LAMOIGNON DE BAVILLE
lui-môme relativement modéré. 11 y avait donc des degrés dans l'intolérance et la persécution ; nous en voyons au moins trois : La persécution aveugle, emportée, sans entrailles, réclamant la destruction de rhérésie par tous les moyens sans distinction : c'est ainsi que Tentendaient Godet, confesseur de M*"^ de Mairitenon, l'évoque de Nîmes et les jésuites ou ultramo'ntains. Fléchier disait des protestants : « On leur a fait abjurer l'erreur; l'Eglise les a reçus dans son sein ; on a démoli leurs temples, interdit leurs prêches, puni leurs assemblées ; on les a assujettis à s'épouser en face de l'Eglise et on leur impose, sous de grandes peines, la nécessité de mourir dans la foi catholique et dans l'usage de nos sacrements. 11 semble que c'est une conséquence nécessaire de les obliger à remplir tous les devoirs de la religion^ et d'employer pour cela toute la persuasion et toute la contrainte convenables, » D'autres, au contraire, ne voyaient qu'avec horreur le sacrilège des communions forcées, mais réclamaient l'assistance forcée à la messe et voulaient qu'on traînât sur la claie les cadavres des relaps. C'était le cas de De la Broue, de Bâvilleetde plusieurs évêques du Midi, contre lesquels Bossuet soutint une longue lutte à laquelle Bâville prit une grande part. Sous prétexte de lui soumettre ses doutes, il adresse à Bossuet un mémoire sur la question, et lui écrit en 1700 : « 11 est très certain que les voies douces sont les meilleures ; qui peut dire le contraire en matière de religion ? Mais la question est que ces voies soient en môme temps douces et efficaces... Il y a dans tout cela une première glace à rompre, qui arrête et empêche tous les progrès, si la puissance temporelle ne vient pas un peu au secours de la spirituelle... on ne parle que de moyens violents ou de voies douces, comme s'il n'y avait pas un milieu entre deux. Toute violence est blâmable ; mais il y a une certaine fermeté qui doit accompagner l'instruction, et qui fait que Ton en profite... C'a été de tout temps l'esprit de l'Eglise.. Nous avons plus de soixante- dix lois faites par neuf empereurs orthodoxes depuis Constantin, pratiquées par les rois Goths contre les ariens, par Charlemagne contre les Saxons, par saint Louis contre les albigeois, qui contiennent des peines rigoureuses contré les hérétiques réunis pour les porter à suivre les exercices de notre religion... Pourquoi craint-on de contraindre les nouveaux convertis d'aller à la messe, dans certains endroits, -par des moyens très doux, puisqu'on en emploie déjà de très forts qui tendent à la même fin?... n'est-ce pas contraindre un homme mourant à recevoir les sacrements, que de lui représenter la ruine entière de sa famille par la confiscation de ses biens, s'il ne meurt pas en bon catholique ? » Bossuet répond : « Ce qui me fait penser qu'on ne doit point contraindre à la messe ceux qu'on n'ose contraindre au reste des exercices, c'est que la répugnance opiniâtre qu'ils montrent â les pratiquer, fait voir qu'ils sont indignes delà messe comme du reste. » Puis essayant vainement de limiter le champ de la persécution, ce grand esprit fourvoyé répète qu'on ne doit pas contraindre à la messe ceux qui montrent « une répugnance invincible à se confesser premièrement