JACQUES DE MIES
Toquaient les scènes tragiques et douloureuses du concile de Constance, un de ses disciples prenait en main la question de la coupe et la défendait avec autant de succès que d'énergie. Jacques de Mies^ ainsi nommé de la ville de Bohême où il naquit, plus connu sous le nom de Jacobellus ou le petit Jacques, à cause de sa petite taille, était né vers le milieu du quatorzième siècle. Il fit ses études à l'université ûe Prague en même temps que Huss, et y prit le degré de maître èsarts. Nommé en dernier lieu, après plusieurs postes moins importants, curé de Saint-Michel de Prague, il commença à exposer ses vues particulières sur la sainte cène. La plupart des historiens attribuent ce changement dans ses idées à Tinfluence d'un certain Pierre de Dresde, qui aurait professé en Bohême des vues empruntées aux vaudois. Mais, outre que ce personnage n'a qu'une existence problématique, il est bien plus naturel de rappeler l'influence du célèbre Mathîas de Janow, dont Jacques de Mies aurait pu être le disciple et l'auditeur. Le 6 février 1413, au concile de Prague, réuni pour ramener la paix dans l'Eglise de Bohême, nous le voyons demander à Jean de Fer, évèqué de Litomissel, si la paix qu'il propose est la paix de Dieu ou cette paix du monde qui n'est pas véritable. Il engagea bientôt une polémique ardente avec le clergé, démontrant, par de nombreux passages de TEcriture, parmi lesquels il cite souvent saint
■ Jean, VI, 33, et parles témoignages des Pères, que la suppression de la coupe est une invention papale, qui ne remonte pas même à deux siècles. L' évoque de Litomissel invoque à son tour, outre l'autorité de la sainte Eglise romaine, un miracle rapporté pour la première fois par Alexandre de Halès. Un prêtre ayant voulu communier d'après Tancien usage, aurait vu le sang du Christ jaillir de l'hostie rompue pour y rentrer, quand les deux parties se furent rejointes. En 1415 il publia un traité pour démontrer d'après les témoignages de l'Ecriture que l'octroi du calice au peuple chrétien est nécessaire. Attaqué avec violence par un anonyme et par André Boda, mais soutenu par l'autorité de son maître bien-aimé, Jean Huss, qui écrivit en sa faveur
-du fond de son cachot, après avoir semblé au début désapprouver sa
' conduite, Jacques de Mies, dans une réplique énergique, s'en prit à la transsubstantiation elle-même, soutint que le pain et le vin ne changeaient pas de substance et fit dépendre l'efficace du sacrement des dispositions intérieures du communiant. Condamné formellement par les Pères de Constance dans la session du 15 juin 1415, pris partie par le plus redoutable défenseur de l'idée catholique, Jean
'Gerson, Jacques de Mies publia son apologie pour la communion sous les deux espèces. Du reste, en dehors de ces points principaux, il ne s'écarta pas de l'enseignement de l'Eglise, et défendit contre les \'au-
• dois les dogmes romains du purgatoire et des prières pour les morts. Il échappa aux persécutions et aux luttes de ces temps douloureux et mourut en paix en 1429. Le docteur Von der Hardt, dans le troisième volume de son Magnum ûBcum, Constantiense c(mciUum, Francoforti, 1700, a publié les principaux traités de notre auteur. — Sources :
-J. C. Martini, Dissertalio deJacobodeMisa^Alidorf, 1753;Lenfant, Con^