JALAGUIER
plusieurs représentants du réveil religieux qui se manifestait alors au sein des Eglises protestant^ de langue française avec des formes et des idées empruntées à TAngleterre ou à TEcosse. Tout en faisant reposer sa foi sur le témoignage de Dieu contenu dans les Ecritures, Jalaguîer ne croyait pas à l'inspiration littérale des livres sacrés ; il reconnaissait les droits de la critique, il repoussait Tidée d'un canon divin, il proclamait la présence de l'élément humain et personnel chez les auteurs sacrés, il accordait qu'il y avait même dans la Bible des erreurs de science et de raisonnement; il aimait d'ailleurs à rappeler le mot de Bengel : « Mange en paix le pur froment des Ecritures sans t'inquiéter du grain de sable qui peut s'y mêler. » Tels sont les principes et les sentiments qu'il exposa pendant trois années (1840-i84!2) dans la Revue itiéologique de Montauban, qu'il avait fondée avec le concours de son collègue et ami Encontre, fils du célèbre professeur et doyen Daniel Encontre. Aussi durant cette première époque l'enseignement du professeur de dogmatique fut-il plus d'une fois accusé de manquer de fermeté doctrinale. L'excellent Jalaguier, dont l'esprit sérieux et sagace voyait venir de loin la crise théologique qui allait éclater, se contentait de répondre -par un sourire aux critiques ou aux insinuations parties des rangs de l'orthodoxie; il savait bien, comme il aimait à le dire, qu'il apparaîtrait bientôt aux yeux de tous comme remontant le courant auquel on lui reprochait décéder. C'est bien ainsi qu'on le jugea à partir du jour où, à la suite de la lettre de démission de M. E. Scherer comme professeur de l'Ecole de théologie de Genève, éclata la crise qu'il avait prévue, et où la Revue théologique de Strasbourg commença à paraître. En présence des attaques toutes nouvelles dont, à ses yeux, la révélation chrétienne et l'Ecriture qui la contient étaient devenues l'objet, P. Jalaguier prit résolument la plume. Il fallait bien toute la conscience* du péril et tout le sentiment du devoir pour l'arracher à ses méditations solitaires et lui mettre en main l'épée de combat ; le professeur de Montauban était un de ces esprits modestes et recueillis qui aiment mieux lire, méditer,, écrire pour eux-mêmes que de se livrer au public. De 1851 à 1855, il fit paraître cinq brochures dont voici les titres : Le Témoignage de DieUy base de la foi chrétienne (1851); Aulhenticiié du Nouveau Testament (iSM); Inspiration du Nouveau Tes-tament (1851); Simple exposé de la question chrétienne jugée par le bon sens (1852); Du principe chrétien et du catholicisme^ du rationalisme et du protestantisme (1855). Enfin, peu de temps avant sa mort il publia une brochure d'un caractère plus populaire auquel il donna ce titre un peu singulier : Une vue de la question scripturaire (1863). Dans ces divers opuscules il défendit avec une grande fermeté, mais sans la naoindre acrimonie, la réalité d'une révélation surnaturelle ei l'autorité religieuse de l'Ecriture contre les écrivains de la Revue de Stras-* bourg, qui après avoir, dès le début, affirmé la prétention de s'élever par une synthèse supérieure au-dessus des deux systèmes contraires, le vieux rationalisme et la vieille orthodoxie, allaient toujours plus à la dérive et finissaient par verser dans le sein d'un rationalismfi nou-