‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 58 sur 170 · JÉROBOAM II — JEROME · texte numérisé non relu

JÉROBOAM II — JEROME

Jéroboam, la ruine du royaume, que menaçait alors déjà la puissance toujours plus grande des Assyriens. E. Scherdlin.

JÉRÔME (Sophronius-Eusebius-Hieronymus), était né à Stridon, petite ville située sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie, et détruite depuis par les Goths. L'époque de sa naissance est fixée par les uns à Tan 331, par d'autres avec plus de probabilité à dix ou quinze ans plus tard. Ses parents étaient chrétiens et jouissaient d'une certaine aisance ; aussi pour lui faire donner une instruction plus soignée que ne le permettaient les entourages barbares qui l'avaient vu naître, ils l'envoyèrent de bonne heure à Rome, où il put faire ses étudçs sous les deux maîtres les plus célèbres d'alors, le grammairien iElius Donatus et le rhéteur Gains Victorinus l'Africain, qui lui enseignèrent cette latinité par laquelle il se distingua plus tard parmi tous les Pères de l'Eglise. Il apprit aussi avec fruit la philosophie grecqu-e et la jurisprudence. Du reste, il ne se contenta pas de lire les auteurs classiques de la littérature devenus l'objet de ses études favorites, il n'épargna ni peine, ni argent à en réunir une bibliothèque qui devint la compagne de sa vie et de toutes ses pérégrinations. Mais l'ardeur pour les études ne put pas le garantir des séductions qui l'entouraient dans la. capitale corrompue de l'empire. Les penchants naturels de son caractère impétueux et passionné l'entraînèrent à toutes sortes de dérèglements. Néanmoins, sa foi n'y fit pas naufrage, et il se fit baptiser avant de rentrer dans sa patrie. Il séjourna d'abord à Aquilée, principale, ville de cette contrée, ensuite il alla avec Bonosus, un ami qu'il y trouva, visiter les Gaules, où il s'arrêta surtout à Trêves, alors la ville la plus florissante de cette province et résidence de l'empereur Valentinien. On sait peu sur le temps qut suivit son retour à Aquilée, où la société de quelques jeunes religieux, parmi lesquels Rufin gagna sur lui un empire particulier, paraît avoir allumé en lui les germes de ce penchant vers l'ascétisme qui décida de sa vie future. Il parle ensuite en termes obscurs d'un tourbillon qui l'arracha à ce cercle d'amis et le porta à visiter les monastères de l'Asie Mineure et de la Syrie. Il tomba malade à Antioche d'une fièvre maligne qui lui enleva deux compagnons chéris. Vainement il chercha par la lecture de ses classiques favoris, de Plante et de Gicéron, à oublier sa tristesse, ses remords du passé et l'inquiétude d'une imagination troublée. Un rêve où il se vit menacé des terreurs de l'enfer, le poussa à renoncer à ces études profanes et à chercher la paix dans une vie de contemplation et à étonlTer le démon de la chair dans l'abstinence et les pratiques ascétiques. Il se retira parmi les anachorètes du désert de Ghalcide (374). Après avoir cherché à échapper aux troubles de sa conscience et aux images voluptueuses qui le hantaient, tantôt par les jeûnes et les flagellations, tantôt par des travaux manuels, il réussit mieux en s'appliqnant à l'étude Ae l'hébreu, qui, comme il dit lui-même, devint pour lui un nouvel exercice ascétique. Un juif converti qu'il rencontra parmi ces solitaires, lui servit de maître. Son enthousiasme pour eette vie d'anachorète lui mit aussi la plume à la main pour

écrire, à côté de quelques lettres adressées à ses amis, la \ie de saint Paul de ThèbeTs, un des modèles de ce genre de sainteté, qu'il ûf encore suivre plus tard d'autres de ce genre, telles que la vie de Malchus et celle d'Hilarion. Mais la paix n'habitait pas dans ces solitudes de Chalcide ; les querelles religieuses de l'époque divisaient aussi ces moines. Le schisme de Mélétius qui troublait l'Eglise d'Antioche, vint chasser Jérôme de sa cellule, après un séjour de près de quatre ans. Il rentra à Antioche (379) où il reprit sa carrière théologique, par un écrit dirigé contre les luçifériens qui refusaient d'admettre à la communion les ariens môme après qu'ils eussent signé une confession orthodoxe. Revenu ainsi à ses occupations littéraires, il se mit avec ardeur à étudier les principaux auteurs de l'Eglise grecque et surtout Origène qui, plus que tout autre, devint l'objet de son admiration et dont il traduisit un nombre d'ouvrages. Un autre fruit de ces travaux fut la traduction et la continuation de la Chro-nique d'Eusèbc. En 380, il alla à Gonstantinople y continuer ses études exégétiques sous la direction de Grégoire de Nazianze. La mort de Mélétius ne mit pas fin au schisme qui divisait l'Eglise d' Antioche, Flavien et Paulin s'y disputaient le siège épiscopal ; le pape Damase s'érigeant en arbitre du litige, convoqua un concile à Rome. Jérôme s'empressa d'y suivre son ami Paulin. Une sphère nouvelle s'ouvrit à son activité. Le pape lui accorda aussitôt sa confiance et utilisa ses services, non seulement pour la correspondance et les travaux du synode, mais aussi pour d'autres travaux par lesquels il chercha à mettre au service de l'Église les grandes connaissances exégétiques du savant renommé. Il l'engagea, à cet efl'et, d'entreprendre la révision de la vieille traduction latine de la Bible, dont se servaient les Eglises d'Occident, et dont les exemplaires difi*éraient à l'infini. Quelle que fût la circonspection que Jérôme apporta à ses corrections par lesquelles il ne chercha à éloigner que les fautes les plus frappantes, il ne put éviter de heurter des préjugés profondément enracinés. Quelles que fussent les défectuosités de son œuvre et quelle que fut la méfiance avec laquelle elle fut d'abord accueillie, elle devint le fond de la version admise depuis dans l'Eglise sous le nom de la Vulgate (Ziegler, Dielatein, Bibelûbersetzungenvorlfieronymusu. diellala.Uunich, 1879). — Lés pratiques ascétiques et le monachisme de TOrient n'étaient encore que peu connus dans l'Eglise occidentale, et le nom même de moine y éveillait le plus souvent de la répugnance par les idées d'habitude cyniques qu'on y attachait. On y voyait au contraire les jeunes ecclésiastiques le plus souvent se distinguer par leur vie mondaine et leurs mœurs efféminées. Jérôme se crut appelé à exercer tous ses efforts et à faire valoir toute l'influence que lui procurait la considération dont il jouissait comme savant et comme littérateur, pour faire accueillir le genre de piété qu'il regardait comme l'idéal de la Tie chrétienne. Quelques veuves appartenant aux familles les plus élevées de Rome avaient cependant déjà été gagnées à ces idées par Athanase quand il s'y était réfugié pour échapper aux persécutions des ariens. C'est ainsi qu'on voyait Marcella, qui avait trans-

formé son palais du mont Aventin en un cloître où, avec sa mère et sa sœur, elle réunissait autour d'elle un petit cepcle de personnes gagnées à ces principes pour réaliser au milieu des richesses les pratiques de sainteté d'une vie monacale. Avec elle rivalisait Paula, qui comptait les Scipions parmi ses ancêtres maternels, en compagnie de ses filles Blésilla et Euâtochium. Une autre de ces dames, Mélanie, fille d'un consul, avait cru mieux f^ire encore en allant voir dans les déserts de la Nitrie et de la Thébaïde les modèles de cette vie religieuse. Rien de plus naturel que l'empressement avec lequel ces dames reçurent un prêtre tel que Jérôme qui, jouissant de Tamitié et de la confiance du pape, après avoir lui-même vécu en anachorète, mettait maintenant tous ses efi*orts et son talent à prêcher aux Romains le renoncement aux choses de ce monde et les austérités des cénobites de l'Orient. Mais aussi la renommée de sa science ne le faisait pas moins rechercher par ces dames. Marcella surtout, à côté de ses exercices de piété, se livrait avec ses jeunes compagnes à une étude sérieuse des textes sacrés dans les langues originales. Quel meilleur guide pouvait-elle trouver dans ces occupations que le docte interprète des saintes Ecritures? Il s'établit entre eux une correspondance par^aquelle Jérôme eut à lui résoudre toutes sortes de difficultés exégétiques de l'Ancien Testament. Telles sont les lettres qu'il lui adressa sur les dix noms de Jéhova, sur les mots : Alléluia, Amen, Maran-Atha, Ephod, Sélah et autres. Une amitié plus intime encore l'unissait à Paula et ses deux jeunes filles rivalisant en beauté. De petits cadeaux témoignaient de leurs sentiments envers le saint docteur, qui par contre cherchait dans ses lettres à affermir Eustochium dans les projets de virginité qu'elle ^vait conçus {Libellus de cuslodia virginitatis), et à prémunir Blésilla, devenue veuve à vingt ans, contre les persuasions par lesquefles on l'assaillait pour qu'elle renouât de nouveaux liens. Les pratiques auxquelles elle se livrait et auxquelles Jérôme l'encourageait, étaient tellement excessives que bientôt elles finirent par conduire la jeune femme délicate à une fin prén^aturée. Ces égarements d'une piété monastique et les exagérations auxquelles Jérôme s'était laissé aller en médisant du mariage pour recommander la sainteté du célibat, ne laissèrent pas que de provoquer une opposition très vive dans toutes les classes de la société. Un laïque, Helvidius, attaqua cette nouvelle morale monacale dans un écrit dans lequel, en se fondant "^ur le témoignage de l'Ecriture même qui parlait de frères et de sœurs de Jésus, il nia la virginité dans laquelle Marie aurait vécu après la naissance du Seigneur. Blessé au vif dans ses idées les plus chéries, Jérôme répondit à son antagoniste, qu'il ne connaissait même pas, par des personnalités blesj?antes et par des emportements où il se laissait aller à représenter la vie conjugale comme empêchant toute vraie piété et comme n'étant même qu'une prostitution couverte. Le scandale de pareils propos provoqua une émotion générale. La médisance n'épargna pas ses rapports avec Paula et les dames du mont Aventin. De plus, la mort de révoque Damase priva Jérôme de son plus puissant soutien

et il prit le parti de se soustraire à Fiadignation publique. Il quitta Rome après un séjour de trois ans, pour chercher une retraite en Palestine (385). Paula, ne croyant pouvoir vivre que sous la direction de son ami et de son guide spirituel, depuis longtemps animée du désir de faire le pèlerinage des lieux saints, sourde aux prières et aux reproches de ses jeunes enfants, accompagnée seulement de. sa fille Eustochium qui partageait son pieux enthousiasme, et de plusieurs autres jeunes personnes également vouées à la virginité, se hâta de suivre Jérôme. Elle le rejoignit à Salamine, en Chypre, où le vieil évoque Epiphane les accueillit. Mais on ne s'y arrêta que peu de jours, ainsi qu'à Antioche; la Palestine était Tobjet de leurs vœux. Là on visita avec une émotion dévote tous les endroits consacrés par les souvenirs de Thistoîre sainte. Bethléem, le berceau du Christ plus encore que le Calvaire, captiva l'âme de la femme enthousiaste. C'est là qu'elle résolut de fixer sa demeure. Seulement elle crut devoir encore visiter d'abord les monastères de l'Egypte et surtout de la Nitrie, le séjour des saints anachorètes dont la vie, au milieu des privations et des terreurs du désert, lui paraissait l'idéal de la sainteté chrétienne. De retour en Judée (386) on s'établit d'abord dans quelques cellules provisoires qui plus tard firent place à deux couvents, l'un destiné aux moines, l'autre aux compagnes de Paula, mais reliés entre eux par une église commune. D'autres constructions vinrent peu à peu s'y joindre, le tout aux frais de la riche romaine. Là s'écoulèrent pour Jérôme lès dernières années de sa vie dans les exercices de piété et la retraite qu'il prisait tant, mais en nlème temps dans les études qui n'étaient pas moins un besoin de son esprit. Les travaux qu'il consacra à l'interprétation de la Bible, mais tout particulièrement de l'Ancien Testament, lui firent obtenir sans contestation le titre du plus savant des Pères de l'Eglise latine. Par suite dé la place que sa science lui fit tenir dans la considération de ses contemporains, mais plus encore par l'effet de son caractère, il se vit mêlé à presque toutes les controverses qui agitèrent l'Eglise de ce temps, mais sans qu'il contribuât d'une manière quelque peu marquante et réelle au développement de la doctrine. Aussi, à cet égard, il ne saurait nullement être comparé à Augustin , son supérieur de beaucoup comme penseur profond et indépendant. A Bethléem, son premier soin fut de mettre en ordre la collection de ses manuscrits et de l'augmenter consomment. Il reprit avec une nouvelle ardeur l'étude de l'hébreu, avec l'assistance d'un savant juif de Lydda, Baranina. Aussi il ne se fit plus de scrupule de se remettre à la lecture de ses auteurs classiques. A la prière de Paula et d'Eustoçhium, il leur expliqua différents livres de*la Bible et rédigea pour elles plusieurs commentaires, pour lesquels il s'aida toujours encore des explications d'Origène. Quelques traités, l'un sur les noms propres des Hébreux, un autre sur l'emplacement d'une série d'endroits cités dans l'Ancien Testament, n*ont que peu d'importance. Il traduisit encore un nombre d'homélies et de traités exégétiques d'Origène , et ce furent encore les travaux du grand docteur d'Alexandrie dont il

tira le secours le plus efficace quand il reprit la continuation de sa révision de la Bible latine, quelque peu qu'il s'en montrât reconnaissant dans la suite. Enfin, à la prière d'un ami, il compulsa, en 392, un catalogue des écrivains ecclésiastiques les plus notables (De virts illustribus ou plutôt De scriptoribus ecclesiosiicis), et quelque maigres et souvent superficielles que fussent ces notices, elles ne laissent pas que d'avoir une certaine vakur; avec les renseignements de ce genre qu'Eusèbe avait déjà réunis dans sonHistoireecclésiastique, elles constituent le premier essai d'une histoire littéraire dans le domaine de l'Eglise. Mais ces travaux paisibles et de pure science furent interrompus par de violentes distractions : des luttes et des controverses dans lesquelles ne se révéla que trop le caractère passionné en même temps que faible du prêtre de Bethléem.^: Son éloignement de Rome n'y avait pas fait taire l'opposition et l'animosité contre les partisans dé la vie monacale. Aussi ceux-ci ne se lassaient pas de chercher à gagner toujours plus de prosélytes au célibat ; ils se montraient agressifs au point que Jovinien, qui lui-môme autrefois s'était voué à la vie contemplative et au célibat, se vit amené à leur adresser quelques petits traités dans lesquels il combattait la doctrine que ces abstinences pouvaient protéger le cœur humain contre les tentations de la chair, et que la virginité assurait un mérite quelconque et une pureté par^ ticulière devant Dieu. Jérôme répondit par une réfutation d'une virulence telle que même ses amis eussent voulu la supprimer ou du moins engager l'auteur à en corriger l'effet fâcheux par des explicacations atténuantes. Mais l'apologie qu'il dédia à son ami Pammachius ïiQr produisit qu'une impression médiocre. Ces emportements pouvaient encore s'expliquer en ce qu'il s'agissait, dans cette polémique, de points de doctrine qui touchaient auji^ convictions les plus chères -du pieux solitaire de Bethléem. Mais d'autres querelles, dans lesquelles il se vit entraîné, jettent sur son caractère un jour encore plus défavorable et paraissent trahir chez lui un manque de principes moraux bien regrettable. 11 avait toujours professé la plus grande admiration pour Origène ; il s'était appliqué à traduire ua nombre de ses •ouvrages pour les faire connaître en Occident, jusqu'au moment où Epiphane, le disciple des deux grands patrons du monachisme égyptien, Antoine et Pachomius, et animé de la môme aversion qu'eux -contre l'esprit philosophique d'Alexandrie, crut devoir déclarer la ^erre aux hérésies du chef de cette école. En Palestine, l'origénisme avait alors pour principaux représentants, outre Jérôme, Jean, le métropolitain de Jérusalem, et Rufin d'Aquilée qui, depuis des années, s'était retiré à Jérusalem et y dirigeait une communauté de mohies, établie sur le mont des Oliviers. Dès 393, un des antagonistes les plus fanatiques des doctrines d'Origène était venu à Jérusalem, «t, ayant sommé les théologiens de cette Eglise de répudier les hérésies du docteur d'Alexandrie, Jérôme, toujours inquiet de ne pas compropiettre son orthodoxie, se résigna à donner la déclaration qu'on lui demandait et que Jean et Rufin n'hésitèrent pas de refuser. Toutefois, leurs rapports n'eu furent pas troublés. Mais les choses

changèrent de face quand Epiphanç lui-même arriva. Des contestations publiques ne tardèrent pas à éclater entre le métropolitain de Jérusalem et Tévôque de Salamis, surtout quand ce dernier, sans avoir égard aux droits diocésains de Jean, conféra la prêtrise à Bethléem, à Paulinien, le frère de Jérôme. Jean rompit la communauté ecclésiastique avec les couvents de Bethléem. Ruiin, malgré Tancienne amitié qui l'unissait à Jérôme, prit le parti d« Jean et signala les inconséquences dogmatiques de Jérôme. Une polémique longue et passionnée s'ensuivit, dans laquelle Rufln, bien plus que son antagoniste, sut ménager les convenances dues aux rapports intimes qui, jusqu'alors, avaient existé entre eux. Un accommodement passager ne . fit qu'ajouter à l'amertume de la discussion qui se réveilla à propos de la traduction que Rufin, retiré depuis en Italie, avait publiée de l'ouvrage fondamental de la théologie d'Origène, icepl (îpxcov. La mort de Rufin ne put pas môme apaiser l'implacable colère dont Jérôme le poursuivait, qui, ligué au patriarche d'Aiexandrie et à Epiphane, continua en même temps la guerre qui lîe devait cesser que par l'anéantissement du système d'Origène. Une autre discussion, non moins caractéristique et non moins intéressante, fut celle qui, dans ces entrefaites, surgit entre Jérôme et Augustin.* Elle fut provoquée par l'explication par laquelle le premier, en se laissant guider par Origène , avait essayé d'atténuer les difficultés que présente le récit de Paul, Gai. II, sur sa contestation avec Pierre à Antioche. Jérôme ne voulut voir dans cette rencontre qu'une scène jouée entre les deux apôtres dans le but de mettre à la raison l'intolérance du parti des chrétiens judaïsants. Augustin, choqué au point de vue moral d'une pareille interprétation, avait cru devoir exposer ses doutes à l'exégète de Bethléem. Celui-ci, blessé de ces observations, y répondit avec une froideur qui ne trahissait que trop ses sentiments. Des maladresses survenues de la part de ceux qui servaient d'intermédiaire à la correspondance, vinrent encore embrouiller la difficulté qui toutefois, finalement, s'aplanit sans conduire à un éclat. Jérôme sentit trop bien la nécessité d'imposer une certaine contrainte à son amour-propre froissé vis-à-vis de son correspondant dont il reconnaissait malgré lui la supériorité, et Augustin, dans ses lettres, témoignait la plus humble déférence pour la science et les himîères du vieillard dont il n'ignorait pas l'extrême susceptibilité. Un prêtre espagnol, Vigilantius, qui antérieurement déjà, choqué de l'ignorance et de la piété mêlée de superstition idolâtre des moines qu'il avait appris à connaître en Syrie et en Egypte, avait osé attaquer le culte des saints et des reliques tel qu'ils le pratiquaient, en même temps que Iç célibat; un second écrit, dans lequel il mêla quelques insinuations touchant l'origénisme de Jérôme, lui attira de la part de celui-ci une réponse où les personnalités les plus grossières et les sarcasmes les plus sanglants montraient combien l'irritabilité du vieux solitaire augmentait encore avec l'âge. Les opinions que Vigilantius s'était permis d'avancer étaient traitées de crimes dignes du dernier supplice. Des épreuves plus douloureuses vinrent s'ajouter

aux préoccupations constantes de toutes ces luttes littéraires. Après qu'une irruption des Huns en Syrie eut aussi menacé la Palestine et eut obligé les religieuses dont les soins et l'attachement faisaient la consolation de ses vieux jours, de fuir pour quelque temps la retraite de Bethléem, la mort vint lui enlever celle qui avait été la compagne la plus fidèle de sa vie, Paula (404). Le panégyrique qu'il consacra à sa mémoire ne put que passagèrement distraire sa douleur. Eustochium prit la place de la défunte dans la direction des monastères. De nouvelles religieuses furent amenées en Palestine, chassées de rilalie par l'incursion successive des Goths, des Vandales, des Suèves et par le sac de Rome sous Alaric. La continuation de ses travaux bibliques, parmi lesquels la traduction de l'Ancien Testament tenait le premier rang, ne pouvait que difficilement soulager l'esprit du savant dans son accablement, que lui causaient les malheurs publics. Une dernière controverse théologique l'appela encore une fois sur la scène des débats de l'Eglise. Ce fut la grande question du pélagianisme. Il est difficile de dire si c'étaient des motifs personnels ou le besoin de se poser en défenseur du principe de l'autorité catholique qui le décidèrent à se mêler encore dans ces discussions et à entrer de nouveau en lice. Pelage s'était déjà hasardé à critiquer quelquesunes de ses explications du texte hébreu. Jérôme le soupçonnait de plus d'avoir puisé chez Rufin quelques observations qu'il fit sur le commentaire* de Jérôme sur l'épître aux Ephésiens; mais il avait en outre aussi invoqué l'autorité de ce dernier en faveur de quelquesunes de ses propositions dirigées contre le péché originel, et Jérôme pouvait craindre de se voir compromis par le nouvel hérésiarque. C'est ainsi qu'il se crut appelé à se déclarer ouvertement contre ces erreurs. Pelage comptait, il est vrai, de nombreux partisans dans le clergé de la Palestine, et deux synodes s'y prononcèrent en sa faveur. Mais Jérôme, mis en demeure par Augustin, outre plusieurs lettres qu'il écrivit, publia un long dialogue pour réfuter les erreurs du sectaire, tout en professant sur le péché originel des vues qui étaient loin d'être conformes à la théorie d'Augustin. Néanmoins la haine des partisans de Pelage se surexcita contre lui à ce point qu'une tourbe ameutée vint attaquer et mettre en feu les couvents de Bethléem et forcer Jérôme de chercher un refuge dans une tour voisine. La polémique continua encore pendant les dernières années de la vie du vieillard fatigué de ces constantes agitations. Un dernier coup vitit encore le frapper par la mort de sa fidèle amie, Ëustochium. Deux ans plus tard, H s'éteignit lui-môme à quatre-vingt-neuf ans (420). — Parmi tous les nombreux écrits qui remplissent les volumes de ses œuvres, il n'y a que ceux qui se rapportent à l'exégèse qui aient une valeur réelle pour la science. Son interprétation se fonde du moins jusqu'à un certain point sur une appréciation critique et philologique des textes, sans cependant pouvoir se défaire des préjugés de l'époque en faveur de l'allégorie et des spéculations mystiques comme moyens de. découvrir le sens profond caché sous la lettre. Quelle que fût l'importance de ses travaux en vue de la révision de la version latine

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