JÉRÔME DE PRAGUE
sa prédication éloquente, « dans les rangs du clergé et du peuple, un mouvement religieux tel qu'on n'en avait pas vu de mémoire d'homme. » En 1414, Jérôme revint à Prague, assister Jean Huss dans les résolutions suprêmes et ne quiU^ sa ville natale que pour rejoindre son maître à Constance, la ville de mort (4 avril 1415). — IL Ses^idées êi son caractère, iévàme de Prague n'ayant rien écrit que quelques discours académiques, il n'est pas facile de savoir précisément quelles étaient ses croyances. Or, s'il a peu écrit, en revanche il a beaucoup agi, voyagé, parlé. Jérôme a été, par|excellence, un grand remueur d'idées. En philosophie, il était réaliste comme ses maîtres Wyclef et Huss ; en religion, il était spiritualiste et apostolique. D'après ses réponses à l'acte d'accusation duconcile,nous voyons qu'il s'était élevé très vivement, non seulement contre le trafic des indulgences, mais encore contre la vénération des images et des reliques. Sur les deux sacrements, il pensait, conformément à la doctrine de l'ancienne Eglise catholique, que le baptême administré par les hérétiques est valable, donc qu'il ne faut pas rebaptiser les Grecs; et, dans l'Eucharistie, il admettait une sorte de transsubstantiation spirituelle, analogue à la doctrine deBérenger de Tours et à celle de Calvin. Mais au quinzième siècle, l'Eglise catholique avait déjà tellement déformé sa dogmatique^ que c'en était assez pour être déclaré hérétique. Quant à son caractère, on ne peut imaginer deux natures aussi opposées que celles des deux amis, Huss et Jérôme. Huss était humble, modéré, défiant de ses propres forces, mais patient et inébranlable au milieu des plus terribles épreuves. Jérôme, au contraire, était ardent et fier, impétueux et provoquant, mais sujet aux défaillances, sous le coup de la persécution. Huss, par sa doctrine et par ses lettres, nous rappelle à beaucoup d^égards saint Paul ; Jérôme, au contraire, reflète le caractère de Simon-Pierre. — III. Son martyre. D'ailleurs, nul trait de sa vie ne peint mieux le caractère de Jérôme de Prague que le récit de sa captivité et de sa mort. Rien ne l'obligeait à venir à Constance, et Jean Huss, dans une de ses lettres de janvier 1415, recommandait formellement « que ni Jérôme, ni aucun de ses disciples ne se rendît au concile. » Jérôme lui-même ne se dissimulait nullement le danger de mort qu'il courait en y allant, car il avait dit en propres termes à Huss : « Si je vais au concile, j'estime que je n'en reviendrai point! » Mais à Prague son cœur frémissait au dedans de lui, en songeant que son meilleur ami était là-bas sans défenseur attitré, sous les verrous des dominicains. Jérôme partit avec. un seul disciple et arriva à Constance (4 avril 1415). Après avoir demandé en vain au concile un sauf-conduit complet et sans équivoque, il reprit le chemin de la 'Bohême, triste et déconcerté, mais fut reconnu et arrêté à Hirsau, par le duc de Bavière, et ramené à Constance, charge de chaînes. Jérôme subit son premier interrogatoire le 23 mai 1415, dans le réfectoire du couvent des frères mineurs (franciscains), devant le chancelier Gerson; et ensuite fut jeté dans les cachots de la tour Saint-Paul, où il soulTrit toutes sortes de mauvais traitements. Cependant, son maître Huss, qui le savait en prison.