‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 145 sur 170 · LAMOIGNON DE BA VILLE · texte numérisé non relu

LAMOIGNON DE BA VILLE

-et ensuite à communier. » A quoi Bàville réplique en 170^ , que si Ton a le droit de contraindre les hérétiques et si les lois dirigées contre eux sont légitimes^ il ne faut pas que ces lois demeurent sans effet; qu'exclure de la messe les réunis parce qu'ils ne pratiquent pas les sacrements, c'est détruire l'œuvre des conversions ; que la grâce divine qui triomphe de tous les obstacles est seule invincible, etqu'il ne peut, par conséquent, exister de « répugnance invincible » chez les nouveaux catholiques. — 11 sut bientôt à -quoi s'en tenir sur ce point, car il rencontra chez les camisards (voir ce mot) non point seulement une répugnance, mais une résistance invincible. On a vu, à l'article Labaume-Montrevel, que les évoques méridionaux éplorés et tremblants avaient émis l'idée très catholique, appuyée par le maréchal, de mettre fin à l'insurrection, dont Bâville et eux étaient la vraie cause, par l'extermination de tous les Cévenols, et que Bâville, moins effaré, avait fait prévaloir le système de la dévastation de la contrée. Les idées avaient fait du èhemin depuis la croisade contre les Albigeois, depuis les massacres de Mérindol, Gabrières et la Saint-Barthélémy. Non seulement le frère de Bâville écrivait à Bossuet (1®' avril 1700), en lui envoyant le mémoire de l'intendant sur le moyen de ramener les protestants : « Je vous supplie qu'il ne soit que pour vous; car je ne veux pas, comme j'ai eu l'hoTineur de vous le dire, qu'on me donne ici et à mon frère le caractère d'un homme qui veut être le persécuteur des huguenots» ; mais en outre Bâv/lle était l'esclave de la légalité, et aucun texte de loi n'ordonnait catégoriquement cette extermination. Bien au contraire, Louis XIV n'avait été entraîné dans la voie des conversions forcées, que parce qu'on l'avait trompé en lui disant qu'elles s'opéraient'par la douceur et à prix d'argent, et que les protestants étaient si peu attachés à leurs croyances, que, i< si on voulait leur faire abjurer le .christianisme et suivre l'Alcoran, il n'y aurait qu'à leur montrer les dragons » (Fénelon). De là l'étalage de chrétienne mansuétude affecté par les plus violents, par Bâville lui-même cherchant à plaire et à faire sa cour, et par Fléchier, pire encore que lui. Bâyille écrivait dans ses Mémoires pour servir à Vhisioire du Languedoc^ rédigés en 1698 pour l'instruction du duc de Bourgogne : « Les nouveaux convertis se confesseront et communieront tant qu'on voudra, pour peu qu'ils soient pressés et menacés par la puissance séculière. Mais cela ne produira que des sacrilèges. 11 faut attaquer les cœurs, c'est là où la religion réside ; on ne peut l'établir solidement sans les gagnei*. » Et Fléchier qui, après avoir demandé « toute la persuasion et toute la contrainte convenables » réclamera l'extermination et justifiera l'incendie du moulin de Nîmes, c'est-à-dire le supplice de deux à trois cents personnes brûlées vives, écrivait de son côté (14 décembre 1682) : « J'avoue que la violence et l'oppression ne sont pas les voies que l'Evangile a marquées, et dont Jésus-Christ s'est servi pour gagner les âmes et établir sa foi. Nous savons que la religion se persuade et qu'elle ne se commande point, qu'il faut gagner le cœur par le cœur, et que rien ne conduit si naturellement à la vérité que

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