‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 22 sur 170 · JACQUES DE MIES — JACQUES I · texte numérisé non relu

JACQUES DE MIES — JACQUES I

cile de Constance, 2 vol. in-i», Amsterdam, 1714 et 1717 ; E. de Bonne* chose, Les Réformateurs avant la Réforme, 1845, II; Palacky, Geschichie vonBœhmen, Prague, 1836-68. A. Paumier.

JACQUES P'. L'histoire offre rarement d'aussi grands contrastes que ceux qui nous sont fournis par le règne de Jacques I" d'Angleterre (qui s'appela Jacques VI tant qu'il ne fut que roi d'Ecosse^. On est surpris d'une si grande fortune unie à un si rare mérite, d'uneintelligence aussi étroite jointe à une lâcheté aussi notoire. Aspirant à posséder le pouvoir par droit divin, il est incapable de l'exercer un seul jour; théologien passionné, il aime le plaisir, s'enivre souvent et se livre à d'indignes favoris. Sa triste enfance explique en partie son triste règne. Fils de Henry Darnley et de Marie Stuart, Jacques naquit au château d'Edimbourg le 19 juin 1566. Dès l'année suivante^ Marie Stuart faisait périr son époux pour se venger du meurtre de Rizzio et, par son mariage avec l'assassin Bothwell, provoquait une révolution qui la forçait à chercher auprès d'Elisabeth un refuge^ dont on connaît les douloureuses péripéties et la tragique issue. Proclamé roi dès le 29 juillet 1567 sous le nom de Jacques VI, Jacque^^ fut confié aux soins de Georges Buchanan, puritain étroit et pédant,, qui lui apprit la théologie et l'hébreu, mais négligea son éducationmorale et ne chercha en rien à développer en lui les qualités nécessaires à un roi. L'Ecosse était alors profondément troublée par les passions politiques et religieuses ; d'un côté les rares partisans de Marie Stuart appuyés par les grands seigneurs des Highlands; de i'autre le parti presbytérien obéissant à la voix puissante de John Knox, défenseur intrépide des libertés chrétiennes, mais arrogant,, dominateur du pouvoir civil et sans égards pour la royauté. Jacques VI ne retint de sa première éducation, en dehors d'un pédaniisme outré, que la haine des superstitions de sa mère et surtout l'horreur pour un parti religieux étroit, intolérant et austère. Ce jeune homme craintif, qui se trouvait mal à la vue d'une épéc nue, fut entouré^de scènes sanglantes. L'assassinat de lord Murray par les Hamilton (23 janvier 1570), amena des représailles cruelles, et Hamilton, archevêque de Saint-André, mourut sur Téchafaud. Le régent Morton, tout en accordant aux presbytériens le Book of Policy, qui est demeuré le livre de loi de la Kirk d'Ecosse jusqu'à ce jour, et en fondant avec les biens du clergé de nombreuses écoles dans tout le^ royaume, inculqua au jeune roi des prétentions à l'absolutisme, qui lui firent prendre de plus en plus en horreur un presbytérianisme intolérant, dont le plus illustre défenseur était André Mclvil, et qui nelui épargnait ni les censures ni les insolences. Jacques VI, qui aimait le plaisir et la chasse, donna sa confiance à deux favoris indignes, Esme Stuart et Jacques Stuart, nommés par lui comte de Lennox et duc d'Arran, et qui, tout en corrompant ses mœurs et eu flattant ses vues ambitieuses, favorisèrent en secret le parti catholique et laissèrent les jésuites pénétrer jusqu'à la cour. Les pobles protestants, réunis au château de Ruthven, réussirent à y attirer le roi dans une journée d'août 15>2, qui a pris dans l'histoire le nom de Raid de

RulhveVf et le retinrent prisonnier, tout en letraitant extérieurement avec respect. Echappé de sa captivité, le roi se vengea en faisant déclarer ses geôliers coupables de lèse-majesté et en faisant rétablir par un parlement docile Tépiscopat dans cinq articles qui portent le nom des « Cinq articles noirs » (1584). Après Texécution de sa mère (1387), Jacques VI, tout en protestant officiellement contre ce crime, resta Tallié d'Elisabeth, qui lui faisait espérer la couronne d'Angleterre. Lui-même avait pris comme devise cette maxime : Owi von scit disHmulare iiescit regnare, et il lui fut fidèle jusqu'en 1603, comblant en public d'éloges l'Eglise presbytérienne, qu'il déclarait la plus pure de toute la chrétienté, tandis que pour lui il n'y avait pas d'existence possible pour la royauté sans l'épiscopat : No bUhops, no king. C'est vers cette époque que se place le seul acte romanesque de ce triste règne. Elisabeth, qui aurait voulu que Jacques VI épousât Catherine de Navarre, sœur d'Henri IV, avait fait échouer ses négociations pour obtenir la main de la fille aînée du roi de Danemark. En 1589 le roi s'embarqua pour les Etats du Nord et en revint l'année suivante avec son épouse Anna. Il confirma en 1592 les prérogatives du clergé presbytérien, mais le peuple, indigné de l'indulgence avec laquelle il traita en 1595 les seigneurs catholiques révoltés contre lui, excita à Edimbourg un tumulte (1596) bientôt suivi d'une répression sévère, à laquelle les principaux prédicîiteurs n'échappèrent que par la fuite. Le roi, entré à Edimbourg à la tète de ses troupes en 1597, abolit plusieurs des privilèges du clergé presbytérien au profit de l'épiscopat. Devenu roi d'Angleterre le 24 mars 1603, Jacques 1" leva le masque, favorisa les prétentions de la haute Eglise, força leà pasteurs dissidents à reconnaître le Prayer-booh et nomma treize évoques pour l'Ecosse. Si la marine continue à se signaler sous son règne par les découvertes de Davis, d'Hudson et de Baffin, sir Walter Raleigh fut exécuté le 29 octobre 1618 sur les menaces de l'Espagne, avec laquelle le roi conclut la paix. On le vit abandonner sans appui sa fille devenue reine de Bohème, laisser aux Hollandais l'empire des mers, et mendier l'appui de l'Espagne. La conspiration des poudres (5 novembre 1605) dans laquelle furent inculpés, outre Guy Fawkes, de nombreux catholiques, fit voler en janvier 1606 par ie parlement le serment d'allégeance, que le pape défendit aux catholiques de prêter, ce qui amena une polémique entre le roi et Bellarmin. En 1607, l'insurrection de l'Irlande sous Tyrone fut comprimée. Maître Jacques, comme l'appelait Henri IV, se consola de son impuissance extérieure par sa polémique avec la Hollande au sujet de l'arminien Vorstius, qu'il poursuivit de sa haine, tout en interdisant la publication dans son royaume des canons de Dordrecht, ce qui ouvrit les voies à ce latitudinarisme qu'il détestait. Pauvre poète dans sa jeunesse, il composa dans son âge mûr le BaaiXtxov Sopov ou De trwtituiione principis, et un traité absurde sur les sorcières, qu'il livra par centaines au supplice. S'il s'honore par le choix de Bacon de Verulam comme chancelier, il accorda sa faveur à d'indignes favoris : l'Ecossais Robert Carr, duc de Somerset, et Georges Villiers, duc de

Page 1