LANGTON — LANGUET
ses successeurs, déclara nulle la grande charte par une bulle en date du 2 septembre de la même année et suspendit de ses fonctions Langton, qui dut reprendre le chemin de Texil. La mort de Jean sans Terre réconcilia la nation avec la royauté et Langton, rappelé en Angleterre, par Henri III, qu'il couronna en 1220, put mourir en paix le 9 juillet 1228, après avoir mérité le noble titre de champion des libertés de TAngleterre. — Sources : Hume, History ofEngland; Hallam, History of Europe during the middle âges, 2 vol., 2; Oudin, Comwi. d€ script. eccLy II ; Hist. lut. de France, XVIII, 50 ; Hurter, Hist. d'inno^ cent III, A. Paumier.
LANGUES (Don des). Voyez Glossolalie,
LANGUET (Hubert), publiciste éminent, profond politique, un des grands esprits du seizième siècle, né à Vitteaux en Bourgogne, en 1318, mort à Anvers le 30 septembre 1581. On trouvera sa biographie très complète et faite avec une particulière sympathie (la personnalité de Languet est si attachante), dans Y Etude de M. Henri Chevreul et dans La France protestante de MM. Haag, qui se proposaient de publier une édition complète des Lettres de Languet. Les traits principaux de sa vie sont simplement ici à recueillir. Après avoir étudié le droit à Poitiers, il visita TAllemagne et se lia avec Gamerarius. Le trait le plus touchant de son existence, c'est son culte pour Mélanchthon. Dès jju'il eut connu le Réformateur il ne goûta de joie que dans son intimité; une même piété, une même charité les unissaient si bien qu'à la mort de Mélanchthon (1560,) qu'il appelait son père, Languet put écrire : Nihil quidem in mundo eo viro mihi charius fuit et ago gratias Deo quodejus causa patriam et parentes reliquerim. Autre trait intéressant de sa vie : sa passion des voyages. Il visite la Poméranie, la Suède, l'Allemagne, l'Angleterre, plusieurs fois l'Italie, la Livonie, la Laponie. Connaître de près les hommes et les choses fut sa grande ambition, et il acquit une telle expérience et un tact si parfait qu'il y avait dans ses jugements et ses prévisions une sorte de divination, qui étonnait et troublait ses contemporains. Pendant la plus grande partie de sa vie il demeura, comme ambassadeur politique, au service de l'électeur de Saxe et il fut mêlé à toutes les affaires de son temps. En 1570 il fut chargé de porter la parole devant Charles IX, au nom des princes allemands qui avaient envoyé une ambassade au roi de France pour le féliciter du rétablissement de la paix et de son mariage avec la fille de Maximilien II, Elisabeth d'Autriche. A la Saint-Barthélémy, il courut les plus grands dangers et n'eut que le souci de sauver du massacre ses amis, et notamment Da Plessis-Mornay, comme nous l'apprennent les pages émues des Mémoires de M"' de Mornay. Après 1572, il demeure toujours aa service de l'électeur de Saxe avec un dévouement absolu, est envoyé comme agent diplomatique dans toutes les cours importantes, ne séjourne que rarement en France, pour des affaires de succession, voit sa santé s'altérer vers 1580 jusqu'au moment de sa mort (1581). De Thou fait de Languet le plus bel éloge, comme sûreté de caractère^ « solidité de jugement non seulement par rapport aux belles-lettres^
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mais encore par rapport aux intérêts publics qu'il avait traités toute* sa vie auprès des princes avec une droiture qui a peu d'exemples. » Languet (et que pourrait-on dire de plus sur la noblesse de son cœur et de sa conscience ?) a mérité cet éloge de Du Plessis-Mornay, préface de l'édition latine de la Vérité de la Religion chréiietine : Is fuit quales plerique videri volunt ;isvfxit quales optimi mori cupiunt : et porro vitam optimè actam morsoptima, mars placidissima^ mors inChristobeatissima, et beatissimœ vitœ proxima, laude et gloria coronaviu. — Les lettres de Languet sont très précieuses pour la connaissance des hommes et des affaires au seizième siècle. En voici les différents recueils : Arcana seculi decimi sexti. Jïuberti Langueti, legati dum virerety et consiliarii saxonici^ Epislolœ secretx adprincipem suum Augustum Sax. ducem et S. R. J. septemvirum (Halse, 1699, in-4«) ; voir sur le contenu de ces recueils de lettres la notice bibliographiquede MM. Haag et le catalogue raisonné des ouvrages de Hubert Languet, de M. Ghevreul. C'est surtout à propos de ces lettres, où le jugement perçant et sagace de Languet sur les événements est vraiment extraordinaire^ qu'on comprend cette réputation de divination étrange qui lui fut faite. Viri clar. Huberti Langueti Burgundi ad Joach, Camerarium palrem et Joach, Camerarium filium medicnm scriplxepistolx (1646, Grœn., in-18) : ces lettres à Gamérarius, réimprimées depuis, contiennent aussi d'intéressants détails sur les événements politiques et historiques ; Huberti Langueti epistoUs poliiicœ et historicx ad Philippum Sydnxum (Francofurt», 1633). Deux autres éditions des lettres à Sydney ont paru à Lyon en 1646, et à Londres en 1776. Nous devons citer de Languet comme nous intéressant très directement : Harangue faite au roi Charles IX^ de la part des princes protestants d'Allemagne, 23 décembre 1570. Cette harangue se trouve aussi dans le premier volume des Mémoires de VEtat de France, sous le roy Charles neufviesme^ imprimés en 1578, et dans l'histoire de la Popelinière. Harangue très hardie, fort belle, dont je détache seulement les passages suivants : « Tous ceux qui désirent voir votre Etat florissant espèrent que vous essayez de conserver la grande réputation qu'avez acquise en faisant la paix, contre l'advis et volonté de plusieurs, la quelle vous ne pouvez mieux conserver qu'en persévérant en ce vouloir, de faire vivre vos sujets en repos et tranquillité, en gardant inviolablement à chacun la liberté qui par votre édit de pacification leur a été promise. H y a tolérance de diverses religions dans les autres pays, même dans l'Estat des Turcs. Nous alléguons ces exemples, sire, pour répondre à ceux qui ont toujours tasché de persuader à Votre Majesté qu'elle ne doit endurer en son royaume aucune diversité de religion; c'est Dieu seul qui a puissance sur la conscience des hommes... Estimez donc, sire, que ceux qui vous conseilleront d'observer inviolablement ce que vous avez promis par votre édit de pacification, vous seront fidèles sujets et serviteurs, bons voisins et amis. Et en cas qu'il y ait quelqu'un qui entreprenne de le violer contre votre vouloir nous signifions de rechef à Votre Majesté qu'en tel cas nos très illustres princes seront toujours prêts d'employer tout ce qu'ils ont de force et pouvoir, pour
vous aider à maintenir votre Etat en paix et en repos. Et d* autant qu'ils voient à quoi tendent les pratiques et desseins de Févêque de Rome, ils veulent bien qu'ils sachent qu'ils ont délibéré d'adviser dorénavant de plus près qu'ils n'ont fait jusques à présent pour n'être point surpris et s'opposer plus vivement à ses cruels desseins, qu'ils n'ont fait par le passé. » — L'œuvre capitale de Languet est le célèbre traité : Vindicix contra Tyrannos^ sive de principis in populum^ populique-^in principem légitima poiestaie, SlephannJunio BrufoCelià auctore (1579); nombreuses éditions, traduction française (1581). Il n'y a aucun doute à avoir sur l'auteur, surtout depuis la savante dissertation de Baylc à ce sujet. Quatre questions sont posées et résolues dans le Vindici/e contra lyrannos : 1. A savoir si les sujets sont tenus et doivent obéir aux princes, s'ils commandent quelque chose contre la loi de Dieu? Non, la loi de Dieu est au-dessus de la loi des hommes. Le roi n'est pas le mandataire de Dieu, il n'a pas de pouvoirs divins. S'il ordonne contre la conscience, le devoir est de résister : exemple les martyrs. 2. S'il est loisible de résister à un prince qui veut enfreindre la loi de Dieu ou qui ruine l'Eglise. Item, à qui, comment et jusques où cela est loisible? Il faut désobéir et résister, les individus isolés n'ont pas ce droit, mais les Etats, les magistrats, les villes ; les particuliers ne peuvent de leur autorité privée prendre les armes « s'il n'appert très évidemment qu'ils aient vocation extraordinaire. » 3. S'il est loisible de résister à un prince qui opprime et ruine un Etat public et jusques où cette résistance s'étend. Item, à qui, comment et de quel droit cela est permis? Le prince, infidèle à son mandat, qui ne gouverne plus pour le bien général, devient un tyran. Il y a deux sortes de tyrans. Un prince légitime "peut tomber dans le despotisme : alors il doit être déposé et frappé, mais non par les particuliers, par les Etats seulement. Si le tyran n'est pas prince légitime, mais a usurpé le pouvoir sans mandat et sans contrat, les particuliers même ont le droit de le frapper : « chacun peut crier après ce mal comme on crie au feu, et y courir avec crochets et engins, sans attendre le capitaine du guet. » 4. Si les princes voisins peuvent et sont tenus de droit de donner secours aux sujets des autres princes, affligés à cause de la vraie religion ou opprimés par tyrannie manifeste? Le droit d'intervention des princes étrangers est un devoir de charité, devoir plus impérieux quand il s'agit de venir au secours des persécutés pour cause religieuse. Conclusion : « Pour clore ce discours en un mot, la piété commande qu'on maintienne la loi et l'flglise de Dieu : la justice veut qu'on lie les mains aux tyrans mineurs du droit et de toute bonne police ; la charité requiert que l'on tende la main et qu'on relève ceux qui sont accablés. » Le Vindicix contra lyrannos de Languet est, avec la Franco-Gallia d'Hotman et le Conir* un de La Boétie la revendication des droits du peuple contre les tyrans, l'appel à la liberté religieuse et politique. Il y a dans Languet de la mesure, du tempérament, une connaissance profonde, pratique des hommes et des choses. La Franco-Gallia d'Hotman, c'est la théorie savante et logique de la souveraineté popu-
laire. Le Conir' un de La Boôtie c'est l'enthousiasme républicain. Le Vindicisp de Languct c'est le droit constitutionnel. Languet ne se maria pas. Il est le seul membre de sa famille qui embrassa la Réforme. M. Chevreul donne dans son livre intéressant, mais très opposé à la Réforme, une généalogie de la famille Languet. — Sources : Vie de Langue!, par Philibert de La Mare, publiée à Halle en 1700 par les soins du professeur Ludovicus ; Etude sur le seizième siècle, Hubert Languet, pdiV Henri Chevreul, ancien magistrat, 2« éd., Paris, 1856; on trouvera dans cet ouvrage des citations nombreuses des lettres de Languet, des pièces justificatives, des documents importants, comme la fameuse harangue à Charles IX, Tépitaphe composée par Th. de Bèze, etc. ; La France prolestante, de Haag ; Lénient, La Satire en France ; mon Etude sur les théories politiques libérales au seizième siècle : la Franco-Gallia d'Hotman, Paris, 1879. A. Viguié.
LANGUET de Gergy (Jean-Joseph), né à Dijon en 1677, mort à Sens le 11 mai 1753, âgé de soixante-seize ans. Il était d'une famille noble et ancienne. 11 fit ses études au collège de Navarre et y reçut le grade de docteur. Entré dans la carrière ecclésiastique, il en parcourut rapidement les diverses positions jusqu'aux plus élevées. D'abord aumônier de Madame la dauphine, il fut ensuite abbé de Coetmaloen, abbé de Saint-Juste, évêque de Soissons, et enfin archevêque de Sens. Nommé membre de l'Académie française où il su.ccédait à d'Argenson, il y prononça quelques Réponses à des discours de réception dont le mérite littéraire ne paraît pas avoir été très remarqué. Mais sa plume s'est surtout consacrée aux discussions théologiques qui ont si profondément agité sbn époque ; polémiste aussi ardent qu'infatigable, il a écrit sur toutes les matières de la science ecclésiastique. Adversaire décidé des jansénistes, il a été l'apologiste de la constitution Unigenitus jusque dans ses exigences les plus dures. Avertissements, lettres pastorales, instructious, mandements, lettres privées étaient autant de moyens que Languet employait pour défendre la fameuse bulle et pour combattre ceux qui y résistaient. Tous ces écrits paraissaient avec une effroyable rapidité, au point qu'on en put former plus tard 2 vol. in-f*. Outre ces productions de polémique, Languet a laissé d'autres ouvrages dont voici les principaux : 1** Traité de la confiance en la miséricorde de Dieu, pour la consolation des âmes que la crainte jette dans le découragement, Paris, 1718, in-12; 2"" Du véritable esprit de l'Eglise dans l'usage de ses cérémonies ou Réfutation du Traité de Dom Claude de Vert, intitulé : Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l'Eglise, Paris, 1714, in-12; 3^ La vie de la vénérable mère Marguerite-Marie (Alacoque), religieuse de la Visitation, morte en odeur de sainteté en 1690, Paris, 1729, in-4"; livre étrange, peu digne d'un évêque et d'un académicien, dans lequel Fauteur fait converser Jésus-Christ avec la religieuse de Paray-le- Monial sur un ton d'intimité presque licencieuse ; 4' Traduction des Psaumes de David selon la Vulgate, Paris, 1744, in-12 ; 5* Remarques sur le livre du P. Pichon sur la fréquente communion, Sens, 1747, in-4^, in-8« et in-12 ; 6* Histoire abrégée de l'Ancien tt du ^Nouveau Tes-