LA MILLEÏIÈHE — LAMOIGNON DE BAVILLE 7H
•« C*est un homme d'esprit, dit-il, et qui sait, mais assez confusément; bon homme, mais vain, et qui a quelque chose de démonté dans la tête. » — Voir Aymon, Syn, nation,, II, 580, 683, 686 ; Benoit, Hist, de Vèdit de Nantes, III, 33 ; La France protestante et Bullet. de ChisL du prot. fr,, VIll, 252. 0. Douen.
LAMISME. Voyez Thibet (Religions du).
LAMOIGNON DE BAVILLE (Nicolas), cinquième fils de Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement de Paris, naquit en 1648, fat reçu au barreau en 1666, conseiller au parlement en 1670, maître des requêtes en 1675, et promu par Louvois aux intendances de Montauban, Pau, Poitiers et enfin à celle de Montpellier en 1685. Ouand l'intendant du Poitou, Marillac, inventeur des dragonnades, eut été révoqué, les protestants virent d'abord avec plaisir la nomination de son successeur ; mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir, dit Elie Benoît, que « cet homme qu'on estimait sage et modéré », tenait « la main avec une incroyable dureté à l'exécution de tous les ordres qui lui étaient envoyés contre les Eglises de cette province », et que « cet homme mal intentionné était capable d'achever par la ruse ce que Marillac avait conduit si avant par la violence. » Ce sinistre personnage exerça, durant trente-trois années, une véritable royauté sur le Languedoc, qu'il ne quitta pas un instant, et dont il devint « la terreur et l'horreur », selon l'expression de Saint-Simon. Ses administrés ne l'appelaient que « l'homme terrible ». On se tromperait fort cependant si l'on représentait « le féroce Bàvilte », « le farouche proconsul », comme une espèce de brute ne sachant que pendre et rouer ; c'était, au contraire, un homme élégant, bien élevé, un légiste capable, retors, écrivant fort bien, et discutant avec Bossuet dans une correspondance suivie, où il n'a peut-être pas le dessous. Les traits de son visage pâle et un peu allongé, étaient d'une admirable régularité, d'après un portrait frappant, fascinateur, (musée de Montpellier) qu'on ne peut contempler, de môme que celui de La Rej'nie, sans un mélange d'étonnement et d'eff'roi. Administrateur habile, laborieux, infatigable, mais entier, absolu, impérieux, ombrageux, ne souffrant point de rivaux et réussissant toujours à s'en débarrasser; au reste nullement scrupuleux sur le choix des moyens quand il s'agissait de son Dieu, c'est-à-dire le roi, et de -ce qu'il croyait l'intérêt du roi, il ne persécuta point en catholique acharné, mais en monarchiste, ne sachant voir que des rebelles dans ceux qui désobéissaient au roi pour obéir à leur conscience, et qui par piété foulaient aux pieds les lois iniques, impies, monstrueuses, dont il était l'impitoyable exécuteur. Il avait, disait-il, blâmé en principe la révocation de Tédit de Nantes, comme impolitique et dangereuse pour la France ; mais une fois qu'elle eut été consommée, il fut d'avis qu'on en tirât toutes les conséquences sans hésiter ni tergiverser. Non seulement il poursuivit avec la dernière rigueur les assemblées, les prédicants, les pasteurs du désert, et prononça des condamnations sans nombre aux galères, à la déportation et aux plus cruels supplices ; hon seulement pour se défaire de Vivens et