LAMOIGNON DE BAVILLE
des autres prédicants, il eut recours à la perfidie et au guet-apcns mentionnés à Tarticle Eglises du désert ; non seulement il assistait à la toiture des prisonniers qu'il voulait faire parler, et mettait à prix seize têtes à la fois ; mais il faisait lui-même la chasse aux assemblées avec les troupes de son beau-frère De Broglie, et contemplait impassiblement leurs hauts faits. Après le massacre de rassemblée de La Gombe-du-Goutel, où plus " de six cents personnes restèrent sur ie carreau, il félicita le capitaine qui Tavait ordonné et avait pendu un homme de ses«propres mains pour donner Texemple, ne le blâmant que de n'avoir pas fait couper le nez à toutes les femmes. Il parle en ces termes d'un autre massacre dont il avait été témoin (lettre du 20 février 1689): « Les assemblées du Vivarais, monsieur, ne se sont pas faites impunément; la meilleure partie des mutins s'était retirée dans les Boutières, où ils croyaient être en sûreté par la difficulté des lieux. Ils ont été investis et chargés en dernier lieu, de manière qu'il y en a eu trois cents de tués sur la place ; on en atué ensuite un grand nombre en d'autres occasions. Cet exemple était nécessaire pour réprimer l'insolence de ces gens-là, et remettre ce canton dans l'obéissance où il doit être, et pour apprendre aux autres de quelle manière ils seront traités, s'ils ont une conduite semblable. Dans le Dauphiné on a découvert aussi quelques assemblées ; on en condamna en un jour 4,rente-six àjlamort. » On connaît le fameux postscriptum de sa lettre du 24 septembre 1698 : « J'ai condamné ce matin soixante-seize malheureux aux galères... Je souhaite que cet exemple soit le dernier », et son billet à Fléchier du 9 novembre de la même année : « Les dévotes pleureront Brousson ; mais il est sûr, monsieur, qu'il «ne fera plus de mal, » aussi bien que celui qu'il lui adressait encore le 4 novembre 1701 « Le prophète, monsieur, que vous avez interrogé sera bientôt expédié. » Prévoyant que celle sanglante répression pouvait amener le soulèvement des Gévennes, il prit ses mesures en conséquence : de 1687 à 1689, il éleva les trois forts de Nîmes, Alais, Safnt-Hippolyte, destinés à mater la population ; il fit tracer dans les montagnes cent chemins de douze pieds de largeur, grâce auxquels on pouvait transporter des canons jusqu'aux sommets les plus inaccessibles ; il désarma tous les prolestants, leva huit régiments d'infanterie régulière, cinquante-deux régiments de milices bourgeoises, et mit ainsi presque tous les catholiques sous les armes. Vaipes précautions! Quand, après le supplice de Brousson, aucun pasteur n'osa plus rentrer en France, au moment où Bàville se croyait définitivement vainqueur du protestantisme, la plus redoutable des insurrections était sur le point d'éclater; à ce moment même, sourd à l'immense cri de malédiction qui de toutes parts montait au ciel contre lui, pâville s'efforçait d'arracher Bossuet à la sorte de modération dont il faisait preuve, et de l'amener à pratiquer avec plus de conséquence et de logique les principes persécuteurs qu'il professait ; et à ce même moment aussi De la Broue, évêque de Mirepoix, se plaignait que Bâville fût moins zélé que Legendre, intendant de Montauban. Or De la Broue était