LA PLACE — LA PLACETTE
à chacun d'une manière indirecte et non d'une manière directe. Le péché du premier homme est un triste héritage pour tous ses descendants, mais, dans sa justice, Dieu ne rend pas chacun de nous directement responsable de cette faute. Ce n'est que d'une manière indirecte, en tant que tendance naturelle au mal, que le premier péché pèse sur nous. Cette doctrine est exposée dans les thèses de La Place : De statu Adami ante lapsum, De lapsu Adami, De statu hominis lapsi ante gratiam. Les théologiens calvinistes attaquèrent vivement cette manière devoir, surtout Antoine Garrissolles, qui la fit condamner au synode national de Charenton (1644). Il faut dire que la décision de ce synode fut loin d'être approuvée ; on la considéra comme précipitée, et plusieurs synodes provinciaux demandèrent que l'affaire de La Place fût portée devant un nouveau synode général. En définitive, ce synode ne se réunit pas et on peut dire que les doctrines des professeurs de Saumur n'ont jamais été of^ciellement réprouvées par l'Eglise. La Place fut constamment attaqué par les calvinistes purs, surtout par Des Marets et André Rivet. Il garda longtemps le silence. Sa défense parut l'année même de sa mort (1665) : De imputatione primi peccati Adami Josux Placxi disputatio^ in gua synodi naiionalis, Carentoni prope Lutetiam 1645 habilse de ilto argumento decretum explicatur et defenditur^ ac Placœi cuin illf decreto summus peromnia consensus demonstratur, Salmurii. Si les idées de La Place soulevèrent des oppositions, elles rencontrèrent aussi des adhésions considérables et trouvèrent d'illustres défenseurs. — Toutes les œuvres de La Place ont été réunies en 1699 et 1703 : Opéra omnia in unum corpus primum collecta, edit. novissima, I et II, in-4'*. Les idées de l'école de Saumur se trouvent dans le célèbre recueil : Syntagma thesium theologicarum in academia salmuriensi variis temporibus disputatarnm subpraesidio Lud. Cappelle, Moses Amyraldi, Josux Placxi^ Salm., 1660, in-4^ Voir l'analyse de ce recueil capital dans Haag, France prolest., t. m, p. 203, et t. VI, p. 311 . Pour les idées et les tendances de l'école de Saumur, voir les études de M. Nicolas, Bullet. du protest, français, 2« année, p. 320. Pour le système particulier de La Place, voir Schweizer, art. Placeiis, dans Y Encyclopédie de Herzog. Pour les détails de sa vie ecclésiastique, académique et théologique, voir le Bullei. du prot, franc., I, 303; II, 326; X, 387 ; XII, 178; XIII, 43 ss.
A. ViGUIÉ.
LA PLACETTE (Jean) , né à Pontacq en Béarn le 19 janvier 1639, morlàUtrechtle 25 avril 1718. Il étudia la théologie à Montauban après avoir reçu de son père, pasteur à Pontacq, une première et forte éducation. Pasteur à Orthez et à Nay jusqu'à la révocation de redit de Nantes, 1685, à Orthez pendant quatre ans seulement, et à Nay depuis 1663, il s'attira une brillante et solide réputation comme orateur de la chaire. Il fut appelé par le consistoire de Charenton, mais il ne voulut pas abandonner son Eglise. A la révocation, il fut bien accueilli en Prusse et, sur la demande de la reine de Danemark Charlotte-Amélie, il devint pasteur de TEglise française de Copenhague. Dans cette Eglise, où il passa vingt-cinq ans, il publia la plus