‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 55 sur 170 · JEREMIE · texte numérisé non relu

JEREMIE

taie et était originaire du bourg d*Anathol, situé dans la banlieue de Jérusalem, Son père s'appelait Hilkija, comme le grand-prêtre qui joua un si grand rôle lors de la découverte de la loi sous Josias (2 Rois XXII, 4). Sa vocation prophétique se déclara dès la treizième année du règne de ce même prince, et eut désormais pour théâtre, pendant une période de quarante ans, Jérusalem, où il adressait ses discours au peuple rassemblé dans le voisinage du Temple. Nous n'avons malheureusement aucun renseignement sur la part qu'il a pu prendre à la tentative réformatrice de Josias. Les allusions à ce grand acte que Ton a voulu retrouver dans ses discours, n'offrent aucun caractère de précision; on n'y peut pas signaler autre chose qu'une tendance analogue à celle qui dut provoquer l'effort vigoureux tenté par Josias pour centraliser le culte à Jérusalem. Si, selon l'opinion la plus généralement adoptée, le code législatif qui servit de programme à la réforme de Josias doit être retrouvé dans le Deutéronome, on pourra en revanche montrer des ressemblances frappantes entre ce livre et les écrits du prophète (voyez notre article Deutéro^ nome) ; si satisfaisants qiie puissent paraître ces rapprochements, ils n'équivalent cependant point à un' témoignage direct, et c'est pour la critique un sujet d'étonnement que le silence gardé par un Jérémie sur la. révolution religieuse dont il fut contemporain, et à laquelle le livre des Rois attribue une si grande importance. Sous le successeur de Josias, Jojakim, le rôle de Jérémie se dessine mieux. Sa persistance à annoncer' au peuple les terribles châtiments qui seront la peine de son idolâtrie et de sa dépravation lui attire d*incessantes persécutions et jusqu'aux plus graves dangers. C'est dans son livre qu'il faut chercher le détail des périls auxquels il n'échappe momentanément que pour en courir de nouveaux, que lui valent ses protestations véhémentes. Convaincu de l'inutilité de toute résistance, il décourage la défense avec une opiniâtreté qui de- •vait soulever d'ardentes colères et lui donne les apparences de la défection. Mais convaincu de la vérité de sa mission, il poursuit Jusqu'au bout sa tâche ingrate. Il fait lire solennellement par son secrétaire Baruch le recueil de ses prophéties, où il a résumé tous les. désastres qui attendent le peuple et la ville s'ils ne font pas leur soumission au conquérant étranger. Le rouleau, détruit par ordre supérieur, est bientôt reconstitué, et Jérémie ne cesse de dénoncer la fausseté des encouragements flatteurs que des prophètes de mensonge prodiguent au peuple. Une fois la domination chaldéenne établie, il veut qu'on s'y soumette et qu'on en prenne son parti, préférant un paisible vasselage à un anéantissement certain. Une nouvelle révolte le trouve dans les mêmes dispositions, et, lors du dernier siège, nous le retrouvons aussi découragé pour lui-même et désespéré pour les autres. Resté à Jérusalem après la ruine suprême de la cité, il fut entraîné en Egypte dans le mouvement tumultuaire qui suivit le meurtre du gouverneur Guédalia : il y mourut sans doute. — Le livre du prophète Jérémie offre donc im intérêt d'une nature toute particulière.. Il est, dit M. Reuss, « de tous ceux qui ont été compris dans la collée-

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tioa, le pltts iatéressant pour riiisioire. C'est que nous n*y reneoa* Irons pas seulemeat des discours... une partie notable du Tolume contient ce que nous appellerions aujourd'hui desmémcHres^ soît une nation de faits, composée par un témoin oculaire. Aucun des jurophètes dont il nous est panrenu des écrits ne paraît avoir été pièlé aux affaires publiques au même degré que le fils du prêtre Hilkija ; et si nous ne craignions pas de donner une fausse couleur aux choses, en ne tenant pas assez compte de la différence des conditions sociales et politiques, nous dirions volontiers qu'il nous apparidt comme un orateur de Topposition dans les graves conflits intérieurs, qui précédèrent et hâtèrent la ruine de la ville et de la dynastie. » — On a vu plus haut qu'il était question d'une collection de discours de Jérémie faite par ses soins (vers Fan 604) et qui dut être refaite, l'exemplaire primitif ayant éie saisi et détruit par ordre du roi Jojakim. Peut-on retrouver cette collection dans le livre actuel, indépendamment des- additions qui ont pu être apportées à ce noyau primitif, composé au milieu même de l'activité prophétique de l'auteur? C'est ce qu'il est fort difficile de dire. Tel qu'il se présente à nous, le livre de Jérémie ne nous offre rien moins qu'un tout bien agencé. « De l'aveu de tous les critiques modernes, dit encore M. Reuss, le livre» dans sa forme définitive, n'est arrangé, ni d'après Tordre chronologique des faits en vue desquels les discours peuvent avoir été prononcés ou écrits, ni d'après une combinaison basée sur le contenu, bien que ces deux points de vue ne paraissent pas avoir été absolument négligés dans la rédaction que nous avons sous les yeux. » Il convient d'éclairdr cette appréciation générale par une rapide analyse. — On doit distinguer « d*abord une série de morceaux qui forment ensemble à peu près le premier tiers du volume et qui ne Contiennent presque aucune note historique ou chronologique, ni des allusions à des faits particuliers telles qu'il serait possible d'en préciser la date avec quelque certitude. Les discours restent dans les généralités et expriment , tous, quoique sous des formes différentes, les pensées et les prévi* sions auxquelles on doit s'attendre, eu égard aux circonstances... Cette première masse de textes comprend, après le titre général de l'ouvrage, les chapitres 1, 4-XIX, 13. En treize endroits différents, le texte indique explicitement qu*un nouveau morceau commence... Rien ne s'oppose à ce qu'on considère cette première série de textes comme ayant formé soit la première rédaction elle-même, telle qu'elle tomba entre les mains du roi Jojakim, soit au moins le noyau de cette première édition. Car il y a eu quelques autres morceaux qui pourraient bien appartenir à la même époque et qui sont séparés aujourd'hui des premiers par des intercalations évidemment postérieures. Seulement il serait difficile de dire si nous devons les consi-. dérer comme ayant déjà été compris dans la rédaction primitive détruite en 604, ou comme ayant été ajoutés lorsque Jérémie refit son livre pour la seconde fois, dans lequel cas on admettrait que cette seconde composition suivit de près la première. Ces additions seraient de deux espèces : d'abord quatre discours en partie des plus

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