JÉRÔME — JEROME DE PRAGUE
existante, Jérôme ne sut pas profiter de ses connaissances littéraires pour doter TEglise d'une traduction capable d'ouvrir Fintelligence des saintes Ecritures. Ses écrits polémiques ne présentent de l'intérêt qu'en ce qu'ils font connaître avant tout le caractère de l'auteur et l'esprit de son siècle. Ge ne sont réellement que ses nombreuses lettres que nous possédons encore qui conservent une importance incontestable en nous présentant un tableau riche et varié de l'histoire de rhumanité et de TEglise à cette époque de transition entre l'antiquité classique qui disparaissait et un nouvel état de choses qui de* vait sortir de la ruine de l'ancien monde. — La première édition des œuvres de Jérôme fut publiée par Erasme à Bâle (1516) en 9 vol.; d'autres suivirent par les soins de Mar. Yictorius, Rome, 1566, 9 vol. in-f»; par Ad. Pribbechovius, Francf., 1684, 12 vol. in-f»; par les bénédictins J. Martianay et Ant. Pouget, Paris, 1706, 5 vol. in-f» ; enfin, la meilleure, de dom Yallars etScip. Maffei, à Vérone, .1734, 11 vol. in-r*, 2* éd., Venise, 1762, 11 vol. in-4^ — Biographies: Martianay, la vie de S. Jër,, Par., 1706, in-4^; Reb. Dolci, Hieronymus vilx sux icriptor.yAncon., 1750, in-4'*; Jo. Stilling dans les i4cm Sanc(or., t.* VIII, in-f», Antw., 1762; Vallarsius, dans son éd. des Œuvres; Le Nain de Tillemont, Mémoires, t. XIII ; Engelstoft, Hieronymus Slridon. vUerpres^ criticus, exegela, apologeldy historicusy doclor^ monachus^ Havn., 1798; von Gœlln, Encyklopxdievon Erschund Gi^er; Baum, Hieronymi vita^ Arg., 1835, in^°; GoUombet, Histoire de S. Jérôme^ 1846; Zœckler, Hieronymus^ sein Leben u. IFtrA*e;i, Gotha, 1865; Aug. Thierry, Saint Jérôme^ 2 vol., Par., 1867; Luebeck, Hieronymus quos noverit scriplores et ex quibus hauserit., Leipz., 1872 ; Schœne, Quxslionum hieronym. capita, Leipz., 1864. E. Gunitz.
JÉRÔME DE PRAGUE. — L Sa vie. L'un des promoteurs de la Réformation religieuse en Bohème, né à Prague vers l'année 1374, mort à Constance le 30 mai 1416, martyr de la foi évangélique, une année après son ami Jean Huss. Jérôme était issu d'une famille noble et riche de la capitale; il eut pour père Nicolas de Faulfisch, qui lui fit donner une éducation très soignée. Destiné à la carrière ecclésiastique, il fit des études très brillantes aux universités de Heidelberg et de Cologne, et prit le grade de bachelier en théologie à Prague (1398), mais ne fut jamais ordonné prêtre. Jérôme conserva jusqu'à sa mort le caractère et l'habit d'un laïque. L'année suivante, ayant été dispensé du stage de deux ans que tout nouveau bachelier en théologie devait faire dans les écoles de la ville ou de la campagne (voyez statut de CkarlesIV)^ il partit pour Paris, où il prit le grade de maître ès-arts ; mais il se rendit déjà suspect d'hérésie, par ses discussions hardies sur la Trinité et sur les limites de la puissance divine. De là, il se rendit à Oxford, où il passa deux ans (1400-01) et où il s'adonna à l'étude des œuvres de John Wyclef. Revenu en 1402 à Prague, il y propageaavec ardeur les écrits théologiquesdurecteurdeLutterwortb, entre autres sou Dialogue et son Trialogus^ qu'il avait copiés de sa main et que Huss ne connaissait pas encore. L'année suivante, au mo^ ment où le chapitre métropolitain de Prague condamna pour la pre**
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mière fois les écrits de Wyclef, Jérôme se trouvait à Jérusalem, eutraîné par 3a passion pour la vérité vers les sources mêmes de la foi chrétienne, et il en revenait plus pénétré que jamais d'enthousiasme pour la religion de l'Evangile, et d'indignation contre les abus qu'en faisait TEglise romaine. En 1407, après avoir achevé ses études à Prague, Jérôme fut promu maîtro-ès-arts et se rendit pour la deuxième fois à l'université d'Oxford; mais là, il était déjà signalé comme partisan de Wyclef; on voulut l'arrêter et il fallut l'intervention de l'université de Prague pour qu'on le laissât partir. En 4408, il était de nouveau à Prague, auprès de son maître Jean Huss, et prit une part active aux luttes entre l'élément tchèque et l'élément germanique dans l'université, luttes qui aboutirent à l'exode en masse des pro* fesseurs et étudiants allemands (janvier 1409). En 1410, il fut invité par Sigismond, roi de Hongrie, à prêcher devant la cour de Pesth, ce qu'il fit avec grand succès; mais à Vienne, en septembre de la même année, il fut moins heureux, on le mit aux arrêts dans la prison de l'université, malgré une requête de l'université de Prague aux consuls de Vienne; heureusement, il réussit à s'échapper et déclara, plus tard, n'avoir pas ùiême eu connaissance de l'acte d'excommunication qui avait été lancé contre lui par André de Grillemperg, officiai du diocèse de Padoué (30 septembre 1410). Il passa les deux années suivantes à Prague, où il assista son maître et ami Huss, dans sa controverse contre les fauteurs d'indulgences ; c'est à cette époque qu'il eut avec les moines quelques démêlés violents, qui plus tard lui furent imputés à crime par le concile de Constance; entre autres, il paraît bien, par ses relations intimes avec le seigneur Vok de Waldstein, que Jérôme fut l'un des instigateurs de la cavalcade satirique de juin 1412, où le pape Jean XXIII était représenté dans le costume d*une courtisane ornée de clochettes d'argent et portant les bulles d*indulgence, lesquelles furent brûlées solennellement. La réponse de Tarchevêque Zbyniek ne se fit pas attendre : le 11 juillet 1412, trois jeunes gens, Martin, Jean et Stasek furent décapités sur la grand'place de Prague. Jérôme se mit à la tète des étudiants, qui emmenèrent les corps des martyrs en chantant le cantique : Isii suni sanctif qui pro testamenio Dei sua corpora iradiderunt ad supplicia et leur rendirent les honneurs religieux à la chapelle de Bethléem. Dès cette époque, sans doute, il composa en vers tchèques ces cantiques sur des textes bibliques, et sur les paroles de l'Eucharistie, qui inaugurèrent le recueil des psaumes de la Réforme bohème. En 1413, Jérôme, préoccupé de trouver à cette Réforme des alliés parmi les nations congénères, se rendit chez les Slaves de Lithuanie et de Pologne. Il fut reçu avec les^plus grands honneurs par Witold, duc de Lithuanie, dans les villes de Witepsk et de Pleskow, où il assista avec respect et sympathie aux offices du cultji grec*orthodoxe et déclara, au grand scandale des catholiques, que « les Ruthènes étaient de bons chrétiens. » Le roi de Pologne, Wladislas, le chargea même d'organiser l'université de Gracovie, récemment fondée, et, de l'aveu de l'évèque catholique de cette ville, Jérôme produisit par