‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 158 sur 170 · LA PLACETTE · texte numérisé non relu

LA PLACETTE

grande partie de ses livres, il y vécut entouré de l'estime, de Taffection et de Tadmiration de tous. Son œuvre pastorale fut aussi bénie que son œuvre littéraire fut remarquée. Après une longue carrière, sentant le besoin de recueillement et de repos, il se retira auprès de sa fille, M"« la colonelle d'Apremont, à Utrecht, où il mourut à Fâge de quatre-vingts ans. — La Placette est surtout célèbre comme moraliste. On Ta même surnommé le Nicole protestant. Sans contredit, c'est bien la morale qui a été Tobjet particulier et considérable de ses travaux et qui a mis son nom en universelle réputation. Toutefois on doit faire trois parts dans les œuvres de La Placette : les traités spéciaux de théologie et de controverse, les livres de morale, de beaucoup les plus nombreux et les plus importants, et enfin les ouvrages de la chaire. — Dans la première catégorie il faut ranger : Observationes kistorko-ecclesiasLicx quibus erailur veleres ecclesùs sensus circa pontificU romani potestaiem in de/iuiendis fidei rébus, Amsterd., 1695 {Trente-six observations dé controverse par l'histoire). Le plus important de ces traités est : De insanibiti romanx Ecclesix scepticismOj dissertation Amst., 1686; traduit en français par Ghalaire, à Amsterdam, 1721, sous ce titre: Traité dupyrrhonisme deV Eglise romaine, ouvrage très solide, dénonçant avec une grande perspicacité le mal incurable de l'Eglise romaine, le pyrrhonisme. La controverse protestante avait donné déjà dans ce sens, mais jamais assez fortement. En opposition à d'autres adversaires, surtout à Bayle, La Placette s'éleva de nouveau contre le scepticisme et soutint les droits de la raison et de la conscience ; Traité de la foi divine (Amsterd., 1697) ; Réponse à deux objections qu'on oppose de la pari de ta raison à ce que la foi nous apprend sur l'origine du mal et sur le mystère delà Trimlé (Amsterd., 1707); Réponse à une objection qui tend à faire voir que si Dieu a résolu les événements, on peut négliger les soins qui paraissenl les plus nécessaires (Amsterd., 1709) ; Eclaircissements sur quelques difficultés qui naissent de la considération de la liberté nécessaire pour agir moralement, avec une addition où Von prouve contre Spinoza que nous sommes libres (Amsterd, 1709). Le fond de tous ces traités, c'est que la foi n'est pas opposée à la raison. Si la raison et la conscience sont frappées d'incapacité, il n'y a plus de religion. Il est faux et funeste d'ériger la religion sur les ruines de la raison et de la conscience. — Les livres de morale forment le grand titre de célébrité de La Placette. Il faut distinguer ici les traités sur des cas spéciaux et les livres sur la matière générale. Les traités sur des cas spéciaux sont nombreux ; Divers traités sur des matières de conscience, où l'on trouvera la résolution de plusieurs cas importants (Amst., 1696) ; c'est l'examen approfondi de certains cas de conscience, les équivoques, les restrictions mentales, le mensonge, le prêt à intérêt, les jeux du hasard, le droit de défense, le scandale; Traité des jeux de hasard défendus (La Haye, 1714); Nouvelles réflexions sur la prémotion physique et sur les Jeux de hasûrd (La Haye, 1714). La Placette est certainement un casuiste honnête, profond, habile, mais ces sortes d'écrits finissent par tomber dans les subtilités de conscience. Les livres de morale générale sont : Nou-

LA PIACETTE 743

veaxAX essais de morale (Amst., 1692); Nouveaux essais de morale gui peuvent servir de suite aux autres essais du même auteur (6 vol., La Haye, 1715); La morale chrétienne tibrégéeet réduite à ses principauxdevoirs (2 vol., Golog., 1695): nombreuses réimpressions et traductions de ces ouvrages comme de la plupart des autres ouvrages de La Placette. Il ne faut pas s*attendre à trouver ici une morale systématique, à la façon de nos éthiques modernes, qui sont d'ailleurs une théologie scientifique générale. Ce sont des dissertations ingénieuses, profondes, savantes, présentées en style convenable, sur les points importants de la morale. Ce sont surtout des directions et des conseils pleins de sens, de piété et d'iélévation, donnés avec dignité et avec amour. Au nom et ai^ moyen de la foi chrétienne le moraliste pénètre au cœur de Thomme, en éclaire les profondeurs, signale les vices et relève et discipline les volontés. 11 poursuit le même but que Nicole et en môme temps qu'il professe une grande admiration pour le moraliste de Port-Royal il explique pourquoi il entreprend lui aussi une œuvre semblable. D'abord la morale chrétienne est inépuisable et même après Nicole il y a encore à dire. Et puis l'esprit de cet auteur très catholique est suspect aux chrétiens d'une autre religion. Enfin m il vole d'ordinairement si haut qu'il y a bien des lecteurs qui ont peine à le suivre. » L'ambition de La Placetle est donc celle-ci : ilveutfaire^une morale chrétienne plus pratique et pénétrée de l'esprit protestant, et il a réussi. Il place très justement et très profondément le point de départ de la morale dans la conscience du péché, dans la repentance. Il soutient et il accompagne des conseils et des directions les plus pratiques et les plus évangéliques le chrétien marchant et progressant dans la voie de la sanctification. Il y a dans toute sa morale une piété saine, solide, éloignée de tout intellectualisme et pénétrée d'austérité. — Les ouvrages de la chaire laissés par La Placette sont fort intéressants. On hésite parfois pour savoir si on doit classer certains traités parmi les sermons ou parmi les dissertations morales : car plusieurs des traités de morale de La Palette sont des sermons dépouillés du style oratoire : La communion dévote (1695, 2 vol.) ; Traité de l'orgueil (1692) ; Traité de V aumône (Amst., 1699) ; Traité de la foi divine (Amst., 1697); Traité de la conscience (1699): Traité des bonnes œuvras en générai; Traité du serment (1700),; Réflexions chrétiennes sur divers sujets^ « où il est traité de la sécurité du bieii et du mal qu'il y a dans l'empressement avec lequel on recherche le§ consolations, de l'usage que nous devons faire de notre temps, du bon et du mauvais usage des conversations» (Amst., 1701). Dans les sermons proprement dits il faut ranger : Discours sur la négligence du salut (Gen., 1692); La mort des justes ou manière de bien mourir (Amst., 1695). Enfin La Placette a laissé une homilétique fort intéressante: Avis sur la manière de prêcher (Roii. y 1733), ouvrage posthume. Ce livre est trop peu connu et mérite de l'être, comme le Traité de Vaction de Vtraleur de Le Faucheur et le Traité de la composition d'un sermon de Claude. Le livre a été publié par Cartier de Saint-Philippe

Page 1