‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 52 sur 170 · JEANNE D'ALBRET — JEANNIN · texte numérisé non relu

JEANNE D'ALBRET — JEANNIN

personne, quand elles n'ont pas reculé devant des fleuves de sang ? — A part les lettres originales de la reine Jeanne qui sont conservées à la Bibliothèque, nationale de Paris, collection Du Puy, vol. 211 et 253, signalons son Gode de procédure qu'elle publia sous le titre de Slil de la reine Jehanne et qui est un chef-d'œuvre de raison et de sagesse. Elle avait fait traduire en langue basque le Nouveau Testament, ainsi que le catéchisme et la liturgie de Genève. La traduction, due à Jean de Liçarrague, parut à La Rochelle, en 1571. — Voyez la France protestante, 2* éd., I, 95-114; BuUet., passim; Biogr. univ. de Michaud, XXI, 6-7 ; ffist. de J. d'AWret par M"'' Vauvilliers, Paris, 1818, . 3 vol. in-S** ; Hist. de Béarn et Navarre, par Nie', de Bordenave, publiée par P. Raymond, 1873, in-8° ; Les Portraits des homnus illustres qui ont le plus contribué au restablissement des belles Uttres et de la vraye religion, Genève, Pierre ChouCt, 1673, in-4*, note manuscrite accompa* gnant le portrait de Jeanne, lequel est parmi les plus fidèles.

Charles Daroier.

JXANNDÎ (Pierre) [1540-1622], né à Autun, appelé en 1569, après avoir terminé les études de droit sous Gujas, à intervenir dans les luttes de la politique au temps de la Ligue pour donner aux combattants des avis utiles et des conseils écoutés, chargé par Henri IV d'importantes missions diplomatiques et nommé après la mort de ce roi contrôleur général des finances pendant la régence de Marie de Médicis, dut à l'époque oh il vivait et au milieu dans lequel il se trouva placé, non d'avoir un rôle tout à fait important dans les querelles religieuses, mais de ne pouvoir rester étranger à ces querelles et à ces questions. Son Eloge a été prononcé maintes fois, dans les académies et aux séances solennelles des cours et tribunaux. On a conservé, on répète beaucoup de sages maximes et de mots, soit sur Jeannin, soit du président lui-môme. Mais on va trop loin quand on lui prête la sagesse supérieure, par exemple, les larges, vues et la tolérance d'un chancelier de l'Hospital. C'était un homme modéré comme on est heureux d'en rencontrer' assez souvent dans l'histoire, et surtout dans l'histoire particulière de nos parlements, l'un des plus utiles au pays et des plus instruits parmi ces gens de robe quelquefois sortis du peuple, fils de leurs œuvres (le mot est de Jeannin, et loin de le regretter, il rappelait à l'occasion avec quelque fierté que son père était tanneur), qui se laissent, sans parti pris et sans grands préjugés, diriger par la raison, et qui puisent dans l'étude « approfondie du droit, sinon la vue ou le pressentiment toujours rares des progrès que réalisera l'avenir, du moins le goût de la vérité et de la justice, le besoin môme d'une indispensable équité, et, sans rien abandonner des idées ou des croyances de leur temps, un éloignement instinctif pour les rigueurs et les violences inutiles. Il est entré dans la Ligue encore jeune, il donne habituellement ses conseils au duc deMayenne, et cependant, le 26 août 1572, lorsque Charles IX veut qu'on étende aux provinces les massacres de la Saint-Barthélémy, il rappelle l'antiquité (une faiblesse du bon président, qui en abuse). Théodose et saint Ambroise, et déclare qu'on 4oit attendre que

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Tordre soit confirmé, <c parce qé*il font obéir lentement au sonveraîn lorsqu'il commande en colère. » Deux jours apr^s un ordre contraire arrivait. Député du Tiers aux Etats de Blois, ea 4576, et voyant MM. de Guise pousser à la guerre contre les huguenots, il dit qu'il est temps pour TEglise catholique de revenir aux moyens de conversion ordinaires ; quand son collègue chargé de porter la parole au nom de la province de Bourgogne ose parler en sens contraire, il Taccuse de trahison. Envoyé du roi dans les Pays-Bas, il éloigne pour toujours les Espagnols, donnant une paix durable, des années heureuses de liberté, les premières, aux Provinces-Unies ; et, à son retour, chargé par Henri IV d'écrire cette histoire du règne dont on ne trouva que la préface dans ses œuvres, il dît avec cette force, te bonheur d'expressions qui rendent les écrivains de notre seizième siècle inimitables : « Ce n'est plus le temps d'aiguiser son style pour aigrir et ulcérer les esprits. . . Mais nous devons considérer qu'en passant trop rudement par-dessus les plaies que la calamité publique a faites, les haines qui nous ont fait sucer le sang et la vie les uns des autres se renouvellent.» Pour tempérer l'éloge il reste d'ailleurs à tenir compte du peu de succès qu'il eut, lui qui dirigeait avec tant d'habileté les affaires des autres, dans l'éducation de son propre fils, le baron de Montjéu, sans mérite, débauché, tué fort jeune en duel; du mot un peu dédai-^ gneux.de Tallemant des Réaux : « Ce bonhomme a bâti et rebâti je ne sais combien de fois ses maisons )) ; et de l'accusation portée contre lui à la vérité dans une heure de disgrâce et de mauvaise humeur,, mais qui a sa gravité, venant de Sully, « d'avoir intrigué à la mort du roi Henri IV pour devenir contrôleur, et pour enrichir sa propre maison, surtout en faisant vivre dans l'opulence son gendre Gastille,^ d'avoir épuisé les finances du roi. » Il faut remarquer toutefois que ces critiques, quoique vigoureusement exprimées dans les Mémoire» d'Etat^ ne portent sur aucun fait précis, et laisser au bon président ce qui lui appartient bien, l'habileté dans la politique, un bon style d'écrivain d'affaires grâce auquel ses Négociations ont mérité de remplir tout un volume de notre Panthéon littéraire, et, en religion, sans vues bien larges et bien personnelles, une réelle modération. — Voyez : Eloge du Président Jeannin^ par Pierre Saumaise, Dijon, 1623, i voL in-4'*; Sully, Mémoires des sages et ivyales œconomies d'Estat^ 2 vol. in-foL^ Amsterdam, 1620 ; Tallemant des Réaux^ Historieltesy Ed. Monmerqué • et Taschereau, 6 vol. in-8%' Paris, 1834, t. II; Michaud et Poujouûtt, Mémoires relatifs à C Histoire de France, t. lY, 2« série, Paris, 1837; Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, 1855, t. X. Jules Arboux.

JiBUSIENS (Yeboust), nom d*une population cananéenne (Genèse X, 16; 1 Ghroniq. I, 14) qui habitait la montagne de Juda, ce qui doit vraisemblablement se restreindre uniquement à Jérusalem même (Nomb. XIH, 30; Josué XI, 3). En effet l'ancien nom de Jérusalem est Jébus (Josué XV, 8 ; XVIII, 28). Dans les quinze passages de l'Ancien Testament qui mentionnent les populations cananéennes, les Jébusiens sont toujours cités en dernier lieu, ce qui prouve le peuid'étendue de leur territoire. Lors de la conquête

JÈBUSIENS — • JÉHGVAH

du pays par Josné, le roi des J£busiens, AdonizedeSt (seigneur de la justice) fut yaincu (Josué X, 1) et son territoire distribué à la tribu de Benjamin. Celle-ci, toutefois, n'en put jamais faire la conquête définitive. La prise même de ht ville par les Juifs (Juges I, 8) n*a dû être que passagère, car le même livre des Juges (XIX, 10) raconte que Jébus n'était pas habitée par les Israélites. Il en faut conclure que la cohabitation des Jébusiens avec les Juifs et les Benjaminites (Josué XY, 63) doit se rapporter à une époque postérieure. Ce n'*est que sous le règne de David que les Jébusiens furent définitivement chassés de la montagne de Sion ; jusque-là ils s'appelaient toujours les habitants du pays (2 Sam. Y, 6). Leurs débris furent rendus tribntaires par Salomon (1 Rois IX, 20), mais, d'après Zacharie IX, 7, il faut songer plutôt à une fusion avec les Juifs, car Esdras (IX, 1) suppose encore l'existence des Jébusiens.

JiCHOinAS ou Jojachin [lehoi&kin, loiStkin, lekoniah, Koniâhou], fils de Joachim, roi de Juda. Il monta sur le trône en l'an 600 av. J.-C., âgé de dix-huit ans, mais il ne l'occupa que trois mois et dix jours (-âChron.XXXYI, 9; cf.2 Rois XXIY,8).Jérusalem ayant été assiégée et prise par l'armée deNabuchodonosor,Jéchonias se rendit à discrétion (2 Rois XXIV, 12) et fut conduit en exil avec un grand nombre de Juifs (2 Rois XXIY, 14 ss. ; Jérém. XXII, 24 ss. ; Ezéch. I, 2). Evilmérodach, le successeur de Nabuchodonosor, remit Jéchonias en liberté, aussitôt après son avènement (2RoisXXY, 27; cf. Jérém. XXYIII, 4). Jérémie parle de ce prince comme d'un homme méchant qui, par ses crimes, avait attiré la colère de Dieu sur lui- et sur son peuple (XXll, 24),

JÉ90YAH, nom que le texte masorétique de l'Ancien Testament attribue au Dieu d'Israël. Il n'a, sous cette forme, 'aucune valeur historique. En associant aux quatre consonnes Jhvh, les pointsvoj^elles qui donnent Jehovah, les auteurs de la Masore n'ont pas voulu indiquer la prononciation du nom ;* pour rappeler que le mot Adonaï devait être lu à sa place, ils ont écritles voyelles de celui-ci. Quand Adonaï, parce qu'il se trouvait à côté du tétragramme, ne pouvait lui être substitué sans donner lieu à une répétition choquante, les points-voyelles figurés ont été ceux d'Elohim. Nous reconnaissons ici la trace d'un préjugé qui, sans remonter jusqu'au temps de la captivité de Babylone, est de beaucoup antérieur à l'ère chrétienne : le nom par excellence du Très-Haut ne devait pas être prononcé. La traduction des Septante consacre cette opinion; elle nous apprend par quelle erreur d'interprétation on lui donnait un fondement scripturaire ; dans le passage Lév. XXIY; 16, elle fait tomber la peine de mort, non plus sur le blasphémateur, mais sur tout homme « ^[xdtCwv Tb Sv6|xaxup{t)u. « Elle-même remplace constamment le nom qui nous occupe par xopioç, traduction d'Adonaî, ou par Oe^c, traduction d'Elohim. — Comment fappellatîon divine, dissimulée sous cette forme Jehovah, doit-elle être prononcée? L'auteur du troisième chapitre de l'Exode, qui écrivait en un temps oiiJe nom était usuel» nous fournit sur ce point une indication précieuse, à notre avis

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décisive. Il donne Tappellation comme étant, dans la bouche des hommes, Téquivalent de la forme éhjéh que Dieu emploie en parlant de lui-même ; or celle-ci est la première personne du futur kal de havah, «je suis »; le nom sonnait donc à Toreille hébraïque comme la troisième personne du même temps, c^est^-à-dire se prononçait Jahvéh ou Jéhvéh. Jahvéh a pour lui le témoignage de Théodoret (de son temps les Samaritains disaient encore la^e) ; de plus cette forme rend compte des abréviations usitées et de Torthographe des noms dans lesquels le tétragramme entre comme racine; elle esta peu près universellement adoptée aujourd'hui. On n'hésite pas non plus sur r usage du mot. Il est^le nom propre du Dieu de Talliance. En règle générale TAncien Testament Tattribue à la divinité lorsque celle-ci apparaît dans son rapport spécial avec Israël. Il semble naturel de penser qu'un nom d'un usage exclusivement national n'a pas eu une origine étrangère; on a fait toutefois les plus grands efforts pour établir qu'il n'appartient pas aux Hébreux. La signification toute métaphysique que, sur la foi des Judéo-Alexandrins, on s'est obstiné à donner à l'antique tétragramme, a poussé les esprits dans ces recherches infructueuses, parce qu'elle est en complet désaccord avec le génie concret et pratique du peuple élu. Mais le rapport étroit de Jahvéh avec le verbe hébreu havah j ne permet pas d'attribuer la formation du nom à une race d'hommes qui n'aurait point parlé la même langue, aux Egyptiens par exemple. Tous les rapprochements que l'on a tentés, et qui portent uniquement sur la consonance, sont superficiels et laissent de côté ce qui fait la valeur particulière et l'essence même du nom. Quant à l'inscription que Plutarque raconte avoir lue au frontispice du temple de la déesse Neith, elle rappelle certainement les spéculations des JudéorAlexandrins à propos de l'antique tétragramme, elle est due vraisemblablement au même courant philosophique que ces spéculations, mais il faut un certain courage pour la donner comme antérieure aux pensées et aux travaux d'un Moïse. D'ailleurs elle n'indique pas cette relation entre le nom de la divinité et- le verbe être, qui constitue toute l'originalité du mot qui nous occupe. Il eût été plus naturel de supposer que le nom avait été fourni aux Hébreux parles tribus chananéennès qui leur ont donné leur langage; mais la grossièreté intellectuelle et religieuse de ces peuplades a détourné les recherches de cette voie ; d'ailleurs ce n'est pas . dans le pays de Ghanaan que l'appellation semble avoir pris naissance. Cette circonstance remarquable qu'un nom essentiellement chananéen au point de vue étymologique est apparu sur le sol égyptien, affirme avec beaucoup de force son origine essentiellement hébraïque, car elle contraint en quelque sorte de la rapporter aux hommes qui ont parlé la langue chananéenne en Egypte, c'est-à-dire aux Hébreux. — Nous venons de dire que l'appellation « Jahvéh » est apparue en Israël tandis que le peuple était captif des Pharaons. L'opinion en effet d'après laquelle on aurait invoqué la divinité sous ce nomdès le temps de Seth (Gen. IV^ 26), est inadmissible par elle-même ; il

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