‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 47 sur 170 · JEAN LE CONSTANT · texte numérisé non relu

JEAN LE CONSTANT

rant la fougue du landgrave de Hesse et opposant à Tempereur la résistance la plus ferme. En 1526, à la diète de Spire, il fil prêcher la doctrine évangélique dans son hôtel, et obtint, par son énergie, une résolution favorable à la Réforme ; il en profita aussitôt pour organi*ser plus fortement FEglise dans la Saxe, en faisant faire une inspection des églises {Kirchenvisitation)^ pour laquelle Mélanchthôn écrivit une instruction approuvée par Luther. En 1529, il fut à la tôte de la protestation de Spire ; Tempereur était fort irrité contre lui, mais il n'en fut pas moins le premier à se rendre à la diète d*Augsbourg (1530), disant à ses théologiens : « Moi aussi, je veux confesser avec vous mon Seigneur Jésus-Ghrist. » Il montra à cette diète un grand courage et ne se laissa intimider par aucune menace. L'empereur lui fît témoigner tout son mécontentement, lui donns^nt à entendre qu'il pourrait bien lui enlever ses Etats et donner son électoral au duc Georges : « 11 s'agit, dit l'électeur, de renier Dieu ou le monde. Qui pourrait hésiter un instant? Dieu m'a fait électeur de l'empirCjCe dont je ne me suis jamais rendu digne. Qu'il fasse aussi à l'avenir de moi ce qu'il jugera bon. » Cependant à son retour d'Augsbourg, il s'occupa aussitôt à se mettre en étal de défense ; déjà en 1525 à Torgau, en 1526 à Gotha, il avait fait alliance avec le landgrave de Hesse; maintenant il renforça et organisa déûnitivement cette ligue, en y faisant entrer d'autres princes et Etats, à Smalcalde, en décembre 1530. On reproche à l'électeur Jean d'avoir trop subi l'influence des théologiens de Wiltemberg et en particulier de Luther, et d'avoir, à cause de cela, manqué bien souvent de résolution au moment où il eût fallu agir. Au point de vue politique, ce reproche ne manque pas de fondement; Jean laissa sans doute passer plus d'une occasion favorable, où les protestante eussent pu combattre avec succès leurs adversaires, et il négligea plus d'une alliance utile ; mais on sait que Luther était absolument opposé à la guerre et ne voulait point que la cause de l'Evangile fût soutenue par les armes. « Par la guerre, disait-il, on risque tout, on gagne peu, on perd certainement ; par la douceur, on ne perd rien, on risque peu, on gagne tout.» Luther réussit à faire partager cette conviction à l'électeur. Jean le Constant avait une piété vivante ; quand il savait que la justice et la religion étaient de son côté, il ne craignait rien et répétait volontiers cet adage : Grad aus machi die gulen Renner. Quand la guerre des Paysans prit une tournure dangereuse, il dit : « Je pourrai, s'il le faut, me contenter de quelques chevaux et être un homme comme un autre. » Chaque soir il se faisait lire l'Ecriture sainte ; s'il lui arrivait de s'endormir, il répétait, en se réveillant,lesdernières paroles qu'il avait entendues et faisait continuer la lecture. Bien souvent il écrivait les sermons de Luther, et on a conservé un petit catéchisme écrit entièrement de sa main. Malgré les passions religieuses, *ses adversaires môme le respectaient. Dans une lettre à Jean Frédéric, le comte de NuGnar portait sur lui le jugement suivant : Denn Wirkaben leyder KeynenmyniS' chen, denwir fur ein voler dès duytschen valerlandes in.goUlichen und mcnclhichensachen achlca niogeiiydenn allein unserer furstlicheh Guddcn

JEAN LE CONSTANT — JEAN-FRÉDÉRIC I" LE MAGxNANIME 213

Herr Vater, Il mourut, à Schweinitz, d'un coup d'apoplexie, le 16 août 1532. Spalatin a écrit sa biographie comme celle de son frère Frédéric le Sage. — Voyez Ranke, Deutsche Geschichleim Zeitallerder Réf., heipz.j 1873. Ch. Pfender.

JEAN-FRÉDÉRIC I" LE MAGNANIME, électeur de Saxe, fils et successeur dy précédent, naquit à Torgau le 30 juin 1503. C'est Spalatin qui fut chargé de son éducation. Comme son père, il fut très attaché à la doctrine évangélique ; dès 1520, à dix-sept ans, il était un admirateur enthousiaste de Luther (Lettre de Luther à l'électeur Jean ; DeWette, Luthers Briefe, I, p. 518) ; il prit part à toutes les conférences sur les affaires de Teinpire sous la direction de son oncle Frédéric le Sage d'abord, puis de son père, et assista à toutes les diètes importantes (Worms, 1521; Spire,. 1529; Augsbourg, 1530). Il se faisait des illusions généreuses sur les dispositions de l'empereur Charles-Quinf, dont il eût désiré qu'on cherchât à se rapprocher ; il eût voulu aller le trouver à Inspruck, espérant lui démontrer qu'il aurait tout intérêt à s'allier aux protestants. C'est en 1532 qu'il succéda à son père et prit le gouvernement, non seulement pour lui-même, mais aussi pour son frère Jean-Ernest, qui était encore mineur. Il faut dire qu'il n'a pas été à la hauteur de la situation, qui du reste eût exigé un talent et une sagesse peu ordinaires. Cependant il avait de grandes qualités. Il se distingua de tous ses contemporains par son caractère foncièrement honnête et moral. Sa cour était un modèle de bonne tenue et .de bonnes mœurs ; même dans les camps il ne permettait aucune licence. Jamais il n'a prononcé une parole déshonnête : à aucun prix il n'eût dit un mensonge; on pouvait compter sur sa parole. Non seulement il ne disait rien qu'il ne pensât, mais il ne pensait rien qu*il ne pût dire ; les nombreux papiers secrets qu'on a trouvés après sa mort, en font foi. Il croyait avec la conviction la plus sincère à la vérité de la doctrine luthérienne^ et se moquait de ceux qui l'accusaient, lui et ses devanciers, de n'avoir entrepris la réforme que pour s'emparer des biens de l'Eglise ; « C'eût été, disait-il, casser Técuelle pour s'emparer de la cuiller. » Il travaillait et écrivait beaucoup. Mélanchthon dit un jour que l'électeur lisait et écrivait plus que lui etAùrifaber, qui passaient pourtant pour être les professeurs les plus laborieux de Wittemberg. Il subit beaucoup moins que son père, l'influence de Luther et des théologiens. Il vénérait Luther, déclarait qu'il aimait mieux lire une seule page de lui qu'un volume d'un autre, que sa parole le remuait jusqu'au fond de l'âme ; mais dans les affaires politiques il ne le consultait pas, bien qu'il eût souvent mieux fait d'écouter ses conseils. Luther était fort mécontent de sa politique. Jean-Frédéric était jaloux de ses droits jusqu'à l'excès, et par suite susceptible, défiant et obstiné ; ce fut un trait malheureux de son caractère et la cause de bien des mésintelligences dans le camp protestant. En 1532 il eut un différend avec le landgrave de Hesse ; cependant leurs conseillers parvinrent à l'arranger. Il s'efforça d' affermir la ligue de Smalcalde, et fit opposition à l'élection du roi Ferdinand jusqu'en 1534, où il se rapprocha de l'empereur et

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