JEAN XII-XVIII
le bruit qui a été fait autour d'elle. Jean XII ne croyait* pas avoir évoqué en Othon un héritier de la politique de Gharlemagne, un maître de TEtat pontifical. Plus qu'aucun de ses prédécesseurs l'héritier d'Albéric réunissait en sa personne Tune et l'autre dignité, et son esprit peu religieux lui faisait ressentir bien plus douloureusement une atteinte à son autorité temporelle; bientôt le pape intrigue contre l'empereur, et Othon (c'est le récit de Luitprand) se borne à répondre : « Ce n'est qu'un enfant, je le ferai châtier paternellement, patema applicatione. » Le pape s'excuse tout en récriminant, et en même temps il reçoit dans Rome l'ennemi mortel d'Othon, le fils du roi Bérenger. Mais en vain il revêt le heaume et la cuirasse, il est battu par l'empereur et s'enfuit (novembre 963), et les Romains sont obligés de jurer « dé ne jamais élire ni consacrer un pape, sinon avec l'agrément de l'empereur et de son fils et d'après le propre choix de l'un et de l'autre. » Othon réclamait les droits que la pornocratie avait donnés à l'aristocratie romaine ; il croyait pouvoir disposer de. la papauté comme il faisait des sièges allemands, et comme les empereurs grecs dispensaient celui de Constantioople (voyez Ploss, Die Papstwahiunter den Oitonen, Pribourg, 1858). Luitprand est encore l'historien du synode romain de 963, où il fut le porte-voix de l'empereur, et qui fut. tenu par Othon, sans le pape. « Le pape, dit le concile, pratique publiquement ses procédés diaboliques. » C'est un débordement d'accusations violentes ; on accuse le pape absent d'avoir consacré un diacre dans une écurie, d'avoir fait du sacré palais un mauvais lieu, Javoijr commis des meurtres et des crimes, d'avoir bu à la santé du diable, diaboli vos in amoremvinum bikisse, d'avoir invoqué aux dés Jupiter et les démons. Le synode cite le pape, qui en excommunie tous les membres, s'ils se permettent d'élire un antipape. Le synode s'enhardit jusqu'à se moquer des solécismes du pape, et lui renvoie son excommunication : « Judas n'a pu lier que lui-même, et d'une eorde quem ligare potuit, nisi se ipsum, quem infelicissimo laqueo strangulavU f » Le protoscriniaire (prom^) Léon est élu, cefutLéonVIIL Othon s' étant retiré, les maîtresses du pape, dit Luitprand, soulèvent le peuple, et Jean XII rentre au milieu d'affreuses horreurs. Il réunit un synode qui proclame que la précédente réunion n'a été qu'un lieu de débauche, prosiibulum, et renverse Léon VIII. Mais Jean XII meurt le 14 mai 964, peut-être d'apoplexie. Luitprand raconte que sa mort fut comme avait été sa vie. Après lui, les Romains essaient d'élire Benoît le grammairien, qui avait été l'accusateur de Jean XII, mais Othon prétend restaurer Léon VIII, et Benoît V (voyez son nom) se soumet sans nulle dignité et rend les insignes du pouvoir à Léon VIII, pour s'en aller en exil à Hambourg. Léon, alors, proclaine que l'empereur a le droit d'élire le roi, le patrice et le pape, et par là tous les évoques, et de les investir. Les historiens niaient l'authenticité de ce décret (Gratien, I, LXIII, 23: Pertz, Leges, II), quand M. Ploss pensa en découvrir le texte plus complet {Leonis VIII priviL de investituris, Prib., 1838)- M. Bernheim au contraire paraît avoir démontré (Forsch^ z. detuschen Gesch.j 1876) que ni l'un ni l'autre texte n'est authentique ; le texte de