LA RUE
-signé à ses travaux un but moins lointain, lui permirent de dépenser son zèle missionnaire contre les hérétiques des Cévennes. Les conversions qu'y opéra par la douceur de ses manières le père de La Rue, auraient à nos yeux plus de valeur si, en toute circonstance, le controversiste ne s'était réduit à un rôle modeste vis-à-vis du bourreau. Sa véritable vocation ne commença qu*avec son appel à une chaire de rhétorique au collège Louis-le-Grand. 11 s'était fait de bonne heure connaître par son talent pour la poésie latine et s* était attiré les faveurs de Louis XIV pour une épopée sur les conquêtes royales <[ue P. Corneille se chargea de traduire en français {De Victoriis LudoDici Xl\\ Paris, 1662 ; voir en outre les Idylles, Rouen, 1669, in-12). Les œuvres latines complètes du père de La Rue, qui furent recueillies «n 1688 et ne comprennent pas moins de quatre livres, y compris une ode grecque sur Tlmmaculée-Conception, couronnée par Faca- •démie de Gaen (1670), lui assignent un rang distingué dans le Parnasse moderne ; une splendide édition en fut donnée par Barbou au dix-huitième siècle. Ces heureuses aptitudes le désignèrent tout naturellement pour collaborer aux éditions ad usum Delphini. 11 se chargea du Virgile et s'acquitta si heureusement de sa tâche que son travail fut très souvent réimprimé, par ses confrères, jusqu'en 1831 ; mais la plus estimée de ces reproductions fut celle que patronna en 1682 N. Heinsius et à laquelle se consacra. l'abbé Lezeau (P. Yirgilii Maronis opéra j interpretatione et notis ad usum Delp/iini, Paris, 1675, in-4**). Les élèves peu avancés des lycées n'ont eu qu'à se louer de son édition d'Horace. La maison de campagne, qu'au nom des jésuites il avait acquise à Pontoise avec une manière de s'agrandir qui, • s'il faut en croire Saint-Simon, aurait perdu un homme d'une autre robe, vit souvent se réunir dans son enceinte une nombreuse et brillante compagnie. Lui-même aurait eu, au dire de Moréri, la conversation belle, riche, féconde puisqu'ayant du goût pour tous les arts, il pouvait parler de tout à propos. La passion littéraire du père de La Rue l'entraîna à braver les anathèmes dont Bossuet avait frappé le 'théâtre et à composer deux tragédies latines : Lysimachus et Cyrus^ ainsi qu'une française : Sylla, toutes trois honorées du suffrage de P. Corneille. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne se disposaient même à jouer cette dernière lorsque l'auteur obtint sans difficulté une ordonnance royale pour empêcher un trop grand scandale; il se contenta, depuis 1671, de les laisser représenter dans les collèges de son ordre (publiées pour la première fois en 1728 à la suite de la grammaire française du père Buffîer, et réimprimées, enl744, sous le nom de Mallet de Brème, qui prétendait faussement en revendiquer la paternité). L'amitié que le père de La Rue professait pour le célèbre comédien Baron, lui a fait attribuer par plusieurs critiques une part, incertaine pour là composition de YÉomnie aux bonnes oriunes, mais plus vraisemblable pour la traduction de VAndriennr de Térence. Les délassements mondains n'empêchèrent point Thabile jésuite de fournir dans la chaire chrétienne unebrillantecarriere.il passait pour être l'orateur de son époque qui débitait le mieux et variait le plus