‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 156 sur 170 · LAPLACE · texte numérisé non relu

LAPLACE

ofTerte, au château de Vez-en- Valois. Soustrait par Ténergie et le dévouement de Bouchavanes aux atteintes de ses persécuteurs, il trouva dans une tourelle du château de Goussy un asile où il demeura à Tabri des recherches. Ce fut là, qu*en l'absence de toute communication avec Textérieur, il se fortifia par la prière, par Vétude assidue de la parole de Dieu, et qu'il composa son Traité de l'excellence de rhomme chrestien et manière de le cognoisire^ dédié à Jeanne d'Albret. Ce remarquable écrit ne fut publié qu'après la mort de cette princesse et celle de son auteur. A la paix de Saint-Germain, en 1570, Pierre de Laplace fut réintégré dans sa charge de premier président, et revint à Paris. Ami de Coligny, il était destiné à succomber, comme l'amiral, sous les coups des assassins. — Le dimanche 24 août 1^2, au milieu des massacres qui ensanglantent la ville, de Laplace est menacé dans sa maison et se résigne à y rester, alors qu'il ne peut trouver chez aucun de ses voisins un asile. 11 réunit aussitôt, comme d'habitude, sa famille et ses serviteurs pour la célébration du culte, prononce une prière, lit un chapitre de Job « avec l'exposition ou sermon de M. Jean Calvin, et ayant discouru sur la justice et miséricorde de Dieu, lequel, dit-il, comme bon père, exerce ses esleus par divers chastiments afin qu'ils ne s'arrestent aux choses de ce monde, il remonstre combien les afflictions sont nécessaires au chrestien, et qu'il n'est en la puissance ny de Satan, ny du monde, de nous nuire et outrager, sinon autant que Dieu par son bon plaisir le leur permet, et que partant il ne faut craindre leur puissance, qui ne se peut estendre que sur nos corps ; puis il se remet derechef à prier Dieu, préparant et luy et toute sa famille à endurer plustost toutes sortes de tourmens et la mort mesme, que de faire chose qui soit contre l'honneur de Dieu. )> Tandis qu'il appelle la bénédiction divine sur lui et les siens, Senesçay, prévôt de l'hôtel, vient lui annoncer qu'il doit, en exécution des volontés royales, le conduire au Louvre, où ses jours seront protégés. Sur la réponse faite par de Laplace qu'on ne saurait, sans s'exposer aux plus grands périls, tenter de se frayer un passage jusqu'au Louvre, Senesçay n'insiste pas et se retire. Le lendemain il revient et déclare au président « qu'il a très exprès commandement du roy de l'amener, et qu'il ne faut plus reculer. » Sans se méprendre sur la portée menaçante d'une telle injonction, de Laplace demande à Senesçay de l'accompagner; celui-ci, sous un vain prétexte, s'y refuse : « Sur quoy, ajoute un contemporain digne de foi, la femme dudit sieur de Laplace, encore que ce soit une dame à laquelle Dieu a départy beaucoup de ses grâces et bénédictions, toutesfois l'amour grand qu'elle portait à son mary la fit prosterner devant ledit de Senesçay, pour le supplier d'accompagner sondit mary. Mais sur cela ledit sieur de Laplace, qui ne montra jamais aucun signe de courage abattu, commença à relever sadite femme, la reprenant et luy enseignant que ce n'éstoit au bras des hommes qu'il falloit avoir recours, mais à Dieu seul. Puis, se tournant, il apperçeut au chapeau de son fils aisné une croix de papier qu'il y avoit mise par infirmité, pensant se sauver par ce moyen ; dont il le tança aigrement, lui comman-

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dant d'oster de son chapeau ceste marque de sédition, et luy remonstrant que la vraye croix qu'il nous falloit porter estoyent les tribulations et afflictions que Dieu nous envoyoit comme arrhes certaines de la félicité et vie éternelle qu'il a préparée aux siens. Puis sewoyant fort pressé par ledit de Senesçay de s'acheminer vers Sa Majesté, tout résolu à la mort qu'il voyoit lui estre préparée, print un manteau, embrassa sa femme et luy recommanda fort d'avoir sur toutes choses l'honneur et la crainte de Dieu devant les yeux, et ainsi se partit avec une assez grande allégresse. Delà estant arrivé jusques en la rue de la Verrerie, vis-à-vis de la rue du Goq, certains meurtriers qui l'attendoyent avec dagues nues, il y avoit environ trois heures, le tuèrent comme un pauvre agneau, au milieu de dix ou douze archers dudit de Senesçay qui le conduisoyent, e); fut son logis pillé par l'espace de cinq ou six jours continuels. Le corps dudit sieur de Laplace dont l'àme estoit reçeue au ciel, fut porté à l'hostel de ville en une estable, où^ la face luy fut couverte de fiens, et le lendemain matin fut jette en la rivière. » Telle fut la fin de l'un des plus pieux et des plus grands magistrats de France. — Voyez : Defuroribasgaliicis, in-4<^, 1373, p. 46; Le réveille-malin des Français, in-12, 1574, p, 60; Jfcmoires dé V estât de France sous Charles /X, in-12, 1576, 1, 406 à 411 ; léC tocsin contre les massacreurs et auteurs des confusioiu en France^ in-12, 1577, p. 80 ; Histoire des martyrs persécutés et mis à mort pour la vérité de l'Evangile (Crespin), in-f», 1608, f»« 705, 706 ; Bull, de (a S, d'hist, du prot. fr., I, 511 à 521. J. Dblaborde.

LA PLAGE (Josué de), né en 1604, mort en 1665, à Saumur. D'une bonne et vieille famille de Bretagne, son père, qui était pasteur, mourut en 1605, en laissant cinq fils, qui embrassèrent tous la carrière pastorale. Josué, le plus jeune, fut élevé par ses frères, il fit ses études théologiques à Saumur, fut appelé à Nantes comme pasteur en 1625, député par la Bretagne en 1631 au synode de Gharenton, et en 1633 il fut nommé à Saumur professeur de théologie. G'est à cette illustre école que La Place consacra sa vie presque entière : avec ses collègues et amis Amyraut et Gappel, il fit de Saumur un centre de lumière, de piété et d'indépendance. L'impulsion d'ailleurs était déjà donnée. La largeur et l'élévation d'esprit de Du Plessis-Mornay, le fondateur et l'àme de l'école de Saumur, avaient imprimé à cette académie une tendance aussi pieuse que libérale. De plus, l'Ecossais Gaméron, dont les vues se rapprochaient singulièrement de celles des arminiens, professa pendant trois ans à Saumur et y laissa une trace profonde de son passage. Il y eut, à paKir de lui, un effort sérieux, bien que prudent, pour se débarrasser de la formule trop roide du calvinisme pur. Gappel, Amyraut et La Place, chacun à sa manière, travaillèrent avec succès dans ce sens. Amyraut adoucit le dogme de la prédestination, tel que venait de le sanctionner le synode de Dordrecht, et sa doctrine fut un arminianisme tempéré. Gappel, par ses savantes recherches, ébranlait le dogme de l'inspiration littérale. La Place s'attaqua plus spécialement à la doctrine de l'imputation du péché d'Adam. Sa pensée est que le péché d'Adam est imputé

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