DOUEN
LAMPE (Frédéric-Adolphe) [i6ft3-1729], célèbre théologien réformé, né à Detmold, dans le comté de Lippe,' fut successivement pasteur à Weeze, près de Glèves, à Duisbourg et à Brome, et, de 1720 à 1727, professeur de théologie à Utrecht. Lampe a donné son nom k un système dogmatique particulier qui se plaît à distinguer, à la façon des mystiques, entre sept degrés différents que le chrétien, qui a accepté Talliance avec Dieu offerte par Jésus-Christ, est appelé à franchir : la vocation, la foi, la régénération, la justification, la sanctification, la confirmation et la glorification. Ce système, qui s*allie à un prédestinatianisme assez prononcé (Lampe, dans ses sermons, divisait nettement ses auditeurs en deux classes : les élus pour lesquels Christ est mort et les réprouvés pour lesquels il n'est pas mort), notre auteur l'a développé dans son ouvrage principal : Mystère de Calliance de ta grdoe^ Brème, 1714, 7* éd., 1751, 6* vol. On a encore de lui : 1" Exercilationum sacrarum dodecas, quibus Psalmus XL V perpétua cornmentario exptanatur, 1715, in-i*; ^ Commentarlus analyHcO'exegeticus EvangetU secundum Johannem, Amsterd., 172i-25, 3 vol.; 3** Delineatio theologix aciivx, Utrecht, 1727; 4* Rudimenta théologie elenchticXj Brème, 1729; o^ Synopsis historlx sncrx et ecclcsiasticXy 1726. Il a, en outre, publié en allemand un grand nombre de sermons et d'ouvrages de piété qui, presque tous, ont été traduits en hollandais. Son catéchisme, publié sous le titre de Lait de ta vérité, a remplacé dans beaucoiip d'endroits le catéchisme de Heidelberg. Lampe a aussi composé un certain nombre de cantiques qui ont été insérés dans la plupart des recueils homilétiques de l'Allemagne et qui se distinguent par un véritable souffle poétique et religieux. Enfin, notre auteur était un partisan décidé de l'œuvre des Missions et de l'Union entre les réformés et les luthériens. —Voyez Gœbel, Gesch. des cliriKtl, Lebens, II, § 16, et son article dans la Reat-Encyct. de Herzog, Vlll, 184 ss., ainsi que la solide monographie de Thelemann, F. A, Lampe. Sein Leben u. seine Theotogie, Biélef., 1868.
LAHUEL [Lemouél], roi inconnu, auquel sont dédiés les Proverbes, XXXI, 2-9, comme une sorte de Miroir des princes. La plupart des commentateurs penchent pour Salomon et entendent le nom de Lamuel d'une manière symbolique {qui est à Dieu, qui a Dmu avec tui^ consacré à Dieu on consacré de Dieu). D'autres, comme Grotius, s'appuyant sur une étymologie douteuse, désignent le ror Ezéchias, ou, avec Rosenmiiller, un prince arabe, tributaire de la Palestine. On pourrait aussi, avec Eichhorn, ne voir dans Lamuel qu'un personnage fictif.
LANCELOT (Dom Claude); naquit à Paris en 1615 et mourut à Quimperlé le 15 avril 1695, âgé de soixante-dix-neuf ans. Dès l'âge de douze ans, il fut placé dans la communauté de Saint-Nicolas-du- Chardonnet où il montra une piété précoce et pourtant solide. Cette disposition à rechercher les enseignements et les exercices de la religion ne se démentit jamais chez lui, on rapporte môme qu'elle lui
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faisait s'écrier dès son jeune âge qu'il désirait trouver quelqu'un qui eût la science et la piété des anciens Pères de l'Eglise. « Si j'en savais un, disait-il, je partirais dès cette heure, et je m'en irais le chercher, fût-il au bout du monde, pour me jeter à ses pieds et recevoir de lui une conduite sainte et salutaire. » Plus tard, son âme humble et ardente trouva ce guide spirituel dans la personne du célèbre abbé de Saint-Gyran. Ce dernier le conduisit à Port-Royal (de Paris) et l'employa pour enseigner les humanités aux enfants qui y étaient réunis sous la surveillance des solitaires. Tour à tour précepteur du duc de Ghevreuse, fils du duc de Luynes et des princes de Gonti, il se relira dans l'abbaye de Saint-Gyran dont M. de Barcos, neveu du célèbre abbé, était alors supérieur. Attaché aux solitaires de Port- Royal, Lancelot soutint avec eux des relations intimes pendant toute sa vie et se vit, pour cette cause, exilé à Quimperlé, où il mourut environné de respect et de considération. Ce religieux, aussi vertueux que savant, a laissé un grand nombre d'ouvrages dont plusieurs se réimpriment encore de nos jours. Ils se distinguent par une vaste érudition, une critique élevée, un goût sûr et une grande pureté de style. Voici les titres des plus remarquables : 1* Chronologie sacrée (en latin), in-f», 1662 ; 5t? les tables de l'éd. in-4° de la Bible de Vilré; 3« Nouvelle méthode pour apprendre le plain^chant ; 4" Nouvelle disposition de l'EcH-ture sainte pour lire toute la Bible pendant Vannée ; 5"* les célèbres Me-thodes pour apprendre les langues grecque, latine et espagnole, dites Méthodes de Port-Royal; 6"* Jardin des Racines grecques, souvent réimprimé ; 7® Grammaire générale et raisonnée, dite Grammaire de Porl^ Royal, souvent réimprimée ; 8° Dissertation sur Vhèmine de vin et la livre de pain que la règle de saint Benoît accorde aux religieux des différents ordres de la grande famille bénédictine ; 9" Mémoires pour servir à la vie de M. du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyrayif Cologne (Utrecht), 1738, 2 vol. in-12. Cet ouvrage écrit avec amour par un disciple sur son maître, on pourrait presque dire par un fils sur son père, renferme des documents précieux sur l'histoire religieuse et ecclésiastique de cette époque. Lancelot en donna une suite sous le titre de ÏEsprit de if. de Saint-Cyran, On trouve dans ses mémoires la relation du voyage d'Alet où il raconte les entretiens qu'il a eus avec Nicolas Pavillon qui en était alors évêque. Ce récit de la conduite et des vertus de ce prélat avait été adressé par Lancelot à la mère Angélique de Saint-Jean, abbessede Port-Royal. Cette relation a été publiée à part et à différentes reprises. L'abbé Goujet a donné un abrégé de la vie de dom Lancelot, on Ta placé en tête des mémoires dont nous venons de parler. — Sources à consulter : iVêcrologe de Port-Royal; (Guilbert), Mémoires historiques et chronologiques de Port-Royal ; (Besoigne), Histoire de V abbaye de Por^i-Royal; Nécrologe des principaux défenseurs et confesseurs de la vérité pendant les dixseptième ei dix-huitième siècles; (Clemencet), Hist. génér, de Port-Royal.
A. Maulvault.
LANGELOT ou Lancelotto (Jean-Paul), jurisconsulte et célèbre professeur de droit dans sa ville natale, Perugia, naquit en i5ii et
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mourut ea 1591. 11 composa sur Tordre de Paul IV (1555) et en imitant celles de Justinien, comme introduction au droit civil, seslnstitutioiiesjuris canonki quitus jus pontificium singularimethodo libris quatuor comprehendituTy abJoli, Paolo lancelotio pet-usino conscriptœ ; et in Aula Romana mandato Pont, Max. ab iUusiribus viris olim recognitx. La première édition est de 1555 ; celle que nous citons est de Venise^ apud minimam Societatem, 1593. Peu de temps après, il publia ses Commentarii InslUutionum Juris Canoniciy où il ne fait que défendre^ en les accentuant, ses opinions contre ses adversaires. Gomme le titre l'indique, une commission papale de juristes et de prélats examina Touvrage avant sa publication et Tautorisa, malgré la violente opposition de plusieurs cardinaux, indignés de ce qu'un laïque osât critiquer leur simonie et leurs vices. Cette inimitié n'empêcha nullement le pape d'approuver les conclusions de Lancelot et cela ne nous étonne pas, car celui-ci est sans aucun doute plus papiste que le pape. Dans ses Institutiones pro tyronibus^ espèce d'introduction au droit canonique, il soutient l'infaillibilité du pape et la suprématie de son autorité sur celle des conciles, et fournit une arme puissante contre ceux qui proclament aujourd'hui que Rome, comme Eglise, n'a jamais persécuté (voyez liv. III, tit. 3). Selon lui, les hérétiques doivent être sans pitié punis avec la dernière sévérité, et leurs biens doivent être confisqués même au détriment de leurs femmes et de leurs descendants. Les relaps et les apostats doivent être exterminés et sans forme de procès. Cette doctrine de la plus cruelle des perse*cutioi{s, fut approuvée et mise en pratique par le pape et par la curie. L'histoire de la Réforme, en Itaîlie, le prouve avec éloquence. Les Institutiones furent traduites en français par Durand de Maillane (Lyon, 1770), qui y ajouta des notes pour les adapter aux besoins de son époque. Parmi les autres ouvrages de Lancelotto, qui sont de moindre importance, nous signalons Regularum ex universo pontificio jure exerptarum libri ires,,, tam ad S. TheoL Jurisque Canon, quam ad benCf beateque Vivendi scientiam,,, (Perusiœ, 1587). C'est un recueil de sentences morales, monastiques, sociales, politiques, canoniques, tirées des Pères, des anciens et très rarement de l'Ecriture. L'auteur y pjrohibe toute relation avec les hérétiques et les schismatiques, même après la mort, et nous donne la sentence bien connue : Habitus non facit monachum sed professio reguiaris. Jacobilli, Oldoino, Taisand, etc., attribuent encore à Lancelotto un traité Desubsiiuuionibus ; c'est une erreur, car il porte la date de Lyon, 1529, et doit être sorti de la plume du célèbre persécuteur des hérétiques italiens, Ambrogio Gatarino Polito, Senese. P. Long.
LASDEUN (Saint), appartient ainsi que Landoald, à la légende, et son existence historique est fortement contestée. Les anciennes chroniques rapportent de lui que, après une jeunesse orageuse, qui l'avait transformé en un brigand et voleur de grand chemin, Landelin, ayant rencontré dans sa vie aventureuse saint Aubert, évêque de Cambrai, se serait converti, après avoir vu un de ses compagnons frappé par la foudre et aurait été son disciple pendant quelques années. La lé-
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gende ajoute qu'il se rendit par trois fois à Rome, vers la fin du huitième siècle, d*abord pour obtenir l'absolution de ses nombreux crimes, ensuite pour demander au pape Martin des reliques pour lesfondalions pieuses qu'il avait projetées. A son retour en Belgique, il s'engagea dans la solitude avec ses deux disciples, saint Andelin et saint Domitien, fonda successivement les monastères de Lobbes, dont saint Ursmaire fat le premier abbé, et de Crespin, dans les environs de Maubeuge, et mourut d'épuisement et d'ascétisme, couché sur un lit de cendres, le 15 juin 6^6. Nous pouvons retrouver dans ces traditions antiques, dans ces récits légendaires de miracles, la double expression de la gratitude des populations pour les premiers apôtres anonymes de la civilisation chrétienne et du prestige d esprits pieux et cultivés sur des barbares, qu'ils gagnaient à une vie régulière et paisible. Lobbes, avec Heriger, est devenu plus tard un foyer de lumière pour ces contrées. — Sources : Acia SS., BoUandistes, 15 juin; Gazit, Hts^ toire eccL des Pays-Bas^ Arras, 1614.
LANDERER (Max-Albert) naquit le U janvier 1810, à Maulbronn, où il fit ses classes ; il étudia la théologie à Tubingue et revint à cette université, trois ans après avoir terminé ses études, comme RepeUni, En 4839, il fut second pasteur àGôppingen ; en 1841, professeur extraordinaire à Tubingue, et, l'année suivante, professeur ordinaire. C'est surtout la dogmatique et l'histoire du dogme qu'il enseignait, mais il était effacé par ses deux brillants collègues, Baur et Beck ; ee n'est que peu à peu que l'on reconnut son mérite. Landerer appartenait à la théologie du juste milieu, s'écartant de l'enseignement de l'Eglise, surtout dans la doctrine de la Trinité (en particulier pour la personne du Christ). Il a été, comme on a dit, « un supranaturaliste sans phrase. • Il n'a pas eu la teinte théosophique, habituelle aux Wurtembergeois ; il fut bien plutôt un dialecticien fin et cons* ciencieux jusque dans le détail. Il mena une vie très sédentaire, ne sortit presque jamais de son cher Wurtemberg ; atteint de surdité, il s'isola plus encore ; mais il fut généreux, simple et modeste, suivant, comme on a dit, ce principe : Bene vtxU, bene latuiL Une chute grave afi'aiblit sa santé, si bien qu'après deux ans, il dut prendre sa retraite, à sa grande douleur. Il mourut en avril 1878. Il n'a guère publié que des articles, entre autres l'article Mèlanduhon^ dans l'Encyclopédie de Herzog.
LANDON, pape, né dans le pays des Sabins, mort en 915, succéda l'an 914 à Anastase III. Il gouverna TËglise pendant quatre mois et vingt-deux jours, et il eut Jean X pour successeur.
LANFRANC, archevêque de Cantorbéry, peut être considéré comme l'un des prélats les plus distingués de l'Eglise d'Angleterre et présente dans son caractère, son rôle politique et son activité pastorale, de grandes analogies avec Uincmar de Reims, qu'il surpasse en érudidition et en puissance intellectuelle. Né à Pavie, vers 1010, Lanfranc fut poussé dans le sens des études juridiques par son père, qui occupait dans la cité une magistrature importante, dont il voulait lui transmettre l'héritage. A Bologne, où il fit ses études de droit de la
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manière la plus brillante, il sut mener de front Tétude de la patristique, des langues sacrées et profanes, du droit et de la dialectique. Disciple enthousiaste d'Aristote, dont il cherchait à reproduire le' génie encyclopédique, il appliqua aux questions judiciaires la dialectique avec un talent tel, qu'il renouvela pour ainsi dire cette science et sut grouper autour de lui, à sa rentrée à Pavie, de nombreux disciples séduits par la clarté et la profondeur de son enseignement. Mais, désireux d*étendre le cercle de ses études qui finirent par embrasser le cycle entier des connaissances de son temps, il franchit les Alpes avec une partie de ses disciples et créa une école nouvelle à Avranches. Nous y retrouvons, d'après les documents du temps, renseignement classique et scientifique avec les divisions accoutumées du trivium et du quadrivium, mais les contempo];iains, Orderic Vital et autres (contredits, du reste, par M. Hauréau, dans son Hinoire de la philosophie scolastique) relèvent surtout le caractère dialectique de sa méthode et plusieurs historiens le considèrent comme le premier scolastique et Tinventeur de la distinction entre la substance et les accidents. Vers 1042, Lanfranc voulut se rendre à Rouen. Arrêté pendant son voyage par des voleurs à l'entrée d'une forêt, dépouillé par eux et laissé attaché à un arbre, il se crut perdu et chercha vainement, à sa grande honte, à murmurer une prière. Délivré au point du jour et accueilli par Herluin à l'abbaye du* Bec, il résolut de se vouer à la vie monastique, passa trois années entières dans le recueillement et la retraite, mais finit, sur les instances d'Herluin, par en sortir pour jeter par la fondation d'une nouvelle école un vif éclat sur l'abbaye du Bec, qu'un contemporain appelle « une nouvelle Athènes ». Un moment découragé en présence de l'opposition jalouse des moines, il fut appelé, en 1046, à la dignité de prieur et sut les soumettre à une discipline sévère. Il fit plus ; transformant l'àbbaye du Bec en une école supérieure, il sut y attirer des auditeurs nombreux par la richesse de ses enseignements et eut surtout la bonne fortune de compter parmi ses disciples l'illustre Anselme, son successeur à Cantorbéry. Profondément versé dans les lettres, les langues, les sciences, ayant même étudié le grec, Lanfranc entretint une correspondance active avec les hommes les plus éminents de son temps, en particulier avec Hildebrand et avec Bérenger , de Tours. C'est en 1050, lors d'un séjour qu'il fit à Rome, qu'une lettre de Bérenger amena une polémique qui lui fait peu d'honneur, bien qu'on ait été souvent injuste à son égard. Bérenger, qui professait sur la sainte cène des opinions assez voisines de celles de Luther (qui n'eut, du reste, l'occasion de connaître ni ses opinions, ni ses ouvrages), avait écrit à Lanfranc, son illustre ami, qu'il qualifie de restaurateur des sciences, pour lui exprimer ses vues et chercher à le gagner à ses idées. Il s'étonnait surtout de le voir traiter d'hérétique l'illustre Scot Erigène. Cette lettre, tombée en l'absence de Lanfranc dans des mains étrangères, provoqua à Rome un scandale immense et le pape Léon IX lui-même s'en préoccupa. Lanfranc, de peur de se compromettre, non seulement trahit la confiance de son ami, mais encore, allant
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