JÉHOVAH
faudrait supposer que, dès son berceau, rhumanité posséda une langue achevée et que cette langue était Thébreu. Elle est du reste en contradiction avec le témoignage de l'Ancien Testament dans son ensemble. Non seulement deux récits de FExode (III et Vl, .2-8) présentent le nom comme ayant été révélé à Moïse (Pun d'eux dit expressément qu'il n'était pas connu des patriarches), mais une tradition constante en Israël rattache étroitement son apparition à la grande délivrance, et confirme cette déclaration d'Osée (XII, 10 et XIII, 4) «je suis Jahveh, ton Dieu, depuis le pays d'Egj^pte. » Les trois noms formés de Jahveh, que les généalo^es des Chroniques, si sujettes à caution, donnent à des personnages antérieurs à Moïse, nous paraissent peser bien. peu contre un témoignage aussi général; et quand au nom Jochebed, « celle dont Jahveh fait la gloire », attribué à la mère de Moïse, il semble confirmer ce témoignage plutôt que le combattre. Nous croyons qu'il ne faut pas hésiter ici à suivre les indications si claires et les déclarations si explicites de l'Exode : Jahveh devint en Israël le nom du Dieu de l'alliance au moment du soulèvement contre le joug des Pharaons, et il fut cqmme le mot d'ordre de cet événement. — Il nous reste à déterminer la signification que le nom sacré portait avec lui et qui fit sa puissance. Il ne faut pas oublier qu'en ces temps reculés un nouveau nom apparaissait comme lÉ formule nette et précise d'une notion nouvelle. A ne prendre que la signification toute]^littérale, Jahveh veut dire : « il est, ». non pas « il fait être »' en supposant que le tétragramm'e représentait l'hiphil de ha vah. Cette opinion est en désaccord avec le , texte Exode III et avec toute la tradition antique : « il est». Prendratron cette affirmation telle quelle, dans le sens de « il existe»? Jahveh signifierait alors le vrai Dieu par opposition aux autres divinités qui seraient sans existence réelle ; mais cette pensée a été étrangère à l'hébraîsme ; les faux dieux étaient des divinités impuissantes, vaines, perfides-; les Hébreux, non plus que les Jiiifs après eux, ne leur déniaient pas l'existence. L'expression « il est » doit être complétée par un attribut^ et chacun le fait selon ses habitudes intellectuelles. Les Judéo-Alexandrins, et toute la théologie chrétienne à leur suite, ont usé du procédé d'analyse qui leur était familier; retournant sur le verbe être, ils en ont comme extrait l'idée essentielle pour l'affirmer d'une manière spéciale dans le sujet, « il est celui qui est dans toute la force du terme », et ils sont arrivés ainsi aux notions d'asésté et d'absoluité divines. Les Hébreux, à en croire un témoignage contemporain, qui comme tel, indépendamment des idées qu'on peut avoir sur l'auteur et sur l'inspiration des livres sacrés, '" mérite une entière confiance, faisaient spontanément une opération un peu différente, beaucoup plus simple et plus grossière, parallèle cependant. Eux aussi, pour trouver la détermination qui faisait défaut, retournaient vers le mot lui-môme, seulement ils le prenaient d'une façon extérieure et matérielle, sans l'analyser, sans .changer sa forme grammaticale. C'est ainsi que le troisième chapitre de l'Exode donne ehjeh, je suis, comme l'équivalent de ehjeh