût fait partie et que les réformes proposées ne s'effectuèrent jamais. Le ConsUium invitait le pape à détruire les abus de sa cour, à arrêter les progrès de l'hérésie en donnant l'exemple d'une vie pure et d'un culte chrétien ; il attaquait vivement les scandaleuses collations et accumulations de bénéfices, la simonie, le népotisme, l'ambition démesurée .des papes et des cardinaux, l'ignorance du bas clergé, les livres d'Erasme lus et commentés dans des « écoles d'impiété. » Nous trouvons pour le moins dix-huit sévères remontrances, commençant avec les mots « alius abusus » et qui devaient pénétrer comme un aiguillon dans la chair même du pape (voyez Cons, delectorum card. et alior, prxlat. de emendanda ecclesia S, D, N. D. Paulo III'' ipsojubente eonscriptum et exhibiium, Romse, 1538; Schelhom, De consilio de emendaiida ecclesia.,. ad Emin. Rev. A. M. card. Quirinum, Tiguri, 1748). — L'illusion de ces hommes, animés de bonnes intentions, fut bientôt dissipée, malgré les sévères avertissements de Gontarini qui osait écrire: «Quoi déplus contraire à la loi du Ghrist, loi de liberté, que de dire les chrétiens esclaves du pape, comme s'il pouvait, suivant sa volonté et ses caprices abroger, proclamer et promulguer des lois!... un tel gouvernement ne pourrait convenir ni à des chrétiens, ni à des hommes libres. L'autorité du pape doit être dirigée par la Parole de Dieu, la raison et la charité. » Tous les prélats du Consilium^h l'exception d' Aléandre, plus tard persécuteur dans les Pays-Bas, et du terrible Garaffa, admettaient dans le sens d'un luthéranisme mitigé la doctrine de la justification par la foi et presque tous furent plus tard suspects, comme hérétiques, à leur bouillant collègue (Paul IV). Fregoso chérissait le Beneficto di Gesù Crisio; Polo fut souvent sous imputation d'hérésie, bien que sa conduite dût l'en dispenser ; Giberti désirait que c< Jésus crucifié » fût prêché dans son diocèse et fit publier en 1541 les Actes du concile de Gologne, œuvre de Vied, plus tard luthérien. Ami dé Fregoso et de Polo, il eut sur ce dernier une grande influence et favorisa la prédication de l'Evangile à'Bergame, à Modène, à Brescia et à Vérone. Tous ces personnages

admettaient la doctrine chrétienne de la justification par la foi, mais sans oser en faire découler les mêmes conséquences doctrinales et ecclésiastiques comme le faisait la Réforme proprement dite. Dans le procès de Gamesecchi, Giberti est souvent cité comme très suspect avec plusieurs autres personnages qui n'appartinrent toutefois jamais à la Réforme italienne. Gontarini même, après les avortements de la diète de Ratisbonne, après ses publications sur la justification, sur la puissance du pape in mu clavium^ après son ingérence conciliante dans les débats de Modène et la tournure dogmatique de Trente, aurait été emprisonné si la mort ne Feût enlevé, pur et sans reproche, en 1542. Reconnaissons toutefois que ce n'est que par « trop de zèle » que Paul m et surtout ses successeurs persécutèrent des cardinaux et des évoques suspects. Sous Paul IV et après lui, l'animosité d'un cardinal contre Thérésie était la voie la plus sûre pour arriver à la tiare ; aussi jusques à Paul Y (1603) voyons-nous peu à peu disparaître les vestiges de la foi chrétienne. Les prélats italiens qui caressaient quelques désirs de réforme les abandonnèrent après le concile (1545-1563), et sous le pontificat rigide de Ghislieri (Pie Y) ils n'en gardaient, apparemment, pas même le souvenir. Il n'est pas exact de dire (Gantù, Quirini, etc.,) que le protestantisme revendique comme sien le cardinal Reginald Polus ; il. connaît trop bien ses fluctuations politiques et doctrinales pour vouloir s'honorer d'un tel personnage. Ses ouvrages sont strictement catholiques et toute sa gloire l'est aussi. Suspect et même sous procès parce qu'il avait retenu auprès de lui à Yiterbe les principaux réformés toscans et napolitains et qu'il leur permettait la lecture des livres hérétiques, bien qu'il ait adinis avec Gontarini (voyez Epistolœ R. Poli^ lll, 25-53) la doctrine de la justification, il fut réellement un des plus grands ennemis de la réforme italienne en persuadant à ses amis, à Flaminius surtout, de cacher hypocritement leur foi. Sa conduite après l'ouverture du concile et sa légation en Angleterre prouvent éloquemment que ses premières opinions réformées n'étaient qu'un jeu politique et que Paul lY aurait pu se dispenser de le mettre sous procès et de le soupçonner. Le Compendium JnquisUorum et l'extrait du procès de Gamesecchi le notent toutefois comme fort dangereux, le dernier laissant voir que Pie Y en 1566 doutait fort de la sincérité du testament de Polo, écrit dans un esprit tout à fait catholique romain. Les amis de Polo, Aloîs Priuli et Donato RuUo, que nous voyons toujours avec lui, partagèrent ses opinions, mais ne manifestèrent jamais ouvertement leur foi. Polo fut également le directeur spirituel d'une femme célèbre dans les lettres et par l'amour pur que lui voua le plus grand génie artistique du siècle, Michel-Ange. Yittoria Golonna, que A. Garacciolo place parmi les hérétiques, n'a jamais songé à se séparer de l'Ëgiise. Après la mort de son mari elle se dédia aux lettres et aux œuvres pieuses, mais comprenant que les macérations ne pouvaient la sauver, sous Tinfluence de Gamesecchi, de M. A. Flaminius, Polo, etc.. elle étudia TËcriture et le livre du Beneficio di Gesù Christo. Une brise légère de protestantisme s'échappe mystiquement de ses sonnets religieux, mais pour

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elle comme pour soa amant platonique Michel-Ange, TEglise et la pa* pauté n'avaient rien perdu, en principe, de leur autorité. Leur âme était toute prête pour la Réforme ; elle en goûtait les grandes doctrines, r autorité de la Bible, la justification sans les œuvres ; mais une foule de motifs extérieurs très avouables, puisqu'ils ne se doutaient pas de leur importance antireligieuse, nous empêchent de pouvoir les mettre loyalement parmi les réformés italiens (voyez dans les Rime di VUloria Colonna éditées par P. E. Visconti, Rome, 1840, les sonnets : // cieco amor del mondo.,., Veggio d*alga e di faiigo,.,, et surtout celui qui commence : « Qui jamais, à Theure suprême, craindra le coup mortel et cruel de la mort, s'il dirige, avec une foi parfaite, ses regards à Tàpre douleur du Christ sur la Croix?»}. Elle avait connu Yaldez en 1532 et de 1536-1539 les prédications de P. Martyr et d'Ochinus ; mais après la fuite de ce dernier (1542), sous rinfluence de son « oracolo » le card. Polo, elle ne voulut plus en entendre parler et remit à Cervini (Marcel II en 1555) une lettre du capucin fugitif. — Laissant de côté, dans cette rapide revue, Cortese, Folengo, Buonarici, Grimani d'Aquilée, qui furent suspects, Fregoso qui avait écrit sur le libre arbitre et sur la prédestination dans le sens réformé, jetons un coup d'œil sur le procès de Jean Morone, cardinal, évêque et légat ; il nous donnera une idée exacte de la valeur de ces soupçons d^hérésie qui pesèrent sur la vie de plusieurs dignitaires de TEglise romaine et qui les ont fait nommer protestants par des historiens peu consciencieux ou mal renseignés. La première cause du procès de Morone fut qu'il avait été impérialiste (il était fils du célèbre Girolamo Morone) : de là la haine de Paul III et de Caraffa, de là aussi les nombreux témoins intéressés qui déposèrent contre lui. Lié à Polo, Gortese, Contarini, etc., il nourrissait les mêmes opinions qu*eux sur la doctrine de la justification et sur le besoin d'une réforme dans FEglise ; il fut toujours tolérant et bienveillant envers les hérétiques de Modène et de Bologne. Plusieurs fois accusé d'hérésie sous Jules III et Marcel II, il fut emprisonné au château Saint-Ange avec délia Gava et Foscarari sous Paul lY. Aloïs Priuli fut alors privé de révèché de Brescia et Polo de sa légation en Angleterre. Ce dernier en écrivit au pape en ces termes significatifs : Quid aiiud nunc S. Y. parât nisiut mihi vUam eripial^ cum famam sanx Fidei eripere conatur. Morone, accusé d'avoir admis la justification par la foi, d'avoir parlé contre le mérite des œuvres, la messe, les reliques, etc., d'avoir lu et fait imprimer à Modène (par A. Gadaldino) le Beneficio di J. C, d'avoir protégé les prédicateurs hérétiques (Pergola et Pontremolo), d'avoir toléré et même averti les hérétiques des dangers de la persécution, etc., etc., Morone se défendit dans une apologie écrite en prison, reconnut les erreurs qu'il avait pu commettre par ignorance, se repentit dûment et sagement et après avoir été en prison jusqu'à la mort de Paul lY, fut réhabilité en plein conclave par l'inquisiteur Gfaislieri et reçut comme dédommagement la présidence du concile, Foscarari, emprisonné comme Morone^ iut relâché en 1558 et déclaré innocent en 1560 parce que ses délateurs n'avaient pas osé soutenir

leurs accusations. Plusieurs personnes d'ailleurs, avant les grandes persécutions et les décrets d*anathème de Trente, étudient l'Ecriture et les œuvres des réformateurs, discutant librement sur la réforme et sa nécessité ; mais après l'établissement définitif du saint-office (1342) il ne resta plus, comme nous allons le voir, à ceux qui professaient courageusement l'Evangile que l'alternative d'Ochinus : l'exil ou la mort; et à ceux que cette alternative terrifiait, que le silence ou l'abjuration.

II. La Réforme dans Vltalie du Nord. On pourrait grouper tous les faits de la Réforme dans le midi de l'Italie autour des deux personnages importants, Valdez et Camesecchi, qui la rendirent célèbre; mais non pas autour de A. Paleario (comme l'a fait M. Young), qui ne se déclara hérétique que vers la fin de sa vie. La Réforme dans le Nord, à Venise surtout, est indépendante de celle de Valdez, bien qu'elle en ait subi plus tard l'influence. Les œuvres des réformateurs allemands pénétrèrent de bonne heure dans Venise et y répandirent la connaissance de l'Evangile dans toutes les classes de la société. Avant môme que la voix de Luther se fît entendre nous y trouvons, au commencement du siècle, une réunion de personnes nobles et parmi elles la mère du cardinal Bembo, autour d'un docteur J. Marie de Bologne, qui expliquait l'Evangile en langue vulgaire. Dénoncé par un moine, le docteur fut emprisonné et la réunion dissoute. En 1520 les premiers livres de Luther, vendus et distribués dans la ville, furent saisis et brûlés par le patriarche Contarini, ce qui n'empêcha pas qu'on ne les y imprimât en cachette et qu'on ne pût écrire : « Le nom de Luther est ici dans toutes les bouches. » La politique et les relations commerciales delà république favorisaient l'introduction de la Réforme à Venise ; son gouvernement, oscillant entre les papes et les Césars, ne considéra jamais son intolérance contre les réformés que comme une mesure politique, comme le faisait cyniquement comprendre, plus tard, l'ambassadeur Tiepolo à Pie V. En eff'et, la république concède parfois à Rome et aux nonces les pouvoirs inquisitoriaux qu'ils réclament, mais souvent elle les leur refuse, suivant la marche des événements de ce siècle de luttes sans fin; et ces refus amènent des ruptures sérieuses et des combats diplomatiques acharnés entre, la fourberie vénitienne et la ruse romaine. Malgré l'indépendance dont elle se vante, malgré la pénétration qu'on lui attribue dans la distinction des deux pouvoirs, politique et religieux, nous ne pouvons toutefois partager l'admiration des historiens et surtout de l'archiviste Bartolomeo Gecchetti, pour la politique religieuse de Venise. Le respect de la vie des citoyens et la liberté de conscience qu'elle aurait dû proclamer à la face de Rome furent méprisés par elle, grâce à ses lâches et serviles condescendances envers l'inquisition. — Luther en 1528 se réjouit de ce que les Vénitiens reçoivent la parole de Dieu et il est, en 1529, en correspondance suivie avec I; Ziegler qui favorisait la Réforme à Venise. En 1530 les frères de Venise, écrivant à Mélanchthon par le moyen de L. P. Rosselli di Padoue, exhortaient le réformateur à demeurer ferme dans la foi pendant les débats de la diète d'Augsbourg qui allait s'ouvrir. Il est inexact

toutefois que Mélanchthon ait écrit plus tard au sénat de Venise (1538) pour l'inviter à la tolérance. Une dépêche de F. Gontarini démontre que le réformateur, tout en approuvant les pensées de cette lettre apocryphe, affirmait de ne l'avoir jamais écrite (cette prétendue lettre de Mélanchthon est citée presque in extenso par Mac Crie, C. Gantù et J. Bonnet). Le nombre des réformés vénitiens augmenta considérablement de 1530-1542, grâce aux prédications de quelques moines, grÂce à rinfatigable activité de Baldassare Altieri, secrétaire de Tambassade anglaise et correspondant de plusieurs princes allemands, grâce aux efforts de C. S. Curione et aux prédications d*Ochinus. VInformatio de Tévôque de Chieti, présentée à Clément VII, jette les hauts cris, constatant que Thérésie infecte même le clergé et les personnes notables, et Gerdès {Spécimen halix Reformais^ p. 57) affirme que les réformés vénitiens, peu molestés à cette époque,, avaient de nombreuses réunions et voulaient même s'organiser en congrégations publiques. — Pendant cette époque de paix relative nous trouvons déjà cependant quelques procès d'hérésie qu'il faut noter, car on ne fait dater en général les rigueurs du saint-office que de 1543. Gérôme Galateo, dont parlent VInformatio du cardinal théatin, Gerdès, Curione, les diarii mss. de Sanudo et dont Eus. Salarino écrivit la vie qui se trouve dans la Bibliothèque royale de Munich (polémique n* 1086 ; voyez Rivisla Crisliana, janvier 1873 ; Girolamo Galateo par E.Comba), franciscain, maître de théologie, prêcha l'Evangile dans le Padouan avant 1530, date à laquelle, sur Tordre de J. P. Garafifa, il fut emprisonné à Venise et condamné au feu par le légat. Le Conseil des Dix ne consentit ni à sa dégradation ni à sa mort ;mais G. Galateo demeura en prison sept années, au bout desquelles il obtint la liberté sous caution. Pendant trois ans de liberté il écrivit son apologie qui le fît de nouveau incarcérer et en 1541 le courageux martyr mourut de privations dans les prisons ducales. Il fut enseveli au Lidoavec les juifs et les scélérats. Son Apologia a lo Illustrissimo Senato di Vinegia est remarquable parce qu'elle expose avec clarté et simplicité les doctrines principales de la Réforme : la prédestination qui ne nie pas le libre arbitre sanctifié par Dieu pour le bien, les bonnes œuvres comme fruits de la foi qui justifie, etc. Il répudie les sacrements non scripturaires, le purgatoire, le sacrifice de la messe, la confession auriculaire, le culte des saints, etc. Son apologie estun excellent traité de polémique, fait dans un esprit de charité. Il méritait bien la mort! Deux autres moines hérétiques étaient détenus avec Galateo. L'un d*eux, fra Bartolomeo dont parle une lettre de Francesco Negri de Bassano, en 1530 et dont VInformatio déplore la fuite est certainement Bartolomeo Fonzio dont nous verrons bientôt le martyre. Les doctrines qui causèrent la mort de Galateo firent emprisonner en 4541 Giulio di Milano (son procès est le premier dans les archives de Venise) souvent confondu avec Giulio Forenziano, l'ami et le compagnon de P. Martyr. De 1536-38 il prêcha de Tortone à Trieste et fut accusé d'hérésie ; on lui reprochait entre autres points de controverse: Qaod noninvenies in S. Script, quod heretici debeanl comburit

Soa premier procès se fil à Bologne ; condamné par Campeggio, il fut absous par Paul III qui hésitait encote, en 1540. En 1541, accusé par quelques moines envieux, pendant qu'il prêchait à Venise et qu'il vivait avec Curione, il fut emprisonné et mis sous procès. Dans les interrogatoires de juillet 1541, Giulio expose ses croyances, qui se rapprochent du calvinisme, et en août il se voit condamné à la réclusion. Il tenta de s'évader, mais repris il faiblit et lut en 1542 une abjuration publique qui réduisit sa peine à un an de prison et à quatre d'exil. Il se retira dans les Grisons, où il fut un pasteur des plus zélés contre les antitrinitaires ; il mourut à Poschiavo en 1572 et eut pour successeur César Gaffori de Plaisance. Ses sermons furent imprimés à Venise sous le nom de Girolamo Savonese. C'est à lui que faisait allusion la célèbre apostrophe d'Ochimus: Che facciamo, o uomini vene/î... avec laquelle il se déclarait pour la Réforme et se faisait citer à Rome. Un écrivain fort calomnié par les auteurs catholiques (Fontanimi, Tiraboschi, Cantû), parce qu'il a été très malheureux, s'efforçait alors aussi de répandre les doctrines réformées par le moyen de la Bible. Né vers la fin du quinzième siècle, A. Bruccioli, Florentin, disciple de Savonarole, conspirateur avec Alâmanni contre les Médicis, après de cruelles vicissitudes se relira à Venise en 1529. De 1530-1546 il publia successivement la traduction de la Bible et un commentaire de tous ses livres dédié à Renée de France. Accusé d'hérésie en 1544 par fra Catarino Polito Senese, pour avoir transcrit, dans ses commentaires, de verbo ad verbimiy plusieurs fragments des réformateurs et répandu ainsi le venin de l'hérésie ; accusé d'avoir déposé chez le libraire Centarii plusieurs livres des réformateurs (tous ces livres furent brûlés), Bruccioli, alors absent de Venise, fut condamné à cinquante ducats d'amende et à deux ans d'exil. Accusé une seconde fois en 1555, Bruccioli abjura les doctrines qu'il avait exposées dans ses livres et en 1558 et 59, danè un troisième procès, il s'abaissa plus encore, accablé par l'âge, les infirmités et la misère. Il mourut en 1566 ; ses ouvrages eurent beaucoup d'influence, l'homme n'en eut pas. En 1542, Tinfluence de J'école valdésienne de Naples se fit sentira Venise par le moyeu du célèbre traité du Bénéficia di G. C , longtemps attribué à A. Paleario mais dû à la plume d'un moine de Sicile, fra Benedetto di Mantova et revu, pour la forme, par M. A. Flaminius. Publié à plusieurs reprises à Venise, on en répandit plus de quarante mille exemplaires qui furent presque tous détruits par le saint-office. Ce traité, par la douceur et la suavité évangélique qui inspirent toutes ses pages, dut amener plusieurs âmes pieuses à la connaissance de la vérité. Nous devrons encore en parler plus loin. — En 1543 Luther est en correspondance avec les Vénitiens parle moyen d'Altieri. En 1546 le nonce J. délia Casa enrage parce que les luthériens de Venise font beaucoup de bruit, protégés par la Sérénissime et parce que celle-ci ne veut pas livrer à Rome un hérétique obstiné, F. Strozzi. En 1547 le même nonce parle de l'abjuration d'un certain fra Angelico et regrette de n'avoir pu lui infliger une peine « digne du saint-office. » Le gouvernement ducal ne tenait aucun compte de

la bulle de Paul III, Licet ab initio, qui avait inauguré les persécutions en 1542, mais il nommait lui-même dans toutes ses villes des commissaires laïques et des docteurs chargés de poursuivre sévèrement les hérétiques (1547). Jean de la Casa est tristement célèbre encore par le procès qu'il intenta au chef de la réforme istriote, P. P. Vergénus. L'Istrie, soumise alors à la république, connut de bonne heure les doctrines de la Réforme ; c'est Vergérius lui-même qui le dit. Légat en Allemagne, en 1534, il prie le Sénat de Venise d'empêcher la distribution d'un opuscule séditieux et hérétique, de 100 p. in-8^, publié en 1533 pour les réformés italiens, intitulé CorreUion del siato cruiiano et composé très probablement par Bartolomeo Fonzio. 11 lui annonçait aussi que l'Istrie et en particulier le village de Piran étaient infectés par le luthéranisme qu'il se promettait de détruire à son retour. Ses légations, ses voyages, ses entrevues avec Luther, qu'il méprisait d'abord souverainement, ses relations avec la reine de Navarre, eurent beaucoup d'influence sur ses idées religieuses et au colloque de Worms, au nom du roi de France, il plaidait la cause d'un concile général (De Uniiale et Pace Ecclesiœ, Venise, 1542) sans songer encore à se séparer de l'Eglise. Découragé par l'avortement de ses projets d'unioUj'^déjà soupçonné en 1541, il se retira dans son diocèse de Capo d'Istria et commença un travail adversus apostalas Germanix. Les œuvres des réformateurs qu'il voulait réfuter lui ouvrirent les yeux, et il embrassa la Réforme avec son frère Battista, évoque de Pola, se promettant d'évangéliser l'Istrie et Venise. Accusés en 1544 les deux frères ne tinrent aucun compte des sommations à comparaître de délia Casa. Battista mourut chrétiennement peu de temps après et en 1546 P. Paul, protégé par le gouvernement, fit annuler son premier procès par des procureurs, à la grande confusion de della Casa. Il avait été accusé de considérer les rites romains comme nulUiÂS vcUoris, quia salus /. C. sanguis ad nostram salutem su/ficit et de répandre des traités hérétiques. Ce premier procès, publié dans la Rivisla Cristiana de 1873 par E. Comba, contient quelques notes sur d'autres Istriotes accusés d'hérésie. En 1547 et 48 P.Paolo voyagea librement, bien que surveillé, dans le territoire de la république ; il assiste aux derniers moments de l'apostat SpieradeCittadella dont le désespoir lui fît une salutaire impression, et il prêche l'Evangile à Padoue. Chassé de trente malgré la protection des cardinaux Gonzaga et Madruzzo, accusé et persécuté par della Casa et T.Stella qui détruisaient son œuvre dans l'Istrie, déclaré contumace et hérétique en 1549 et comme tel dégradé et privé de son évêché qui fut donné à son persécuteur T. Stella, P. P.jVergérius, en 1549, parles montagnes de Bergame, s'enfuit dans la Valtellina. Reçu à bras ouverts par plus de deux cents Italiens qui s'étaient déjà réfugiés dans les Grisons il prêcha la Réforme à Po'schiavo, à Rogoledo, à Ponteresina, à Vico-Soprano; il lutta contre les antitrinitaires et les anabaptistes des Grisons, et son orgueil d'ancien évêque lui procura des ennemis même parmi les orthodoxes. Après plusieurs voyages dont nous ne devons pas nous occuper, il mourut à Tubingue en 1565. Les historiens catholi-

ques qui le font abjurer avant de mourir n'en ont jamais fourni les^ preuves (H. Sixt, P.-P. Vergérius, Braunsweig, 4855). Après son départ, Flstrie, sous le dominicain T. Stella, fut purgée de son venin hérétique, malgré les prières que Vergérius adressait au sénat de Venise. Avec lui, B. Altieri se plaint des persécutions violentes dirigées contre les frères de Venise et de Tlstrie ; il voit venir le moment où sa vie ne sera plus en sûreté. Il avait demandé aux Etats suisses des^ lettres officielles pour réprimer les fureurs du saint-office; elles lui furent refusées (4545). Malgré la haine de ses ennemis, Altiéri eut le courage de venir des Grisons à Venise*, d'où il fut définitivement exilé n'ayant pas voulu se rétracter, et en 4549, après avoir été à Ferrare et à Florence, nous perdons ses traces sans savoir s'il a eu la gloire du martyre. Dès cette époque, la Sérénissime ne s'oppose que faiblement aux empiétements de Rome et c'est avec complaisance qu'elle lui prête son bras séculier. Le saint-office invitait les fidèles à dénoncer les hérétiques. Quand la dénonciation était prouvée par témoins , l'accusé était cilé à comparaître pour sa défense (B. Gecchetti, La republica di Venezia e la corte di Roma, tiei rapporti délia religione^ Venezia, 4873), mais sa défense n'était qu'une pure formalité. Le saint-office, lié par la tolérance politique du sénat, avant 4548, ne mit ensuite plus de bornes à ses rigueurs : il s'agissait d'anéantir l'hérésie. Baldo Lupetino, provincial des franciscains, né en 4502, entré dans l'ordre en 4533, et accusé d'hérésie en 4544 avec sept personnes de Gherso, demeura en prison jusqu'en 4543. Ayant alors refusé d'abjurer, il fut condamné à la prison perpétuelle et à cent ducats d'amende, pour Varsenal de Venise, malgré la généreuse* intervention du duc de Saxe et d'autres princes réformés. Lupetino évangélisa alors ses compagnons de captivité et fut soumis en 4547 à un nouvel interrogatoire; il protestait ne vouloir croire que ce qui est approuvé et commandé par l'Ecriture. Les interrogations sur l'Eucharistie furent les plus pressantes et celles qui le firent condamner. Inébranlable devant les promesses et les menaces des inquisiteurs, il répondait sans cesse : « Gonvaînquezmoi per el verbo di Dio. » L'argument du saint-office fut de le condamner à être décapité entre les deux colonnes de la piazzetia, à avoir le corps brûlé et ses cendres jetées à la mer, at honor et gloria diJesu CArû/o/... Un bref apostolique de Paul III avait, pour ainsi dire, dicté ce verdict; mais le conseil des Dix en prohiba l'exécution et Lupetino fut reconduit à son cachot. G'est alors que Pierre de Gittadella publia ses réponses et quelques vers composés en prison qui parurent comme corps de délit dans le troisième procès que Lupetino subit en 4556. L'impression n'avait pas été faite à Venise. Lupetino, en 4554, écrivit aussi un traité intitulé : Memoria xtema piissimx ducissx Ferrarix, Soumis à un troisième interrogatoire, il répondit invariablement avec la Bible et fut condamné à la dégradation et à être noyé, occulte, secrète sine sonitu et sine slrepiiu. Le procès de B. Lupetino, publié par le prof. E. Gomba (Florence, 4875), est un de ceux qu'on peut consulter avec le plus grand profit et l'un des

plus complets au point de vue biographique et dramatique. Les Yéniliens A. Riccetto, Fsco Sega de Rovigo, Giulio Ghirlanda de Treviso -et Francesco Spinola de Milan subirent tous le même supplice, après •une longue captivité et un courage apostolique, de 1562-1565; plusieurs autres s'enfuirent et les plus faibles abjurèrent. On peut voir -dans la liste des accusés d'hérésie auprès du saint-office de Venise,. •de 1541-1592, à Venise seulement deux cent quarante-trois accusés «dont vingt-six ecclésiastiques. Plusieurs accusés appartiennent aux plus célèbres familles; les Giustiniani, Mocenigo, Falier, Vénier, Dandolo, Polo, etc. Nous y trouvons aussi avec plaisir les noms de Jean et de Pierre Longo, arrêtés pour livres prohibés. Ce sont vraisemblablement des colporteurs vaudois. — Pendant la terreur des persécutions, les réformés vénitiens, traqués comme des animaux malfaisants, tenaient leurs réunions de culte sur terre ferme ou au Lido dans des lieux cachés. Les protestants allemands jouirent d'une liberté très limitée jusqu'en 1645, époque où ils eurent la liberté du culte privé sans propagande. Ce n'est qu'après la domination autrichienne (1866) qu'ils ne souffrirent plus des mille vexations du clergé catholique. La persécution détruisit la Réforme non seulement dans la métropole, mais dans toutes les villes de la République : Vicence, Padoue, Brescia, Bergame, Cittadella, Treviso, Udine, Rovigo, Bassano, etc. La liste d'accusés d'hérésie de toute la partie orientale de ritalie septentrionale donne quatre cent quarante-six individus, qui -sont pour la plupart inconnus et accusés de luthéranisme ; plusieurs noms restés à l'histoire n'y sont pas, quelquefois les indications sont inexactes et réclament beaucoup d'attention et un peu de défiance. Le bourg de Cittadella compte quatorze hérétiques dont deux seulement, Ag. Tealdo (f 1555) et Bartolomeo Fonzio demeurèrent fermes dans la foi, et furent martyrs. Un savant doux, timide, pieux mais faible, Pierre Spetiale, né en 1478, avait, trente ans avant que Luther fût connu, soutenu la doctrine de la justification dans un ilivi'c, De Dei gratia, et attiré sur lui la colère des moines. Il y disait entre autres vérités remises en honneur par la Réforme : Ilœc (ides (celle qui justifie) sola esse non potesL Hxc virluium catervam sccum ducil; kxc sptraly liaec justUiam^ forlitudinem, temperantiam fillas et ^^mites habel... Fides evangelica, non oliosa,,, sive delur ea, sive non delur, non impediri liberum arbUrium ; imo si delur ^ perfeci et consu- «luzri et idée ne Dei quidem lolliac mundi juslUiam (1. I, ch. v)... Quod de gratta dicitur libero arùitrio nonrepvgnare sed fieri per gratiam longe prxslaniius (1. V, ch. iv ; le traité De Dei gratta de Spetiale, qu'il ne faut pas confondre avec celui de G. Velliculi, inconnu, et publié en 4530, se trouve inédit dans la bibliothèque civile de Padoue; voyez De Leva, Storia di CarloV documentata III, 310 ss. ; Gli eretici di CiUadella, Venise, 1873). Bien que contraire au luthéranisme, au sujet du libre arbitre, Spetiale sût faire découler de la doctrine de la grâce des négations sérieuses (confession, purgatoire, culte des saints, etc.) qui le firent condamner à la confiscation de tous ses biens et à la prison jusqu'à complète rétrjictation de ses erreurs (1542). Le pri-

sonnier croyait pouvoir demeurer ferme dans sa foi et disait avec complaisance : Merito jam Citladdla vocor; mais après huit ans de captivité il abjura et, remis en possession de ses biens, il mourut en 1554. Ses doctrines eurent beaucoup d'influence sur le célèbre et infortuné F. Spiera et sur son neveu Gir. Faccio. Fervents évangéliques, ils remplirent leur ville et ses environs de la connaissance de la vérité; mais arrêtés par Délia Casa, ils eurent peur de Fexil et de la mort et abjurèrent en 1548, s^près un procès honteux. Peu de temps après, malgré les prières de P. -P. Vergérius et des frères de Padoue, Spiera mourut dans des spasmes affreux, poursuivi de remords, obsédé par des visions sataniques et répondant à ceux qui Tencourageaicnt à se confier en Dieu ; Ego repudiatus sum^ nec ullo modo possum servari. — Bartolomeo Fonzio, mineur vénitien et érudit célèbre, fut accusé d'hérésie dès 1529. La môme année, devant J.-P. Garaffa et G. Contarini, il déclarait nul le mariage d'Henri VIÏI et de Catherine d'Aragon, et dès lors Caraffa lui voua une haine mortelle. En 1530, Fonzio, muni des instructions secrètes de Clément VII, cherchait à réunir les partis religieux en Allemagne et était en correspondance avec Bucer (Bartoloineus Foniius, M, Bucero. De sacramentis ecclesiasiicis in Com. Aug. agitatis, 1531 ; Biblioili. Marciana, lai, da55.14, codi 201 ; d'après De Leva, passim). Accusé par Campeggi, Aléandre et Cocleius, d'avoir toium Lulherum in ventre abscondilum, il n'ose revenir en Italie, et ce n'est que de 1537- 1541 que nous l'y revoyons se conduisant en bon catholique. Il prêcha à Padoue en 1548; puis, toujours persécuté par Caraffa, après quelques voyages à l'étranger, il vint en 1550 s'établir incognito à Cittadella et y fit le maître d'école. Reconnu et arrêté, il fut absous après un ridicule procès; mais en 1555 Caraffa est pape sous le nom de Paul IV, et sa haine doit être assouvie. L'archiprêtre de Cittadella trouva quarantequatre passages hérétiques dans les œuvres de Fonzio, les fit imprimer, et en 1558 l'inquisiteur Félix Montalto fit emprisonner l'accusé à Venise. Fonzio subit huit interrogatoires de 1558-1561. Convaincu d'hérésie sur douze articles, on lui donna deux jours pour répondre s*il les abjurait, oui ou non. Il répondit en lettres majuscules : Non ! et il fût condamné à être étranglé en prison, puis brûlé entre les deux colonnes, ne dum ad sui et suorum demeriiorum pœnam^ sed ad aliorum exemplum et S. M. Ecclesiœ et F, N. gloriam et exaltationem!.,. Qui Bariolomeus acceptavit et gratias egit. Craignant une émeute, on fit noyer Fonzio occulte et secrète en 1562. Il est incompréhensible que des hommes comme Fonzio et ses compagnons de martyre aient pu être méprisés par des historiens qui ont des prétentions à l'impartialité, comme G. Gantù. Si Fonzio louvoyait en Allemagne c'est qu'il n'avait pas encore complètement accepté la Réforme, niais plus tard sa mort servit de témoignage à la vérité. « Que Vos Seigneuries me pardonnent, écrit-il en répondant non, si lorsqu'il s'agit du salut de l'âme, je parais faire plus de cas de Celui qui peut détruire le corps et l'âme que de ceux qui ne peuvent sévir cruellement que contre mon corps. » Venise, tout en se piquant d'in-

dépendance, devenait toujours plus le senile instrument de Rome. En 1547 et 48 deux délibérations établissaient partout l'inquisition et le Sénat se réjouissait de la destruction desconventicules réformés. En 1555 il ne rougit pas de livrer à Paul IV un jeune étudiant de Padoue, le napolitain P. Algieri qui avait répandu FEvangile dans sa patrie et à Padoue, parmi les étudiants. Venise Tavait condamné aux galères; en le livrant à Rome elle signa sa condamnation à mort et sa propre infamie. Rome en effet, au moyen de bénéfices habilement distribués, possédait les chefs de la noblesse vénitienne qui appartenaient au clergé et qui avaient de Tinfluence dans le gouvernement. Môme les étrangers qui se rendaient dans les ports de l'Adriatique pour leurs affaires commerciales étaient arrêtés (1557) et en 1560 Hercule de Salis dut déployer une énergie qui aurait pu lui ôtrc fatale, pour arracher des prisons ducales un marchand grison réformé. En guise de hochet, le pape, pour remercier la Sérénissime de ses cruautés, lui avait aussi concédé en 1559 l'élection perpétuelle du patriarche. Malgré les persécutions les frères de Venise ne cachaient pas leur foi, entretenant des relations avec Calvin (1560) et cherchant à établir une Eglise sur le modèle des Eglises réformées de Genève. Les plus faibles, ceux qui ne voulaient ni fuir ni mourir abjurèrent ou se cachèrent, disant avec le célèbre Crémonin de Padoue : Inlus ul libet^ foris ul moris. — Dans les villes de terre ferme, appartenant à la République, la Réforme fut également anéantie, avec les mômes procès et les mômes supplices. Vicence, célèbre par son académie, où se distinguèrent L. Socin, Alciat, Blandrata, Gribaldo et Paruta qui s'enfuirent tous à l'approche des persécutions, connut dès 1535 la prédication de l'Evangile et possédait une réunion de réformés qu'il ne faut pas confondre avec l'Académie, dès 1545. Les académiciens s'enfuirent, les réformés demeurèrent, et nous en voyons les procès jusqu'en 1592 ; ils étaient même nombreux en 1585 et entretenaient des relations avec leurs frères réfugiés à Lyon. De 1547-1592 la liste des accusés d'hérésie auprès du saint-office de Venise donne pour Vicence soixante-deux procès, la plupart pour luthéranisme. Le plus grand nombre de procès se fit en 1568 sous le pontificat de Ghislieri. Notons parmi les accusés les familles Trissino, Thiene et Pelizzari qui se retirèrent à l'étranger, Antonio Ricetto ou Rizzetto, vaillant évangéliste qui « tomba au sépulcre de la mer » à Venise en 1565, François Borroni sous procès en 1568 et martyrisé en 1580, et J. B. Trenta qui s'enfuit en Angleterre. En 1559 un moine augustin de Cittadella mourut dans les prisons de Vicence sous imputation d'hérésie, et son corps fut brûlé en public. Les environs de Vicence furent évangélisés et serraient de lieux de réunion pour les réformés de Venise. Parmi les réformés de Bassano citons : Francesco Negri, célèbre polémiste, qui avait quitté l'Italie avant de connaître la Réforme et qui la professa pendant toute sa vie avec fidélité ; Domenico Casablanca, qui avait connu la Réforme en Allemagne et qui, âgé de 30 ans seulement, fut martyrisé à Plaisance (1550). — La Réforme dut être connue à Padoue avant 1530 puisque L. P. Rossello, sous procès en 1552, était le

correspondant de Mélanchthon pour les réformés vénitiens lorsqu'on annonçait la diète d'Augsbourg. Dans Vinformatio de Garaffa nous voyons qu'en 1532 un moine, Aless. da Pieve di Sacco, est arrêté à Padoue pour hérésie. Acceptée par plusieurs étudiants de l'université et par quelques professeurs, la Réforme fut maintenue par eux malgré les persécutions et en 1564 Pie IV pouvait s'en plaindre auprès du Sénat de Venise. De 1550-1588 vingt-quatre procès furent intentés à Venise contre des Padouans. Nous y remarquons ceux de P. L. Rossello et ceux de Nicolo Buccella. Ce dernier, arrêté avec les martyrs Riccetto et Sega dont nous avons parlé, céda devant les menaces en 1565 et fut libéré. Il essaya môme de persuader ses amis à abjurer: toutefois, pour le réhabiliter, nous faisons observer qu'en 1574 il est nouvellement sous procès et que la peine contre les relaps était terrible et irrévocable. Citons encore parmi les hérétiques de Padoue Geloo, Martin Borrao et Gribaldo qui avait été aussi chassé de Vicence {Compendtum InquUitorum), A Udine, dans le Frioul, dans le Trévisan, à Chioggia, à Conegliano, à Gividale et à Belluno, à Rovigo, à Vérone, partout l'Evangile fut prêché et embrassé par plusieurs personnes dont quelques-unes.seulement ont leur procès enregistré au saint-office deVenise(del548-1600). L'évêque de Chioggia était suspect, Ghirlanda de Treviso et Sega de Rovigo furent noyés et P. Lacisio de Vérone s'enfuit en 1542 avec P. Martyr. En 1528 Clément VII écrivit aux autorités de Brescia, les félicitant de ce qu'elles poursuivaient énergiquement l'hérésie luthérienne et un quidam nommé Pallavicino qui l'y avait semée. Il les invitait à châtier sévèrement les délinquants. De 1543-1592 plusieurs habitants de Brescia et de la Province furent cités à Venise pour hérésie. La liste du saint-office donne trente-trois procès dont sept contre des ecclésiastiques ; un de ces derniers, fra Pomponio fut jugé (1556) par fra F. Peretti (Sixte V en 1585). Le plus célèbre réformé de Brescia est Gelse Martinengo; professeur avec P. Martyr à Lucques ^1541) ; il se réfugia à Milan au commencement des persécutions. Poursuivi ici encore par le célèbre pourfendeur d'hérétiques, Muzio de Capo d'Istria, en 1550 il s'enfuit dans la Valtelline et de là à Bâle et à Genève où il fut le premier pasteur de l'Eglise italienne. La ville de Bergame dans la première moitié du seizième siècle, comme plusieurs autres villes, appartint successivement aux Vénitiens, aux Français, aux Allemands et aux Espagnols. Les luttes politiques y favorisèrent l'établissement de la Réforme dès 1528, et malgré les colères des papes elle n'y fut pas sérieusement persécutée avant 1548. Mais après cette époque et l'édit du doge F. Donato qui établissait à Bergame une commission inquisitoriale, après les fureurs de l'inquisiteur Ghislieri contre Soranzo et ses amis, la Réforme en fut extirpée comme ailleurs. Outre Medolago de Vavassori qui fut plusieurs fois en prison et qui y mourut comme hérétique, mais dont on ne connaît ni les opinions ni la foi, Bergame a donné au protestantisme plusieurs personnages célèbres : Guglielmo Grattaroli, médecin très riche, sous procès en 1551, se réfugia à Bàle; Girolamo Zanchi, qui avait connu P. Martyr à Lucques et avec lui

FEvangile, abandonna sa patrie en 1550, fut professeur à Strasbourg de 1553-1563 et y épousa une des filles de Curione. Il était chanoine régulier et fut Fun des plus nobles caractères de la Réforme italienne. Ses frères Basile et Gristoforo, célèbres dans les lettres, embrassèrent aussi la Réforme, et le premier fut martyrisé par Paul IV en 4559. Un homme d'une grande piété qui a été diversement jugé et calomnié, V. Soranzo, sufTragant de Bembo puis évêquç de Bergame en 1547, ami des plus grands dignitaires de TEglise et de Morone qui le dénonça sans scrupules dans son procès, fut accusé d'hérésie et était en effet hérétique pour Rome. Très irrité contre « les novateurs », il les avait d'abord poursuivis, eux et leurs livres, surtout le Summario delta Sancla Scriptura et les sermons d'Ochino ; il avait même instruit le procès d'un pauvre prêtre hérétique de Poscanto, mais en lisant les livres hérétiques, comme Vergérius il devint hérétique lui-même et adora ce qu'il avait brûlé. Il prêcha dès lors la Réforme avec son vicaire Assonica et dut soutenir une lutte terrible contre Ghî^lieri qui s'était rendu à Bergame pour le mettre dans les fers. Ghislieri dut fuir, mais il emportait en guise de bagage le procès de l'évoque, rédigé sur des rapports extorqués par des menaces, car Soranzo était aimé du peuple et des autorités. Déclaré hérétique [coinpendium Inquùs.) il fut enfermé à Saint-Ange, privé de son évôché et finit misérablement ses jours à Venise. Avait-il abjuré? Nous ne pouvons rassurer. Son vicaire Assonica eut le môme sort. Ghislieri, à Toccasion du procès de Soranzo et de quelques chanoines de Gôme qui avaient méconnu son autorité quand il avait séquestré des balles délivres prohibés, alla pour la première fois à Rome,*vers 1550. 11 s'y lia avec Caraffa dont il fut le bourreau avant d'être le successeur. — Laissant les débris épars de la Réforme vénitienne et visitant lesprincipales villes delà Lombardie nous découvrons que la Réforme s'y était également répandue avec succès dans la première moitié du seizième siècle. Mantoue donna au protestantisme Alph. Gorrado (Bàle), Stancarius ( Pologne ) et l'infortuné F. Gellarius, mineur observantin. qui après avoir été sous procès en 1557 et 58 et s'être réfugié dans les Grisons, fut par un acte de violence inouïe arrêté près de Chiavcnna par les sbires de P. Angelo de Grémone et de G. Borromée, en 45G8, incarcéré par Octave Farnèse, et après un troisième procès très rapide, brûlé à Rome en 1569. La Réforme fut anéantie à Grême et à Grémone par le féroce P, Angelo en 1569, mais dès le commencement du siècle elle y avait eu plusieurs adhérents. En 1528 le prieur des dominicains, Bartolomeo Maturo, s'enfuit en Valtelline avec son compatriote Bartolomeo Silvio et y prêcha, le premier, dit-on, l'Evangile et la Réforme. Un franciscain de Grémone s'établit quelques années après à Locarno dans le même but. En 1538, deux lettres de Girolamo Vida (évoque d'Alba) adressées au cardinal Gontarini et au secrétaire du cardinal Cervino (Marcel II en 1555) nous apprennent que l'hérésie se dilate dans le Grémonais, grâce aux prédictions d'un servite apostat. Raynaldus (année 1536)cite aussi un bref dans lequel le pape se plaint de ce que plusieurs conventiculcs hérétiques se

forment en Lombardie, sous la direction d'un certain Battisla de Crème, et il invite les évoques à procéder rigoureusement contre eux. De 4547-1587 les archives de Venise donnent pour Crème et Crémone quinze procès pour luthéranisme; mais nous faisons observer que plusieurs Grémonais furent sous procès à Milan et que la plus grande partie des réformés se retira en Suisse. Seulement de 1550-1552, dix-sept personnes se réfugièrent à Genève ; les Grisons, plus rapprochés, durent en accueillir un nombre bien plus considérable. Gôme, ville de frontière, connut facilement la Réforme et ses premières publications. En 1523, son évoque, qui en craignaitrinlroduction dans son diocèse, envoya dans la Valtelinc un moine missionnaire, mais il en fut expulsé. En 1525, un moine augustin, Egidius Délia Porta écrivait àZwingle, reconnaissant d'avoir jusqu'alors prêché par ignorance le salut par les œuvres, mais d'avoir récemment connu la vérité par la lecture assidue de ses écrits. Zwingle,qui écrivait en latin, eut en effet en Lombardie plus d'influence que Luther. A peu près à la môme époque, un moine de Locarno, qui fut plus tard regiarquable de fermeté évangélique, Bartolomco Fontana, écrivait dans le môme sens aux Eglises réformées de la Suisse, leur demandant les secours de leur science et àe leur foi. En 1549, M. Ghislieri découvrit plusieurs balles de livres hérétiques provenant de Poschiavo, et les séquestra. Ces livres devaient être distribuées à Gôme et dans d'autres villes de la Lombardie et de la Vénilie. L'évoque, les chanoines et le gouverneur Gonzaga protégèrent le libraire incriminé qui réclamait la restitution de ses livres, et Ghislieri fut violemment chassé de la ville par le peuple ameuté. C'est alors (1549-1550) que Ghislieri alla pour la première fois à Rome et qu'il fit introduire dan& le saint-ofûce des laïques (Odescalchi à Gôme, Muzio à Milan, etc.), parce que plusieurs membres de l'inquisition elle-même étaient hérétiques. Le seul martyr bien connu de Gôme est F. Gamba, arrêté, sous procès, et brûlé parce qu'il avait pris la cène avec les réformés de Genève et parce qu'il était en relation avec les principaux d'entre eux. — cfonfinant au Nord avec la Rhétie, à l'Ouest avec le Piémont, le Milanais se trouva dès le commencement du siècle entre deux feux hérétiques et il en aurait sans doute été embrasé sans le zèle sanglant des inquisiteurs et de G. Borromée. En 1521, des vers en l'honneur de Luther étaient répandus à Milan et Gerdès affirme qu'en 1524 la Réforme y était prêchée avec succès. En 1530, Curione, déjà converti à la Réforme, se réfugia à Milan, y épousa une demoiselle Isaici et, protégé par le Sénat, y fut célèbre dans l'enseignement des belles-lettres. Après les ravages delà guerre du Milanais (1535), il retourna en Piémont où nous le retrouverons. Zélé témoin de la foi, il conduisit plusieurs personnes à la connaissance de l'Evangile: entre autres Galeazzo Frezio, son élève, qui avait été d'abord évangélisé parle Piémontais A. Mainardi, périt sur le bûcher en 1551. De 1534-1536 les chroniques milanaises parlent vaguement de quelques procès d'hérésie. De 1541-1586 le saint-office de Venise fit le procès de vingt Milanais déférés à son tribunal et accusés presque tous de luthéranisme*

En 1554, Tarchevôque Arcimboido défendit rigoureusement la lecture des saintes Ecritures, en vue des hérétiques, et promit une partie des biens confisqués aux dénonciateurs et aux espions du saintoffice. A. Paleario professa à Milan dès 1555, honoré et protégé par le Sénat, très couru par les étudiants. Il y attendait de la part de Ferdinand I^^" le salut de la république chrétienne déçue depuis la diète de Ratisbonne. Il y composa même une harangue (Ora^io de Pace) pour une éventuelle réunion des souverains catholiques fixée à Milan ; mais la politique de Philippe II, l'incurie de Henri II, Tintraitraitable Paul IV, et la tournure de Trente auraient dû dissiper ses généreuses rêveries. Paleario écrivit aussi à Milan son Aclio in Pontifices Romanos, où il déclare sans hésitation sa foi, où il attaque avec force la corruption papale et se dit prêt à supporter le martyre après avoir fait un appel suprême aux souverains. Toutefois, il n'était pas inquiété dans les grandes persécutions de ces années néfastes (1555- 1566) et ce n'est que sous Pie V, après la mort glorieuse de Garnesecchi (la67), qu'un procès sérieux d'hérésie lui fut intenté par Pier Angelo de Crémone. En 1568, après un procès d'un an, il quitta Milan pour Rome et le bûcher. Malgré la belle biographie de J. Bonnet, il ne paraît pas qu'avant cette époque Paleario ait ouvertement professé en Italie des opinions évangéliqucs qui pouvaient le faire condamner. Sous le gouvernement du duc d'Albe, après 1555, la persécution déploya toutes ses rigueurs à Milan. En 1558 et 59 il ne se passait pas de semaine sans supplices et sans d'afi'reuses tortures. Plusieurs réformés se crureijt forcés d'abjurer. — Pendant ces années 1556-1565, l'Espagne aurait voulu établir dans le Milanais sa propre Inquisition ; mais il ne paraît pas qu'elle ait réussi à le faire. La société de la Croix, composée de gentilshommes et souvent de sbires, faisait très bien son devoir, puisque ses vaillants chevaliers savaient même flairer l'odeur des cuisines, les jours de maigre, et que l'un d'eux put avec les amendes infligées aux hérétiques acheter des fonds pour le saint-office. Charles Borromée, sincèrement attacha à Rome, surtout à Pie IV et à Pie V, tout en désirant la réforme du clergé et des ordres monastiques, fut un violent et implacable persécuteur. Il' fit un procès sévère à G. San Severino de Parme et dans six synodes diocésains célèbres il publia de rigoureux édits contre les lecteurs de la Bible en vulgaire et des écrits des réformateurs, et contre ceux qui avaient des relations avec les hérétiques des Alpes rhétiennes. Avant d'être archevêque de Milan (1562-85), il avait obtenu comme légat pour les cantons catholiques suisses que des peines sévères fussent décrétées contre les partisans de la Réforme (1552). L'Evangile, qui avait été, à Locarno, prêché de 1540-1551 et qui même avait eu un martyr, Nicolas il Greco, décapité eu 1554, en fut alors expulsé dans la personne des nobles exilés qui établirent àZiirich une Eglise italienne dont Ochinus fut le pasteur jusqu'en 1563. L'exil des Locarnais (1555-56), la mort ou la captivité de plusieurs habitants de la Valcamonica, delà Yaltellina et de la Mcsolcina sont dus au zèle aveugle de saint Charles. En 1567 une lettre d'Ëglino à Bullinger affirme

qu'à Milan les suspects d'hérésie sont mis à mort; toutes les communications avec les Suisses sont interdites et ce n'est qu'en 1579 que les émigrés locarnais peuvent trafiquer dans la ville. Toutefois en 1583 et en 1588 quelques jeunes gens suisses furent arrêtés et en 1594 et 1598 le grand inquisiteur mit de nouveau des entraves au commerce en ordonnant aux sicaires du saint-office de visiter les individus et les bagages qui arrivaient à Milan. C'était une véritable douane où la contrebande de l'hérésie était punie de mort. Ces violences d'ailleurs étaient ordinaires sur les frontières suisses où depuis 1559 le gouvernement avait construit des fortins pour protéger les croisades des moines et des sbires. . — Du Milanais au Piémont il n'y a qu'un pas et bien que les vaudois y aient eu longtemps, avant et pendant la Réforme, une influence religieuse plus étendue que dans les autres provinces de la péninsule et qu'ils soient Italiens depuis une antiquité reculée, nous ne parlerons d'eux qu'incidemment, renvoyant le lecteur à l'article qui doit s'en occuper. Au quinzième et au seizième siècles, répandus dans toute l'Italie, ils souffraient patiemment les avant-coureurs des grandes persécutions; ils donnèrent le plus grand nombre de martyrs lorsque celles-ci sévirent et, lorsque la Réforme fut étouffée dans le sang de ses enfants, eux seuls demeurèrent fermes et furent pour cela persécutés incessammentjusqu'enl848. On peut dire d'eux sans partialité qu'ils furent fermes dans la foi, avant, pendant et après le siècle de la Réforme. Ils sont pour cela nombreux dans la Flos Mar- /yruwi. Occupons-nous de quelques Piémontais sortis du catholicisme et célèbres dans la prédication de l'Evangile. C. S. Curiorie (voyez ce nom) que nous avons vu à Venise et à Milan, était de Chiéri (Ciriè) petite ville célèbre par ses hérétiques, dont quelques-uns furent les ancêtres des Balbo et des Cavour (E. Comba, R. Crisi., 1876, juin), sous la direction de quelques augustins il connut à Turin la Bible et la Réforme et, comme il voulait se rendre en Suisse pour mieux les étudier, il fut arrêté par l'évoque d'Ivrée. De hautes protections ecclésiastiques le sauvèrent, mais bientôt après, pour avoir fait connaître l'Evangile aux moipes de S. Benigno où il s'était retiré, Curione dut fuir dans le Milanais. Dans un voyage très périlleux qu'il fit en Piémont, il fut arrêté de nouveau parce que publiquement il convainquit de fausseté un prédicateur catholique qui avait versé son encrier sur les réformateurs. Mis en prison et dans les ceps il s'évada cependant d'une manière très ingénieuse et après avoir été de nouveau dans le Milanais, à Pavie, à Venise, sur la rivière de Garde et à Ferrare, il abandonna l'Italie muni de bonnes recommandations de Renée d'Esté. Professeur à Lausanne en 1547, il se fixa ensuite définitivement à Bàle où il refusa l'offre exceptionnelle du pape, qui lui proposait de venir professer librement en Italie, mais sans parler de la Réforme. Un des meilleurs amis de Curione, supérieur à P. P. Vergérius, le piémontais Agost. Mainardi fut d'abord pour cause d'hérésie emprisonné à Asti et bientôt après relâché, on ne sait ni pourquoi ni comment, car il continua à prêcher l'Evangile en Italie, à Pavie surtout, où il convertit quelques étudiants. Poursuivi comme hérétique obs-

tiné, vers 4342, au commencement des persécutions il se réfugia dans la Suisse italienne, fonda l'Eglise de Chiavenna, et combattit avec beaucoup de bon sens les doctrines antitrinîtaires qui causèrent tant de luttes dans les Grisons et retardèrent l'influence de la Réforme. Mainardi s'opposa toujours avec fermeté aux orgueilleuses prétentions épiscopales deVergérius, et l'on peut le considérer comme l'homme le plus estimable et le plus sensé de la Réforme italienne en Suisse. Goffredo Varaglia et L. Pasquale supportèrent tous les deux le martyre après avoir été pasteurs vaudois en Piémont et dans les Calabres. Le premier fut tué à Turin en 1558, le second fut brûlé à Rome en 1560 après d'horribles souffrances. Le martyre de ces deux grands serviteurs de Dieu est une des gloires les plus pures de l'Eglise vaudoise italienne. — Dans les villes principales du Piémont et de la Ligurie nous trouvons déjà au commencement du siècle des congrégations évangéliques soutenues par des Vaudois et composées d'habitants italiens. Il y en avait dans la vallée d'Aoste, à Turin, à Yercelli, à Chivasso, à Asti et dans d'autres parties du Piémont, puis à Gènes, à Yentimiglia, etc. En 1532 on expliquait publiquement à Turin les épîtres de saint Paul pour répondre aux hérétiques qui y étaient nombreux, pendant l'occupation française. A Vercelliun courtisan huguenot fut pendu parce qu'il ne croyait pas à l'influence de la Vierge. Le sénateur Joly, qui avait fondé une Eglise évangélique à Chambéry et qui invitait E. Philibert à la fondation d'un règne allobroge, indépendant de la France et soutenu par les protestants, fut mis sous procès et peu de temps après son prince, si glorieux sous d'autres rapports, persécutait les Vaudois pour obtenir l'amitié du pape et de l'Espagne. Nicolas Sartorio, qui avait embrassé et répandu l'Evangile dans le val d'Aoste, y fut torturé et èrûlé vif la môme année que G. Varaglia. 11 était de Ghieri comme Gurione. A Saluées où les membres de l'aristocratie s'associèrent au culte réformé et dans toutes les villes qui s'élèvent dans la plaine qui sépare Turin des vallées vaudoises, les doctrines de la Réforme furent répandues avec beaucoup de succès. C'est de Turin queGiac. Cornelio et Prancesco Guarino, plus tard pasteurs, étaient partis pour l'Allemagne avec Gurione. En 1556 Turin vit le supplice deBartolomeo Actor et en 1560 on disait même tout bas que la princesse Marguerite et plusieurs personnes de la cour étaient secrètement évangéliques. En 1569-70 Pie V demandait par lettre au comte de Tende, à Em. Philibert de lui livrer plusieurs hérétiques obstinés. A Garignano,oùse trouvaient plusieurs réformés français et vaudois. le bras de fer d'Em. Philibert se fit sentir et un certain Mathurin avec sa femme fut brûlé pour hérésie (4560). La Réforme avait eu de courageux témoins dans le val d'Aoste, déjà en 4529. C'étaient des gentilshommes ; inculpés d'hérésie ils furent tous cruellement décapités. En 1536, lorsque Calvin pénétra dans la vallée il trouva plusieurs adhérents sincères qui l'accompagnèrent dans sa faite dans le Valais, pour échapper à la colère de Gazzini et de son clergé. Dans les montagnes de la Savoie comme partout ailleurs l'hérésie calviniste fut détruite parle fer et la prison. Les enfants étaient

arrachés des bras de leurs parents suspects et enfermés dans les couvents. On connaît fort peu la Réforme à Gênes et dans la Ligurie, Mac Crie,Young, Cantù disent qu'elle y est répandue et dissipée par le fer et Texil. En 1563 G. Borromée demandait au doge de Gênes d'incarcérer fra Antonio di Gortemiglia, hérétique dangereux. C'est à Gênes que fut arrêté- (1567) le bienheureux Bartolomeo Bartoccio de.Spoleto, brûlé vif à Rome (1569), qui mourut en criant: Vittoria! vittariat ïl paraît, d'après ce fait, que l'orgueilleuse Gênes aussi se courbait devant le fanatisme de Pie V. — Nous ne trouvons pas, au commencement du siècle, à la cour de Ferrare, des réformés italiens bien convaincus. Ce refuge des protestants français, la haute position de Renée, des Soubise, des Parthenai, de Marot, de Jamet, de Hubert Languet, de Calvin lui-même n'eurent pas d'influence sensible sur la population italienne. C'est à Ferrare surtout que la Réforme fut d'abord une affaire de goût littéraire, une indépendance de l'esprit, un fruit de la renaissance plutôt que de la conscience religieuse. Les plus sérieux, les Morata, les Sinapi, M. A. Flaminius ne manifestèrent pas ouvertement leur foi avant 1543, époque des premières persécutions et de l'accord du pape avec le duc de Ferrare. Gurione après sa fuite miraculeuse des prisons de Turin contribua à Ferrare à la conversion de Pelleg. Morata et de sa célèbre fille Olympia. Elle eut beaucoup de peine à transporter son amour du grec de Platon à celui de saint Paul, si méprisé par le cardinal Bembo ; mais elle le fit pourtant et fut pendant toute sa vie en relation d'amitié avec Lavinia délia Rovere et Maddalena Orsini qui avaient comme Renée embrassé la Réforme. Elle eut le courage de visiter, avec Lavinia, Fannio Faentino qui fut brûlé à Ferrare, pour hérésie, en 1550, sur l'ordre du corrompu Jules III. Mariée à A. Grunthler en 1550, elle dut bientôt souffrir la persécution, qui la sépara de son mari et des Sinapi qui s'enfuirent en Allemagne. Grunthler vint la chercher peu après et tous les deux se réfugièrent en Allemagne où nous ne pouvons les suivre. Quant à Renée, les papes de 1545-1559 la firent persécuter, quoique ce ne soit qu'en France, après cette époque, qu'elle ait ouvertement professé le calvinisme à la grande joie de son maître Calvin. Ce n'est donc pas à la cour, ni dans les sociétés lettrées que nous trouvons les vrais réformés de Eerrare, déjà nombreux en 1528; c'est dans le peuple. Le chroniqueur Lancillotto (Cronaca Modenese) parle souvent des hérétiques qui sont si obstinés à Ferrare. En 1545 l'inquisition y fit ses premiers procès qu'elle tint secrets ; mais ses rigueurs avaient déjà frappé Em. Cremellio qui s'était enfui avec P. Martyr et qui de juif s'était fait catholique et ensuite réformé. En 1550 l'Eglise de Ferrare et ses prédicateurs furent détruits, comme nous le voyons par une lettre d'Olympia à G. Sinapi, dans laquelle elle affirme que sa mère est demeurée ferme pendant la persécution. En 1551 un certain Giorgio Siculo (Sicilien) fut pendu pour hérésie; en 1568, seize personnes furent condamnées par l'inquisition aux galères et à la mort; et en 1571, quinze moines suspects de luthéranisme furent également tués pendant que le duc, dégoûté de ces cruautés protes-

tait vainement et était accusé par le pape de connivence avec les hérétiques. En outre, dans les archives du saint-offlce de Venise, de lo64-lo91, nous voyons huit Ferrarais sous procès pour hérésie. A Modëne, d'après A. Garacciolo [Comp, Inquisit.), les Réformés firent « plus d'affaires » que. partout ailleurs {\oyei Chrétien EvangèL, février, mars, 1878 ; Eludes sur la Réforme à Modène au seizième siècle par P. Long). Outre Morone et son vicaire, dont nous avons parlé, et qui avaient fait imprimer et répandu le livre, Del Beneficio di Cristo, outre une académie de novateurs capricieux qui signèrent presque tous une soumission humiliante, plusieurs membres du clergé et un grand peuple étaient fermement attachés à la Réforme. — Morone, Polo, A. Priuli, sans le vouloir envoyèrent souvent à Modène des prédicateurs hérétiques (Bertoli, fra Bernardo, Pergola, Pontremolo) qui furent tous emprisonnés et qui abjurèrent presque tous. Avant le Beneficio di Crislo^ le Summario délia Santa Scriptura... etc., avait été vendu, distribué et peut-être imprimé par le libraire Gadaldino. Ce traité, attribué à l'Académie, mais selon nous d'origine étrangère, dénoncé par un prédicateur de carême, avait mis en émoi la ville. Les poltrons remirent leurs exemplaires ' aux dominicains et il fut trouvé hérétique et digne du feu sur .vingt-cinq points. Les académiciens modénais se contentèrent alors de se moquer publiquement du malencontreux prédicateur. En 1340 Paolo Riccio (Lisia Fileno), mineur conventuel, prêcha l'Evangile à Modène avec l'approbation de l'Académie et surtout du peuple qu'il allait évangéliser même dans les environs. Arrêté, convaincu d'hérésie par un chapitre de moines de son ordre, il fut condamné à mort et n'obtint la prison perpétuelle que par une grâce spéciale du duc de Ferrare (Lancillotto, Cronaca Modenese). En 1542 Morone, de retour de Ratisbonne, se plaint amèrement des troubles religieux de son diocèse; avec Gontarini, Sadolet et Cortese il essaya de reconduire au bercail les académiciens égarés et leur fit signer une confession de foi équivoque après quelques puériles discussions de forme. L'académicien F. Porto s'enfuit avant la signature de l'ignoble contrat et plus tard il revint à Ferrare sous la protection du duc. Pendant les grandes persécutions il se relira à Ghiavenna et de là à Genève où il mourut. Bèze composa son épitaphe. Après 1543 et la visite de Paul III, célébrée à la cour par la récitation des Adelphi de Térence, l'inquisition anéantit l'Eglise réformée de Modène et celles du duché. Le courageux libraire A. Gadaldino, qui avait vendu le Summario^ imprimé le Beneficio, de mandato Moroni {camp. Inquis.) et un traité de Valdez sur l'éducation chrétienne de la jeunesse, fut arrêté avec le prêtre Bonif. Valentini, sous Paul IV. Mis sous procès par Ghislieri, B. Valentini abjura d'une manière solennelle; mais Gadaldino, comme le dit le chroniqueur Tassoni, reinansil Romœ in carceribus inquisitionis. Philippe Valentini, neveu du précédent, détenteur de livres hérétiques, membre de l'académie et chef de l'opposition anticléricale, objet d'un bref d'arrêt de Paul III en 1545, parce qu'un académicien modénais l'avait dénoncé à Rome comme hérétique, s'enfuit à Trente. Retourné dans sa patrie en 1551,

il y fut de nouveau persécuté par le duc et par l'inquisition, sans que nous puissions connaître ce quMl est devenu plus lard. Son caractère inflexible nous laisse croire qu'il mourut en prison ou en exil. Ludovic Gastelvetro, autre académicien, emprisonné à Rome en 1565, croyait pouvoir se disculper du crime d'hérésie ; sa conscience lui défendant cet espoir il s'enfuit avec son frère, et mourut en 1574 à Ghiavenna, après avoir été brûlé en effigie à Rome. Les catholiques accueillirent avec une joie trop hyperbolique la nouvelle de sa mort (Laderchi, Annales, 1571). On attribua la condamnation et les poursuites dont il fut l'objet à la haine du poète A. Caro, par lui critiqué sans pitié, mais Fontanini se chargea de convaincre les incrédules que Castelvetro ayant traduit un opuscule de Mélanchthon, ayant eu des livres prohibés, etc.. était bien dûment hérétique. Le Comp. Inqiiisitorum nomme plusieurs prêtres et plusieurs moines hérétiques dont l'histoire n'est pas connue et qu'il fait abjurer avec beaucoup de désinvolture; il ajoute que les réformés de Modène étaient si nombreux et si puissants qu'ils pouvaient même envoyer des secours à leurs frères d'Allemagne. Gerdès affirme que ce sont les Modénais qui les premiers en Italie se sont mis en relation avec les réformateurs étrangers.

III. Quant à la Réforme dans le centre de ritalie, comme l'influence de Valdès s'y fait directement ou indirectement toujours sentir, nous commencerons par|Naples, c'est-à-dire par le Midi, oîi se trouvait la société religieuse célèbre dont les membres divers semèrent l'hérésie en Toscane et dans les Etats de l'Eglise. Gette division de l'histoire de la Réforme est la seule compatible avec les connaissances que l'on a sur le sujet ; si elle prête facilement le flanc à la critique, cette dernière ne saurait être ici acceptée que si elle a la forme et la valeur d'un éclaircissement ou d'un fait nouveau. Si l'on peut dire, sans trop de preuves, que l'hérésie fut portée àNaples par les soldats allemands après le sac de Rome (1527) on peut, sans craindre d'être démenti, affirmer que J. Valdès ou Valdez ou Valdesso, fut choisi par Dieu pour former à l'Evangile les grandes intelligences de la réforme italienne, Ochinus, Martyr, Carnesecchi, Flaminius, l'auteur du fîene/îcio et G. Caracciolo. L'influence de cet homme qui vécut et qui mourut obscur fut considérable, et A. Garacciolo, son détracteur dit bien : « Il tuaàlui seul plus d'âmes que les soldats allemands n'avaient tué de corps. » Jean Valdès, qu'il ne faut plus confondre avec son frère Alphonse, après les savantes recherches de E. Bàhmer (CennibibliograficisuifratelU Valdesso^ Halle, 1861) dut quitter l'Espagne pour échapper à l'inquisition, après la composition d'un dialogue satirique sur les mœurs du clergé. Il s'occupa de lettres à Rome vers 1533 et à Naples, où il s'établit vers 1535 et mourut en 1540. Il n'est pas prouvé qu'il ait été jurispe^ rittÀS et surtout secrétaire du vice-roi. Il parait qu'après avoir été attaché à Gésar il le quitta pour le service du Ghrist. Valdès composa plusieurs ouvrages de piété : les cent dix Considéraiions^ des commentaires sur les épîtres de saint Paul, un traité intitulé : De quelle manière les hommes sont conduits par ces trois esprits : V Esprit de Dieu^ le

'propre esprit, l'Esprit diabolique \ un huive iraiilé: De quelle manière faul-il instruire les enfants des chrétiens dans la religion chrétienne^ fut publié à Modène par- le brave A. Gadaldino. Les cent dix Considérations furent plusieurs fois imprimées et traduites en latin, en italien et en français. L'hérésie fleurissait à Naples avant 1533, puisque pour la combattre Gaetano Thiene y établit alors une branche de son ordre. En 1536 Charles V publia un écrit sévère contre les hérétiques, ordonnant au vice-roi Tolède de les détruire ; mais à la même époque Ochino (né 1486) prêchait à Naples devant Tempereur, auquel il arrachait des larmes de repentance. Bernardin Ochino de Sienne, d'abord franciscain, puis capucin en 1525, après avoir cherché le salut dans les privations de la chair, commençait alors à connaître la vé* rite par le moyen de Valdès et des auteurs réformés qu'il put lire dans sa société et dans celle des hommes qui la fréquentaient. Il prêcha dès lors la justification par la foi aux mérites du Christ, mais d'une manière couverte, l'ensevelissant sous la prolixité et la rhétorique de ses discours. Toutefois lorsqu'il laissa Naples pour prêcher à Venise, à Florence, à Sienne, à Perugia et pour être nommé général de son ordre, il n'avait pas encore la plus petite idée d'une séparation violente d'avec Rome. Son ami Pierre Martyr Vermigli (né en 1500) était à Naples depuis 1531. Plus savant, plus profondément pieux, il fut gagné par les écrits de la Réforme suisse qu'il suivit pendant toute sa vie. Il expliquait à Naples, publiquement, les épîtres de saint Paul, avec le lecteur de san Lorenzo* Mollio de Montalcino et B. Cusano qui mourut avant les. persécutions. Ces réformes et leurs nombreux adhérents étaient cependant surveillés par la haine pieuse et jalouse des théalins. Ochino lui-même, qui était revenu à Naples en 1539, était épié par eux. P. Martyr ayant écarté, dans une explication sur 1 Cor. III, 13-15, la doctrine romaine du purgatoire, fut privé de sa chaire par le viceroi, mais bientôt réhabilité par l'intervention de Polo, Gonzaga, Bembo, Fregosç et Contarini. Ochinus publia alors aussi sept dialogues beaucoup plus explicites que ses prédications de 1538. Les théatins l'accusaient de « trop parler du Christ » et pas assez des saints. Valdès et ses amis, FÎaminio, Caserta, Caracciolo, Merenda, Carnesecchi, Folegno, Giulia Gonzaga, Isabella Brisegna di Manriquez qui s'exila plus tard, Caterina Cibo de Camerino et même Vitt. Colonna se réjouissaient des succès des deux prédicateurs et espéraient. « Tout le monde dans la ville, dit un contepiporain, après ces prédications, s'occupe de choses religieuses, parlant avec beaucoup de liberté de l'Ëvangile, de la justification par la foi et les œuvres, du pouvoir papal, du purgatoire, etc.. » Il ajoute avec indignation « que même certains corroyeurs osent, sur le marché, s'occuper des épitres de saint Paul et des passages difficiles. » Plusieurs prêtres avaient en outre des réunions secrètes de réformés. C'est alors aussi que travaillait Lorenzo Romano, qui avait connu la Réforme en Allemagne et qui abjura plus tard. Le procès de Carnesecchi {Miscellanea di sior. liai. y t. X) déjà cité, nous fait voir à chaque page la puissance

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de Tœuvre dq Valdès à cette époque ^et les appréhensions de ses adversaires. C'est alors encore que le célèbre traité : Del bénéficia di Crislo, si longtemps attribué à Paleario et dû aux plumes réunies de fra Benedetto di Mantova, moine de San Severino, et de M.-A. Flaminius, fut connu et lu pour la première fois dans la société .d'élite de Valdès. Sur ces entrefaites, ce dernier mourut (1540-41) avant la fureur des persécutions qui devaient détruire son œuvre. Valdè»* était pieux, modeste et peut-être trop timide ; il ne fut pas antitrinitaire comme l'affirment Sand,Walch, Bock, Blandrata, Bèze, J. Baumgarten, Moreri et Bayle : sa considération GIX"' et d*autres passages de ses œuvres le prouvent clairement. — Lorsque Paul III établit l'inquisition romaine (21 juin 1542), Ochinus et Martyr devaient en être les premières victimes ; le premier parce qu'il avait ouvertement flétri la persécution contre Giulio di Milano et prêché la Réforme à ses moines à Vérone ; le second parce qu'il faisait, comme nous le verrons, une propagande active à Lucques. Ochinus, invité à se rendre à Rome, prévit le danger; et après avoir vu Contarini mourant à Bologne, P. Martyr, ' Carnesecchi et Flaminio à Florence, approuvé par eux, il s'enfuit (23 août 1542), protégé par Ascanio Colonna et Renée de France, et se retira d'abord à Genève. Une lettre inédite de Ochino, conservée dans la bibliothèque publique de Guastalla, nous fait connaître d'une manière assez naïve les motifs qui poussèrent le célèbre capucin à la fuite et éclairent son entrevue à Bologne avec le pieux G. Contarini. Cette lettre, datée de Morbegno sur l'Adda, nous laisse supposer que la route de Bormio, Tirano, Glurns, moins suivie alors que celle de Chiavenna et de la vallée du Rhin, a été prise par Ochino dans sa fuite précipitée et périlleuse. Bien que la date soit indéchiffrable, on peut sans crainte d'erreur fixer 1542. Voici la lettre : « Bien que, comme Paul récrivit aux Corinthiens (2 Cor. I, 18), la souveraine vérité ne soit pas oui et non, toutefois dans nos affaires particulières nous sommes changeants et quant à moi j'ai fait un pas si périlleux que les difficultés que j'y ai rencontrées me font penser que Dieu lui-même m'a fait prendre ce parti : surtout parce que allant à Rome je n'aurais plus eu la possibilité de prêcher ; j'aurais dû prêcher Christ en masque et parler en jargon et satis suptrque datum est hypocrisi et superstilionibus; imo il m'aurait fallu ou renier Christ et le persécuter ou exposer ma vie. La première alternative est une impiété, la seconde une sottise, car je ne m'y. sentais pas poussé ; d'ailleurs Dieu saura bien me trouver lorsqu'il le trouvera bon. Christ par son exemple et ses paroles m'a enseigné à fuir ; il a dit que n'étant pas reçus dans une ville nous devons fuir dans une autre; lui-même, enfant, s'enfuit en Egypte et plus tard en Samarie et en Galilée lorsqu'il apprit que saint Jean avait été mis en prison. Le très rév. mons. Contarino ne m'a pas dit de ne pas aller {à Rome), mais il m'en fit le signe. Je puis dire ceci puisqu'il est mort et que mes paroles ne peuvent plus lui nuire; j'aurais volontiers suivi son conseil, mais si tu eusses été à Bologne peut-être aurais tu été d'un autre avis et tu prierais

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le Seigneur que cette mutation soild*autant plus à sa gloire qu'elle m'a été âpre et difficile. Dieu connaît mon désir; quand je serai arrivé au terme je vous écrirai. Saluez tous les amis en Christ et priez Dieu pour moi. Da Morbegno, Vultimo di Agosto., 1542. Fr Biig. Sens, » Cette lettre familière, adressée à un ami fidèle de Bernardin Ochinus et tracée dans la hâte d'une fuite dangereuse nous fait voir que si Contarini approuvait intimement les doctrines qui faisaient citer Ochino à Rome, il n'osait toutefois se déclarer ouvertement contre l'autorité papale.— Après la fuite de son général, l'ordre des capucins faillit être dissous; plusieurs amis d'Ochino, Bartolomeo de Cuneo, Girolamo de Melfis, le vicaire de Milan, etc., furent persécutés. Les écrits d'Ochinus firent longtemps encore retentir sa voix en Italie, mais néanmoins il n'y eut pas l'influence du savant et doux P. Martyr : sa vie errante l'empêchait de pouvoir fonder des congregâtions. Lorsque l'inquisition fondit sur les réformés de Naples elle en découvrit trois mille, grâce aux dénonciations de deux apostats Gualante et Cappone. Les chefs s'enfuirent ou se cachèrent, et les amis de Valdès, Carnesecchi, Plaminius, Priuli, B. Stella, d! Rullo et d'autres familiers de Polo devisaient paisiblement à Viterbe, chez lui, sur les questions religieuses du jour, pendant que l'astucieux Anglais leur faisait croire qu'on pouvait secrètement embrasser la Réforme sans être obligé de le manifester (voyez Flaminius) Le vice-roi fit tous ses efforts pour détruire l'hérésie ; il brûla les livres infestés, il ferma plusieurs académies suspectes (1514-46), il voulut môme en 1542 établir l'inquisition espagnole. Tout le monde connaît la célèbre révolution populaire dirigée par Tommaso Aniello aui • obtint le maintien de l'inquisition par voie ordinaire : les hérétiques étaient livrés à Rome qui instruisait leur procès. C'est ainsi que Mario Galeota, littérateur napohtain, fut trois fois sous procès à Rome de 1552-1567. C'est de ce Mario que parie toujours le procès de Carnesecchi. Malheureusement la troisième partie de son procès fut close par son (ibjuration (K.Benrath, Rivista Crist,, février 1878) Isabella Brisegna échappa à l'inquisition en se réfugiant en Suisse Giulia Gonzaga, bien qu'appelée perversissima dans le procès de Carnesecchi et bien qu'interrogée avec V. Colonna sur ses relations valdésiennes, ne se sépara jamais de l'Eglise romaine. Tout ^on cœur était pourtant avec les hérétiques. Voici ce que dit l'extrait du procès de Carnesecchi :... eadem domina Julia eidem Dont, Isabella (Brisegna) existenti in partibus hxreticorum pecunias ministrabat - nec non eosdem Dom. Isabellam et Gakalium (Caracciolo) cupibat ut permùnerent in eisdem partibus apud hœrelicos; tum etiam dicta Dom, Julia dimisit Venluram et Paulum Colœ, farniliares suos, qui transfugerunt ad hxrelicos de suis et ipsius constituti (c'est-à-dire Carnesecchi) scientia • tum denique quia dicta Dom. Julia non solum imprâbavit indicem libr prohib.S. R.Inq, sed eiiamcatholicamfideiconfessionemalilUust.D Card Polo in ejustestamento:..^ En 1551, Galéas Caracciolo (voyez ce nom)" fidèle à l'Evangile et à sa conscience, avait quitté Naples et la cour de Charies-Quintpour Genève, où il fut le fondateur de l'Eglise italienne

Les rigueurs de l'inquisition frappèrent en 1564 deux nobles napolitains, Psco d'Aloïs de Caserta et J. Bernard Gargano d'Aversa, qui furent décapités comme luthériens après d'importantes révélations. Leur supplice remplit d'effroi les derniers réformés de Naples qui s'enfuirent. Les environs dé Naples, les Galabres, la Fouille, la terre d'Otrante, avaient été évangélisés par Flaminius, par Apoll. Merenda, plus tard secrétaire de Polo, par Ludovic Manna « très mauvais hérétique, » par J. Paul Castroffîano, maître d'école, par un certain Giannetto qui s'enfuit ensuite à Genève, et par Odone da Monopoli, maître d'école dans la Fouille. Plusieurs prélats encore furent suspect§ dans ces contrées : Pierre Antoine de Capoue, archevêque d'Otrante, et son auditeur Ladislas avaient secrètement embrassé la Réforme et protégeaient l'apostolat de L. Manna. 11 prêchait luimôme l'Evangile et était en correspondance avec Bucer (?). L'évêque de Ghironia, san Felice, emprisonné avec Morone en 1557, et chassé du concile, les évoques de Gatane, de Sorrente, d'Isola, de Gaiazzo, de Mola, de Givita di Penna, de Policastro, de Reggio, étaient plus ou moins luthériens et lisaient avidement les ouvrages de la Réforme et de Valdès. Gelui de Policastro, Missanelli, fut puni par Pie V en 1567 et suspendu de ses fonctions pendant dix ans. — Les vaudois établis dans la Galabre citérieure depuis 1315, et qui avaient occupé plusieurs villages : laGuardia, San Sisto, Vaccarizzo, Rosa, Argentina, San Vincenzo, Montalto, furent détruits par le fer et le feu ou jetés dans les prisons de Naples. Mille six cents vaudois furent alors arrêtés et tous ceux qui n'abjuraient pas durent passer par la main du bourreau ou aller sur les galères espagnoles et même être vendus comme esclaves (1558-1560). G'est alors que Lud. Pascale fut arrêté et conduit à Rome avec Negrino qui mourut de faim dans sa prison. En un seul jour, raconte un témoin oculaire catho- UquCy quatre-vingt-huit hommes furent égorgés par un seul bourreau et avec le même couteau!' — En Sicile, l'inquisition établie vers 1524 lit aussi son infâme ofQce, mais on ne peut connaître ni le nom des accusés ni leur procès. L'inquisition demeura en Sicile jusqu'en 1782, contre les hérétiques et les sorciers. M. E. Bohmer, qui a visité les archives de Palerme; y a trouvé des dénonciations contre quelques luthériens du dix-septième siècle. Dans l'interrogatoire de F. Gaserta, l'évêque de Gatane, N. M. Garacciolo, est accusé d'avoir lu et approuvé les écrits des réformateurs napolitains. Get homme avait été cependant un des meilleurs amis de Paul IV ! — Rome elle-même et les feudes de l'Eglise connurent la Réforme et les doctrines de l'école de Valdès. Velletri, Viterbo, Orvieto, les duchés de Spoleto et de Gamerino, Urbino, Ancona, Imola, Faenza, Bologne, Perugia, Fano, etc., avaient des hérétiques. Avant d'aller à Naples, le mineur Mollio de Montalcino avait lu et expliqué l'Evangile à Bologne, aux étudiants surtout, et avait même été accusé d'hérésie par un confrère jaloux. 11 se fit absoudre à Rome par Paul III; mais ayaût repris ses prédications évangéliques, il fut chassé de l'université, se retira à Naples et devint complètement réformé dans la société de Valdès. Il

prêcha dès lors courageusement la Réforme; mais arrêté à Ravenne, après un procès éclatant dans lequel on fit abjurer devant lui, potir rébranle^, quinze hérétiques, Mollio demeuré ferme, ^vec un certain Tisserando, de Perugia, fut pendu et brûlé sur le. Gampo de* Fiori, à Rome, le 5 septembre 1553. En 1541, Bologne était remplie de réformés, et en 1545, Altieri affirmait qu'un seigneur de la ville voulait lever un régiment de réformés pour marcher contre Paul III dans sa guerre impie de Gamerino. Le Compend. InquisU, indique encore J.-B. Scoto qui était en relation avec les cardinaux Polo et Morone, avec Garnesecchi avant 1558, et qui distribuait beaucoup d'argent aux réformés pauvres de Bologne. Il répandait et faisait peut-être même imprimer les œuvres de Valdès, puisqu'en 1544 Garnesecchi lui envoya un quaderneiio de ce dernier. L'extrait du procès de Garnesecchi -confirme qu'il y avait à Bologne plusieurs frères m Domino, Malheureusement J.-B. Scoto abjura devant le péril. Les plus célèbres hérétiques des environs de Bologne furent Fannio de Faenza, brûlé à Ferrare en 1550, M. A. Flaminius de Imola qui ne manifesta jamais ouvertement sa foi et qui mourut de maladie la même année, DidimoFaventino (pseudonyme?) qui déjà en 1521 avait publié une Oratio pro M, Luihero Theologo, Guido Zanetti ^e Fano qui avait répandu à Venise et à Rome la connaissance do l'Evangile au moyen du Beneficio diG. C. et qui fut condamné à la prison perpétuelle (1569) et non à la mort, parce qu'il possédait plusieurs secrets précieux pour le saint-office. Dans Rome môme donc, la Réforme avait pénétré, non par le moyen des soldats de Bourbon (1527), comme l'affirment les historiens catholiques, mais par celui des membres du clergé romain et des livres des réformateurs. Tous les papes du seizième siècle à partir de Léon X furent persécuteurs et recevaient à Rome, comme un gracieux hommage, les martyrs enchaînés que leur envoyaient les villes de l'Italie. En 1559, lorsque Paul IV mourut, )a populace irritée contre les dominicains les chassa de Rome, brisa la statue du pape et délivra soixante-deux hérétiques, parmi lesquels étaient Mario Galeota, B. Stella et le célèbre auteur du Gôvenant, l'Ecossais Graig. — G'est à Rome que furent instruits les procès des deux grands martyrs P. Garnesecchi et A. Paleario. Garnesecchi, que nous avons vu à Naples, à Viterbe, à Venise, en 1544, avait été secrétaire de Glément VII. La connaissance des intrigues et de la corruption de Rome l'avait, de bonne heure convaincu de la nécessité de la Réforme. Absous dans un premier procès en 1546, il voyagea en France jusqu'en 1556, et fut en relation avec les hérétiques de Lyon et de Genève. De retour à Venise, il s'y préparait à mourir chrétiennement lorsqu'un second procès fut instruit contre lui à Rome, grâce aux dénonciations d'anciens faux amis et h. la séquestration d'une partie de sa correspondance. N'ayant pas comparu en 1559, il fut condamné par contumace à la confiscation de ses* biens et à être saisi par le bras séculier. Protégé par Gosme de Médicis, il obtint de Pie IV la révocation de la sentence et vécut dès lors à Florence, sa ville natale, en grande intimité avec le duc.

Gosme n'était pas Tami de Finquisition, il résista longtemps à la bulle In cœna Domini et aux sollicitations de Paul IV, tant que sa politique le lui conseillait; mais lorsque Ghjslieri devint pape en 1566, Gosme, désireux de son appui et d'obtenir le titre de grand duc de Toscane, livra sans hésitation son ami à la haine fanatique de Pie V. Après un procès qui ne fut que la reproduction du premier (1566-1567) accusé et convaincu d'avoir professé toutes les erreurs de la Réforme, d'avoir assisté les hérétiques italiens de l'étranger, Carnesecchi fut décapité et brûlé à Rome avec un moine mineur conventuel de Cividale (Belluno), hérétique relaps. En 1566, dans un autodafé contre quinze hérétiques, sept d'entre eux abjurèrent, sept furent condamnés aux galères et un noble relaps, Pompeo'de' Monti, fut remis au bras séculier. Lors du supplice de Carnesecchi, dix-sept condamnés abjurèrent et furent envoyés aux galères ou en prison ; parmi eux se trouvaient sept gentilshommes bolognais. En 1568, le zèle de Pie V ne laissait pas se passer un jour sans supplice et l'on dut bâtir de nouvelles prisons pour y enfermer l'affluence des hérétiques. En 1369, en présence de vingt-deux cardinaux, quatre hérétiques furent brûlés, dix abjurèrent et Guido Zanetti condamné à la réclusion perpétuelle. En 1569, le célèbre professeur de Sienne et de Milan, A. Paleario, qui dans sa ville natale (Sienne) avait déjà dû se défendre du crime d'hérésie, avec un éloquent discours Pro se ipso où il osait faire l'apologie d'Ochino et des réformateurs allemands, ^fut, après un procès inique commence à Milan par l'inquisiteur P. Angelo de Crémone, transféré à Rome dans la Torre di Nona. Le grief le plus sérieux contre Paleario était la publication de ses lettres et de ses discours faite à Bâle en 1566 par T. Guarini et non, comme l'affirme J. Bonnet, la composition du traité Del Bénéficia di G. C. Paleario demeura ferme dans sa foi pendant les longs interrogatoires des cardinaux inquisiteurs : Reviva, Pacheco, Gambara, les mômes qui avaient signé la condamnation de Carnesecchi; puis, trouvé « digne du plus rigoureux châtiment » il fut exécuté en juillet 1570 (voyez le beau livre de J. Bonnet, A, Paleario..., Paris, 1863). En 1585, dans un nouvel autodafé, devant les cardinaux, un hérétique fut brûlé « au feu lent, » un autre étranglé avant d'être brûlé et plusieurs reconduits, morts de frayeur, dans les prisons. Jusqu'au jour où les troupes piémontaises entrèrent dans Rome par la brèche de Porta Pia, suivies des vaudois qui apportaient l'Evangile, on n'entendit plus parler de Réforme dans la ville des papes. — Disons encore . deux mots d'un homme plus célèbre aujourd'hui que de son temps et qui appartient à San Ginesio, dans les Etats de l'Eglise (les Marches). Alberico Gentili, né en 1551, étudia le droit à Perugia, fut lauréat en 1572, avocat en 1575. Il connut la Réforme chez lui certainement puisqu'eii 1549 les livres séquestrés à Côme par Ghislieri étaient aussi destinés à San Ginesio et qu'en 1568 San Ginesio était rempli d'hérétiques. En outre, son père Matteo était hérétique ; il s'enfuit avec lui en 1575, mais laissa Alberico en Italie jusqu'en 1579. La persécution avait sévi d'ailleurs dès 1573 à San

Ginesio et plusieurs de ses habitants s'étaient enfuis avec les Gentili. Si Alberico et son frère Scipion n'étaient pas réformés comme leur père, lors de leur fuite, ils le furent plus tard, comme on peut le voir dans l'étude étendue qu'a faite sur ce sujet M. E. Gomba {Riv. Crist., 1876-1877). — Nous avons été souvent, dans cette étude, appelés à nous occuper des réformés toscans. Les principaux d'entre eux, P. Martyr, P. Carnesecchi, A. Paleario, Mollio, Ochino môme, ont parlé de l'Evangile dans leur patrie, autant que le leur permettaient leurs pérégrinations. Sienne, ville libre jusqu'en io3o, connut l'Evangile avant 1540 par les disciples de Valdès. Le livre de Paleario sur La plénitude, la suffisance et la satisfaction de la passion du Christ devait y être connu vers cette époque, surtout si on ne veut pas le confondre avec le traité* célèbre Del Benefizio di G, C, crocifisso verso % Cristiani composé, quoi qu'en aient dit MM. J. Bonnet et avant lui Churchill Babington, qui ne connaissaient pas l'existence du premier traité de Paleario. Florence, dès 1523, connaissait la Réforme. Patrie de P. Martyr et de Carnesecchi, elle n'eut que rarement l'occasion de les voir et de les entendre; la maison des Médicis, surtout sous les papes de sa famille et quand sa politique l'y poussait, persécuta a^TBC fureur les hérétiques. Les livres hérétiques y firent toutefois plus souvent que les réformés les frais des autodafés (1559). Lucques, avant l'œuvre de P. Martyr, qui en fît en 1540-41 une des plus importantes villes réformées, connaissait déjà les « idées nouvelles » par les livres qui venaient de Suisse et d'Allemagne. En 1525, un édit du « Magnifique Conseil » y ordonnait la séquestration des livres hérétiques; peine cinquante ducats. Vers 1540, P. Martyr Vermigli s'établit à Lucques, prieur de San Frediano, après s'être attiré la haine des augustins dont il avait puni sévèrement les abus, avec le cardinal Gonzaga ; il y fonda pour les familles patriciennes et pour ses moines un collège célèbre où enseignaient G. Martinengo, Em. Tremellio, PaoloLacisio,Gurione etZanchi;A. Paleario n'y était pas. encore, il n'y vint qu'en 1346. Les prédications de Martyr y étaient courues, puisqu'en 1541, dans l'entrevue célèbre de Charles-Quint et de l'aullll, ils s'jenlretinrent sérieusement de la suppression de l'hérésie dans cette ville. Garafi'a avait l'œil sur Vermigli depuis les débats de Naples, et il fut en efi*et cité à Gênes devant le chapitre de son ordre. C'était une vengeance des augustins. P. Martyr s'enfuit alors après avoir visité les Eglises de Pise et de Florence (quelques jours après Ochinus) avec Lacisio, Tremellio et Giulio Terenziano. Un mois avant la proclamation de la bulle Licet ab initia (juin 1542), Bartolomeo Guidiccioni, ami de Paul III, avait écrit au sénat de Lucques une lettre menaçante pour l'engager à poursuivre les hérétiques C. S. Curione et le prieur des augustins, « qui avait donné la communion zwinglienne à plusieurs personnes » (P. Martyr). Il demandait en plus l'arrestation du prieur de Fregionara et d'un moine augustin, qui s'enfuirent alors. Les menaces de l'Espagne provoquaient de sévères mesures, et de 1545-70 plusieurs édits défendent sous peine d'amende, de confiscation et de mort, en cas de récidive, la lecture, l'introduction des

livres prohibés et toute relation avec les émigrés pour cause d'hérésie. L'inquisition était exercée par les citoyens timorés et le gonfa- Ion de justice. Tout le monde était obligé de faire publiquement ses dévotions, et nous ne pouvons comprendre que A. Paleario, nourrissant des opinions hérétiques, ait pu demeurer si longtemps à Lucques (1546-1454) sans être inquiété. En 1549, 1554, 1558, 1561, 1562, 1566, 1568, 1570, une foule de décrets furent promulgués pour interdire les relations avec les fugitifs dont la tête était mise à prix. Bien que Lucques n'ait jamais voulu dans ses murs l'inquisition romaine, son évêque et son gouvernement furent assez inquisiteurs pour y détruire la Réforme, puisque Pie V leur envoya, pour les récompenser de leur zèle, la fameuse rose d'or. La congrégation de P. Martyr fut anéantie par l'emprisonnement des uns, la fuite ou l'abjuration des autres. De 1558 à 1597, quarante-un Lucquois furent condamnés et punis comme hérétiques. Les familles les plus distinguées émigrèrent en France et en Suisse, et donnèrent à leur pays d'adoption des hommes éminents (Rustici, Perna, Licna, Galandrini, Balbani, Turettini, Minuloli, Micheli, Burlamacchi, Diodati,etc.). En 1679, les Lucquois de Genève furent invités par l'évoque Spinola à rentrer dans leur patrie et dans la mère Eglise ; ils répondirent qu'ils ne pouvaient désobéir à leur conscience de chrétiens. La politique frauduleuse de Cosme de Médicis ne favorisa en aucune manière la Réforme à Florence et en Toscane. S'il chassa les dominicains qu'il croyait fîdèles à la mémoire de Savonarole, il donna le pouvoir inquisitorial aux mineurs conventuels. En 1551, en 1561, il livra à Rome les hérétiques avant de lui livrer lâchement, violant l'hospitalité, le martyr P. Carnesecchi. Malgré son apparente tolérance, son machiavélisme le tint sans cesse en correspondance avec les persécuteurs Pucci (card.), Guidiccioni (évoque), et Parnèse (card; pape). Nous laissons ici encore au catholicisme romain toute la gloire du personnage. — Les réformés italiens se trouvèrent souvent à Florence (Martyr, Garnesecchi, Ochino), mais il ne paraît pas que l'inquisition y ait sévi contre les personnes comme ailleurs. Après le martyre de Savonarole, jusqu'en 1630 on n'y voit que des autodafés de livres. Bien que Mac Crie affirme que plusieurs avaient embrassé la Réforme clavs Uur ville mênie^ les sources connues ne permettent aucune certitude; nous croyons que les réformés florentins cherchèrent de bonne heure, comme leur concitoyen P. Martyr, leur salut dans la fuite. En 1542, il y avait une congrégation réformée à Pise, puisque Martyr y administra la sainte cène avant de partir pour l'exil. Vers 1512, Gurione y prêcha l'Evangile sous le nom de professeur de lettres latines, et en 1567, plusieurs étudiants y furent sous procès avec quelques prêtres qui leur avaient annoncé l'Evangile. Nous sommes persuadés, et l'histoire nous le laisse entrevoir, que la Réforme était prêchée avec succès, avant la persécution, dans plusieurs autres localités toscanes, mais nous ne pouvons rien affirmer, car les données exactes nous font défaut. Sans nous arrêter aux grands réformés de Sienne, que nous avons vu fuir ou mourir, notons en 1558 dix accusés avec la

famille Sozini ; les uns abjurèrent, les aut^es s'enfuirent. Latlanzio llagnone s'enfuit de bonne heure, comme Ochinus ; Mino Gelsi, esprit libéral supérieur, Benvoglienti et P. Spanvecchi s'enfuirent également. Sienne a l'honneur, après avoir donné Ochinus et Paleario au protestantisme itcilien, d'être la patrie des Sozini, dont le nom est aujourd'hui bien moins connu que ne l'est leur système théologique. Le protestantisme libéral moderne a une de ses sources dans le socinianîsme (voyez ce nom), qui se rattache à son tour aux théories de Servet, répandues en Italie après 1538. Fausto, Camillo, Celso, Maria, Lelio Sozini (ou Socini) avaient tous plus ou moins ouvertement embrassé la Réforme. Lélius Sozini, le plus célèbre, n'exprima ses opinions que longtemps après son exil volontaire. Dans ses rapports avec les hérétiques de Venise et de Vicence il ne manifesta pas ses doctrines sur le Christ et la Trinité. Il quitta Tltalie avec ses frères <k>rnélius et Camille en 1548, et pendant son séjour h Zurich, il communia toujours avec les italiens orthodoxes. Les Sozini n'eurent d'influence en Italie que par écho et lorsque la Réforme y était déjà supprimée. Fausto Socin, pendant son séjour en Toscane, ne*fit pas connaître ses doctrines antitrinitaires, quoiqu'il y fût protégé par le duc; ce n'est qu'en Pologne qu'elles firent du bruit et qu'elles le firent persécuter (voyez art. Socinianisine), — Les faits qui précèdent prouvent dans leur brièveté désespérante que le bras sanglant de l'inquisition romaine a eu la plus large part dans l'anéantissement de la réforme italienne. Les luttes confessionnelles y eurent leur part, à Venise surtout, où elles furent allumées par Luther et adoucies par les sages et chrétiens conseils de Bucer; mais ces luttes haineuses et odieuses se développèrent surtout à l'étranger (dans les Grisons), et nous ne croyons pas, avec les historiens catholiques, qu'elles aient signé, elles seules, la condamnation de la Réforme italienne. Pendant la persécution les luthériens, les calvinistes, les zwingliens furent fermes dans leur foi, et aucun des martyrs italiens n'est mort pour sa foi à un homme ; ils ont tous été témoins du Christ. D'ailleurs la symbolique n'a pas eu le temps de se développer en Italie ; s'il est vrai que les réformés italiens eurent à l'étranger des doctrines différentes, il n'en fut pas ainsi pendant leur séjour dans le pays natal. Persécutés par Rome et poussés par le devoir, ils ne perdaient pas leur temps en de vaines disputes, et si, parlant des plus célèbres, nous savons que Ochinus fut plus tard presque antitrinitaire, Martyr du parti de la conciliation, Curione orthodoxe zwinglien, P. P. Vergerius luthérien, nous pouvons toutefois affirmer avec joie qu'ils furent en Italie des témoins courageux et désintéressés du Christ (voyez Antitrinilaires). Sans donc nous arrêter aux disputes théologiques qui troublèrent les esprits et les consciences au seizième siècle, surtout dans les pays appelés protestants, nous dirons quelques mots sur la prédication moderne de l'Evangile en Italie. L'Evangile y fut connu dans le courant du siècle, de 1819 à nos jours, par les communautés protestantes; mais elles n'eurent qu'une influence très indirecte sur la population italienne. En 1831,

plusieurs exemplaires de la Bible étaient introduits dans les Etats de l'Eglise et dans les autres provinces, en sorte que les premières personnes qui embrassèrent la Réforme y furent presque toutes conduites par la simple lecture de la Bible. Le comte Guicciardini, les D^» De Sanctis et T. Ghiesi, etc., connurent aussi l'Evangile dans lequel les voyages dans les pays protestants et la prédication évangélique les confirmèrent plus tard. En 1846, De Sanctis et quelques amis fondèrent à Malte le journal Vlndicatore et lors de la révolution qui chassa Pie IX à Gaëte (1848), un certain Achilli tint à Rome môme des conférences religieuses privées. Quand la force revint, elle remit le pape dans sa villô et Achilli naturellement 'en prison, d'où il ne fut tiré que grâce aux instances de l'ambassade anglaise et de l'Alliance évangélique. En 4^848, lorsque le grand duc accorda la Constitution à la Toscane, l'Evangile y fut aussi annoncé par l'ex-amiral Packenham et quelques candidats en théologie ^vaudois. Lors de la réaction ils en furent chassés, mais ils avaient laissé à Florence plusieurs évangéliques italiens et en 1850, MM. B. Malan et P. Geymonat prêchèrent l'Evangile à Florence même, dans la chapelle suisse. Poursuivis par la police jusque dans les réunions privées, la prédication en langue italienne fut interdite ; B. Malan s'enfuit, M. Geymonat, emprisonné, fut conduit à la frontière (1851) et sept Florentins furent condamnés à six mois de travaux forcés dans les Maremmes. La même année les époux Madiaj furent condamnés à la prison. L'Eglise vaudoise de Turin, fondée en 1848, eut dès 1850 un pasteur zélé dans la personne de M. J.-P. Meille, qui prêchait l'Evangile en langue italienne, et qui s'occupait d'évangéliser la ville et ses environs. Cette œuvre, continuée aujourd'hui encore, donne chaque année à la paroisse de nouveaux membres sortis du catholicisme. , En 1852 une congrégation fut foiidée à Gênes grâce à l'activité de de MM. Geymonat et Mazzarella et des exilés toscans. Dans plusieurs autres localités du Piémont et de la Ligurie l'Evangile était connu et prêché. Bientôt les congrégations de Gênes et une partie de celle de Turin se séparèrent de TEglise vaudoise et furent la souche de l'Eglise libre d'Italie qui s'étendit à côté de l'Eglise vaudoise dans les principales villes de la péninsule. Le D"^De Sanctis, qui s'était séparé àTurin, retourna à l'Eglise vaudoise et fut professeur à l'école de théologie de Florence. Il y mourut en 1869. Plusieurs autres dénominations vinrent ensuite semer dans le même champ ; les plus importantes sont la méthodiste wesleyenne, l'Eglise des Frères (fragment séparé de l'Eglise libre et qui se rapproche du plymouthisme), la méthodiste épiscopale et la baptiste étroite et larges. Toutes les divergences ecclésiastiques et doctrinales sont venues en peu de temps dresser leurs pavillons en Italie, et elles y entravent plus que toute autre chose l'œuvre antisectaire de l'évangélisation commencée par les vaudois. (voyez pour cette dernière partie, L. Witte, Dos Evangelium in Italien et R. Crisliana, 1878). Presque toutes les dénominations ont leur journal et leurs publications religieuses dans lesquels ces dernières notices se trouvent développées et commentées (voyez Biografia di L. DesanciiSy

anonyme, Florence, typ. Glaudiana, et ses œuvres de polémique, publiées par la môme typographie). L'Eglise vaudoise possède aujourd'hui (synode de 1879) en Italie, 16 paroisses, 39 églises, 32 stations et visite en outre, pour les évangéliser, 78 localités.

Sources pour l'histoire de la Réforme en Italie au seizième siècle : LesArchives du saint-oflQce de Venise, conservées dans la bibliothèque de réglise des Frari; A. Garacciolo, Vila di Paolo IV et le Compendium InquisUorum , mss. du British Muséum et de la Casatanense; Le Vergeriant del Mutio justino poliiano, Venise, 1350; Schelhorn, Amœnilates liist. ecclesiaslic, et lia,, I-XIV, Francfort et Leipzig, 1738. Les ouvrages de P. Martyr Vermigli avec YOratio de vita et obitu P. M. V. de I. Simler, Amsterdam et Francfort, 1636; Genève, 1624, etc.; De Leva, Storia di Carlo V documehla, vol. I et m, 1873; GU Erelicidi Ciltadella, Venczia, 1873; dans VArchivio veneto, VU, 1871; Giulio di Milano; E. Gomba, Baldo LupetinOj Rome et Florence, 1875; Hisloria délia vita di G, Caracciolo de Nicolao Balbani, Rome et Florence, 1875 ; La RivisU Crisliana {années 1873-1878) diretta del prof. E. Gomba, Florence ; T. Mac Grie, Istoria delta Riforma in Italia nei s, sedicesimo^ Genova, 1838; anonymes, 7. Riformatori iialiani, La Riforma in Jtalia, Florence, 1868-70 (ce sont des reproductions de Me Grie); G. Gantù, G lierelecid' Italia^ Torino, 1866, I, II, III, ouvrage désordonné et fanatique, rempli de renseignements précieux et de jugements faux, on ne peut s'y fier qu'avec beaucoup de prudence; M. Young, The Ufe and times of A. Paleario or a his- s tory..., London, 1860; H. Laeriimer], Monumenta Yaticana, Friburgin B., 1870; B. Gecchelti, La Republicadi Venezia e la Corte di Roma nei rapporti délia i?e//^io;îc, Venezia, 1873; Miscellaneadisloriaitalianaper la R. Dep. di slor. patria, t. X, 1870; G. Manzoni, Estratto del processo di P. Carnesecchi; ce document est des plus importants; E. Bohmer, Cenni bibliografici sui fratelli Giovanni a Alfonso di ValdessOj Halle, 1861, publiés après la traduction italienne des cent dix Considerazioni ; LeUeredi alcuni nobilissimi nomini , Venise, 1864; card. Quirini, R. Poli Epistolœ, vol. I"-V; UArchivioSiorico ilaliano; Atti e memorie délie Rh. Deputazioni di Sta palria per le provincie Modenesi e Pannensi, i,\ll Gt la Chronique de Lancillotto de' Blanchi. Tiraboschi, Fontanini, Muratori et les chroniqueurs romains doivent ôtre consultés avec beaucoup de circonspection; J. Bonnet, A. Paleario, Paris, 1863; Derniers Récits du seizième siècle, Paris, 1876; G. Eynard, Lucques et les Durlamacchi, Paris, 1848, etc., etc. Les ouvrages les plus utiles à consulter sont ceux de De Leva et les cinq années de la Rivisia crisliana,

P. Long.

ITALIE (Statistique ecclésiastique^. Après avoir été séparées pendant de longs siècles, les diverses parties de la Péninsule des Apennins se trouvent de nouveau depuis 1870 réunies en un seul état, auquel le recensement de 1876 donne une population de 27,769,473 habitants. Seule, la petite république de Saint-Marin est restée indépendante du royaume d'Italie et comptait en 1874, 7,816 habitants. Les dénombrements officiels ne contiennent plus de rubrique : Gultes,

depuis 1871. Le recensement de cette année 1871 compte en Italie 26,658,67^ catholiques, 58,651 protestants, 35,356 israélite» et 48,468 personnes d'un autre culte et personnes ne professant aucune foi religieuse. — A ces quelques chiffres se bornent les renseignement que les statistiques officielles nous fournissent sur Tétat religieux de ritalie. Le budget de 1878 nous donnera encore quelques indications financières. Dans les recettes nous voyons figurer pour 4,450,000 lires les rentes des biens ecclésiastiques, pour 9,000,000 les intérêts sur le prix de vente des biens ecclésiastiques, pour 18,480,000 la vente des biens ecclésiastiques, pour 15,453,000 Taliénation d'obligations ecclésiastiques, pour 7,3:26,801 les intérêts des obligations ecclésiastiques non vendues. Gomme dépenses, nous voyons une somme de 27,744,866 attribuée au ministère de la justice eldes cultes; mais nous ne connaissons pas la part de ce crédit spécialement affectée aux cultes. — Pour connaître un peu les différentes communions qui se partagent le royaume, il nous faudra donc puiser nos renseignements à des sources non officielles. A V Eglise catholique se rattache nominalement la presque unanimité du peuple italien (plus 99 pour cent de la population en 1871) ; mais ce qui donne au catholicisme en Italie une importance unique, c'est la présence dans la capitale du royaume du souverain pontife et de sa cour. Avant donc d'étudier ce qui parmi les catholiques italiens est spécifiquement italien, nous croyons utile de nous arrêter un moment à la cour de Rome et d'en exposer l'organisation. La hiérarchie catholique a pour chef le pape dont le titre officiel complet est : « évoque de Rome et vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres, souverain pontife de l'Eglise universelle, patriarche d'Occident, primat d'Italie, archevêque et métropolitain de la province romaine, souverain du domaine temporel de la sainte Eglise romaine. — Immédiatement au-dessous du pape, est le •< sacré collège des cardinaux de la sainte Eglise romaine, collatéraux et coadjuteurs du souverain pontife. » Une bulle de Sixte-Quint a fixé à 70 le nombre de ces dignitaires. Le sacré collège est divisé en trois ordres, les évoques, les prêtres et les diacres. Les cardinaux évêques, au nombre de 6 occupent les six sièges épiscopaux, dits suburbicaires, savoir: 1. Ostie et Velletri, dont le titulaire est de droit doyen du sacré collège ; 2. Porto et Sainte-Rufine, dont le titulaire est sousdoyen ; 3. Albano ; 4. Frascati; 5. Palestrinc; 6. Sabine (pour ces quatre derniers sièges, la préséance est réglée par le rang d'ancienneté qu'ont entre eux les cardinaux qui en sont titulaires). Les cardinaux prêtres sont au nombre de 50, et les cardinaux diacres, au nombre de 14. Les cardinaux de ces deux derniers ordres portent chacun le titre d'une église de la ville de Rome; à 51 églises est attaché un titre de prêtre, à 16 un titre de diacre, ce qui élève à 73 le nombre des titres cardinalices ; mais le nombre des cardinaux étant fixé à 70, il y a toujours au moins trois titres vacants ; le nombre des vacances est du reste presque toujours beaucoup plus considérable. Au 31 décembre dernier, le sacré collège ne comptait que 58 cardi-

naux. — Au-dessous des cardinaux figurent les patriarches au nombre de 12, 6 du rit latin et 6 du rit oriental. Puis viennent 172 archevêques, savoir: 146 du rit latin, 6 du rit arménien, 1 du rit gréconimène, 1 du rit gréco-ruthène, 4 du rit gréco-melchite, 4 du rit syrien, 4 du rit syro-chaldéen, 6 du rit syro-maronite ; les évoques au nombre de 705, savoir: 655 du rit latin, 12 du rit arménien, 3 du rit gréco-rumène, 7 du rit gréco-ruthène, 10 du rit gréco-melchite, 8 du rit syrien, 7 du rit syro-chaldéen, 3 du rit syro-maronite; puis 18 prélats nullius dioceseos, savoir : 13 abbés, 1 archimandrite, 1 archiprôtre, 1 prieur et 2 prélats ; et enfin 146 prélats dépendants de la Propagande, savoir: 6 délégués apostoliques, 111' vicaires apostoliques et 29 préfets apostoliques. — La hiérarchie romaine comprend en tout 1127 titres; 1027 seulement étaient occupés au 31 juillet 1878 ; mais le nombre des membres de la hiéi:archie s'élevait à 1149, grâce aux prélats retirés, aux coadjuteurs et aux évoques in partibus infidelium, — A la cour de Rome sont encore rattachés d'un manière immédiate les ordres religieux suivants: Chanoines réguliers: 1. De Latran, avec un vicaire général et un procureur général ; 2. Prémontrés, avec un abbé général et un procureur général ; 3. De la Sainte Croix, avec un maître général. — Clercs réguliers : 1. Théatins, avec un vicaire général et un procureur général ; 2. Barnabites, avec un préposé général et un procureur général; 3. Somasques ; 4. Jésuites; 5. Clercs mineurs, tous trois avec un préposé général et un procureur général ; 6. Serviteurs des pauvres, avec un vicaire général et un procureur général; 7. De la Mère de Dieu, avec un recteur général et un procureur général ; 8. Des écoles chrétiennes, avec un préposé général, un procureur général, et un pro-procureur général. — Congrégations religieuses: 1. Passionistes, avec un préposé général et un procureur général ; 2. Du Très-Saint Rédempteur, avec un grand recteur et un procureur général ; 3. Des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie, avec un supérieur général et un procureur général. — Congrégations ecclésiastiques: 1. Doctrinariens, avec un vicaire général et un procureur général ; 2. De la Mission, avec un supérieur général' et un procureur général ; 3. Des Œuvres pies, avec un préposé général et un procureur général ; 4. Du Saint-Esprit e^t du Cœur Immaculé de Marie, avec un supérieur général et un procureur général; 5. Du précieux sang, avec un directeur général et un procureur général ; 6. De Marie Immaculée, avec un supérieur général et un procureur général ; 7. Institution de la Charité ; 8. Maristes, tous deux avec un préposé général et un procureur général ; 9. De la Sainte Croix; 10. Delà Résurrection; 11. Salésiens; 12. Société pour les missions étrangères, tous quatre avec un supérieur général et un procureur général ; 13. Petits frères des écoles chrétiennes, avec un supérieur général, un procureur général et un vicaire général ; 14. Petits frères de la miséricorde, avec un supérieur général et un procureur général. —Ordres monastiques: 1. Basiliens, avec un visitâteur général et un procureur général ; 2. Bénédictins formant les 9 congrégations suivantes: 1® du Mont-Cassin d'Italie, 2* du Mont-Cas-

ilO ITALIE

sin-de la Primitive Observance, 3* de Hongrie, 4® de France, 5" de Suisse, 6** d'Angleterre, 7° de l'Amérique du Nord, 8® de Bavière, 9» du Brésil. La congrégation du Mont-Gassinde la Primitive Observance a à sa tête un abbé général, les huit autres ont chacune un président; 3. Congrégation des Gamaldules, avec un abbé général ; 4. Ermites camaldules, avec un major; 5. Ermites réformés de Monte Gorona avec un supérieur major ; 6. Ermites de Vallombreuse, avec un général; 7. Gisterciens, avec un supérieur général; 8. Gisterciens réformés, formant deux congrégations, 1° trappistes de la Grande Trappe; 2° trappistes de la Réforme de Rancé, avec chacune un ou deux vicaires généraux; 9. Bénédictins de Monte Vergine; 10. Silvestrins, les uns et les autres avec un abbé général ; il. Olivétains, avec un vicaire général ; 12. Gertosiniens, avec un prieur général ; 13. Antoniens, 5 congrégations avec des abbés généraux, 1*» chaldéens de Saint-Hormisdas, 2** maronites d'Alep, 3° maronites du mont Liban, 4° maronites de Saint-Esaïc, 5° arméniens du mont Liban; 14. Bénédictins arméniens, 2 congrégations avec des abbés généraux, 4" mékbitaristes de Venise, 2** mékhitaristes de Vienne; 15. Basiliens grecsmelchites, 3 congrégations avec des abbés généraux, 1° dû Saint- Sauveur, 2°Soarita Aleppina, 3°Soarita Baladila.— Ordres mendiants : 1. Dominicains, avec un vicaire général; 2. Mineurs de l'Observance avec un ministre général (et deux congrégations séparées, les mineurs réformés de l'observance, et les mineurs récollets d'Alcantara avec des procureurs généraux ); 3. Mineurs conventuels, avec un vicaire général; 4. Mineurs capucins, avec un ministre général; 5. Tiers ordre de saint François, avec un vicaire général; 6. Augustins, avec un prieur général; 7. Augustins déchaussés, avec un vicaire général; 8. Garmes delà primitive observance, avec un vicaire général ; 9. Garmes déchaussés, avec un préposé général ; 10. Serfs de Marie, avec un prieur général ; H. Minimes, avec un correcteur général; 12. Mercedariens, avec un vicaire général; 13. Trinitaires : 2 congrégations, 1° de l'ordre primitif, avec un vicaire général, 2** réformés, avec un ministre général ; 14. Hiérdnimites de la congrégation du bienheureux Pierre de Pise, avec un prieur général ; 15. Hospitaliers, de saint Jean de Dieu, avec un général ; 16. Pères déchaussés de la pénitence, avec un général. — La cour romaine comprend, outre la hiérarchie et les ordres religieux, la famille pontificale, composée: 1. Des cardinaux palatins, 6 charges, dont plusieurs sont souvent réunies sur la môme tête : le pro-dataire, les secrétaires des brefs, le secrétaire d'Etat, le préfet des sacrés palais apostoliques, l'administrateur des biens du saint-siège et le secrétaire des mémoriaux ; 2. Les prélats palatins, au nombre de 4 : le majordome, le maître de la chambre, l'auditeur, le maître du sacré palais apostolique ; 3. Les 9 camériers secrets participants; 4. Le pasteur du sacré palais apostolique. — A la famille pontificale se rattachent encore les prélats assistants du trône pontifical (358 au 31 juillet 1878, savoir : 9 patriarches, 107 archevêques et 242 évoques) les prélats domestiques de Sa Sainteté (379), les protonotaires apostoliques (7

en fonctions, 2 émérites, 186 surnu-méraires), les prélats composant la sainte Rote romaine (11), les prélats de la signature papale de justice (8 en fonctions, 85 référendaires), les camériers secrets de Sa Sainteté (5.en fonctions, 7 surnuméraires en fonctions, 97 surnuméraires, 5 camériers secrets participants de cape et d*épée, 35 camériers secrets de cape et d'épée attachés à la garde noble, 124 camériers secrets de cape et d'épée surnuméraires, 90 camériers d'honneur in abiio paonazzo, 23 camériers d'honneur extra urbem, 6 camériers d'honneur de cape et d'épée, 41 camériers d'honneur surnuméraires de cape et d'épée), le collège des avocats du saint consistoire (9), les chapelains secjiets (4 en fonctions, 17 d'honneur, 7 d'honneur extra tirfcem), les clercs secrets (2), les chapelains communs (6 en fonctions, 16 surnuméraires), le prédicateur apostolique, le confesseur de la famille pontificale, le sous-sacristain des sacrés palais apostoliques, les 2 adjudants de la chambre, l'écuyer secret, les bmsolanti (18 en fonctions, 27 surnuméraires). — Pour achever le tableau de la cour de Rome, il faut encore parler des congrégations: 1. La congrégation de la sainte inquisition romaine et universelle, le pape préfet, 14 cardinaux membres, 26 consulteurs, 6 qualificateurs, 6 officiers ; 2. La congrégation du consistoire, le pape préfet, 5 cardinaux membres, i prélat secrétaire, 1 substitut ; 3. La congrégation de la visite apostolique, le pape préfet, 1 cardinal président, 6 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 1 consulteur, 4 (Jfficiers ; 4. La congrégation des évoques et réguliers, 1 cardinal préfet, 37 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 27 consulteurs, 10 officiers ; 5. La congrégation du concile, 1 cardinal préfet, 36 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 5 officiers, 11 prélats adjoints ; 5 bis. Congrégation spéciale pour la révision des conciles provinciaux, 1 cardinal préfet, 8 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 16 consulteurs adjoints ; 6. La congrégation de la résidence des évoques, 1 cardinal préfet, 4 prélat secrétaire ; 7. La congrégation de l'état des réguliers, 4 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire ; 8. La congrégation de l'immunité ecclésiastique, 1 cardinal préfet, 15 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 5 prélats consulteurs, 1 substitut ; 9. La congrégation de propaganda fide^ 1 cardinal préfet général, 1 cardinal préfet de l'économie, 25 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 23 consulteurs, 13 officiers ; 10. La congrégation de propaganda fide pour les affaires du rit oriental, 1 cardinal préfet, 17 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 21 consulteurs, 3 officiers ; 10 bis. La commission de la révision et de la correction des livres de l'Eglise orientale, 6 cardinaux membres, 1 secrétaire; 11. La congrégation de l'index; 1 cardinal préfet, 32 cardinaux membres, 1 assistant perpétuel, 1 secrétaire, 46 consulteurs, 5 rapporteurs ; 12. La congrégation des rites, 1 cardinal préfet, 23 cardinaux membres, 9 prélats officiels, 27 consulteurs; 13. La congrégation des cérémonies, 1 cardinal préfet , 10 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, les maîtres des cérémonies pontificales font fonctions de consulteurs ; 14. La congrégation de la discipline des réguliers, 1 cardinal préfet, 16 cardinaux membres.

un prélat secrétaire, 4 consulteurs ; 15. La congrégation des indulgences et des saintes reliques, 1 cardinal préfet, 28 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 24 consulteurs, 1 officier; 16. La congrégation deTexamcn des évoques: pour la théologie, 3 cardinaux,. 2 prélats, 3 religieux ; pour les saints canons, 3 cardinaux, 2 prélats ; 17. La congrégation de la fabrique de Saint-Pierre, 1 cardinal' préfet, 7 cardinaux membres, 1 prélat économe et secrétaire, 10 officiers ; 18. La congrégation de Lorette, 1 cardinal préfet, 2 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 1 officier; 19. La congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, 22 cardinaux membres, 1 prélat secrétaire, 20 consulteurs, 6 officiers; 20. La congrégation des études, 1 cardinal propréfet, 16 cardinaux membres, 1 prélat membre, 2 officiers. — Il nous reste à parler encore de quelques institutions annexes de la cour de Rome : 1. La grande pénitencerie, composée du cardinal grand pénitencier, d'un régent, d'un théologien, d'un dataire, d'un correcteur, d'un sigillateur, d'un canoniste, de deux secrétaires, d'un archiviste et de quelques fonctionnaires d'ordre inférieur; 2, La chancellerie apostolique, composée du cardinal vice-chancelier et sommiste, d'un régent, d'un sous-sommiste, etc.; à la chancellerie se rattache le collège des prélats abréviateurs (4 ordinaires, 14 surnuméraires, 6 substituts, et 3 substituts surnuméraires); 3. La daterie apostolique, composée du cardinal pro-dataire, d'un sous-dataire, d'un préfet deWOfj^ciOy d'un préfet del Concessum et d'un grand nombre de fonctionnaires d'un rang moins élevé; 4. La chambre apostolique , avec un cardinal camerlingue de la sainte Eglise romaine, un prélat vicecamerlingue, 1 prélat, auditeur général de la chambre, 1 prélat trésorier général,* 7 prélats clercs de la chambre, etc.; 5. Les secrétaireries du palais; les trois principales, la secrétairerie d'Etat, celle des brefs et celle des mémoires ont pour chefs des cardinaux, les autres sont dirigées par des prélats ; 6. Le vicariat de Rome, dirigé par le cardinal vicaire général de Sa Sainteté, assisté d'uii grand nombre de prélats ; 7. Les établissements pontificaux d'instruction, dont les principaux sont : l'académie pontificale des nobles ecclésiastiques ; les séminaires au nombre de 5, pontifical romain , pontifical provincial de Pie, des apôtres saint Pierre et saint Paul,- du Vatican, des Français ; les 7 collèges apostoliques^ urbain de la propagation de la foi, germanico-hongrois, grec-ruthène, anglais, irlandais, écossais, et américain des Etats-Unis; les 8 collèges ecclésiastiques; les 3 collèges des réguliers. — Si des institutions communes au catholicisme entier, nous passons à ce qui est spécial à l'Italie, nous trouvons dans le royaume 45 archevêchés et 198 évôchés. Ce sont les 6 évèchés suburbicaires (voyez ci-dessus) , puis les archevêchés et évêchés soumis immédiatement au saint-siège, savoir : dans les anciens états romains, 3 archevêchés, Gamerino, Ferrare et Spolète, et 37 évêchés, Acquapendente, Alatri, Amélia, Anagni, Ancône, Ascoli, Assise, Bagnorea, Gitta di Gastello, Givita Gastellana, Gitta délia Pieve, Gorneto et Civita-Vecchia, Fabriano et Matelica, Fano, Ferentino, Foligno, Gubbio, Jesi, Montefiascone, Narrii, Nocera, Norcia, Orvieto, Osimo

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<ii Cingoli, Perugia, Poggiô Mirteto, Recanati et Loreto, Rieti. Segnî. Sutri et Nepi, Terracine, Terni, Tivoli, Todi, Treja, Verdi, Viterbe; en Toscane et dans TEmilie, les sedes exemiu sont Parchevôché de Lacques, et les 7 évôchés d'Arezzo, de Borgo San-Domaîo , de Cortona, de Montalcino, de Montepulciano, de Parme et de Plaisance ; dans la Vénétie Tarchevôché d'Udine seul relève directement du Saint- Siège ; dans l'ancien royaume de Naples, les sedes exemtx sont les 6 archevêchés d'AmalG, d*Aquila, de Gatane, deCosenza, de Gaëte et de Rossano et les 16 évôchés d'Aci-Reale, d'A versa, de Gava et Sarno, de Gravina et Montepeloso, de San Marco et Bisignano, de Marsi, de Melfî et Rapolla, de Milcto, de Molfetta, Terlizzi et Giovenazzo, de Monopoli, de Nardo, de Penné etAtri, de Teramo, de Trivento, de Troia, et de Valva et Sulmona. Enfin un évôché piémontais^ celui de Luni- Sarzana est placé dans la même situation. — Les autres diocèses italiens forment les provinces ecclésiastiques suivantes : Acerenza (% Matera j évôchés sufTragants : Angiona et Tursi, Potenza, Tricarico, Venosa; Bari, suffr.agants : Conversano, Ruvo et Bitonto; Dénévent^ sufifragants : S. Agata dei Goti, Alife, Ariano, Ascoli et Gerignola, Avellino, Bojano, Bovino, Larino, Lucera, S. Severo, Telese, Ter*, raoli; Bologne, sufTragants : Faênza, ïmola; J5rmdt5t, suCFragant : Ostuni; Cagliari, sufTragants : Galtelli-Nuoro , Iglesias, Ogliostra; Capoue, sufTragants : Gaiozzo, Galvi et Teano, Gaserta, Isemia et Venafro, Sessa; Chieti, sufTragant : Vasto; Conza, sufTragants : S. Angelo dei Lombardi etBisaccia, Campagna, Lacedonia, Muro; FermOj sufTragants : Macerata et Tolentino, Montalto, Ripatransone, San Severino; Florence, sufTragants : Borgo S. Sepolcro, Golle, Fiesole, S. Miniato, Modigliana, Pistoie et Prato; Gênes, sufTragants : Alhenga, Bobbio, Brugnato, Savone et Noli, Tortone, Vintimille; Lanciano, sufTragant: Ortona; Manfredonia, sufTragant: Viesti ; Messine, suffragants : Lipari, Nicosie, Patti; Milan, sufTragants : Bergame, Brescia, Gôme, Grema, Grémone, Lodi, Mantoue, Pavie; Modène, suffragants : Garpi, Guastalla, Massa deGarrare, Reggio; Monreale, suffragants : Galtanisetta, Girgenti ; Naples, sufTragants : Acerra, Ischia, Noie, Pouzzoles; Orislano, sufTragant : Aies et Terralba; Oirante, suffragants : Gallipoli, Lecce, Ugento; Palerme, suffragants : Gefalu, Mazzara, Trapani; Pùe, sufTragants: Livourne, Pescia, Pontremoli, Volterre; Ravenne^ sufTragants : Bertinore, Gervia, Gesène, Gomacchio, Forli, Rimini, Sarsena; Reggio, sufTragants: Bova, Gassano, Gatanzaro, Gotrone, Gerace, Nicastro, Oppido, Squillace, Nicotera et Trapea ; Saleme, sufTragants : Acerno, Gapaccio Valle, Diano, Marsico Nuovo, Nocera dei Pagani, Nusco, Policastro; Sassari, sufTragants : Alghero, Ampurias et Tempio, Bisarchio, Bosa ; S, Séverine, sufTragant : Gariati ; Sienne, sufTragants : Ghiusi et Pienza, Grosseto, Massa Marittima, Sovana et Pittigliano ; Syracuse, sufTragants : Galtagirone,. Noto, Piazza ; Sorrente, sufTragant : Gastellamare ; Tai^ente^ suffragants: Gastellaneta, Orta; Turin, sufTragants : Acqui, Alba, Aoste, Asti, Goni, Fossano, Ivrée, Mondoyi, Pignerol, Saluées, Suze: Trani, Nazareth et BarleUa, sufTragants : Andria, Bisceglia; Urbih

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suffragants : San Angelo in Vado et Urbinia, Cagli et Pergola, Fos^ sombrone, Montefeltro, Pesaro, Sinigaglia ; Venise (patriarchat), siifft^agants : Adria, Bellune et Pellre, Ceneda, Ghioggia, Concordia, Padoue, Trévise, Vérone, Vicence ; Verceil, suffragants : Alexandrie de la Paille, Bîella, Casai, Novare, Vigevano. — L'Eglise catholique romaine est nominalement TEglise d'Etat du royaume ; mais les lois assurent une pleine liberté à Texercice de tous les autres cultes. — Les évoques sont nommés par le pape, sur Tavis de la congrégation de la propagande. Mais Tautorisation royale est nécessaire à leur installation, et comme la plupart des prélats refusent de demander cette autorisation, le nombre des sièges vacants est très considérable. A la mort ou à la démission d'un évoque, le clergé élit un vicaire capitulaire qui exerce la juridiction spirituelle du diocèse pendant la vacance. Le temporel de chaque diocèse est administré par un conseil composé de Tévêque, président, et deideux chanoines élus par le chapitre. — Les privilèges du clergé, fort considérables naguère, ont été réduits en Piémont en 1850 par la loi Siccardi,qui a été étendue, en 1861, à tout le royaume. — Le nombre des prêtres et religieux est très considérj^ble ; il résulte d'un rapport présenté en mai 1869 à la Chambre des députés, que le clergé forme plus de 7 pour 1000 de

' la population. — En 1865, il y avait en Italie (rapport officiel à la Chambre) 2382 maisons religieuses (1506 d'hommes, 876 de femmes) habitées par 28,991 personnes (14,807 hommes, li,184 femmes). Les ordres mendiants comptaient 8,229 membres. Une loi de 1866 a prononcé la dissolution de toutes les congrégations et la confiscation de leurs biens, en attribuant des pensions à leurs membres. L'application de cette loi a suscité au gouvernement des difficultés dont il est loin d'être sorti. — Les protestants italiens, peu nombreux eacore, appartiennent à plusieurs dénominations. 1. VEglise évangélique vaucloise, la plus ancienne, se compose de deux branches bien distinctes, les anciennes Eglises des vallées vaudoises, et la mission dans tout le reste de l'Italie. A la tête de l'Eglise se trouve la table vaudoise, composée d'un modérateur, d^un vice-modérateur, d'un secrétaire, tous trois ecclésiastiques, et de deux membres laïques et le synode, qui se réunit annuellement. Les vallées forment 17 paroisses, avec 18 pasteurs, 10 pasteurs émérites ou en congé, 196 écoles de jour, 60 écoles du

*dimanche,9 professeurs, 12,130 membres, 4,622 élèves des écoles de jour, 2,620 élèves des écoles du dimanche. Les contributions pour divers objets se sont élevées en 1878 (rapport de la table au synode) i\ 38,836 livres, 66 c. De l'Eglise dépendent un collège, une école normale, une école supérieure de filles, une école latine, trois hôpitaux, etc. Les pasteurs font leurs études à l'école vaudoise de théologie de Florence qui comptait en 1878 3 professeurs et 17 élèves. La mission vaudoise, dirigée par le comité d'évangélisation, avait eu 1878, 39 églises, 24 stations, 62 « localités visitées » réparties en 5 districts (Piémont et Ligurie, Lombardie et Vénétie, Toscane, Rome et Naples, Sicile). La mission entretient 32 ministres consacrés, 15 évangélistes, 52 instituteurs et 7 colporteurs. On compte 4,203 assistants

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au culte, 2,530 communiants, 393 catéchumènes, 57 écoles de jour avec 1840 élèves, 103 écoles du dimanche avec 1749 élèves. Les membres de TEglise vaudoise publient 4 journaux, 1 en français, 3 en italien. — 2. VEglise chrétienne libre (dei Fratelli) 8 paroisses, 10 pasteurs, 41 stations. — 3. V Eglise libre italienne: 20 paroisses et stations, 10 ministres consacrés, 11 évangélistes, 3 colporteurs, 20 instituteurs, 1,649 communiants, 200 catéchumènes, 1,203 élèves des écoles de jour, 606 élèves des écoles du dimanche. Budget (1877): Recettes, 142,417 liv.; dépenses, 130,428 liv. —4. V Eglise méthodiste wesleyenne. District nord : 27 églises et stations, 15 ministres consacrés, 2 ministres « à répreuve », 2 évangélistes, 11 instituteurs, 2 colporteurs, 1270 assistants au culte, 753 communiants, 63 catéchumènes, 473 élèves des écoles du jour, 510 élèves des écoles du dimanche. District sud : 16 églises et stations, 8 ministres, 4 ministres assistants, 4 évangélistes, 523 communiants, 124 oatéchumènes, 231 élèves des écoles de jour, 152 élèves des écoles du dimanche. — 5. L'Eglise méthodiste épiscopale : 15 églises et stations, 9 évangélistes, 1 colporteur, de 900 à 1,500 assistants au culte, 437 communiants, 215 catéchumènes, 160 élèves des écoles du dimanche. — 6. L'Eglise baptisie : 9 églises et stations, 9 ministres, 155 baptisés^ 71 catéchumènes, 360 auditeurs (en moyenne), 2 écoles diurnes, 5 écoles du dimanche.

— 7. U Eglise chrétienne apostolique (baptistes delalihre communion): 7 églises et stations, 11 ministres et évangélistes; environ 500 per-^ sonnes placées sous leur influence. — 8. 6 Eglises et œuvres d'évangélisation indépendantes. — 9. Eglises étrangères diverses : Eglise réformée française y 5 postes; Eglise réformée allemande ^ 6 postes; Eglise libi^e d'Ecosse^ 5 postes; Eglise angiicane, 12 postes, 14 chapelains; Eglise presbytérienne américaine^ 1 poste ; Eglise épiscopale amé^ ricaine, 2 postes. — Sociétés principales : Agences de la Société biblique britannique et étrangère et de la Société des Traités religieux de Londres, Société biblique italienne fondée à Rome en 1873, ptc.

— Bibliographie : La Gerarchia cattolica e la famiglia ponlificia (10 août 1878, 2* éd.); Vad&^Mecum ad uso dei paslori e ministri délie Chiese evangeliche d'Italia, 1869 ; Martin, The Statesman's Yearbook, 1879, Correnti e Maestri, ^miuario Statistico Italiano, 1878; S. Muzzi, Yocabolario geografico. storico-slatistico deU'italia, 1873-1874, etc.

E. Vaucher.

rniKËE,'lToupa(a, district au N.-Ë. de la Palestine qui faisait partie delà tétrarchie du roi Philippe (Luc III, 1). C'était un pays de montagnes, situé dans le voisinage de la Trachonite, de la Batanie et de TAuran. Ses habitants, disséminés dans les gorges et dans les cavernes de ce pays sauvage, vivaient de brigandage; favorisés par la nature du terrain, ils pillaient les caravanes qui se rendaient à Damas. Ils avaient la réputation d'être les meilleurs tireurs d*arc. Environ cent ans avant Jésus-Christ, le roi Aristobule conquit la pluff grande partie de Tlturée et Tannexa à la Judée ; il força le^ habitants à se circoncire. Pompée les soumit à son tour, mais leur laissa leurs princes indigènes. Sou» renfipereur Claude, Tlturée fut réunie è la

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province de Syrie. — Voyez Strabon, 16, 755 ss. ; Pline, 5, 19 ; Plolémée, 16, 753; Virgile, Géorgiques, II, 448; Lucain, VII, 230, 514; Josèphe, Antiq,, 13, 11. 3; Tacite, Annales, 12, 23; Miinter, De rébus Iliirœoi'unu Havn., 1824; Reland, PalœstinOy 105.

IZEDS, génies bienfaisants dans la religion de Zoroastre. Voyez Perse,

JABEL [lâbâl; 'IwStÎX], fils de Lamech et d'Ada , fut, diaprés Gen. IV, 20, Tancêtre « de ceux qui vivent sous des tentes. »

JABÈS [lâbès; 'laêEÎ; ou 'laêiç; chez Josèphe {Ant,, 6, 14.8) laêiffaoç], ville de la demi-tribu de Manassé située au delà du Jourdain, au pied des montagnes deGalaad (Juges XXI, 8. 10; 1 Sam. XI, i. 3; 2 Sam. II, 4; XXI, 12), près d'une rivière qui s'appelle encore maintenant Wadi Jabes (Burckhardt, Reise, 451) et se jette dans le Jourdain près de Baisan (Bethsan ou Scythopolis). Jabès fut saccagée par les Israélites, parce qu'elle n'avait pas voulu joindre ses armes aux leurs dans la guerre qu'ils firent aux Benjamites, en punition de l'outrage fait à la femme du lévite dans la ville de Gabaa.

JABIN [I âbin], nom de deux rois d'Asor, dans la partie septentrionale de Canaan, dont le premier fut vaincu et tué par Josué, près du lac Mérom (Jos. XI), et dont le second opprima les Israélites pendant vingt ans, jusqu'à ce que Dieu, touché de leurs pleurs, suscita la prophétesse Débora et le schophet Barach qui vainquit Sisara, général des troupes de Jabin, au pied du moi\t Carmel (Juges IV, 2 ss.; cf. Ps. LXXXIII, 10).

JABLONSKI (Daniel-Ernest), orientaliste distingué, né à Dantzig en 1660, mort à Berlin l'an 1741. Son père, évoque des frères moraves, était originaire de Jablunka en Silésie et avait pris ce nom lorsque, fuyant les persécutions, il avait trouvé un asile en Prusse. Du côté maternel, Jablonski descendait du célèbre Amos Gomenius. Après avoir fait ses études à l'université de Francfort-sur-l'Oder et \isité les écoles savantes de la Hollande et de l'Angleterre, il devint successivement pasteur de l'Eglise réformée de Magdebourg, recteur du gymnase de Lissa, prédicateur de la cour à Kœnigsberg et à Berlin, conseiller du consistoire et président de l'Académie royale de Berlin. On lui doit : 1* une édition de la Bible hébraïque, publiée sous • le titre de BIblia hebraïa punclis, vocalibus et accentibus juxia Masoretharum leges débile instriicta: subjungilur Jo, Leusdenii calalogus 2294 scleciorum versiium quibus omnes voces V, T. conUnenlur\ Berol., 1699> 2° une édition du Talmud, Berl., 1715-1721 ; 3° plusieurs volumes de

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