‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 51 sur 170 · JEANNE D'ARC — JEANNE D'ALBRET · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC — JEANNE D'ALBRET

in-4° ; Collin et Desnoyers, Procès de Vordinaire relatif à la béatification et à la canonisation de J. d'A., parles postulateurs de la cause, OrL, 1874, in-8% cité par M. Chevalier. La bibliographie relative à Jeanne d'Arc se trouve complètement énumérée dans le Répertoire de Tabbé Chevalier. A. Paumier.

JEANNE D'ALBRET, reine de Navarre, fille et unique héritière de Henri, duc d'Albret, roi de Navarre, prince de Béarn, et de Marguerite d'Orléans-Angoulôme, sœur de François I", naquit le 7 janvier 1528, et mourut à Tâge de quarante-quatre ans, deux mois avant la Saint- Barthélémy. Selon le témoignage de l'Italien Davila, « c'était une princesse d'un courage héroïque, d'un esprit très élevé et d'un mérite bien au-dessus de son sexe. » L'historien catholique trouve une seule chose à redire dans sa vie qui fut sans tache : c'est qu'elle avait « embrassé opiniâtrement la doctrine de Calvin, en voulant, sans les lu^ mières acquises par l'étude, pénétrer [et môme expliquer les plus profonds mystères de la théologie. » Pour nous, au contraire, cet attachement invincible et raisonné de Jeanne à la Réforme est un des plus beaux fleurons de sa couronne. Elle continua sous ce rapport les glorieuses traditions maternelles, en couvrant de sa protection les évangéliques de France si misérablement persécutés. Nous n'avons qu'un regret, c'est que cet exemple de persévérance dans la foi n'ait pas été suivi jusqu'au bout par son fils Henri IV, qui, sur le conseil de Sully, pour faire tomber l'opposition des Ligueurs, fit plus tard si lestement ce qu'il appela lui-même « le saut périlleux >>. Dès sa plus tendre enfance, Jeanne, élevée à Plessis-lez-Tours, eut les maîtres les plus habiles et les plus vertueux. Elle répondit merveilleusement à leur sollicitude. En outre du français, du béarnais et de l'espagnol, elle apprit le latin et le grec. A l'imitation de sa gracieuse mère, la savante « Marguerite des Marguerites, » elle s'amusait parfois à « composer en rime françoise. » On trouve dans un petit poème de Joachim du Bellay : « Sonnets à la royne de Navarre aux quels cette royne fait elle mesme response, » quatre pièces de ce genre qui ne sont pas parmi les moins bonnes du livre. Quand elle eut à peine atteint l'âge de douze ans, François I", dans un intérêt politique, pour s'assurer une alliaiice contre Charles-Quint, la fiança malgré elle et malgré ses parents à Guillaume, duc de Clèves (15 juillet 1540) ; mais huit ans plus tard, après la défection de ce prince et avant que le mariage fût consommé, sa main fut donnée par Henri II à Antoine.de Bourbon, duc de Vendôme, bien que ses parents eussent préféré l'accorder à Charles-Quint pour son fils Philippe II. Le mariage fut célébré à Moulins, le 20 octobre 1548. Antoine était attaché au parti de la Réforme ; et si nous en croyons Brantôme, Jeanne aurait conseillé à son époux « de ne point s'embarrasser de toutes ces nouvelles opinions. » Les rôles changèrent plus tard. Elle l'avait suivi, en 1553, au camp de Picardie, dont il était gouverneur et où il commandait une armée contre l'empereur ; mais elle fut rappelée par son père dans le . Béarn pour faire ses couches; et c'est là que, neuf jours après son arrivée, à Pau, elle mit au monde celui qui fut Henri IV, le 13 décem-

bre 1553. Au moment de la délivrance, paraît-il, elle chanta, selon la promesse que son père avait exigée d'elle, une ronde béarnaise, qui pourrait bien être celle dont les couplets se trouvent joints à un paquet de lettres adressées à la reine (Bibl. nat. mss. fr. 8746), et qui commence ainsi :

Très hilhas Taute mati,

Soletamen, Anan prene hens un bosq

Esbatemen...

Jeanne perdit sa mère en 1549, et son père, le 25 mai 1555. Elle n'était « encorespas du tout gagnée à Dieu, » dit Th. de Bèze {Hist. ecclés.j Anvers, 1580, I, p. 107). Mais le roi de Navarre envoya en Béarn, en 1556, le pasteur Jean Henri, autrefois jacobin, qui avait étudié à Lausanne « où il a voit très bien profité, » et qui « prescha purement et rondement la vérité.» « Ce ministre, dit encore Bèze, posa les fondemens de Téglise de Pau, instruisant tellement ce peuple grossier, et qui à grand peine auoit iamais ouï parler de lesus Christ à bon escient, qu'vn très grand fruict s'en est ensuiuy depuis : aiant esté aussi par luy premièrement persuadée la Royne de- faire ouverte profession de TEuangile. » Elle ne se prononça toutefois ouvertement qu'un peu plus tard. Mais elle laissa pleine liberté d'évangélisationdans ses Etats aux ministres venus de Genève et d'ailleurs. Henri Barran fut de ce nombre et parmi les plus ai'dents. Pendant l'absence du roi et de la reine qui avaientfait un voyage à la cour de France, les jurais ou consuls de Pau, poussés parle clergé, écrivirent en langue béarnaise à leurs souverains (2 mai 1558) pour qu'ils imposassent silence aux novateurs. Ils se plaignent vivement que « mestre Henric » en particulier prêche publiquement contre le dogme de la présence réelle, contre l'invocation de Notre-Dame et des saints, contre le purgatoire et le carême ; qu'il injurie le pape du haut de la chaire et traite d'idolâtrie les processions en l'honneur de Dieu. Au reste, des seigneurs en.grand nombre l'accompagnent dans les églises, armés d'épées et de dagues, restent là tant que dure sa prédication et sortent incontinent après, sans se soucier d'entendre la messe. Plusieurs livres de Calvin et « autres papiers imprimés à Genève et suspects d'hérésie » sont exposés en vente dans les rues. Et les jurats supplient leurs souverains de faire cesser ces scandales qui peuvent déshonorer» leur ville {podin aportar mal renom a vostre ditte ville de Pau), Jeanne ne tint pas compte de cette pressante requête. Bientôt même elle résista victorieusement au grand inquisiteur, le cardinal Georges d' Armagnac, qui se fiattait, avec l'appui du pape et de Henri II, d'introduire l'inquisition dans le Béarn, comme en Espagne et en France, et de couvrir le petit royaume de sanglants bûchers. Elle fit remettre en liberté Henri Barran, qui avait été incarcéré par ordre du cardinal, et refusa noblement de livrer au gouvernement français plusieurs ministres, parmi lesquels était Th. de Bèze, qui

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s^étaient retirés dans ses domaines. Après la déplorable issue de la conjuration d'Amboise (13 mars 1560) et Tarrestation du prince de Gondé, le roi de Navarre, qui avait accompagné son frère à la cour, courut les plus grands dangers. Jeanne, menacée dans ses propres Etats, pourvoit elle-môme à leur défense, et s'enferme avec ses enfants dans la place de Navarreins. La mort de François II (5 décembre 156Û) ayant changé les dispositions de la cour de France, Antoine fut nommé lieutenant général du royaume, et Jeanne le. rejoignit à Paris. Catherine de Médicis essaya vainement de la détacher du parti réformé. Un jour qu'elle la pressait plus vivement que d'habitude en invoquant le bien de son fils et de son royaume, Jeanne fit cette réponse que <c plus tôt que d'aller à la messe, si elle avoit son roiaume et son fils en la main elle les jetteroit tous deux au fond de la mer, pour ne luy estre empeschement. » On fut plus heureux avec le roi de Navarre. On lui tendit « tous les filetz par lesquels un homme adonné aux femmes qu'il estoit, pouvoit estre surpris... La reine cependant taschoit de le réduire supportant tout ce qu'elle pouvoit et luy remon-trant ce qu'il devoit à Dieu et aux siei^s, mais ce fut en vain tant il y estoit avant... Elle recouroit aux larmes et aux prières quifaisoient pitié ^ tous fors qu'à luy roi de Navarre » (note manuscrite au bas d'un portrait de Jeanne). La reine se vit tout à coup exposée à de nouveaux périls, qu'elle ne put conjurer qu'en fuyant de cette cour corrompue. L'indigne Antoine, oubliant toute pudeur, s'était laissé persuiider qu'il devait répudier sa noble et vaillante femme. Il poussa même l'infamie jusqu'à donner au terrible Biaise de Montluc, qui commandait aux environs de Nérac, l'ordre de l'arrêter au passage. Jeanne ût appel à ses fidèles Navarrais qui, « soubs la conduite du sieur d'Audaux, l'allèrent accueillir au rivage de Garonne. » Elle n'eut plus dès lors de ménagements à garder. En 4561, elle abjura solennellement à Pau la religion romaine, et après avoir fait confession de sa foi, elle prit la cène aux fêtes de Noël. Quelques mois plus tard, la mort d'Antoine au siège de Rouen (17 novembre 1562) lui donna pleine liberté d'agir selon son cœur. Elle s'adressa à Calvin qui la soutenait et l'encourageait par ses austères conseils, et qui lui envoya le pasteur Raymond Merlin pour la seconder et la diriger dans sa lutte contre la papauté (1563); elle rappela une vingtaine de ministres béarnais pour prêcher en la langue du pays; et le monitoire lancé, le 29 septembre 1563, par le pape Pie IV, qui l'appelait à comparaître à Rome pour qu'elle se justifiât du crime d'hérésie sous peine de se voir dépouillée de son royaume, ne fit que redoubler son énergie. Bile fut obligée, pour éviter de plus grands troubles, de défendre absolument dans ses Etats l'exercice de la religion romaine ; elle fit abattre les images et les autels, et promulgua un corps de discipline ecclésiastique dressé par un synode, à l'instar de Genève. Elle institua, en 1566, l'académie protestante d'Orthez, qu'elle installa danK les vastes locaux du couvent des jacobins appropriés à cette nouvelle destination. Une inscription en latin fut gravée sur le fronton du grand portail comme « témoignage de l'affection et de la munificence

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de la reiae qui, la première, avait fondé une aourelle Athènes et illustré sa patrie, n Nous citons les quatre derniers yers :

Sie Mm Orikem aornit Aiktmu PrmcÊpi nutiUùt^ decmêque Ofomm Âwgêt^ sic paêriam •iUn enraie JSUmumqt^ mir$i ferUa uêmm.

Dans Tordorinance qui institua cette académie, se révèle le cçtrac* tère essentiellement religieux et protestant qu^elle voulut imprimer à la nouvelle institution. Aux professeurs des langues hébraïque grecque et latine, était joint un maître de chant, qui devait populJ riser dans le pays les psaumes de Clément Marot et de Théod. de Bère. Deux ans après sa fondation, Facadémie fut entretenue au moyen des biens ecclésiastiques que Jeanne fit saisir, en 1568, pour punir le clergé d'avoir conspiré contre elle avec les Espagnols. Ces biens étaient administrés par un « sénat ecclésiastique » dont les membres, au nombre de neuf, dont deux ministres, étaient réélus chaqua année par le synode. Celte académie, érigée en université par Henri de Navarre, en 1583, jeta un vif éclat dans le prfys : des maîtres illustres, parmi lesquels Pierre Viret et Lambert Daneau, y enseignèrent les belles-lettres et la piété. Elle prît fin en 1620, lors de la réunion forcée du Béarn à la couronne de France. Cependant la guerre civile qui, depuis le massacre de Vassy (!•' mars 1562), ne s'apaisait un instant en France que pour recommencer plus furieuse^ était une menace continuelle pour la Navarre dont toutes les sympathies, tous les vœux étaient en faveur du parti réformé. Il fallait en finir avec ce petit royaume qui servait de refuge et d'appui aux hérétiques condamnés. Montluc allait franchir la frontière lorsque Jeanne, le prévenant, partit secrètement de Nérac, le 6 septembre 1368, accompagnée de cinquante gentilshommes, fut rejointe en route par quelques milliers de troupes protestantes , et après avoir traversé heureusement Bergerac et Mussidan, arriva à Archiac, oîi elle eut une entrevue avec Condé. Plle lui présenta son fils, qu'elle voua, tout jeune qu'il était, à la défense de la cause. Elle fît son entrée à la Rochelle le 29 septembre, et publia un manifeste pour justifier sa conduite. Les chefs des confédérés étaient réunis dans cette ville forte; Condé prit le commandement militaire; Jj^anne accepta îe gouvernement civil, et bientôt elle se rendit à Tonnay-Charente, où elle revêtit elle-même son fils de ses armes: « Le contentement de soutenir une si belle cause, dit-elle, surmontoit en moi le sexe, en lui l'âge. » La Navarre fut envahie par les troupes royales, et il était impossible à Jeanne de la secourir. La funeste bataille de Jarnac, où fut assassiné le prince de Condé (13 mars 1569) sembla devoir tout compromettre. Jeanne releva les courages abattus ; elle quitta LaKochelle et rejoignit à Tonnay-Charente les débris de l'armée hu- ^enote. C'est là qu'elle présenta son fils au gros de la cavalerie d'abord, puis à celui de l'infanterie, dit d'Aubîgné; Henri « après avoir preste un serment notable sur son ame, honneur et vie, de n'aban*

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donner jamais la cause, en receut un réciproque, et quant-et-quant fut proclamé chef avec cris et exaltations ; les cœurs estant merveilleusement esmeus par une harangue de la Roine, qui mesla d'une belle grâce les pleurs et les soupirs avec les résolutions ; cette princesse ayant par les tressauts de courage effacé les termes des regrets, l'armée après un grand salve se sépara. » La Navarre était perdue, sauf Navarreins où s'étaient jetés quelques vaillants, soldats et qui résista à tous les assauts. Jeanne mit à profit les secours en munitions et en argent qu'elle reçut de la reine Elisabeth; et bientôt, sous la conduite de Montgommery, l'armée huguenote reconquit le pays de Foix, la Bigorre, le Béarn, et le 23 août 1569, Pau capitula. Le désastre de Montcontour (3 octobre) remit tout en question. Mais l'héroïsme de Jeanne s'éleva ici encore à la hauteur du péril. Elle part de La Rochelle, « pour tendre la main aux affligés et aux affairés, » rejoint Goligny, harangue le soldat, préside aux délibérations ; et après avoir associé son fils et le jeune prince de Condé aux dangers des chefs, elle retourne à La Rochelle oh elle enflamme aussi les couçages ; elle recrute une nouvelle armée dans les provinces de l'ouest ; elle équipe et arme en guerre une quantité de vaisseaux qui font sur merdes prises considérables et fournissent au trésor commun de précieuses ressources; elle visite les hôpitaux; elle soigne les blessés. D'heureux faits d'armes en plusieurs rencontres et dans plusieurs provinces forcèrent bientôt la cour de France à demander la paix : elle fut publiée en août 1570, Médicis et les Guises voulaient se donner le temps de tendre un piège et d'y faire tomber ceux qu'ils n'avaient pu vaincre les armes à la main. Ils proposèrent pour gage d'une réconciliation éternelle, le mariage du jeune Henri de Navaa-re avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Jeanne hésita longtemps. A force d'hypocrisie, de mensonges, de perfides démonstrations de tendresse, on battit en brèche toutes les objections qu'elle souleva. Dressé par l'astucieuse Italienne, Charles IX joua aussi fort bien son « roUet. » On endormit toutes les défiances en protnettant qu'une fois le mariage accompli, on déclarerait la guerre à l'Espagne au sujet de la Flandre. C'aurait été là, en efl*et, la bonne politique, car elle aurait été le salut, la gloire de la France. Le grand cœur de Coligny se laissa prendre à cette patriotique amorce. Jeanne s'achemina lentement vers Paris où les fiançailles devaient se ïaire. Elle y. arriva au milieu du mois de mai 1572. Elle s'occupait des préparatifs du mariage, lorsque le 4 juin, un mercredi mr, elle fut saisie tout d'un coup d'une fièvre ardente. Cinq jours après, le lundi matin,elle était morte. On la crut empoisonnée avec une paire de gants, qu'un Italien de la cour de Catherine lui avait vendus, et qui auraient été parfumés|avec un mélange de poison subtil. Le roi se crut forcé d'ordonner l'ouverture du corps. Les gens de l'art n'y trouvèrent aucune trace de poison, et attribuèrent la véritable cause de sa mort à un abcès qui s'était formé au côté. La question est restée indécise. Le doute est permis, quand il s'agit des assassins de la Saint-Barthélémy. Que pouvait coûter à de telles consciences le meurtre d'une

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