‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 149 sur 170 · LANFRANC · texte numérisé non relu

LANFRANC

dans son zèle plus loin qu'Hildebrand, le fit condamner aux conciles de Rome et de Sutri (4030) et assura le triomphe de la formule de ' Paschase Radbertdans rEglised'Occident, au synode de Brionue(1054). La sentence fut confirmée en i039 et en 1079. Lessing, qui a décoavert à la bibliothèque de Wolfènbiittel le traité de Bérenger contre Lanfranc, est sévère pour ce dernier, qui fut le défenseur de l'autorité et de la tradition contre la liberté et le raisonnement, comme Bossuet dans Taffaire du quiétisme. Quand un des disciples de Lanfranc, Anseliûe de Baggio, évoque de Lucques, fut devenu pape en 1061, sous le nom d'Alexandre II, son influence ne fit que grandir. Guillaume lé Bâtard, duc de Normandie, qui avait remarqué ses talents et voulait s'assurer ses services, lui prodigua les marques de sa bienveillance. En 1061, il se rendit à Rome et obtint le consentement du pape au mariage de Guillaume avec sa cousine Mathilde, à la condition que les deux époux fonderaient quatre hôpitaux et deux monastères. En récompense de ses services, il fut nommé à son retour abbé de Saint-Etienne dé Gaen. Après avoir refusé le siège de Rouen en 1067, il accepta en 1070 le poste difficile de Gantorbéry, après la déposition violente et brutale de l'anglo-saxon Stigand, coupable de trop aimer sa patrie et son roi. Les crimes de la conquête normande, l'expulsion odieuse d'aune grande partie du clergé anglo-saxon, la promulgation par les vainqueurs des lois les plus cruelles, ont porté atteinte à la. mémoire de Lanfranc, favori du conquérant et regardé à tort comme le complice de ses injustes violences. Toutefois, les Anglo-Saxons eux-mêmes ont rendu justice aux qualités du nouvel archevêque et reconnu les mauvaises mœurs et l'ignorance grossière d'une partie du clergé national. Lanfranc dirigea les choix du roi sur des prélats distingués, travailla avec énergie à la création de nouvelles écoles et au relèvement de la discipline, assura, en 1075, la primauté au siège de Gantorbéry sur celui d'York et suivit les conseils salutaires de son ami Anselme, qui l'empêcha de chasser tous les évêques et de décanoniser tous les saints anglo-saxons. Il n'eut pas seulement à lutter contre les moines de Saint-Augustin de Gantorbéry, fiers de leurs privilèges, qu'il abolit par la violence ; il se trouva aussi dans une situation difficile entre le despotisme de Guillaume et les prétentions de Rome. Guillaume, qui avait dû à la papauté la con'quète de l'Angleterre, lui garantit par reconnaissance le denier de saint Pierre et assura, par l'institution des tribunaux ecclésiastiques, l'in- .dépendance des évêques, mais il sut également maintenir avec énergie les prérogatives du pouvoir royal et défendit à son clergé, sous les peines les plus sévères, de recevoir les bulles papales, d'accepter les décisions dfes conciles et de confirmer les excommunications prononcées contre des personnes attachée^ à sa cour sans s'être assuré de son approbation suprême.. Grégoire VII, irrité et croyant trouver dans Lanfranc un instrument docile de ses prétentions à l'autorité absolue, lui enjoignit d'adresser à Guillaume les représentations les plus énergiques et le somma même, à plusieurs reprises, de se rendre à Rome. Mais Lanfranc, tout en se prononçant avec fermeté contre

LANPRANC — LANG 723

Tanlipape Clément III, refusa de céder, maintint les droits de Guillaume et céda peut-être à un ressentiment secret contre Grégoire Vil, trop indulgent, à son gré, envers l'hérétique Bérenger. Il retourna plusieurs fois en Normandie et consacra, le 23 octobre 1077, la nouvelle église de son cher couvent du Bec. A la mort de Guillaume, il se conforma à ses ordres en faisant proclamer roi Guillaume le Roux, bien qu'il redoutât son caractère violent et altier. Il mourut le 24 mai 1089. Nous possédons de Lanfranc un traité De corpore et sanguine CkHstiy édité par D'Achéry, des lettres et quelques fragments. Son histoire ecclésiastique et sa biographie de Guillaume le Conquérant ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Profondément instruit pour son temps, austère dans ses moeurs^ plus homme d'action qu'écrivain, il a déployé une grande énergie de caractère, qu'il poussa parfois jusqu'à la violence, mais sut y joindre une prudence et une souplesse qui trahissent sa patrie d'origine. — Sources : Sa vie, par Milo Crispinus, dans Acta sanct., Maii VI; Chronicon Beccense; G. de Malmesbury, Gesta Angl.^Ul; Gesta Pontificum, 1, 203. Ses Œuvres ont été éditées par D'Achéry, Paris, 1648 , et Giles, Oxonii, 1848, 2 vol.; Histoire littér. de France, VIII; Piper, Die Zeugen der Wahrheit, IL

A. Paumier.

LANG (Henri), orateur et publiciste religieux, l'un des plus actifs champions de la théologie moderne et des fils les plus brillamment doués de cette Souabe féconde, non seulement en poètes et en pieux mystiques, mais en philosophes et en hardis penseurs. Né le 14 novembre 1826, à Frommern, un|village deJ'Alpe de Wurtemberg, où son père exerçait les fonctions pastorales, il reçut comme tous ses ■compatriotes destinés à l'Eglise une première et forte éducation classique à Schonthal, un de ces séminaires évangéliques magistralement décrits par Strauss dans sa biographie de Mœrklin, et fut immatriculé dans le courant de l'automne 1844 au séminaire de Tubingue. Baur, alors dans toute la vigueur de l'âge et du talent, y initiait la jeunesse théologique à l'histoire des premières périodes du christianisme, ainsi qu'à la formation du Nouveau Testament, et trouvait pour cette tâche gigantesque de précieux auxiliaires dans ses disciples Kôstlin, Zeller, Schwegler. Lang, qu'animaient une sève exubérante et une ardeur de «avoir inextinguible, se lança avec une généreuse impétuosité dans les voies nouvelles ouvertes par son illustre maître, adopta vis-à-vis de la tradition les vues négatives professées avec une séduisante clarté par Strauss et trouva pour ses besoins esthétiques une ample satisfaction dans un commerce assidu avec Fr. Vischer, déjà célèbre quoique simple privat-docent. D'autre part, s'il régnait une complète liberté de recherches dans l'enceinte de l'école, un conservatisme pusillanime dominait dans les régions supérieures et l'autorité ecclésiastique exigeait de chaque candidat une soumission formelle aux doctrines reçues. Lang, qui appartenait à la famille des braves, n'aurait dissimulé ses hérésies devant aucune commission synodale, lorsqu'au moment où il se préparait à passer son dernier examen éclata la révolution de 1848. Le même enthousiasme chevaleresque, les mêmes

aspirations idéales ranimaient dans le domaine politique comme dans la sphère religieuse : il rêvait la création d'une grande Allemagne tout ensemble une et libre, et n'hésita pas malgré sa résidence au séminaire à fonder un cercle démocratique à Tubingue, à tenir des discours, à écrire dans les journaux, tout en subissant victorieusement les épreuves universitaires. Les défaites réitérées de son parti, loin de Tabattre, ne firent que stimuler sa fougue et, à un moment où la réaction était déjà triomphante, il accepta d'être à Reutlingen Torateur d'une grande assemblée et demanda qu'à la place du parlement de Francfort en fût élu un autre moins épris de théories et plus énergique dans la revendication des droits populaires. La police l'avait noté comme un agitateur dangereux. Lang dut quitter en tout hâte Tubingue pour se diriger vers la frontière. Grâce à l'obligeance de l'un de ses compagnons dé voyage auquel il était totalement inconnu mais qu'avait séduit sa franchise et qui le fit passer pour le précepteur de sa famille, il put aborder sans aucune difficulté à Rorschach, dans le canton de Saint-Gall. La paroisse de Wartau, dans le Rheinthal, manquait d'un conducteur spirituel; l'exilé se présenta au poste vacant ; la rondeur de ses manières et la cordialité de son langage gagnèrent la confiance des électeurs, et depuis octobre 1848 il passa dans cette région alpestre quinze heureuses années partagées entre la cure d'âmes, la prédication et les travaux scientifiques. Les libéraux de la Suisse orientale possédèrent bientôt en lui un de leurs chefs les plus vaillants et les plus dévoués; au printemps de 1863 il se transporta de sa modeste retraite sur un plus vaste théâtre lorsqu'il fut nominé pasteur du riche et industriel village de Meilen, sur les bords du lac de Zurich. Léo mars 1871, après des négociations difficultueuses, Hirzel réussit par la nomination du plus hardi des réformistes à établir leur prépondérance numérique dans la capitale du canton, mais la mort mit trop rapidement un terme à leur action commune, puisque Lang présida le 2 mai de la même année aux funérailles de son collègue bien-aimé, et qae lui-même, malgré sa robuste constitution, succomba cinq ans après aux excès de fatigue que lui imposaient ses devoirs de pasteur et de chef de parti. Une rougeole qui éclata pendant une conférence qu'il prononçait à Bâle, et qu'aggrava un pénible trajet en chemin de fer, l'emporta en trois jours, le 13 janvier 1876, dans ce Zurich où il jouissait de l'estime et de la sympathie universelles et où sa riche nature se déployait dans sa plénitude. — Lang a exercé soit comme prédicateur, soit comme écrivain, conférencier et journaliste, une influence forte et continue sur ses contemporains. On ne saurait estimer trop haut ses qualités oratoires; par la virilité de sa pensée, l'abondance et l'éclat de ses imagés, sa parole toujours nette, chaude et saisissante, le pasteur de Zurich a été dans les pays de langue allemande un véritable tribun du libre christianisme, et son action peut se comparer sans désavantage à celle réalisée de l'autre côté de l'Océan par Th. Parker. Le but qu'il poursuivit du haut de la chaire fut la démonstration des ressources qu'un christianisme sans dogmes

ni miracles offre au sentiment religieux, et il l'aurait atteint dans une large mesure à en juger par les auditoires de toute culture et de toute condition qui, soit en Suisse, soit en Allemagne, depuis son premier discours dans la paroisse de Wartau jusqu'à son dernier ^ dans réglise de Saint-Pierre à Zurich, ne cessèrent de lui être fidèles En 1862, il reprit pour la mettre en harmonie avec les besoins de la société moderne l'œuvre excellente commencée par Zschokke et doana dans les Heures de Piété {Stunden der Andachl, 2 vol., Wmterthur, 1862-65) un édifiant et substantiel résumé de ses vues religieuses. Un volume de sermons avait déjà été publié en 1853^, à Saînt- Gall; deux autres, soùs le titre plus ample de Discours religieux, qui indiquaient plus exactement le libre point de vue où se plaçait leur auteur, parurent à Zurich (1873-74). La chaire ne fut pas la seule tribune dont disposa cet intrépide lutteur ; la salle de conférences lui servait d'arène toutes les fois qu'il était appelé par ses compagnons d'armes pour leur donner ui\e nourriture fortifiante ou les exciter à battre en brèche une forteresse de l'orthodoxie. Chaque hiver, il parlait devant un public sympathique sur un certain nombre de thèmes dont le fond était soigneusement modelé d'avance, tandis que pour la forme dernière il se confiait à son extraordinaire puissance d'improvisation. En février 1875, il lui suffit de quelques semainespour parcourir toute la Hollande et se faire entendre à Brème et à Elberfeld. La maladie l'avait déjà frappé au cœur lorsqu'il prononça le 19 janvier 1876, à Bâle, une conférence surVApocalyse. Aux ressources de la parole s'unirent chez lui celles de la plumé. Les Zeitstimmen (Voix du Temps) qu'il fonda et dirigea seul de 1859 à 1872, la Réforme qui leur succéda et pour laquelle il s'était assuré la collaboration du pasteur bernois Bitzius, donnèrent pendant dix-sept ans de la richesse de ses connaissances, de la lucidité de son style, de la variété de ses horizons spirituels le plus brillant témoignage. — Les devoirs toujours plus absorbants de la *\ie pratique empêchèrent Lang d'accomplir dans le domaine scientifique une œuvre originale , mais il s'était assimilé avec une aisance et une vigueur remarquables les principaux résultats de la théologie moderne et il les rendit accessibles à des cercles toujours plus nombreux par la netteté et le charme de son exposition. Pour la critique, il reste fidèle à Baur, son premier et illustre maître; pour la dogmatique, il adopta ces vues extrêmes qui ne reculent devant la négation ni de la personnalité de Dieu ni de la survivance individuelle après la mort, et dont le professeur Biedermann, de Zurich, s'est constitué le profond et intrépide défenseur. Tantôt Lang les développait dans son journal, tantôt il polémisait contre ses adversaires de droite et de gauche avec une verve et une franchise qui ont permis à ses amis de le comparer à Lessing, tantôt il signalait à ses lecteurs tous les événements de quelque gravité qui se succédaient dans l'Eglise protestante, tantôt encore, depuis 1870, il suivait avec une sympathique attention les phases du vieux-catholicisme; toujours et partout avec une ardeur et une sincérité infatigables, il livrait le combat du libre christianisme contre la tradition

et riocrédulilé. Quelques-uns des articles des Zeilstimmen ont^été* réunis ou plus tard développés en volumes par leur auteur. Ainsi en 1857 (2' éd., 1868, Berlin), Lang popularisa dans sa Dogmatique les- ^ thèses fondamentales de Técole de Zurich ; en 1859, il s'adressa dans une série de lettres aux laïques cultivés et déroula devant leurs regards avec sa maestria accoutumée les différentes phases de la religion de Jésus dans sa Promenade à travers le monde chrétien^ un ouvrage très favorablement accueilli par ceux auxquels il le destinait (2** éd.^ Berlin, 1870). Ses plus illustres prédécesseurs dans la voie progressive l'avaient de bonne heure stimulé à la recherche, et il entreprit d'exposer dans une série de biographies les idées qui les avaient inspirés, d'établir par cela même le bon droit de la théologie moderne au sein de l'Eglise protestante (Caractères religieux : Paul, Zwingle, Lessing, Schleiermacher, ^'inierihur, 1862, 2" éd., iS12; Martin Luther, ^etlin, 1870). La Vie de Jésus et l'Eglise de l'Avenir (Berlin, 1872), une brochure par laquelle furent inaugurées les Questions actuelles et controversées (Zeit und Streit Fragen) de Holttendorf. demeure une de ses meilleures productions par la fermeté de la pensée comme par l'entraînement communicatif du style. Pendant longtemps le rédacteur àe^Zeitstimmen avait concentré toutes ses forces contre les théologiens de la droite et plus encore contre ceux du juste milieu pouf lesquels il s'était rarement montré impartial. L'orthodoxie ne lui. était jamais en effet apparue que sous sa forme la plus rigide et la plus agressive, et avec son manque habituel de sentiment pour les nuances» il n'avait témoigné qu'une médiocre compréhension pour des tentatives qui s'efforçaient de rajeunir des formes religieuses surannées sans en sacrifier le fond impérissable. Dans la dernière période de sa vie, il s'aperçut, à son grand chagrin, que plusieurs adeptes du mouvement réformiste ne s'intéressaient qu'à son côté négatif et en rejetaient la partie positive avec la môme haine et le même dédain que les croyances théologiques qu'il aspirait à remplacer. Sans renier aucune de ses convictions, Lang se tourna avec une vaillance digne de tout éloge contre ces nouveaux adversaires et combattit dans une série d'articles leurs plus importantes manifestations scientifiques : !• U Ancienne et la Nouvelle Foi, de Strauss (La Religion dans le siècle de Darwin, Zeit und Streit-Fragen, 2« série, n« 32; Strauss et l'Eglise, Notre position vis-à-vis de Strauss, Réforme, 1872, n«* 23 et 25 ; 1873, n* 6; 1874, n° 8) ; 2» La Décomposition du christianisme et la Religion de l'Avenir, de Hartmann (Le Protestantisme libéral est-il une religion? Réforme, 1874, n» 23; 1875, n»6); 3° L'Histoire du Maiériaiisme d'Al^ bert Lange [Héforme, 1875, n» 13). Henri Lang a peut-être agi sur ses contemporains moins encore par sa parole ou sa plume que par son caractère noble, franc, généreux, et la démocratie politique et religieuse perd en lui un de ses plus sympathiques représentants. — Sources: Ernest Fontanès, Revue moderne, 1866; Ern. Strœhlin,. Deux Apôtres du Protestantisme libéral : Ath, Coquerel et //. Lang,. Genève, 1876; Biedermann, Henri Lang, Zurich, 1876; Meyer». ff. Lang, Bâle, 1877. E. Strcehlin.

Page 1