LA PLACETTE — LAPLANCHE
et est dédié à M. Damont, pasteur de TEglise wallonne et professeur d'histoire ecclésiastique à Rotterdam. Toujours plein de modestie, LaPlacette ne veut pas faire un traité complet mais donner aux proposants « quelques avis qui contiendront, dit-il, le précis des réflexions que j'ai faites en divers temps sur ce sujet. » Voici le plan de l'ouvrage : « Ces avis rouleront sur trois choses : C'une est le choix des pensées et des réflexions qui doivent faire la matière d'un sermon. L'autre estia manière d* exprimer ces pensées et ces réflexions. La troisième est la manière dont on doit les prononcer. » L'esprit du livre est tout entier dans la manière dont La Placette conçoit la nature et le but du serm"on : « Chaque chose est bonne à proportion qu'elle est propre àtproduire refl*et auquel elle est destinée. Ainsi les sermons étant principalement destinés à convertir les pécheurs et à sanctifier les fidèles, il est évident que ceux qui sont les plus propres à produire ce double efi'et sont dès là même les meilleurs. » Ces avis de La Placette sur l'art dç la chaire sont excellents, pratiques, sensés, très dignes d'être médités encore aujourd'hui. Ils sont présentés en un langage limpide, agréable, sans grands emportements ni vive flamme. On demeure parfois étonné der<idmiration de l'écrivain pour certains auteurs de sa jeunesse, comme Brébeuf, et de son silence à l'égard des poètes de génie, comme Racine. Il sentait pourtant bien les beautés littéraires, et ne manquait ni de tact ni. de goût. Ce qui domine en lui c'est la sagesse chrétienne. On a tort de le comparer sans cesse à Nicole. La seule difi'érence des milieux interdit, quant à la forme, l'assimilation. Port-Royal était une élite, toujours le grand monde, où rien ne pouvait se produire que sous une forme délicate et distinguée. Copenhague, c'était l'exil, la terre étrangère, la terre lointaine du refuge, où vivaient, au milieu d'amers souvenirs et de controverses passionnées, des proscrits, pour qui le sacrifice aux grâces du style eût paru une infidélité. Ce qui est étonnant, c'est que La Placette, le milieu étant donné, conserve une allure aussi française et aussi pure, et attache un si grand et si légitime prix à la forme littéraire. — Voir la Vie de La Placeiie dans la préface des Avis; les histoires générales de la morale chrétienne ; La France prolesiante de Haag; La Liitérature française à rélranger, de Sayous.
A. ViGUlÉ.
LAPLANCHE (Louis Régnier, seigneur de] eut pour père un lieutenant-général au siège présidial de Poilfers, qui fut l'un des premiers habita'nts de cette ville « séduits » par Calvin, lors de son séjour en Poitou. Loin d'entrer dans la carrière de la magistrature à laquelle on l'avait originairement destiné , de Laplanche devint mestre de camp d'un régiment d'infanterie. Bien vu du connétable de Montmorency, il s'attacha au fils aîné de ce haut personnage, gagna toute sa confiance, et le servit contre les Guises avec l'ardeur que lui inspiraient ses convictions religieuses et ses vues politiques. A l'exemple de son père, « il esloit de la religion, » ainsi qu'il nous l'apprend dans l'un de ses écrits, mais il se donnait « pour homme politique plustost que religieux. » Catherine de Médicis, qui le connaissait
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comme rompu aux affaires et comme joignant à une grande connaissance des hommes une habileté consommée en matière de négociations, se décida, un jour, dans une circonstance critique, à le consulter. La conjuration d'Amboise venait d'être réprimée: « Désirans donc ceux de Guise connoistre si le connestable se trouveroit enveloppé parmi ce qui concemoit le prince de Gondé, qu'ils tenoient desjà pour surprins en leurs filez, persuadèrent aisément à la royne mère d'envoyer quérir L.-R. do Laplanche, qu'on estimoit dès lors servir de conseil bien avant au mareschal de Montmorency. Cestuycy appelé et introduit au cabinet de la royne mère, le cardinal (de Lorraine) estant caché derrière la tapisserie, à Sainct Léger ; requis des vrayes causes de ces troubles et des remèdes qu'il estimoit s'y pouvoir appliquer ; après s'estre en vain excusé, fit en somme une response, puis après rédigée par escrit par luy-mesme » [Hiat, de Fr. s, François II, éd. de 1576, p. 397). Rien de plus net que le langage de Laplanche dans son premier entretien avec Catherine (ibid, p. 397) : il y appuya sur les légitimes revendications des protestants et des princes du sang et sur lès excès dcb Guises ; Catherine lui répliqua avec aigreur (ibid., p. 397 à 401). « Ce propos ainsi tenu, le matin, et entendu par le cardinal de Lorraine caché derrière la tapisserie et Laplanche renvoyé disner, il fut conclu qu'on le renvoyerait quérir après disiier pour le tenter plus avant, et finalement, s'il ne disoit tout ce qu'ils estimoyent qu'il savoit bien, il seroit mis en cage pourluy apprendre â chanter» {ibid,, p. 401). Dans un nouvel entretien, de Laplanche fut sommé, non seulement de parler plus explicitement encore qu'il ne l'avait fait, mais môme d'indiquer les moyens à l'aide desquels on pourrait surprendre et arrêter certains individus qualifiés de rebelles. « Laplanche, homme libre et d'entendement, au lieu de s'estonner, après avoir protesté qu'il en*avoit dit la pure vérité, sans aucune passion particulière » (î6id., p. 402), s'expliqua de nouveau avec force sur le conipte des Guises, « et quanta la capture de ces prétendus rebelles, il trancha le mot, qu'il n estoit ni prévost des mareschaux, ni espion. La royne n'en pouvant tirer autre chose, le mit entre les mains des gardes, alléguant que par information il estoit chargé d'avoir eu intelligence avec La Renaudie : dont il se purgea si évidemment qu'il fut mis dehors, au bout de quatre jours » {ibid., p. 404). On ignore ce que devint de Laplanche après ses entretiens avec Catherine de Médicis ; tout ce qu'on sait, c'est que, quelle que soit la part plus ou moins directe qu'il ait pu prendre aux événements dont la France devint ultérieurement le théâtre, il s'attacha du moins à décrire en traits vifs et sûrs quelquesuns de ces événements, dans ce qu'ils avaient de plus significatif et de plus saisissant. De là les ouvrages suivants sortis de sa plume : 1® Le livre des marchands j ou du grand et loyal devoir, fidélité et obéissance de messieurs de Paris envers le roy et couronne de /^'rancc (1365, in-8 et 1567, in -16) ; 2"" lUsponse à Cèpistre de Charles de Vaudémont, cardinal de Lorraine, jadis prince imaginaire des royaumes de Jérusalem et de Naples, duc et comte par fantaisie d'Anjou et de Provence, et
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maintenant simple gentilhomme de Hainaut (1565, iii*8) ; 3^ La légende de Charles^ cardinal de Lorraine^ et de ses frères de la maison de Guise (1576, in-8), reproduite dans le tome VI des Mémoires de Condé) ; 4° Histoire de l*estat de France^ tant de la république que de la religion^ tous le règne de François II (1576, in-12); œuvre capitale, conçue et exécutée avec une rare vigueur de pensée et de style, et précédée d'un court avertissement, qui la caractérise en ces termes : « A vray dire, le fruit de Thistoire ne gist pas au simple récit de ce qui s'est dict ou faict, mais à bien savoir considérer les causes et les issues de ce qui est récité pour en faire son proufit, apprenant par les fautes d'autruy et se façonnant par l'exemple de choses bien et vertueusement entreprises et exécutées, en quoy celuy qui escrit l'histoire nous peut principalement aider, pourvu que la raison jointe à la vérité gouverne son entendement vuide de toute passion. Or, que celuy qui est auteur de ce labeur ait esté tel, encores qu'il charge grandement quelques-uns et descharge les autres, il se peut aisément juger, en ce que hormis quelques secrets qu'il a eu bon et certain moyen de descouvrir, ayant cogneu les {flus grands des deux costés et usé d'une merveilleuse diligence, il n'a quasi rien escrit icy qui ne se puisse vérifier par plusieurs actes et escrits publics dont chascun a peu avoir cognoissance et que les effets qui sont ensuyvis au règne de Charles neuviesme, surtout en la première guerre civile, n'ayent par trop vérifié. » — Voyez Mémoires de Gastelnau, 1. II, ch. vu; La Popelinière, ffist., I, f 186; de Thou, Hùt. univ., Il, p. 788 ss.
J. Delaborde.
LÂPONIE (La). Les Lapons sont les faibles restes de cette race finnoise qui occupa autrefois le nord de l'Europe et une partie de l'Allemagne. C'est une race malpropre, petite, nomade, vivant du produit âe sa chasse et de ses rennes, dont elle entretient de nombreux troupeaux. Bien que dispersée sur d'immenses espaceset reculant sans cesse devant les races supérieures, elle a renoncé en partie à sa vie nomade et se trouve mélangée aux races norvégienne, danoise, finlandaise et russe. La longueur des hivers, les moustiques en été, la font cruellement soufiFrir, mais elle tend plutôt à s'accroître dans certains districts. Dès 1279, les Lapons furent soumis à la couronne de Suède, et l'archevêque d'Upsal, Hemming, consacra une chapelle à Tornéa en 1335. De nos jours, ils dépendent pour la majeure partie du Danemark. Devenus chrétiens par la force, mais isolés par la nature même de leur pays du reste du monde, les Lapons demeurèrent pendant des siècles fidèles, au fond du cœur, au vieux naturalisme et au schamanisme Scandinave. Leurs traditions religieuses, dans lesquelles Olivier de Serres a retrouvé la notion vague d'un déluge universel, reposaient presque en entier sur le culte des mauvais esprits, dont ils conjurèrent les influences malignes par des sortilèges et des pratiques de magie. Leurs sorciers tombaient dans une sorte de délire religieux grâce au bruit prolongé de cymbales sonores, procédé qui rappelle l'hypnotisme de nos jours. Exploités indignement par un clergé avide, traités avec mépris par la race do-